27/09/2017

Arabie saoudite : Le roi Salmane autorise les Saoudiennes à conduire

Arabie saoudite 
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Le roi Salmane autorise les Saoudiennes à conduire
Roi Salmane 
Décision historique en Arabie saoudite : le seul pays au monde qui interdisait aux femmes de conduire, va finalement les autoriser à prendre le volant, selon un décret royal. Le roi Salmane a ordonné "de permettre de délivrer des permis indifféremment aux hommes et aux femmes", indique le décret publié mardi soir 26 septembre par l'agence officielle SPA.
Avant d'abolir l'interdiction de conduire, le souverain saoudien a pesé les "inconvénients de l'interdiction et ses avantages", précise le décret. Selon lui, "la majorité des grands oulémas (les docteurs de la foi) était en faveur d'une mesure permettant aux femmes de conduire", marquant ainsi un infléchissement, ces derniers s'y étant vivement opposés dans le passé. L'interdiction de conduire était l'une des mesures les plus symboliques de la discrimination envers les femmes au sein du royaume wahhabite. 
Le décret ordonne la formation d'un organe ministériel consultatif dont l'avis sera rendu dans les 30 jours et précise que la mesure entrera en vigueur d'ici juin 2018, selon l'agence de presse SPA. 
Vent de changement
Cette décision intervient alors qu'un vent de changement souffle depuis quelques mois sur le royaume.
À l'occasion de la 87e fête nationale saoudienne, célébrée le 23 septembre, les autorités ont par exemple décidé cette année d'ouvrir les portes des stades aux femmes. Jusqu'ici, les femmes n'étaient pas admises dans les stades en application de la règle de séparation entre les sexes dans les espaces publics. Samedi dernier, hommes et femmes ont dansé dans la rue au rythme de percussions et de musique électronique, des scènes inédites dans un pays connu pour la ségrégation des sexes et une vision austère de l'islam.
En mars dernier, le royaume avait déjà permis aux femmes d'effectuer certaines démarches administratives seules. Elles peuvent désormais chercher du travail, s'inscrire à l'université de leur propre chef, et les femmes divorcées ont le droit d'être titulaires d'une carte d'identité propre, ce qui n'était pas le cas auparavant. Et en juillet, des militants des droits de l'Homme se sont félicités d'une décision du ministère de l'Éducation permettant aux jeunes filles de faire du sport dans les écoles publiques. Autre décision marquante : il y a deux ans, les Saoudiennes avaient obtenu le droit de voter et de se présenter aux élections municipales.
L'interdiction de conduire - un handicap dans la vie quotidienne
L'interdiction de conduire représentait non seulement un véritable handicap dans la vie quotidienne des femmes, mais freinait également l'économie saoudienne dans son ensemble puisqu'en pratique, les femmes étaient dépendantes d'un membre masculin de leur famille ou d'un chauffeur pour se rendre sur leur lieu de travail. Par conséquent, certaines préféraient renoncer purement et simplement à la vie active.
En novembre 2016, le prince et milliardaire saoudien Al-Walid ben Talal, connu pour son franc-parler, avait lancé un vibrant appel pour que les femmes obtiennent enfin le droit de conduire en Arabie saoudite. Il avait parlé du "coût économique" du fait que les femmes dépendent, pour se déplacer, de chauffeurs privés "étrangers" ou de taxis. Et si un mari trouve le temps de conduire son épouse, cela suppose qu'il s'absente de son travail, réduisant sa productivité, avait-il déploré.
Le programme "Vision 2030" du prince héritier Mohammad Ben Salmane
Le prince héritier Mohammad Ben Salmane 
Toutes ces réformes sont à placer dans un cadre plus large et plus structuré, celui de la « Vision 2030 », ambitieux programme de diversification économique dévoilé en 2016 et porté par le jeune prince héritier Mohammad ben Salmane (32 ans), fils du roi Salmane, visant à orienter le royaume vers une société de connaissance plutôt que de rester cloîtré dans une économie uniquement fondée sur les pétrodollars. Et pour ce faire, les tenants du pouvoir semblent être de plus en plus conscients de l'importance du rôle de la femme, ce qui les conduit, certes lentement, à déblayer le terrain pour lui permettre de se poser en véritable citoyenne.
Il reste que pour voyager, elles sont toujours contraintes d'obtenir l'aval d'un tuteur. De plus, le port de l'abaya en public demeure également un handicap physique, qui limite leur liberté de mouvement.  
 
Jean René Belliard