Al-Malikiyah (région de Hassaké)

  • Syrie : Tensions dans le nord-est

    Imprimer

    Pendant des jours, les régions du nord-est de la Syrie et, en particulier, les villes de Hasakeh, Qamishli et al-Shahba, ont été témoins de tensions impliquant des groupes affiliés au gouvernement de Damas et les  Forces démocratiques syriennes (FDS), majoritairement kurdes. .

    Depuis le 31 janvier, de violentes manifestations ont éclaté dans la ville syrienne de Hasakeh, au cours desquelles un partisan de Bachar al-Assad, a été tué, tandis que 3 autres personnes étaient blessées. Les Forces démocratiques syriennes (FDS), une alliance multi-ethnique et multi-religieuse, composée de majoritairement de Kurdes, mais aussi d'Arabes, de Turkmènes, d'Arméniens et de Tchétchènes, sont accusées d'avoir tiré sur la foule de manifestants.

    Comme le souligne le journal al-Arabiya, Hasakeh, une ville située près de la frontière avec la Turquie, continue d'être au centre d'un "siège mutuel" entre les forces d'Assad et les FDS. En fait, le gouvernement de Damas détient le contrôle d'une partie de la ville, y compris le centre et certains bâtiments gouvernementaux, tandis que  le reste de la ville est placé sous le contrôle de l'administration autonome du nord et de l'est de la Syrie. Cette dernière constitue une région autonome de facto, non reconnue par Damas, et considérée par les kurdes comme l'une des quatre parties du Kurdistan. Selon al-Arabiya,  l'administration autonome kurde accuse le régime d'essayer de créer une discorde entre Arabes et Kurdes à Hasakeh et Qamishli.

    Depuis 22 jours, les forces de sécurité intérieure kurdes (Asayish) assiègent les zones d'influence du régime à Hasakeh et Qamishli, bien qu'elles prétendent ne pas impliquer les civils dans ce blocus. De leur côté, les forces pro-gouvernementales assiègent plusieurs villes et villages contrôlés par les FDS dans la banlieue nord d'Alep, dans ce qu'on appelle la zone d'al-Shahba, où la quatrième division et les postes de contrôle militaires de Damas empêchent l'entrée de farine, carburant et médicaments, imposant d'énormes redevances à ceux qui souhaitaient y entrer.

    La province de Hasakeh a une importance stratégique, car elle est considérée comme le principal «grenier alimentaire» de la Syrie. Elle fournit des cultures agricoles définies comme stratégiques, telles que le coton, le blé, l'orge et les lentilles. La richesse de la région est également associée à la présence de champs pétrolifères, qui satisfont une grande partie des besoins syriens. Il s'agit notamment des champs d'al-Jabsa et de Rumailan, qui comprennent environ 1 322 puits, et une usine de production de gaz qui, avant la révolution de 2011, satisfaisait les besoins de la population syrienne. Malgré la présence d'un grand nombre de Kurdes syriens dans la province, ce sont les Arabes qui constituent la majorité de la population, tandis qu'une minorité de Syriaques habite plusieurs zones rurales, dont Tell Tamr.

    Bien que les forces d'Assad et les FDS vivent apparemment en paix depuis des années, Damas accuse les forces kurdes de continuer à "imposer un siège étouffant" et d'empêcher l'entrée de machines et de fournitures dans les régions du nord du pays. Les FDS, en revanche, accusent le régime d'avoir assiégé plusieurs zones à majorité kurde dans la province d'Alep, dans le nord de la Syrie, et d'imposer des procédures et des tarifs pour l'entrée des marchandises. Pourtant, ce sont précisément ces groupes kurdes qui ont demandé l'aide d'Assad lorsque, le 9 octobre 2019, Ankara avait lancé l'opération «Source de la paix», visant à retirer les forces kurdes de la «zone de sécurité» à la frontière entre la Syrie et la Turquie.

