16/09/2018

Irak: Daech n’a pas disparu. Il mène avec succès une guerre de guérilla contre l’État irakien

PAR JEAN-RENÉ BELLIARDLE 

Cet article a été aussi publié en : enEnglish (Anglais)

Officiellement, le nord et l’ouest de l’Irak ont été libérés de l’État islamique en octobre 2017. Mais la campagne militaire a été menée dans la précipitation. Dans la plupart des cas, les jihadistes ont simplement abandonné le terrain aux forces irakiennes sans opposition, pour trouver refuge dans des zones isolées comme les déserts et les montagnes.
Aujourd’hui, les jihadistes sont de retour. Les unités d’élite irakiennes qui avaient combattu Daech sur le champ de bataille ont quitté la région, et les forces qui les ont remplacées sont mal entraînées et mal réparties sur ces vastes régions désertiques et vallonnées, traversées de rivières et de canaux d’irrigation qui offrent aux insurgés de nombreux endroits pour se cacher.
De nos jours, presque personne n’ose s’aventurer dehors après le crépuscule. Tout le monde sait que la nuit appartient aux jihadistes.
Les militants viennent la nuit dans les villages pour obliger les habitants à leur donner de la nourriture et de l’eau et inspirer la peur. Ils ont pris l’habitude d’appeler les téléphones cellulaires des habitants pour demander où se trouvent les forces de sécurité gouvernementales.
Les incidents se multiplient et deviennent quotidiens dans les régions reculées du nord de l’Irak, une région qui s’étend sur des milliers de kilomètres carrés dans les provinces de Kirkuk, Salahuddin, Diyala et Sulaimaniyah. Sept mois seulement après la victoire proclamée par le Premier ministre Haider al-Abadi sur Daech en Irak, les jihadistes se sont regroupés et intensifient leurs attaques de type guérilla.

