15e division

  • Syrie : La trêve ne tient pas à Deraa

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    L'accord conclu dans le gouvernorat de Deraa , dans le sud de la Syrie, entre le gouvernement et des groupes locaux affiliés à l'Armée syrienne libre (ASL), ne semble pas avoir conduit à la trêve souhaitée.

    Mardi 27 juillet, d'anciens rebelles ont ouvert le feu sur une élément de la 4e division de l'armée arabe syrienne (AAS) qui pénétrait dans Daraa al-Balad pour établir des postes convenus au préalable. Les rebelles ont répondu, ce qui a entraîné des affrontements. On rapporte qu'il y a des victimes. Les affrontements se sont calmés en fin de journée du mardi, les autorités syriennes et les dirigeants locaux s'étant réunis pour sauver l'accord. Néanmoins, la situation s'est encore aggravée mercredi 28 juillet, lorsque les affrontements ont repris autour de Daraa al-Balad.

    Un accord avait été conclu dans la soirée du 25 juillet 2021 par des délégués du gouvernement syrien et des membres du Comité central de Deraa, dans le but d'éviter, selon des notables locaux, "un bain de sang" . En plus d'établir la formation d'un comité mixte pour faciliter la réinstallation d'environ 135 jeunes et résidents recherchés par les forces sécuritaires dans la région, les habitants de Deraa avaient accepté de livrer les armes individuelles exigées par l'armée syrienne en échange de la fin des "opérations provocatrices" de Damas. En outre, il était prévu la réouverture des points de passage fermés ces dernières semaines  et la promesse que les forces d'Assad ne se déploieraient pas à certains endroits de la région, notamment à Daraa al-Balad.

    L'accord est intervenu après que les forces pro-gouvernementales aient assiégé la région de Daraa al-Balad pendant environ 28 jours, empêchant l'entrée de secours et de l'aide humanitaire, destinés à environ 11 000 familles. Il s'agissait d'une « mesure punitive » résultant du refus de la population de ces quartiers de participer aux dernières élections présidentielles. Selon certains, l'objectif du gouvernement syrien était de convaincre les habitants de Deraa de remettre les armes, tant lourdes que légères, en leur possession, afin d'éviter de nouvelles vagues de violence. En retour, Damas promettait qu'il retirerait ses "commissions armées locales" aliées.

    Selon des informations de Horan Free League , une organisation médiatique active dans le sud de la Syrie, le 27 juillet, les deux parties ont tenu un nouveau cycle de négociations, qui s'est avéré peu concluant. Concrètement, Damas insistait sur le déploiement de ses forces dans la région, alors que le Comité central continuait de s'y opposer, demandant que soit respecté ce qui avait été convenu le 25 juillet, à savoir l'entrée des seuls membres de la 15e division, qui devraient être stationnés à des points précis. En outre, la population locale a accusé les forces pro-gouvernementales d'avoir tiré des obus de mortier contre le sud de Daraa al-Balad, faisant 2 morts et 3 blessés parmi les civils. Dans l'après-midi du 27 juillet, des membres de la « quatrième division » auraient mené des raids et des opérations de ratissage dans les zones sud et est de Deraa al-Balad, cambriolant des maisons, provoquant la riposte des jeunes locaux, tirant en l'air pour dissuader les soldats d'Assad de se rapprocher. Un scénario similaire a conduit les notables et les cheikhs de Deraa à exiger que les habitants soient transférés de la zone de Deraa al-Balad vers "un lieu sûr", alors que de nombreux habitants se sont déjà réfugiés dans la zone de Deraa al-Mahatta, pour échapper aux attaques des forces gouvernementales.

    La région de Deraa est connue pour être le berceau de la révolution en Syrie, qui a commencé le 15 mars 2011 et se poursuit toujours. C'est notamment ici que de jeunes rebelles ont inscrit les premiers slogans anti-régime sur un mur, dont « C'est votre tour, docteur », en référence au président syrien Assad. L'accord de cessez-le-feu à Deraa, Quneitra et Suweida remonte à juillet 2017, auquel les États-Unis, la Russie et la Jordanie ont également participé. Des combattants locaux et des familles ont ensuite évacué la zone en juillet 2018, après des semaines de violents bombardements, suivis d'un accord de réconciliation avec le régime syrien sous les auspices russes.

    Contrairement à d'autres zones environnantes, qui au fil du temps sont revenues aux mains du régime, l'armée d'Assad n'a pas déployé ses forces dans la région, s'appuyant sur des alliés locaux pour assurer la sécurité de la province. Cependant, de nombreux combattants de l'opposition sont restés dans le gouvernorat, maintenant le contrôle de vastes zones rurales dans le sud, l'est et l'ouest. Certains coopèrent avec les institutions étatiques, d'autres ont rejoint le contingent militaire du régime soutenu par la Russie. Ainsi, les différents groupes d'opposition du gouvernorat de Deraa sont en partie soutenus par Moscou, avec une référence particulière à ceux situés dans le nord et le nord-est, tandis que d'autres reçoivent le soutien de Téhéran et du Hezbollah. Malgré l'accord, depuis 2018, Deraa est le théâtre d'embuscades, de meurtres et d'attaques qui ont visé des civils et des militaires, tant au sein des forces d'Assad que parmi ceux qui travaillaient auparavant au sein des groupes rebelles. Selon des organisations des droits de l'homme présentes dans le sud de la Syrie, 30 à 60 meurtres se déroulent par mois dans la région.

    À l'heure actuelle, selon certains analystes, Damas essaie de revenir sur l'accord de 2018, pour tenter « d'imposer un fait accompli ». La région sud avait déjà été le théâtre de tensions entre janvier et février 2021. Celles-ci avaient conduit le gouvernement syrien à menacer d'une opération militaire, au cas où les groupes locaux de Deraa n'accepteraient pas ses demandes, c'est-à-dire de déposer leur armes et transférer les anciens combattants des groupes rebelles à Edleb, la région du nord-ouest syrien toujours contrôlée par les factions rebelles. Le 8 février,  les deux parties sont parvenues à un accord qui a permis d'éviter une nouvelle escalade. 

    Vidéo des combats
    daraa-siria.png

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