02/11/2017

Le financement du terrorisme par Jacques Myard

Jihad global
Grece
Le financement du terrorisme 
(Jacques Myard)
(Jacques Myard est intervenu à l'invitation de l'association de presse européenne pour le monde arabe (A.P.E.M.A), le 25 octobre 2017, à l'occasion du colloque sur le financement du terrorisme à Madrid au siège de la délégation de l'union européenne)
Le code pénal français définit dans son article 421-1 le terrorisme de la manière suivante :
«  Constituent des actes de terrorisme, lorsqu'elles sont intentionnellement en relation avec une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l'ordre public pas l'intimidation ou la terreur, les infractions suivantes :
1°) Les atteintes volontaires à la vie, les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, l'enlèvement et la séquestration, ainsi que le détournement d'aéronef, de navire ou de tout autre moyen de transport, définis par le livre II du présent code ;
2°) Les vols, les extorsions, les destructions, dégradations et détériorations, ainsi que les infractions en matière informatique définis par e livre III du présent code ;
3°) Les infractions en matière de groupes de combat et de mouvements dissous définies par les articles 431-13 à 431-17 et les infractions définies par les articles 433-6 et 441-2 à 441-5 ;
4°) Les infractions en matière d'armes, de produits explosifs ou de matières nucléaires définies par le I de l'article L 1333-9 et suivantes du code de la défense ;
5°) Le recel du produit de l'une des infractions prévues aux 1° et 4° ci-dessus ;
6°) Les infractions de blanchiment prévues au chapitre IV du titre II du livre III du présent code ;
7°) Les délits d'initié prévus à l'article L.465-1 du code monétaire et financier.».
Cette définition de la loi pénale française est la plus objective possible. Elle prend acte de la volonté des terroristes de vouloir renverser l'ordre public existant par la violence.
Si la définition française du Code pénal part des faits : l'emploi de la force pour renverser l'ordre existant, force est de constater qu'il n'existe aucune définition universelle du terrorisme.
On en recense plus d'une centaine mais il y a un caractère permanent qui réside dans la guerre asymétrique du faible radicalisé face à l'ordre établi.
Sans vouloir jouer la provocation, le terroriste n'a qu'un défaut celui d'échouer, s'il réussit il devient alors un mouvement de résistance qui a réussi.
Nelson Mandela, Menahem Begin, Yasser Arafat ne sont-ils pas d'anciens terroristes qui ont « réussi » ? Même si certaines personnes pensent qu'ils ne l'ont jamais été au nom de la cause défendue.
On ne peut qu'être d'accord avec François Bernard Huygue : «  le terrorisme en soi n'existe pas : ce n'est pas un système d'idées comme le marxisme ou la capitalisme mais une méthode de combat. C'est une stratégie. »
Le terrorisme de l'Etat islamique
Nous faisons face aujourd'hui au terrorisme de l'Etat islamique connu sous l'acronyme arabe de Daech. Mais il n'est pas le seul et al-Qaïda, organisation terroriste concurrente de Daech est toujours active.
Le 29 juin 2014, à Mossoul, Abou Bakr el-Baghdadi se proclame Calife dans la ligne du prophète et crée ainsi une sorte de proto-Etat.
Il convient de rappeler que le Califat avait été aboli le 3 juin 1924 avec la fin de l'empire Ottoman.
Le Califat ou proto-Etat a régné sur plus de 70 000 KM2 de territoire en Syrie et en Irak. Les experts ont estimé son budget à environ 2 milliards d'euros.
Ses ressources sont celles d'une autorité qui contrôle un territoire, des habitants, des ressources naturelles. L'Etat islamique a mis en place un système fiscal avec une véritable administration pour lever des impôts, taxes, redevances.
Ses ressources internes sont aussi constituées de la prise de guerre des dépôts de la banque centrale en Irak, à Mossoul de l'ordre de 450 à 500 millions de dollars. Puis l'Etat islamique a commercialisé du pétrole avec un prix de baril défiant toute concurrence à 15-20 dollars le baril, le trafic annuel a été estimé entre 250 à 600 millions de dollars, comme pour le gaz, 350 millions de dollars, ainsi que la vente d'un certain nombre de produits agricoles et notamment céréaliers.
