14/11/2017

Syrie : Accusations et démentis concernant les relations de la coalition internationale avec Daech

Syrie 

Pour le ministre russe des AE, la présence de l'Iran en Syrie est légitime, pas celle des Etats-Unis
(De notre correspondant en Russie, Leonid R.)
Sergueï Lavrov 
 
Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré aux journalistes que Moscou n'avait pas promis d'assurer le retrait des formations pro-iraniennes de Syrie. 
Selon lui, la présence iranienne en Syrie à l'invitation du gouvernement légitime est légitime.
En même temps, il a noté que, du point de vue du Kremlin, c'est la présence des forces américaines en Syrie, en soutien des groupes rebelles, qui est illégitime. 
Lavrov démentait ainsi la déclaration faite par un haut fonctionnaire du département d'Etat américain, qui, en se référant au mémorandum trilatéral signé par la Russie, les États-Unis et la Jordanie le 8 novembre, avait déclaré que la Russie s'était engagée à obtenir le retrait des forces iraniennes et pro-iraniennes dans le sud-ouest de la Syrie, à proximité du plateau du Golan occupé par Israël. 
Rappelons que, suite à la visite en Israël du ministre russe de la Défense Sergeï Shoygu, le journal saoudien al-Sharq Al-Awsat avait rapporté des différends entre Jérusalem et le Kremlin sur la présence iranienne à la frontière syro-israélienne. Selon cette source, les dirigeants israéliens auraient appelé la Russie à ne pas autoriser la présence iranienne à moins de 40km de la frontière israélienne. Le ministre russe aurait considéré cette demande israélienne excessive, demandant d'étendre la zone d'exclusion des forces iraniennes et pro-iraniennes  de 5 à 10-15 kilomètres. Le ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman, avait démenti ces informations, affirmant qu'il n'y avait pas eu de désaccord sur la zone tampon.  
 
Accusations 
Moscou accuse la Coalition d'entraver les avions russes à Boukamal, et dénonce une « interaction » avec Daech
Le ministère russe de la Défense a accusé, mardi 14 novembre, l'aviation de la coalition de vouloir empêcher les frappes des avions de l'armée de l'air russe dans la région de Boukamal, afin d'assurer une sortie sécurisée des terroristes. Il l'a aussi accusé de laisser fuir Daech vers les zones qu'elle contrôle.  
Le ministère russe affirme que les Américains font semblant de combattre le groupe Etat islamique (Daech) en Syrie et leurs avions ont même tenté d'empêcher des frappes russes contre des positions jihadistes près de la ville de Boukamal.
Le ministère parle de "preuves formelles démontrant que les Etats-Unis, tout en faisant semblant de mener une lutte sans concession contre le terrorisme international pour le bien de la communauté internationale, fournissent dans les faits une couverture aux unités de l'Etat islamique".  
L'armée russe a utilisé des images de jeux vidéo comme "preuves irréfutables"
L'armée russe a publié mardi des images présentées comme des preuves "irréfutables" que les Etats-Unis "couvrent" le groupe Etat islamique... rapidement dénoncées par des activistes et utilisateurs des réseaux sociaux comme contenant une capture d'écran d'un jeu vidéo.
Sur ses comptes officiels sur Twitter et Facebook et un communiqué reçu par l'AFP, le ministère de la Défense avait publié des images aériennes en noir et blanc prises selon lui le 9 novembre à la frontière irako-syrienne.
Ces dernières étaient censées fournir "la confirmation irréfutable que les Etats-Unis, tout en simulant pour la communauté internationale une lutte implacable contre le terrorisme, assurent une couverture à des unités de l'Etat islamique", selon le ministère dans son communiqué.
Mais l'ONG Conflict Intelligence Team (CIT), suivi par de nombreux internautes, a rapidement rapproché l'une de ces images avec le jeu vidéo de guerre "AC-130 Gunship Simulator: Special Ops Squadron".
Selon CIT, d'autres images proviennent de vidéos diffusées par le ministre irakien de l'Intérieur en 2016, montrant des bombardements de jihadistes par son aviation. Les images en cause ont rapidement été supprimées par l'armée russe, qui a ensuite assuré à l'agence publique RIA-Novosti qu'il s'agissait d'une "erreur" de la part d'un employé civil.
Le jeu vidéo 
La "preuve irréfutable" du ministère russe de la défense 
L'armée russe, qui intervient en Syrie en soutien au régime de Bachar el-Assad a plusieurs fois accusé Washington de faire le jeu de l'EI en Syrie, l'accusant en octobre de "faire semblant" de combattre les jihadistes afin de "compliquer" l'avancée des troupes gouvernementales.
En juin, plusieurs médias avaient affirmé que Vladimir Poutine avait montré à Oliver Stone, lors d'entretiens avec le réalisateur américain, une vidéo présentée comme étant des avions russes bombardant la Syrie alors qu'il s'agissait de frappes américaines en Afghanistan datant de 2013. Le Kremlin avait démenti.
 
