Abdelbari Nasreddin (ministre de la justice)

  • Soudan : la charia abolie

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    Le Soudan a interdit les mutilations génitales féminines, les interdits sur la conversion de l'islam et la consommation d'alcool pour les non-musulmans, dans une démarche qui vise à démanteler la loi coranique (charia) après près de quatre décennies de politiques islamistes strictes sous le régime de l'ancien président Omar Béchir. Le nouvel exécutif de transition soudanais, présidé par le Premier ministre, Abdalla Hamdok, semble avoir accéléré le rythme des réformes pour répondre aux demandes des militants pro-démocratie qui réclamaient un changement plus rapide.
    Les lois qui viennent d'être annoncées impliquent que la minorité non musulmane du Soudan ne sera plus criminalisée pour la consommation d'alcool dans des lieux privés, a affirmé le ministre de la Justice, Nasreddin Abdelbari, à la télévision d'Etat. Pour les musulmans, cependant, l'interdiction restera en vigueur. La peine de mort sera également supprimée pour les musulmans qui se convertissent à une autre religion et les mutilations génitales féminines seront criminalisées. En bref, la réforme abrogera la charia, la législation basée sur le Coran introduite en 1983. Cependant, c'est avec le coup d'État de 1989 de l'ancien président Al-Bachir que le Soudan est devenu le premier État islamique sunnite au monde.
    Les militants tentent depuis un certain temps d'obtenir une interdiction des mutilations génitales féminines. Une enquête soutenue par l'ONU en 2014 a estimé que 87 % des femmes et des filles soudanaises âgées de 15 à 49 ans étaient soumises à cette pratique. Toutefois, toute personne reconnue coupable de mutilation génitale sera désormais condamnée à une peine maximale de trois ans d'emprisonnement. "Les mutilations génitales féminines dégradent la dignité des femmes", a déclaré le ministère de la Justice dans sa déclaration.
    Si beaucoup ont accueilli avec satisfaction l'adoption tant attendue de la loi, certains groupes de défense des droits de l'homme avertissent que cette pratique est profondément ancrée dans la société et que l'application de sanctions pourrait ne pas suffire à résoudre le problème. Néanmoins, cette initiative, à la fois symbolique et efficace, a suscité l'espoir d'une plus grande protection des libertés individuelles dans un pays qui s'achemine, après un certain temps, vers des élections démocratiques en 2022. Une autre nouveauté pour les femmes soudanaises sera qu'elles n'auront plus besoin de la permission des membres masculins de leur famille pour voyager avec leurs enfants ou qu'elles pourront librement décider de porter un pantalon en public. Les nouvelles règles "garantiront la liberté religieuse et l'égalité des citoyens, ce qui est un élément nécessaire pour un pays qui fonde désormais son action sur l'État de droit", a souligné le ministre Abdelbari.
    Les espoirs d'une transition démocratique et d'une stabilisation interne ont été réalisés au Soudan le 17 juillet 2019, avec la formation d'un nouveau gouvernement, de composition mixte, créé dans le but de mettre fin aux conflits en cours et de répondre aux demandes des citoyens, avides d'une percée politique après des années de régime autoritaire. Le nouveau Premier ministre du Soudan, Abdalla Hamdok, a prêté serment le 21 août 2019 en tant que chef du gouvernement de transition, promettant de rétablir la stabilité au niveau national, de résoudre la crise économique et d'assurer une paix durable. Depuis son entrée en fonction, le Premier ministre a cherché à donner la priorité à la résolution des conflits dans les régions les plus critiques du pays, s'engageant à mener à bien les négociations pour la signature d'un accord de paix stable et durable.