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Aujourd’hui, la situation est telle que les jihadistes de Daech traversernt les villages en plein jour, entrant parfois dans des mosquées pour demander aux fidèles la zakat, une contribution caricative en vertu de la loi islamique.
Les routes reliant les villes de Kirkouk et Hawija sont criblées de cratères et bordées de poteaux électriques abattus, résultat d’engins explosifs improvisés (IED) plantés la nuit pour entraver la circulation et l’approvisionnement en électricité. Les enlèvements contre rançon augmentent obligeant les parents à laisser leurs enfants à la maison. Les villageois racontent les meurtres effroyables de dirigeants locaux qui, avec les forces de sécurité locales, sont considérés comme les opposants les plus farouches du groupe islamiste.
Lors d’un incident particulièrement horrible qui a déclenché l’indignation nationale en juin, les jihadistes de Daech ont enlevé huit personnes, dont des membres des forces de sécurité irakiennes, à un faux poste de contrôle installé le long de la route Kirkouk-Baghdad et les a toutes exécutées. En réponse, al-Abadi a ordonné l’exécution immédiate de 12 condamnés à mort de Daech et a lancé une nouvelle opération pour poursuivre les jihadistes dans les provinces de Salahuddin, Diyala et Kirkuk.
La campagne, que le gouvernement a solennellement surnommée  » la vengeance des martyrs « , a duré deux semaines et a impliqué de nombreuses forces de sécurité, y compris la Division d’intervention d’urgence, ou ERD, une unité d’élite irakienne autrefois formée par les États-Unis et qui relève du ministère de l’intérieur, les Forces de mobilisation populaire (Hashd al-Chaabi), un groupe-cadre composé pour l’essentiel de miliciens chiites et la police fédérale. Mais ces unités ont employé des tactiques inefficaces basées sur des renseignements insuffisants ; la « Revanche des Martyrs » était plus, en fait, une tentative pour calmer la colère de la population qu’un véritable effort pour sécuriser la zone.
Les forces de sécurité irakiennes ne sont pas préparées aux combats auquels elles sont actuellement confrontées. Bien que plus faible qu’à l’époque du califat, Daech est de aujourd’hui une formidable force insurrectionnelle qui se nourrit de la faiblesse persistante de l’État irakien, qui exaspère son peuple par la faiblesse de ses services et par les abus des forces de sécurité. Ces forces, quant à elles, n’ont pas la formation, les connaissances locales et la confiance des communautés pour l’emporter sur les jihadistes dont la brutalité à l’époque du Califat a terrifié les civils à un tel point qu’ils n’osent pas résister.
Au cours de l’opération de nettoyage de juillet, deux brigades de la Division d’intervention d’urgence (ERD) ont quitté leur base dans la ville de Tuz Khurmatu. Des dizaines de Humvees et des pick-ups équipés de mitrailleuses ont traversé le paysage désolé. Par des températures de près de 50 degrés, les combattants du gouvernement ont pris position au sommet des collines surplombant l’Adhaim, un affluent du Tigre qui prend sa source dans les montagnes kurdes à l’est et traverse Salahuddin vers l’ouest.
« Le général Thamer Mohammed, qui dirige l’ERD, a ordonné à ses troupes en position à l’un des avant-postes :  » Tout bateau que vous voyez, tout ce qui bouge, tirez dessus « .
L’ERD a été formé par les forces américaines avant 2014, selon un porte-parole de l’ERD, et est devenue l’une des forces clés dans la récente guerre contre Daech. Mais en 2015, elle a été mise sur liste noire en vertu de la loi Leahy, qui interdit d’apporter un soutien militaire américain à des groupes armés étrangers impliqués dans des violations des droits de l’homme. Les États-Unis n’ont pluss entraîné ni équipé l’ERD pendant la guerre contre Daech. Is ont toutefois continué à fournir des conseils tactiques et un soutien aérien.
Although American aid was invaluable in winning the more conventional war against Daech, the ERD’s experience on the battlefield did not prepare it to face an insurrection. In the case of the July operation, hundreds of government fighters were seen, followed by a column of Humvees, walking more than 5km in an area where intelligence officers expected to find between 60 and 120 militants. The scene was imposing, reminiscent of the great battles that Iraqi soldiers fought during the war. But in these arid lands, government forces were visible for miles around – and activists could not be found. After two days of searching, the ERD members, bored and exhausted by the scorching heat, had not stopped or killed a single insurgent.
Despite the apparent ineffectiveness of the mission, the area has been declared cleared.
The other problem is that there is no continuity in security operations. That same evening, Interior Minister Qasim Al Araji ordered the ERD to deploy immediately to southern Iraq, where violent anti-government demonstrations had broken out a few days earlier. The two ERD battalions withdrew from the areas around Tuz Khurmatu, once again abandoning the « cleared » area to the Daech jihadists.
The July operation was in line with previous unsuccessful attempts to dislodge Daech’s jihadists, as government forces were unable to adapt to the new reality. « Daech’s] strategy is essentially to let the wave pass, to let the clean-up operation pass, and then resume its activities, » said Jennifer Cafarella, Director of Intelligence Planning at the Institute for the Study of War in Washington, DC.
The Iraqi security forces, for their part, have not adapted to the new nature of the conflict. Despite the $5.6 billion allocated by the United States to train and equip them since 2015 – including an administrative budget request of $850 million for 2019 – analysts say that the skills acquired by Iraqi troops over the past four years will not be sufficient to defeat Daech in its current form.
« The problem is that when we rebuilt the security forces from 2014 to 2018, we did it to get Daech out of the cities – you know, high-intensity fighting, urban cleaning operations, » said Michael Knights, a senior researcher at the Washington Institute for Near East Policy, who has been advising the Iraqi security forces since 2009. « What we have not equipped them with is a long and slow counterinsurgency. »
Although Daech lost most of the 35,000 square kilometres of land it occupied at the height of its reign in Iraq, a recent US government report estimates that between 15,500 and 17,100 Daech fighters survived in Iraq alone. These combatants, considered by observers as having no leader since their defeat in Mosul, are now regrouping and gradually regaining a command and control structure.
« The pattern of attacks is becoming more and more sophisticated, » said Cafarella. « We are witnessing the transformation of a small number of Daech cells into isolated pockets after the fall of Mosul into a campaign of attacks that confirms that the command and control structure has been restored. »

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