BBC 
La BBC accuse la coalition de collusion avec Daech à Raqqa - Les Américains réfutent toute responsabilité
La coalition dirigée par les Etats-Unis pour combattre l'Etat islamique (Daech) a démenti les accusations selon lesquelles elle aurait conclu un accord avec les jihadistes de l'Etat islamique pour permettre à des centaines de ses membres de fuir Raqqa, l'ancienne capitale de l'EI. 
La BBC avait publié un long communiqué, lundi 13 novembre, accusant la coalition de fermer les yeux sur "l'accord secret" avec les forces alliées (en fait, les Forces Démocratiques Syriennes, une coalition arabo-kurde) qui ont permis aux combattants de l'EI et à leurs familles de s'échapper de Raqqa en convoi le mois dernier. 
Le gouvernement britannique a déclaré mardi que "l'arrangement avait été conclu par des partenaires locaux pour réduire les pertes civiles" dans la ville, qui a été reprise par les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) soutenues par la coalition le 17 octobre. 
Le porte-parole du Commandement central des États-Unis (CENTCOM) a déclaré que l'accord n'avait pas été conclu en toute confidentialité. 
"C'était une solution locale à un problème local. La Coalition n'était pas entièrement d'accord, mais a respecté la décision de notre partenaire", a-t-il dit. 
Le mois dernier, la coalition a publié une déclaration pour annoncer l'évacuation  mais avait pris soin de souligner que les FDS avaient conclu l'accord. 
"L'arrangement a été conçu pour minimiser les pertes civiles et exclut prétendument les terroristes étrangers de Daech alors que les gens piégés dans la ville continuaient de fuir la chute imminente de la soi-disant capitale de Daech", indique le communiqué. 
"Nous ne tolérons aucun arrangement permettant aux terroristes de Daech d'échapper de Raqqa sans faire face à la justice, et de refaire surface ailleurs", a-t-il ajouté. 
Selon le rapport d'enquête de la BBC, l'accord a permis à certains des membres les plus eminents de l'EI et à des douzaines de combattants étrangers de s'échapper avec des armes et des munitions et de s'échapper aussi loin que la Turquie. 
Le rapport est basé sur des entreviews avec des chauffeurs qui ont transporté les militants en toute sécurité dans un convoi de camions, d'autobus et de véhicules de l'EI. La BBC a présenté des images montrant les camions chargés d'hommes armés.
 
Vidéo (langue anglaise) du programme de la BBC affirmant que près de 4.000 membres de Daech et les membres de leur famille ont été autorisés par les FDS à quitter Raqqa. Par deux fois, le journaliste mentionne que parmi les jihadistes étrangers, les derniers "durs à cuire" à résister à Raqqa, se trouvaient des Français. A la fin du film, on entend clairement une femme jihadiste dire en langue française qu'ils allaient retourner en France pour la "vengeance" ("for the day of reckoning", traduit le journaliste anglais) :
  

Jean René Belliard

ptolemee@belliard74.com

29/09/2017

Syrie : La Russie ne permettra pas aux États-Unis de limiter les opérations de l'armée syrienne à Deir ez-Zhor - Diplomate