    Les États-Unis s'inscrivent également dans ce contexte, considérant les SDF comme un allié important dans la lutte contre l'Etat islamique. À cet égard, selon ce qui a été rapporté par des sources syriennes, au cours des dernières semaines, Washington a envoyé du matériel militaire et du matériel logistique dans la région de Yaroubia, dans la banlieue est de Hasakeh. En outre, 10 véhicules de transport de troupes ont été transférés à Al-Malikiyah, une ville également située à la périphérie de Hasakeh, près de la frontière avec la Turquie, où une mobilisation militaire croissante est surveillée, probablement par crainte d'une nouvelle opération militaire d'Ankara. Pour Damas, la présence des forces américaines en Syrie est «illégale».

    Parallèlement, le 1er février, le quotidien al-Araby al-Jadeed a rapporté qu'un avion-cargo russe avait atterri à l'aéroport de Qamishli, à la périphérie de Hasakeh, transportant 75 mercenaires de la société russe "Wagner" soutenue par Moscou, cela, dans un contexte de tension croissante entre Damas et l'administration autonome kurde. Selon des sources locales, les mercenaires ont ensuite été transférés vers la base aérienne russe de Khmeimim.

    Selon les dernières données de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), 113 civils ont été tués en janvier. Parmi les victimes, il y a 36 enfants et 6 femmes.

  • Syrie : Attaque de drones turcs et intenses bombardements contre les Forces Démocratiques Syriennes dans le nord-est syrien

    Imprimer

    Mardi 20 octobre, un drone turc a frappé la périphérie de la ville d'Al-Malikiyah, au nord-est de la Syrie, qui est contrôlée par les Forces démocratiques syriennes (FDS), majoritairement kurdes.

    Selon les Asayish, les forces de sécurité des FDS, la frappe a coûté la vie à deux civils.

    "De nombreux drones des forces d'occupation turques survolent les villes du nord et du nord-est de la Syrie depuis un certain temps déjà", ont déclaré les Asayish, "ils prennent pour cible des civils et des installations civiles de temps en temps".

    Quelques heures après l'attaque de drones sur al-Malikiyah, des miliciens syriens pro-turcs ont lancé une attaque sur la ville d'Ain Issa dans la province de Raqqa.

    Aucune avancée terrestre n'a été signalée. Cependant, le centre de la ville a fait l'objet d'un intense bombardement par les forces turques. Un certain nombre de personnes auraient été blessées par les bombardements.

    La semaine dernière, un enfant de 13 ans a été tué par les bombardements des forces turques sur Ain Issa et ses environs. Le représentant spécial des États-Unis pour l'engagement en Syrie, James Jeffrey, a condamné ces bombardements.

    Les attaques répétées des Turcs sur le nord-est de la Syrie violent deux accords qu'Ankara a signés l'année dernière avec Moscou et Washington. Ces provocations pourraient bientôt conduire à une nouvelle escalade dans la région.

  • Syrie: L'armée américaine est intervenue pour contrer une tentative d'expansion de l'armée russe

    Imprimer

    Un groupe de manifestants a empêché un détachement de l'armée russe d'installer un poste militaire dans la province de Hassaké, dans le nord-est du pays. L'épisode, survenu le 11 octobre, a provoqué l'intervention des forces américaines dans le secteur où les soldats de Moscou tentaient de se déployer.

    Un militant local, Ahmed Al-Khalil, a déclaré au journal Al-Araby Al-Jadeed que les habitants du village d'Ain Dewar, situé dans la zone rurale d'Al-Malikiyah, une ville située à la frontière entre la Syrie et la Turquie, après avoir intercepté le convoi russe composé de 11 véhicules militaires, ont obstrué les accès à la zone où l'armée russe avait l'intention d'établir un nouveau poste militaire. Un hélicoptère russe, volant à basse altitude, a survolé le convoi, probablement dans l'intentin de faire céder les civils. Les militaires russes ont tenté de convaincre les habitants d'Aïn Dewar en leur assurant qu'ils ne resteraient dans la zone que pendant une période de deux semaines pour former les forces locales. Cependant, la population d'Ain Dewar n'a pas accepté l'entrée du convoi russe qui, grâce également à l'intervention des forces américaines, a été contraint de se retirer.

    Selon al-Araby al-Jadeed, des avions américains sont intervenus pour pourchasser les hélicoptères russes alors qu'ils survolaient Hassaké, tandis que les soldats américains fermaient les voies d'accès pour empêcher les patrouilles de l'armée russe de tenter de rentrer dans la zone. Ni le ministère russe de la Défense ni les forces de Moscou stationnées sur la base de Hmeimim n'ont commenté l'incident.

