21/10/2018

Arabie saoudite: Derniers développements de l’affaire Khashoggi et analyse de Frontlive-Chrono

PAR JEAN-RENÉ BELLIARD LE 

Traduit en Anglais

L’Analyse de Frontlive-Chrono

Mohamed Ben Salmane.jpgLe prince Mohammad Ben Salmane (MBS) fait partie de ces jeunes héritiers de régimes particulièrement  autoritaires (comme Kim Jong Un en Corée du Nord) qui ont été élevés à « l’occidentale » et qui ont hâte de réformer leur pays tout en assurant leur pouvoir. Ils ont tous un point commun. Ils veulent être reconnus comme les dirigeants d’un soi-disant « nouveau monde » par opposition à l’ancien.
Intelligent et « nice looking », le prince Ben Salmane est particulièrement soucieux de son image de « réformateur éclairé et moderne » en Occident. La libéralisation « sociologique » au profit des femmes (autorisation de conduire, d’assister à des matchs sportifs), le projet d’un grand consortium balnéaire comme on en trouve sur toutes les plages paradisiaques à travers le monde ont séduit les pays occidentaux dans un premier temps.
Mais depuis sa nomination comme prince héritier en juin 2017, Mohammad ben Salmane s’est très vite retrouvé au centre de plusieurs controverses . Parallèlement à la série de réformes et une politique de modernisation à mettre à son crédit, la répression contre les dissidents, notamment des religieux, des intellectuels ou des féministes, s’est accentuée.
En septembre 2017, les autorités saoudiennes ont arrêté une vingtaine de personnes, dont des prédicateurs influents et des intellectuels.
Le 4 novembre 2017, une vaste campagne anticorruption a été lancée sous l’impulsion de « MBS ». Un hôtel de luxe de Riyad servira pendant trois mois de « prison dorée » pour des dizaines de princes et hauts responsables au centre d’une purge. Nombre des suspects, dont le prince milliardaire Walid ben Talal, sont libérés après des « arrangements » financiers mirobolants avec les autorités.
Le 4 novembre 2017, le Premier ministre libanais Saad Hariri annonçait, à la surprise générale, sa démission depuis Riyad, accusant le mouvement armé Hezbollah et l’Iran de « mainmise » sur son pays. L’Arabie saoudite est accusée d’avoir forcé M. Hariri à quitter ses fonctions et de le retenir contre son gré. Il faudra l’intervention de la France pour trouver une porte de sortie. Saad Hariri rentrera au Liban trois semaines plus tard, et renoncera à démissionner.
Toutes ces purges obéissaient en fait à un objectif: asseoir l’autorité du « jeune prince » que certains, au sein  du régime, cherchaient évidemment à lui disputer. Mais, comme on sait, le nerf de la guerre, ou de la puissance, c’est l’argent. Les purges avaient également pour objectif de redonner au pouvoir les moyens financiers que ces princes ou ces richissimes hommes d’affaires avaient acquis au détriment du régime, si l’on en croit les accusations des autorités saoudiennes. On parle de contrats avec de puissantes sociétés annulés et transférés à d’autres appartenant à des proches du prince Ben Salmane, notamment dans le domaine de la construction.
En ce qui concerne l’affaire Khashoggi, ce qu’on sait, c’est que M. Khashoggi s’était exilé aux Etats-Unis en 2017 par crainte d’une arrestation après avoir critiqué plusieurs décisions de Mohammad ben Salmane. Il était également un opposant de l’intervention militaire de Riyad au Yémen.
Le problème est que ce journaliste saoudien écrivait notamment pour le Washington Post et critiquait les agissements et décisions du « jeune prince » dans des médias américains de tout premier plan. Il s’agissait là d’un crime de « lèse-majesté » particulièrement grave, car il contrariait singulièrement les aspirations du prince Ben Salmane à apparaître aux yeux de l’Occident en général et des Etats-Unis en particulier comme le dirigeant « éclairé » de ce fameux « nouveau monde » qu’on nous promet, et pas seulement à Riyad, sans qu’on en voit réellement le début d’une apparition.