La Russie ne permettra pas aux États-Unis de limiter les opérations de l'armée syrienne à Deir ez-Zhor - Diplomate  
La Russie ne permettra pas aux États-Unis ainsi qu'à toute autre puissance étrangère de limiter le domaine d'opérations de l'Armée Arabe Syrienne (AAS) dans la province de Deir ez-Zhor, a annoncé le 29 septembre le ministre adjoint des Affaires étrangères, Oleg Syromolotov.
Syromolotov a ajouté que l'armée russe a informé les États-Unis qu'elle ne tolérera aucune tentative des États-Unis de ralentir la liquidation des terroristes de Daech en Syrie.
Le diplomate a qualifié de "stupide"  la situation où un pouvoir qui opère en Syrie sans aucun droit légitime tente de limiter les efforts des forces gouvernementales pour libérer leur pays du terrorisme.
Il a également décrit la campagne aérienne de la coalition dirigée par les États-Unis comme étant douteuse en disant qu'elle a entraîné une crise humanitaire à grande échelle dans la ville de Raqqa.
Le ministre russe des AE, Lavrov, "reconnaît des problèmes avec les Américains en Syrie"
Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a reconnu vendredi 29 septembre que la coopération russo-américaine en Syrie n'était pas exempte de "problèmes", après une semaine riche en incidents entre les deux grandes puissances.
Cette coopération "ne va pas sans problèmes à l'évidence, parce que tout le monde ne va pas dans le même sens", a-t-il dit. Lavrov a cependant salué "un exemple de la manière dont on peut mettre de côté ses différences et se concentrer sur les intérêts communs".
La région de Deir ez-Zhor dans l'est de la Syrie, où les milices soutenues par les États-Unis et les forces gouvernementales appuyées par la Russie mènent des offensives distinctes contre l'état islamique (Daech), est le principal théâtre des tensions entre Washington et Moscou.
Russes et Américains s'accusent les uns les autres 
La Russie avait dénoncé, lundi 25 septembre, la "politique hypocrite" des États-Unis vis-à-vis de l'EI, qui expliquerait selon Moscou la mort en Syrie du général russe Valeri Asapov, tué dimanche 24 septembre par des bombardements du groupe jihadiste près de Deir ez-Zhor.
Les Forces démocratiques syriennes (FDS, milices arabo-kurdes bénéficiant du soutien de Washington) ont quant à elle accusé à plusieurs reprises l'aviation russe d'avoir bombardé leurs positions dans la province, ce que Moscou a démenti.
 
Jean René Belliard

20/09/2017

L'administration américaine veut changer l'accord sur le nucléaire iranien pour éviter un retrait américain