Mais au-delà de ce trafic des ressources naturelles, l'Etat islamique a aussi utilisé les prises d'otages pour obtenir des rançons et le trafic d'œuvres d'arts, même si dans ce domaine il n'est pas le seul trafiquant du Proche et Moyen-Orient.
Mais, Daech ne tire pas ses revenus que de ressources internes. On estime en effet qu'il a reçu des aides directes de certaines grandes familles du Proche et du Moyen-Orient, des pays du Golfe et des fonds collectés par des candidats au Jihad. Il a bénéficié de multiples micro-flux de dons obtenus par de nombreux moyens, y compris des envois par Western union et système de l'Hawala, cet ancêtre de la lettre de change des banquiers génois ; des cartes prépayées dont certaines aux Etats Unis peuvent stocker jusqu'à un million de dollars.
Sur tous ces points on peut lire avec intérêt le rapport d'information de l'Assemblée nationale n° 3964 de J.F Poisson et Kader Arif ( juillet 2016), auquel j'ai participé.
Le système de financement d'al-Qaïda - en dehors des ressources internes propres au Califat de Daech - est très similaire et a bénéficié de nombreux soutiens et dons de familles des pays du Golfe.
Le terrorisme de voisinage
Mais aujourd'hui le financement du terrorisme change de nature avec ce que l'on doit appeler le terrorisme de voisinage qui ne fait plus l'objet d'opérations complexes préparées avec soin à travers de multiples relais.
On assiste en effet à la naissance d'un nouveau terrorisme animé de la même idéologie bénéficiant de soutiens en réseau - il n'existe pas de loup solitaire - mais agissant avec des moyens « modestes ». C'est la location d'un simple camion ou voiture (Nice, Berlin, Londres, New York), ou l'utilisation d'un simple couteau de cuisine d'un assassin qui frappe au hasard dans la rue comme à Marseille.
La question du financement ne se pose malheureusement plus à ce niveau de mobilisation de moyens rudimentaires, c'est le terrorisme de la 5ème colonne.
Dans ce cas, on constate que des individus peuvent se radicaliser et passer à l'acte en l'espace de quelques semaines, et échapper à la vigilance des services spécialisés.
Comment lutter contre les réseaux de financement
Le terrorisme organisé, planifié par Daech représente toujours malgré ses revers sur le terrain en Irak et en Syrie un réel danger, tout comme Al-Qaïda. Les Etats occidentaux ont mis en place de nouveaux moyens pour identifier des mouvements de flux financiers suspects.
Tracfin
En France notamment, la loi du 3 juin 2016 contre le crime organisé et le terrorisme a renforcé les moyens de Tracfin. Tracfin a été créé par la loi du 12 juillet 1990, à la suite du G7 de juillet 1989.
Tracfin signifie : Traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins. Sa mission est de lutter contre le blanchiment d'argent et le financement du crime organisé dont le terrorisme.
Tracfin agissait jusqu'alors sur des signalements des banques qui ont l'obligation d'informer Tracfin des mouvements douteux.
Désormais, Tracfin peut signaler aux banques de surveiller tel ou tel profil d'individu ou de société.
Il met ainsi en place une surveillance des personnes à risques.
Les paiements anonymes
- la loi a abaissé de 3000 à 1000 euros le paiement en espèce pour les résidents français
- l'opération de change anonyme a été abaissée de 8000 à 1000 euros
- tout retrait ou dépôt de plus de 10000 euros par mois est signalé à Tracfin
- tout dépôt de 50 000 euros doit justifier sa provenance.
cartes prépayées
La loi française du 3 juin 2016 a limité la capacité d'une carte prépayée à 250 euros et elle ne peut plus être alimentée en espèces.
Malheureusement, ces règles rigoureuses ne sont pas toujours adoptées par d'autres Etats, notamment aux Etats-Unis.
La lutte contre le financement du terrorisme, ressources internes et externes , ne suffit pas.
