Aïn Dewar (région de Hassaké)

  • Syrie: L'armée américaine est intervenue pour contrer une tentative d'expansion de l'armée russe

    Imprimer

    Un groupe de manifestants a empêché un détachement de l'armée russe d'installer un poste militaire dans la province de Hassaké, dans le nord-est du pays. L'épisode, survenu le 11 octobre, a provoqué l'intervention des forces américaines dans le secteur où les soldats de Moscou tentaient de se déployer.

    Un militant local, Ahmed Al-Khalil, a déclaré au journal Al-Araby Al-Jadeed que les habitants du village d'Ain Dewar, situé dans la zone rurale d'Al-Malikiyah, une ville située à la frontière entre la Syrie et la Turquie, après avoir intercepté le convoi russe composé de 11 véhicules militaires, ont obstrué les accès à la zone où l'armée russe avait l'intention d'établir un nouveau poste militaire. Un hélicoptère russe, volant à basse altitude, a survolé le convoi, probablement dans l'intentin de faire céder les civils. Les militaires russes ont tenté de convaincre les habitants d'Aïn Dewar en leur assurant qu'ils ne resteraient dans la zone que pendant une période de deux semaines pour former les forces locales. Cependant, la population d'Ain Dewar n'a pas accepté l'entrée du convoi russe qui, grâce également à l'intervention des forces américaines, a été contraint de se retirer.

    Selon al-Araby al-Jadeed, des avions américains sont intervenus pour pourchasser les hélicoptères russes alors qu'ils survolaient Hassaké, tandis que les soldats américains fermaient les voies d'accès pour empêcher les patrouilles de l'armée russe de tenter de rentrer dans la zone. Ni le ministère russe de la Défense ni les forces de Moscou stationnées sur la base de Hmeimim n'ont commenté l'incident.

    Selon le journal Asharq al-Awsat, ce qui s'est passé le 11 octobre fait partie des frictions entre la Russie et les États-Unis, tous deux souhaitant établir une présence militaire dans les régions à l'est de l'Euphrate. Cependant, il apparaît que la population civile est de plus en plus opposée à la présence de l'armée russe dans le nord-est de la Syrie. Les forces américaines, même dans le passé, ont intercepté et entravé à plusieurs reprises les patrouilles russes à Qamishli ou d'autres régions à l'ouest de la province de Hassaké. Moscou, pour sa part, se base sur ses accords avec la Turquie, pour renforcer sa présence militaire autour des zones appartenant aux Forces Démocratiques Syriennes (FDS), près des frontières turco-syriennes, provoquant une réaction des forces américaines.

    Dans ce contexte, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avait précédemment mis en garde contre le comportement de Washington et l'approche adoptée à l'égard des Kurdes syriens, qualifiée de dangereuse, ou de « catastrophique» pour toute la région. Il a accusé les forces américaines de favoriser les tendances séparatistes des kurdes, les incitant à s’opposer au gouvernement syrien et empêchant ainsi l'ouverture de canaux de dialogue avec Damas. Par conséquent, selon Lavrov, les actions des États-Unis pourraient conduire à une situation "explosive", ainsi qu'à un chaos généralisé, qui pourrait avoir des répercussions dans les pays voisins.

    Parallèlement, on assiste également à un renforcement de la présence de l’armée américaine dans le nord-est de la Syrie. Des sources locales ont déclaré qu’un convoi militaire américain, composé d’environ 25 véhicules, était entré dans la ville de Tal Kujer par le poste frontière d’al-Walid ces derniers jours. Les médias moscovites accusent les Etats Unis de « voler » le pétrole syrien de la région. Ainsi, le 10 octobre, un convoi de 20 camions citernes a été observé quittant la province de Hassaké pour se diriger vers les territoires irakiens. Des sources russes ont également observé 54 chars américains sur la route M4 entre Qamishli et Hassaké, dans le nord-est de la Syrie.

    Les accusations russes sont reprises par Damas qui accuse Washington de voler les ressources pétrolières syriennes et de maintenir à cet effet 500 membres des forces spéciales américaines dans la région contrôlée par les kurdes des Forces Démocratiques Syriennes.

    Depuis leur formation le 10 octobre 2015, les Forces Démocratiques Syrienns (FDS) ont joué un rôle fondamental dans la lutte contre l'État islamique en Syrie, contribuant à la libération progressive des bastions occupés par les jihadistes. Leurs opérations militaires ont été largement soutenues par les États-Unis, qui fournissaient des armes et une couverture aérienne. En octobre 2019, Washington avait annoncé qu'il retirerait la plupart de ses troupes du nord-ouest de la Syrie, tout en laissant un «petit nombre» pour protéger les champs pétrolifères.

    Le conflit syrien a commencé le 15 mars 2011 et se poursuit toujours. Les forces du régime, affiliées au président syrien, Bashar al-Assad affrontent les groupes rebelles, qui souhaitent renverser le gouvernement. Les combats actuels sont principalement concentrés dans la province d’Edleb, le dernier bastion encore contrôlé par des groupes d'opposition, où un cessez-le-feu conclu entre la Russie et la Turquie le 5 mars 2020 est actuellement en vigueur. Mais ce cessez-le-feu reste très fragile et on s’attend à une reprise des affrontements à grande échelle.

    La Russie est intervenue dans le conflit le 30 septembre 2015, bombardant les régions de Homs et Hama, alors contrôlées par la rébellion. Selon certaines sources, Ankara et Moscou ont décidé de préserver le statu quo actuel à Edleb et à Hassaké. Selon certains observateurs, la Russie cherche à empêcher une nouvelle offensive turque contre les Kurdes des Forces Démocratiques Syriennes et autres groupes armés kurde, afin d'éviter une plus grande intervention de Washington qui les soutient.