Iran 
Nucleaire
L'administration américaine veut changer l'accord sur le nucléaire iranien pour éviter un retrait américain
Les Etats-Unis ne resteront dans l'accord sur le nucléaire iranien que si "des changements sont introduits", car le texte "doit vraiment être revisité", a déclaré mardi 19 septembre le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson.
Le "défaut le plus flagrant" de l'accord conclu en 2015 avec les grandes puissances est le fait "qu'il a une fin" et "ne fait que remettre le problème à plus tard", a-t-il estimé sur la chaîne de télévision Fox News, en marge de l'Assemblée générale annuelle de l'ONU.
Selon le texte, les restrictions sur certaines activités nucléaires iraniennes seront progressivement levées à partir de 2025. "Ce qui signifie que nous pouvons quasiment commencer le compte à rebours pour le moment où ils reprendront leurs capacités nucléaires" militaires, a déploré le chef de la diplomatie américaine.
Le président américain Donald Trump, qui a de nouveau critiqué de manière virulente l'accord iranien mardi 19 septembre devant l'ONU, doit décider d'ici mi-octobre s'il "certifie" ou non devant le Congrès que Téhéran respecte ses engagements. En cas de non certification, les parlementaires américains pourraient réimposer des sanctions levées dans le cadre de l'accord, ce qui risquerait de le faire voler en éclats.
"Le président veut vraiment refaire cet accord", le "renégocier", et "nous avons besoin du soutien de nos alliés européens et autres pour faire comprendre aussi à l'Iran que cet accord doit vraiment être revisité", a insisté Rex Tillerson. "Si nous devons rester dans l'accord iranien, des changements doivent être introduits", a-t-il dit.
L'ambassadrice américaine à l'ONU précise les propos de Trump
Donald Trump est mécontent de l'accord de 2015 sur le programme nucléaire iranien, mais n'a pas dit que les Etats-Unis allaient s'y soustraire, a souligné mercredi l'ambassadrice américaine aux Nations unies, au lendemain du discours du président devant l'Assemblée générale de l'organisation.
"Cela ne signifie pas clairement qu'il a l'intention de se retirer. Cela signe clairement qu'il est mécontent de l'accord", a déclaré Nikki Haley sur l'antenne de CBS.
Le chef de la diplomatie russe juge les propos de Trump "extrêmement inquiétants"
Le chef de la diplomatie russe a jugé les propos tenus par Donald Trump sur l'accord nucléaire avec l'Iran "extrêmement inquiétants". "Nous allons défendre ce document, ce consensus, qui a été accueilli avec soulagement par la communauté internationale tout entière et qui a réellement renforcé la sécurité, tant au niveau régional qu'international", a ajouté Sergueï Lavrov.
Téhéran et les Européens refusent de renégocier l'accord
Téhéran et les Européens refusent de renégocier l'accord historique censé garantir le caractère strictement civil du programme nucléaire iranien en échange d'une levée progressive des sanctions.
La France propose des "compléments" à l'accord
La France a mis sur la table la possibilité d'un "complément" pour l'après-2025 afin de sortir de l'impasse, mais rien ne dit que cette initiative puisse aboutir.
"Nous devons garder l'accord de 2015 car c'est un bon accord avec un contrôle strict de la situation actuelle", a déclaré le président français. "Nous devons ajouter deux ou trois autres piliers: un pour un meilleur contrôle des missiles balistiques et des activités balistiques, qui ne sont pas couverts par l'accord de 2015; un deuxième pour l'après-2025 parce que l'accord ne couvre pas la situation après 2025; et un troisième pour ouvrir des discussions avec l'Iran sur la situation actuelle dans la région" du Moyen-Orient, a-t-il ajouté. "Mais ce serait une erreur d'abandonner cet accord sans rien d'autre", a-t-il dit.
Rohani : L'Iran respecte l'accord nucléaire mais réagira en cas de violation
L'Iran respecte l'accord nucléaire de 2015 mais réagira avec "détermination" si ce texte vient à être dénoncé, a prévenu mercredi le président iranien Hassan Rohani devant l'ONU.
"Nous n'avons trompé personne, nous n'avons pas été malhonnêtes" dans l'application de l'accord, mais Téhéran "répliquera avec détermination" à toute violation du texte, a ajouté M. Rohani, alors que les Etats-Unis menacent de plus en plus de dénoncer l'accord.
L'armée iranienne veut une "réponse ferme" au discours de Donald Trump
Mohammad Ali Jafari
Général Mohammad Ali Jafari
Le commandant des gardiens de la Révolution iranienne a invité mercredi 19 septembre Téhéran à apporter des "réponses douloureuses" aux propos tenus la veille par Donald Trump devant l'Assemblée générale de l'ONU.
Qualifiant la République islamique d'"Etat-voyou" aux mains d'une "dictature corrompue", le président américain a notamment laissé entendre qu'il pourrait dénoncer l'accord de 2015 sur le programme nucléaire de Téhéran.
"Adopter une attitude intransigeante face à Trump n'est qu'un début", a déclaré le général Mohammad Ali Jafari, selon les propos rapportés par Sepah News, l'agence de presse des gardiens de la Révolution.
"Il est de la plus haute importance stratégique que les Etats-Unis soient confrontés à des réponses plus douloureuses à travers les actes, le comportement et les décisions que l'Iran prendra dans les mois qui viennent", a-t-il poursuivi, invitant le président Hassan Rohani, qui doit s'exprimer à son tour ce mercredi à l'ONU, à apporter une première réponse ferme à Donald Trump.
"Avec les défaites successives et éreintantes que l'Iran a infligées à l'Amérique dans la région, il est naturel que son système nerveux et sa cohérence aient volé en éclats", ajoute l'officier.
Une première rencontre entre les ministres des AE américain et Iranien
Les ministres des Affaires étrangères des pays signataires de l'accord (Iran, Etats-Unis, Chine, Russie, Allemagne, France, Royaume-Uni) doivent se réunir mercredi 20 septembre en marge de l'Assemblée générale de l'ONU. Il s'agira de la première rencontre entre Rex Tillerson et son homologue iranien Mohammad Javad Zarif depuis l'arrivée en janvier de Donald Trump à la Maison Blanche.
 
Jean René Belliard