L’identité des deux hauts responsables saoudiens limogés renforce les soupçons sur l’implication de MBS
L’Arabie saoudite a limogé samedi deux des principaux collaborateurs du prince héritier Mohammad ben Salmane après avoir admis que le journaliste Jamal Khashoggi avait été tué dans son consulat d’Istanbul.
Le général Ahmed al-Assiri, chef adjoint du renseignement saoudien, et Saoud al-Qahtani, conseiller « médias » à la cour royale, faisaient tous deux partie du cercle rapproché du prince Mohammad Ben Salmane, surnommé MBS. Leur limogeage s’est accompagné de l’arrestation de 18 suspects saoudiens.

Général Ahmad al-Assiri.jpgAhmed al-Assiri
Âgé d’une soixantaine d’années, le général Assiri était un conseiller de haut rang proche de la cour royale et assistait souvent aux réunions à huis clos du prince héritier avec des dignitaires étrangers en visite dans le royaume. Avant d’être promu chef adjoint du Renseignement général en 2017, le général Assiri était le porte-parole de la coalition militaire intervenant au Yémen depuis 2015 contre les rebelles houthis soutenus par l’Iran.
Parlant couramment le français, l’anglais et l’arabe, il avait acquis à l’étranger la réputation de harceler les journalistes dont les articles critiquaient les « bavures » saoudiennes au Yémen. Au printemps 2017, il avait été la cible d’un jet d’oeuf lors d’une conférence à Londres et le gouvernement britannique s’était excusé pour cette « agression ».
Le quotidien panarabe à capitaux saoudiens al-Hayat a qualifié le général Assiri -formé à la prestigieuse école militaire française Saint-Cyr- de « pilote saoudien le plus connu au monde ».
Avant son limogeage samedi, le New York Times avait rapporté que l’Arabie saoudite attribuerait la responsabilité de la disparition de Khashoggi au général Assiri pour tenter de dédouaner MBS.

Saoud al-Qahtani
Homme-clé de l’entourage du prince héritier, Saoud al-Qahtani était jusqu’à samedi conseiller « médias » à la cour royale. Il a organisé des interviews avec MBS pour des journalistes étrangers et a également dirigé le « Centre d’études et d’affaires médiatiques », une unité opérant au sein de la cour royale.
Selon des sources saoudiennes, M. Qahtani, 40 ans, a animé des campagnes de propagande en ligne contre les adversaires du royaume, comme le Qatar et l’Iran. Avec 1,3 million d’adeptes sur Twitter, ce haut responsable était connu pour ses messages hostiles aux dissidents et à ses rivaux.
Dans un article paru dans le Washington Post au début de l’année, Jamal Khashoggi affirmait que Qahtani entretenait une « liste noire » pour les journalistes critiques du royaume et qu’il était connu pour les intimider.
Dans une interview posthume publiée vendredi par le magazine Newsweek, Khashoggi a qualifié M. Qahtani et un autre haut responsable saoudien, Turki al-Cheikh, de « voyous ». « Les gens les craignent. Vous les défiez, vous risquez de finir en prison, et c’est ce qui s’est passé », a déclaré feu Jamal Khashoggi. Il a qualifié M. Qahtani d' »homme le plus important dans les médias », affirmant qu’il contrôlait les activités de relations publiques du gouvernement saoudien.
L’an dernier, M. Qahtani a écrit sur Twitter: « Je ne fais rien de mon propre chef, sans des ordres. Je suis l’employé et l’exécuteur de mon roi et de mon prince héritier ». 