Il faut aussi lutter contre la diffusion de l'idéologie qui est une idéologie mortifère, eschatologique, et totalitaire.
L'Etat islamique a su notamment parfaitement s'adapter aux nouveaux moyens de communication en réseau tel internet, grâce à la diffusion de magazines , en une dizaine de langues, très structurés comme Dabiq, Dar Al Islam, en langue française.
De la même manière, les réseaux comme Twitter et Facebook ne réagissent pas toujours assez rapidement aux diffusions de vidéos mis en ligne par Daech qui maîtrise leur utilisation pour sa propagande.
Il a fallu plus de 11 heures à Facebook pour supprimer la vidéo des massacres perpétrés par les terroristes à Paris au Bataclan le 13 novembre 2015.
De surcroît, les Etats-Unis répugnent à fermer les sites hébergeurs installés chez eux au nom du 1er amendement qui garantit la liberté d'expression.
Néanmoins, la loi française du 13 novembre 2014 sanctionne lourdement toute apologie du terrorisme sur internet, 7 ans de prison et 100 000 euros d'amendes.
De surcroît , Daech maîtrise également la communication cryptée et donne des conseils bien précis à ses adeptes et recommande l'utilisation du logiciel «  Telegram » qui semble pour l'instant incassable aux services spécialisés.
Conclusion
La question du financement du terrorisme reste une question d'importance pour lutter contre un mouvement criminel qui veut imposer la charia, mais son idéologie franchisée et diffusée par des fanatiques prosélytes dépasse très largement aujourd'hui la question du financement. Il s'agit bien de livrer bataille sur le plan idéologique à ce qui apparaît être une véritable secte islamique.
Relevons enfin que les programmes de déradicalisation sont loin d'être efficaces en revanche l'action individuelle et personnalisée mais surtout préventive peut permettre d'enrayer la radicalisation elle-même. 

 

09/10/2017

France : Colloque sur le "Renseignement" à l'Ecole militaire le 25 septembre

Europe 
France
France : Colloque sur le "Renseignement" à l'Ecole militaire le 25 septembre
Intervention de Jacques Myard au COLLOQUE organisé par Pierre Pascallon,, Président du Club Participation et Progrès à l'Ecole Militaire, le 25 septembre 2017, sur le thème : " Que faire pour rendre le renseignement plus efficace encore dans la lutte contre le terrorisme ? ",
Le terrorisme, un défi de société (par Jacques Myard)
"La police de proximité est elle un atout pour lutter contre le terrorisme ?"
La lutte contre le terrorisme exige une réponse globale et surtout une connaissance de l'Islam qui dépasse largement la question posée sur la police de proximité.
Conseiller des Affaires Etrangères, membre de la commission des Affaires Etrangères et de la Commission aux Affaires Européennes pendant cinq mandats à l'Assemblée nationale, membre de la Délégation parlementaire sur le Renseignement depuis sa création, je me suis toujours fortement intéressé à l'Islam. En 1995, j'ai rédigé un rapport sur les défis en Méditerranée : les dérives de l'islam étaient déjà d'actualité.
Je ne changerai pas une virgule à ce que j'ai écrit alors. Le profil des terroristes que nous avions essayé d'établir n'était pas celui de quelques « paumés », délinquants en tout genre, mais celui de personnes dotées d'une formation, ingénieurs par exemple, souvent en informatique, embrigadées dans un intégrisme forcené, et désireuses d'appliquer à la société les certitudes scientifiques dont elles étaient pétries.
Avant toutes choses, je tiens à rendre un hommage appuyé à nos agents du renseignement dont l'engagement est total et qui exercent leurs missions dans le cadre d'une politique publique indispensable aux prises de décisions du gouvernement de la République qui doit être en mesure d'être au fait des enjeux géostratégiques et des menaces à l'encontre de la France. En un mot, nos agents qui paient malheureusement un lourd tribu ne sont pas des "barbouzes" mais bien des serviteurs de l'intérêt général républicain.
