Adigrat

  • Ethiopie : L'armée menace la capitale du Tigray d'un assaut "impitoyable"

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    L'armée éthiopienne a prévenu dimanche 22 novembre de l'imminence d'une virulente attaque contre Mekele, capitale régionale dissidente du Tigray et siège du gouvernement local que le pouvoir fédéral cherche à déloger, appelant les civils à fuir tant qu'il est encore temps.

    "La prochaine bataille décisive est d'encercler Mekele avec des chars", a déclaré à des médias gouvernementaux un porte-parole de l'armée, Dejene Tsegaye, menaçant d'assiéger la ville, fief du Front de libération du peuple du Tigray (TPLF) qui dirige la région. Ce porte-parole a ajouté à l'attention du demi-million d'habitants: "Sauvez-vous. Des directives vous ont été communiquées pour vous dissocier de la junte, après il n'y aura aucune pitié".

    Debretsion.jpegLe Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a déclenché cette opération le 4 novembre contre le TPLF, les accusant de chercher à déstabiliser le gouvernement fédéral et d'avoir attaqué deux bases militaires éthiopiennes dans la région, ce que nient les autorités tigréennes. Le chef du TPLF, Debretsion Gebremichael (photo), a promis de livrer des "combats acharnés" pour freiner l'avance de l'armée éthiopienne. "Ils continueront à payer pour chaque mouvement", a-t-il déclaré à l'AFP. Il a aussi prévenu qu'une attaque sur Mekele ne marquerait pas la fin du conflit: "Tant que la force d'occupation sera au Tigray, les combats ne cesseront pas". Samedi, le gouvernement avait affirmé que l'armée avançait vers Mekele et avait pris le contrôle de plusieurs villes, dont Aksoum et Adigrat, à quelque 117 km au nord de la capitale régionale.

    Région coupée du monde
    "Les forces militaires ont pris le contrôle de la ville Edaga Hamus, qui est sur la route allant d'Adigrat à Mekele" et située à 100 km de Mekele, a déclaré dimanche une agence gouvernementale, Ethiopia State of Emergency Fact Check. "Les forces sont actuellement en train d'avancer vers le dernier objectif de l'opération, la ville de Mekele", a-t-elle ajouté. Aucune des affirmations de l'un ou l'autre camp ne sont vérifiables de source indépendante, le Tigray étant quasiment coupé du monde.

    Le TPLF a assuré samedi que des civils avaient été tués lors d'un "intense bombardement" d'Adigrat par l'armée éthiopienne. Le gouvernement affirme que l'opération militaire ne cible pas les civils. Aucun bilan précis des combats, qui ont fait au moins des centaines de morts depuis le 4 novembre, n'est disponible de source indépendante. Mais plus de 36.000 Ethiopiens ont déjà gagné le Soudan, selon la Commission des réfugiés du Soudan.

    Jusqu'à présent, les deux camps n'ont pas répondu aux appels à la désescalade de la communauté internationale, inquiète des risques de déstabilisation de Corne de l'Afrique.

    L'Erythrée impliquée
    Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres a demandé "l'ouverture de corridors humanitaires" pour venir en aide à la population prise au piège des combats. L'opération militaire d'Addis Abeba a dépassé les frontières du pays, avec au nord des tirs de roquettes du TPLF qui ont visé la capitale de l'Erythrée Asmara.

    Le TPLF accuse les autorités érythréennes de laisser les forces d'Addis Abeba utiliser son territoire et l'armée érythréenne de leur prêter main-forte dans des combats au Tigray.

    Après avoir dominé durant 15 ans la lutte armée en Ethiopie contre le régime militaro-marxiste du Derg, renversé en 1991, le TPLF a contrôlé d'une main de fer durant près de trois décennies l'appareil politique et sécuritaire du pays, avant d'être progressivement écarté par M. Abiy depuis qu'il est devenu Premier ministre en 2018. Les responsables du TPLF se sont retranchés dans leur fief du Tigray, d'où ils ont défié ces derniers mois l'autorité du gouvernement fédéral.

    Plusieurs mois de tensions ont culminé avec l'organisation au Tigray d'un scrutin qualifié "d'illégitime" par le gouvernement fédéral et le refus du TPLF de laisser un général de l'armée fédérale prendre ses fonctions au Tigray. En envoyant l'armée au Tigray, M. Abiy affirme avoir répondu aux attaques de deux bases militaires de la région par les forces du TPLF.

  • Ethiopie : L'armée fédérale fait état d'avancées militaires au Tigray, rejette toute discussion

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    Le gouvernement éthiopien a fait état samedi d'avancées militaires dans la région dissidente du Tigray, restant sourd à la pression internationale pour faire cesser le conflit qui a causé la fuite de dizaines de milliers de personnes et fait craindre un désastre humanitaire.

    "Nos forces sont en train d'avancer vers Mekele", la capitale de la région dissidente, a déclaré samedi un média gouvernemental, Ethiopia State of Emergency Fact Check. Mekele est le fief du Front de libération des peuples du Tigray (TPLF), qui dirige la région.

    Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a déclenché cette opération le 4 novembre contre le TPLF, les accusant de chercher à déstabiliser le gouvernement fédéral et d'avoir attaqué deux bases militaires éthiopiennes dans la région, ce que nient les autorités tigréennes. Selon l'agence gouvernementale, l'armée a par ailleurs pris le contrôle d'une série de villes au Tigray, dont Aksoum et Adigrat, à quelque 117 km au nord de Mekele.

    Le TPLF n'a pour l'heure fait aucune déclaration.

    Aucune des affirmations de l'un ou l'autre camp ne sont vérifiables de source indépendante, le Tigray étant quasiment coupé du monde.

    Dans un communiqué samedi, le Premier ministre éthiopien a salué l'avancée de l'armée. "Nos forces ont désormais pleinement libéré la ville d'Adigrat de la milice du TPLF", a-t-il dit. "Ensemble, avec le reste de l'Ethiopie, nous allons faire en sorte de répondre à tous les besoins humanitaires", a-t-il ajouté. Jusqu'à présent, le Premier ministre n'a pas répondu aux appels internationaux à la paix.

    L'Union africaine a désigné trois anciens présidents comme envoyés spéciaux en Ethiopie pour tenter une médiation, a annoncé vendredi soir le chef de l'Etat sud-africain Cyril Ramaphosa, qui assure actuellement la présidence tournante de l'UA. L'UA n'a toutefois pas précisé à quelle date les trois émissaires seront en mesure de se rendre sur place. L'agence Ethiopia State of Emergency Fact Check a indiqué que le Premier ministre rencontrerait ces émissaires. Elle a néanmoins contredit M. Ramaphosa en indiquant : "Les informations selon lesquelles les envoyés spéciaux se rendront en Ethiopie pour une médiation entre le gouvernement fédéral et les forces criminelles du TPLF sont fausses".

    Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a déploré que "jusqu'à présent, il n'y a aucun accord des autorités éthiopiennes pour une médiation externe". Avec ce conflit, quelque 36.000 Ethiopiens ont déjà gagné le Soudan, selon la Commission des réfugiés du Soudan. Antonio Guterres a demandé "l'ouverture de corridors humanitaires" pour venir en aide à la population prise au piège des combats.

  • L'Ethiopie "rêve" si elle croit à une victoire rapide, dit le président du Tigray

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    Ceux qui croient en une victoire prochaine de l'armée fédérale éthiopienne au Tigray "rêvent éveillés", a assuré vendredi le président de cette région dissidente d'Ethiopie, démentant la fin rapide, promise par le gouvernement, de l'opération militaire lancée le 4 novembre. Jeudi, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, a promis une victoire "d'ici relativement peu de temps" face aux forces du Front de libération des Peuples du Tigray (TPLF), parti qui dirige de longue date cette région du Nord du pays.

    Cette affirmation "est un rêve éveillé", lui a répondu le président du Tigray, Debretsion Gebremichael, joint par l'AFP depuis Addis Abeba via une messagerie. "Nous sommes des gens fiers qui pouvons nous défendre. (Cette terre) est un cimetière pour les envahisseurs", a-t-il ajouté.

    M. Debretsion a également fermement démenti l'implication des troupes loyales au TPLF dans un "massacre" de civils au Tigray, comme l'affirment des témoignages rapportés jeudi par Amnesty international. "Cela ne repose sur rien. Cela ne peut pas être lié à nous", a-t-il affirmé, ajoutant: "Nous avons nos valeurs, nous avons nos règles. Nous savons comment traiter les gens."

    Il a revanche accusé l'aviation éthiopienne d'avoir tué des civils lors de ses frappes à Mekele, la capitale régionale, et à Adigrat, localité proche de la frontière avec l'Erythrée. Il a également souligné que les combats avaient déplacé des centaines de milliers de personnes à l'intérieur du Tigray.

    Le Tigray accuse l'Erythrée d'implication dans le conflit
    "La conséquence la plus importante du conflit pour le moment ce sont les déplacements. Bien sûr il y a des morts, mais nous n'avons pas les chiffres", a-t-il déclaré, accusant également l'armée de l'Erythrée voisine d'être impliquée dans le conflit, ce que dément l'Ethiopie.

    Le blackout sur les communications dans la région et les restrictions aux déplacements des journalistes rendent difficiles la vérification indépendante des informations de chaque camp. Un mandat d'arrêt a été lancé jeudi par la justice éthiopienne contre M. Debretsion et 63 autres personnes considérées comme "mettant en danger l'existence" de l'Ethiopie.

    M. Abiy justifie son intervention militaire par la nécessité de rétablir des "institutions légitimes" au Tigray, où les autorités défient depuis plusieurs mois le gouvernement fédéral et après les attaques de deux bases de l'armée éthiopienne sur place qu'il a attribuées aux forces loyales au TPLF, mais que celui-ci dément.

    Vendredi, le bureau du Premier ministre a annoncé la nomination de Mulu Nega, jusqu'ici ministre des Sciences et de l'Education supérieure, au poste de directeur d'une nouvelle "administration provisoire de l'Etat régional du Tigray".