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08/05/2018

Frontlive-Chono du 8 mai 2018

Les publications de Frontlive-Chrono le 8 mai 2018

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21/11/2017

Rohani à Macron: Non ! L'Iran "ne cherche pas à dominer" le Moyen-Orient

Iran 
Rohani
Rohani à Macron: Non! l'Iran "ne cherche pas à dominer" le Moyen-Orient    
L'Iran "ne cherche pas à dominer" le Moyen-Orient, a déclaré mardi 21 novembre le président iranien Hassan Rohani à son homologue français lors d'un entretien téléphonique, selon un communiqué de la présidence iranienne.
"Notre présence en Irak et en Syrie est à l'invitation des gouvernements de ces pays pour lutter contre le terrorisme (...). L'Iran ne cherche pas à dominer (...) la région", a déclaré M. Rohani à son homologue français, quelques jours après que la France s'est inquiétée des "tentations hégémoniques" de Téhéran au Moyen-Orient.
"Notre objectif est d'œuvrer pour la paix et la sécurité et d'éviter le démembrement des pays de la région", a assuré le président iranien au cours de cet entretien. "Après Daech, il faut aussi lutter contre les autres groupes terroristes", a-t-il ajouté.
Le président français avait affirmé vendredi 17 novembre que la France souhaitait que "l'Iran ait une stratégie régionale moins agressive" et que soit clarifiée "sa politique balistique qui apparaît comme non maîtrisée". Le 16 novembre, son ministre des Affaires étrangères, en visite à Riyad, avait critiqué ce qu'il avait qualifié de "tentations hégémoniques" de Téhéran au Moyen-Orient.
Le président français, qui a annoncé son intention de se rendre en Iran dans le courant de l'année 2018, a dit vendredi sa volonté de "dialoguer" avec Téhéran.
Rohani à Macron : Le Hezbollah fait partie du peuple libanais
Le président iranien, Hassan Rohani, a insisté sur l'importance du Hezbollah, le mouvement chiite libanais politique et armé, que soutient Téhéran.
"Le Hezbollah fait partie du peuple libanais, il est très populaire dans ce pays et son armement est défensif et sert à contrer d'éventuelles attaques contre le Liban", a insisté M. Rohani. Et de poursuivre : "Nous devons maintenant faire en sorte que les mouvements libanais forment un gouvernement en toute sécurité pour le bien de leur pays".
 
Myard 
Point de vue de Jacques Myard  sur la politique "iranienne" du gouvernement français
Le Proche et Moyen-Orient, un chaudron explosif ! 
Tous les observateurs saluent l'initiative du Président Macron de recevoir à Paris Saad Hariri exfiltré d'Arabie-Saoudite, une opération qui tire une épine du pied de Riyad, mais qui peut provoquer des retours de bâton contre les intérêts français.
La situation au Proche et Moyen-Orient dépasse très largement la personne de Saad Hariri qui apparaît comme l'otage de multiples forces géostratégiques antagonistes.
Tout d'abord, il y a l'Arabie Saoudite qui accuse l'Iran de pousser ses pions partout dans la région, au Yemen, en Irak comme en Syrie.
Cette présence iranienne forte n'est pas inexacte - sauf au Yémen - mais elle est aussi le résultat des erreurs de Riyad et de Washington depuis plus d'une décennie, surtout en Irak et en Syrie.
Ensuite, face à cette situation, l'Arabie Saoudite semble même envisager une alliance avec Israël contre l'Iran avec le soutien de Trump. Le grand mufti d'Arabie Saoudite Abdelaziz al-Cheïkh a d'ailleurs lancé une fatwa appelant "les musulmans à s'allier avec les Juifs pour combattre le Hamas et le Hezbollah", il est évident que c'est l'Iran qui est visé.
Dans ces conditions, lorsque Riyad "démissionne" S.Hariri, c'est avant tout le Hezbollah qui est visé, lequel, de plus, est la bête noire des Israéliens. Le risque est majeur pour la stabilité du Liban. Le mouvement chiite libanais dispose d'au moins 60.000 miliciens armés et aguerris, toute attaque contre lui peut provoquer la reprise de la guerre civile au Liban.
Dès lors, les déclarations du ministre Le Drian à Riyad selon lesquelles la France est « inquiète » de la « tentation hégémonique » de l'Iran au Moyen-Orient est de nature à entraîner Paris dans un conflit où il n'y a que des coups à prendre ; l'Iran est incontournable pour la stabilité de la région et c'est aussi pour nos entreprises un grand marché.
A ce titre la France devrait aussi s'interroger sur les conséquences pour nos entreprises de la volonté du Prince héritier de lutter contre la corruption, une noble cause...
Pierre Conesa, très bon connaisseur de l'Arabie Saoudite, souligne à raison les risques de la purge engagée par Ben Salmane Saoud pour les entreprises européennes dont les affaires ont largement prospéré grâce à quelques princes compréhensifs, aujourd'hui en disgrâce...
Pour toutes ces raisons Paris devrait plus que jamais garder en mémoire la règle d'or en diplomatie de Talleyrand : "Pas de zèle, Messieurs !"
Jacques MYARD - Maire de Maisons-Laffitte - Membre Honoraire du Parlement
Président du Cercle Nation et République.