    Selon le journal Asharq al-Awsat, ce qui s'est passé le 11 octobre fait partie des frictions entre la Russie et les États-Unis, tous deux souhaitant établir une présence militaire dans les régions à l'est de l'Euphrate. Cependant, il apparaît que la population civile est de plus en plus opposée à la présence de l'armée russe dans le nord-est de la Syrie. Les forces américaines, même dans le passé, ont intercepté et entravé à plusieurs reprises les patrouilles russes à Qamishli ou d'autres régions à l'ouest de la province de Hassaké. Moscou, pour sa part, se base sur ses accords avec la Turquie, pour renforcer sa présence militaire autour des zones appartenant aux Forces Démocratiques Syriennes (FDS), près des frontières turco-syriennes, provoquant une réaction des forces américaines.

    Dans ce contexte, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avait précédemment mis en garde contre le comportement de Washington et l'approche adoptée à l'égard des Kurdes syriens, qualifiée de dangereuse, ou de « catastrophique» pour toute la région. Il a accusé les forces américaines de favoriser les tendances séparatistes des kurdes, les incitant à s’opposer au gouvernement syrien et empêchant ainsi l'ouverture de canaux de dialogue avec Damas. Par conséquent, selon Lavrov, les actions des États-Unis pourraient conduire à une situation "explosive", ainsi qu'à un chaos généralisé, qui pourrait avoir des répercussions dans les pays voisins.

    Parallèlement, on assiste également à un renforcement de la présence de l’armée américaine dans le nord-est de la Syrie. Des sources locales ont déclaré qu’un convoi militaire américain, composé d’environ 25 véhicules, était entré dans la ville de Tal Kujer par le poste frontière d’al-Walid ces derniers jours. Les médias moscovites accusent les Etats Unis de « voler » le pétrole syrien de la région. Ainsi, le 10 octobre, un convoi de 20 camions citernes a été observé quittant la province de Hassaké pour se diriger vers les territoires irakiens. Des sources russes ont également observé 54 chars américains sur la route M4 entre Qamishli et Hassaké, dans le nord-est de la Syrie.

    Les accusations russes sont reprises par Damas qui accuse Washington de voler les ressources pétrolières syriennes et de maintenir à cet effet 500 membres des forces spéciales américaines dans la région contrôlée par les kurdes des Forces Démocratiques Syriennes.

    Depuis leur formation le 10 octobre 2015, les Forces Démocratiques Syrienns (FDS) ont joué un rôle fondamental dans la lutte contre l'État islamique en Syrie, contribuant à la libération progressive des bastions occupés par les jihadistes. Leurs opérations militaires ont été largement soutenues par les États-Unis, qui fournissaient des armes et une couverture aérienne. En octobre 2019, Washington avait annoncé qu'il retirerait la plupart de ses troupes du nord-ouest de la Syrie, tout en laissant un «petit nombre» pour protéger les champs pétrolifères.

    Le conflit syrien a commencé le 15 mars 2011 et se poursuit toujours. Les forces du régime, affiliées au président syrien, Bashar al-Assad affrontent les groupes rebelles, qui souhaitent renverser le gouvernement. Les combats actuels sont principalement concentrés dans la province d’Edleb, le dernier bastion encore contrôlé par des groupes d'opposition, où un cessez-le-feu conclu entre la Russie et la Turquie le 5 mars 2020 est actuellement en vigueur. Mais ce cessez-le-feu reste très fragile et on s’attend à une reprise des affrontements à grande échelle.

    La Russie est intervenue dans le conflit le 30 septembre 2015, bombardant les régions de Homs et Hama, alors contrôlées par la rébellion. Selon certaines sources, Ankara et Moscou ont décidé de préserver le statu quo actuel à Edleb et à Hassaké. Selon certains observateurs, la Russie cherche à empêcher une nouvelle offensive turque contre les Kurdes des Forces Démocratiques Syriennes et autres groupes armés kurde, afin d'éviter une plus grande intervention de Washington qui les soutient.