06/11/2017

Le Liban après la démission de Hariri ne sera plus jamais le même

Liban  
Sabhane
Le Liban après la démission de Hariri ne sera plus jamais le même
Thamer el-Sabhane, ministre pour les affaires du Golfe 
Le ministre saoudien pour les Affaires du Golfe, Thamer el-Sabhane, a affirmé lundi matin 6 novembre que le Liban, après la démission samedi de son Premier ministre, Saad Hariri, "ne sera plus jamais le même".
"Le Liban, après la démission (de Saad Hariri), ne sera plus jamais le même. Il n'acceptera plus d'être une base pour le terrorisme contre nos pays. Et les dirigeants libanais ont le choix de faire de leur pays un État de terrorisme ou de paix", a écrit le responsable saoudien qui mène une offensive verbale virulente contre le Hezbollah depuis plusieurs semaines.
Ses propos interviennent moins de 48h après la démission surprise de Saad Hariri au moment où il se trouvait en Arabie saoudite. Le Premier ministre démissionnaire avait alors lu un discours dans lequel il fustigeait le Hezbollah et l'Iran, affirmant également craindre pour sa vie.
Le 30 octobre déjà, Thamer el-Sabhane avait souligné que "ceux qui s'imaginent que la teneur de (ses) tweets reflète un point de vue personnel vivent dans l'illusion, et ils verront dans les prochains jours ce qu'il se passera".
Selon certains observateurs, l'Arabie saoudite aurait poussé M. Hariri à démissionner. Mais quelques heures après cette démission, Thamer el-Sabhane avait assuré que Riyad n'avait pas incité le Premier ministre libanais à jeter l'éponge.
Liban, Syrie, Irak, Yémen : les dossiers de la tension entre Riyad et Téhéran
La démission de Saad Hariri intervient dans un contexte de fortes tensions sur plusieurs dossiers entre les deux poids lourds de la région, l'Arabie saoudite sunnite, qui soutient M. Hariri, et l'Iran chiite, grand allié du Hezbollah. Les deux puissances régionales sont farouchement opposées sur des questions comme la Syrie, le Yémen et le Liban, où elles soutiennent des camps adverses.
Le nouvel homme fort d'Arabie saoudite, fer de lance de la lutte contre l'influence iranienne
Le prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salmane, s'est en outre imposé comme le fer de lance de la lutte contre l'influence iranienne dans la région.
Une crise libanaise qui devrait durer
En 2011, le Hezbollah avait renversé le premier gouvernement Hariri après la démission de ses ministres, poussant M. Hariri à quitter le pays avant d'y revenir en juin 2016.
Saad Hariri n'est toujours pas rentré au Liban, et le chef de l'État, Michel Aoun, attends son retour pour se prononcer sur sa démission. Le chef du gouvernement démissionnaire pourrait regagner Beyrouth dans les prochaines heures, selon des informations non confirmées.

Crise
Il sera « difficile » de nommer le prochain Premier ministre, estiment les milieux sunnites
(Yara Abi Akl)
Tout comme l'ensemble du Liban, les leaders sunnites restent sous le choc après la démission surprise, samedi 4 novembre, du Premier ministre Saad Hariri, mais considèrent urgent de commencer à songer à l'après-Hariri, comme en témoigne la dynamique qui s'est créée hier autour de Dar el-Fatwa (Union des organisations islamiques du Liban), où le chargé d'affaires saoudien, Walid Boukhari, et l'ancien Premier ministre, Nagib Mikati, ont été reçus tour à tour.
Difficile de trouver un nouveau premier ministre sur fond de regain de tension entre Riyad et Téhéran
Dans les milieux sunnites, nombreux sont ceux qui estiment qu'il sera difficile de trouver un successeur à Saad Hariri dans les circonstances actuelles, d'autant que le nouveau Premier ministre est appelé à gérer l'organisation des élections législatives prévues en principe en mai 2018 et que la démission de Hariri est intervenue alors que la querelle irano-saoudienne ne fait que s'amplifier.
L'ancien premier ministre, Nagib Mikati, propose une solution
C'est peut-être ce paysage complexe qui expliquerait l'initiative lancée hier par l'ancien Premier ministre Nagib Mikati, depuis Dar el-Fatwa.
À l'issue d'un entretien avec le mufti de la République, Abdellatif Deriane, qui a plaidé en faveur de « la pondération et du dialogue », et après son entretien avec Walid Boukhari, M. Mikati a annoncé à la presse avoir présenté à son hôte une « initiative pour résoudre la crise actuelle et préserver en même temps l'unité de la communauté sunnite ». Selon ses explications, il appartient au mufti d'en annoncer les détails en temps voulu, mais, d'après ses proches, Nagib Mikati propose la formation d'un cabinet neutre qui serait formé de personnalités non candidates au scrutin de 2018. M. Mikati a ainsi exclu être lui-même candidat à la succession de Hariri, affirmant vouloir s'engager dans la bataille électorale à Tripoli.
S'il a choisi d'annoncer son initiative à partir de Dar el-Fatwa, avec toute sa dimension symbolique, politique et religieuse, c'est dans un souci de montrer qu'il s'agit d'une question « éminemment sunnite et de barrer la voie à des surenchères dans ce cadre ».

Jean René Belliard

ptolemee@belliard74.com