Al-Tijani Khaled Ahmed (GNA)

  • Libye : Le ministre de l'intérieur du Gouvernement d'Accord National (GNA) suspendu après les émeutes de Tripoli

    Imprimer

    Bashagha Fathi.jpgLe chef du Gouvernement d'Accord National (GNA) a décidé vendredi de suspendre provisoirement le ministre de l'Intérieur, après les incidents survenus lors de manifestations pacifiques à Tripoli la semaine dernière, où plusieurs manifestants ont été blessés. Il a également été arrêté à titre de "précaution", pour enquête administrative.

    "Le ministre de l'Intérieur, Fathi Bachagha (photo) est suspendu provisoirement" et répondra à une "enquête administrative" sur "ses déclarations concernant les manifestations et les incidents survenus à Tripoli et dans d'autres villes", selon une décision signée par le chef GNA, Fayez-al-Sarraj.

    Selon le communiqué, "Le sous-secrétaire du ministère de l'Intérieur, le brigadier Khaled Ahmed Al-Tijani, a été chargé de diriger les fonctions du ministère, et il a le droit d'exercer tous les pouvoirs et compétences souverains et ministériels assignés au ministre".

    Dans un autre communiqué, le gouvernement libyen a décidé "d'affecter la force conjointe affiliée à la salle des opérations de la région occidentale pour contrôler la sécurité dans la capitale, Tripoli, en coordination avec le ministère de l'Intérieur, les zones militaires et d'autres agences de sécurité".

    Des centaines de Libyens ont manifesté cette semaine pendant plusieurs jours à Tripoli contre la corruption et la détérioration de leurs conditions de vie.

    Selon la décision, M. Bachagha sera interrogé sur "les autorisations et les permis délivrés" aux manifestants, les mesures de sécurité que son ministère a fournies pour protéger les manifestants mais aussi "les violations commises".

    Rapidement, le ministre a "pris acte" de la décision de M. Sarraj, se disant prêt à se soumettre à une enquête, selon un communiqué publié sur la page Facebook du ministère de l'Intérieur. M. Bachagha a cependant demandé à ce que son audition soit "publique et retransmise en directe" par les médias pour qu'il puisse "exposer les faits" aux Libyens, par souci de "transparence et des principes démocratiques". Il s'est dit prêt à rendre compte des "positions et des communiqués" sur les incidents pendant les manifestations, mais également sa "contestation des mesures de sécurité mises en place par des groupes armés qui ne dépendent pas du ministère de l'Intérieur" et qui ont porté atteinte à la "dignité" et aux "droits" des Libyens en les "réprimant, terrorisant, et censurant".

    La milice islamiste Nawasi
    Dans un communiqué publié jeudi, M. Bachagha avait accusé des groupes armés d'avoir ouvert le feu sur des "manifestants pacifiques mercredi soir (...), tirant à balles réelles au hasard", d'avoir également enlevé et séquestré des manifestants pacifiques. Il avait enfin menacé de "recourir à la force pour protéger les civils". 

    La démission et l'arrestation de Bachagha va bien au-delà d'une simple condamnation de sa gestion de la crise. Certains, au sein du GNA, accusent Fathi Bachagha d'avoir encouragé les manifestations contre le gouvernement d'Accord National. Les groupes armés contre lesquels Fathi Bachagha promettait de protéger les manifestants sont la milice islamiste Nawasi. Ce son les membres de cette milice qui ont tiré à balles réelles sur les manifestants. Il est possible que le chef du GNA ait craint une confrontation entre le ministre de l'intérieur et la milice Nawasi.

    La milice Nawasi est une des plus importantes milices de Tripoli. Elle s'est ralliée au Gouvernement d'Accord Nationale (GNA) en 2016. Elle est chargée à Tripoli de la protection des bâtiments officiels. La milice est dirigée par la famille Gaddour. En 2018, elle a pris part à la bataille de Tripoli. Elle comptait, en 2019, près de 1 800 membres.

    Regain de popularité pour Bachaga
    La décision du GNA semble avoir 2 conséquences : une augmentation de la popularité du Bachagha auprès des manifestants de Tripoli, mais aussi à  Misrata où des habitants sont descendus dans la rue pour protester contre la décision de Fayez al-Sarraj.

    Privés des services les plus basiques dans leur vie quotidienne, les Libyens sont épuisés par des années de conflits depuis la fin de la dictature de Mouammar Kadhafi en 2011.