Les intervenants précédents l'ont déjà dit, il faut connaître l'ennemi, le nommer, pour mieux le combattre.
C'est la raison pour laquelle je vous donne un premier conseil : apprendre l'arabe sera plus utile que le globish aliénant. Il ne s'agit pas là d'une boutade mais d'un principe fondamental.
La France a eu de très grands arabisants, spécialistes de l'Islam. Hélas, pour de multiples raisons auxquelles participe la fascination pour le monde anglo-saxon, nombre de nos diplomates n'ont eu de cesse de vouloir faire carrière à Bruxelles ou à New York, méprisant cette civilisation que travaillent de multiples frustrations politique, religieuse, culturelle. La paix se joue sur notre flanc sud, ne l'oublions pas !
Il est donc impératif que nous investissions à nouveau dans le monde de l'Islam et cet investissement est d'abord un investissement intellectuel.
Membre des commissions d'enquête de l'Assemblée nationale sur le financement du terrorisme ou sur les individus et filières djihadistes, j'ai participé également aux trois commissions d'enquête parlementaires sur les sectes.
On ne peut s'empêcher de tisser un parallèle entre le phénomène sectaire et les dérives intégristes islamiques. Comme certaines sectes, la Scientologie ou le Temple solaire, les intégristes islamiques propagent une vision eschatologique du monde. L'adepte de la secte est prêt à tous les sacrifices au nom d'une vision eschatologique, incompréhensible pour des esprits rationnels.
A titre d'exemple, lors d'une audition d'anciens membres de sectes, une adepte de l'Eglise de la scientologie affirmait avoir signé un contrat de travail avec cette Eglise pour plusieurs centaines d'années... comprenne qui pourra !
Alors comment lutter ?
Des auditions des commissions d'enquête à celles de la Délégation parlementaire au renseignement, sans en dévoiler les secrets, j'ai appris que la lutte contre le terrorisme n'est plus simplement une question de police et renseignement, c'est un problème de société, un défi de société.
Ce combat politique culturel commence dès l'école maternelle et doit être poursuivi en permanence. Ce travail passe notamment, de mon point de vue, par l'enseignement du doute afin de combattre les certitudes intégristes rabâchées à longueur de temps par de véritables gourous.
Je cite souvent ce proverbe indien, qui a une résonance actuelle centrale et qui devrait guider tout citoyen lucide : « Suis celui qui cherche la vérité, fuis celui qui l'a trouvée ».
J'insiste sur un point majeur, l'Islam intégriste et les intégristes ne veulent pas le pouvoir, c'est-à-dire contrôler le gouvernement d'un pays et notamment des pays musulmans, ce qu'ils veulent c'est contrôler la société, en y imposant leurs lois, leurs conceptions de la société et la charia.
Ce phénomène commence à se développer dans certains quartiers de nos villes perdus par la République. Ces quartiers sont abandonnés au nom d'un laxisme et d'une prétendue liberté individuelle qui résulte de la fin de comète soixante-huitarde, ce qui conduit à des tensions aujourd'hui, à des difficultés sérieuses, voire des affrontements demain.
Je constate que les derniers attentats commis en France, comme en Allemagne, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis - ces derniers abritent la bagatelle de 16 agences de renseignement et une 17ème pour tout coordonner - l'ont été par des individus non connus des services de police et du renseignement et radicalisés en l'espace de quelques semaines avant de passer à l'acte. Nice, Londres, Berlin sont des attentats perpétrés par des terroristes qui ont échappé aux radars de la détection.
Toutefois, on peut avoir de la chance ! Lorsque des douaniers contrôlent, dans une opération de routine, un bus à Marseille en provenance de Belgique pour rechercher de la drogue, ils découvrent par hasard un individu qui s'apprête à commettre des attentats, en possession d'armes telles que des kalachnikov. A Clichy-la-Garenne, le plombier est intrigué par du matériel et des substances tout-à-fait inusuels dans un appartement, il alerte les services de police et on découvre un réseau qui préparait des explosifs, bon réflexe !
Ces deux exemples montrent que pour éviter le pire, un simple indice, même faible, doit être rapporté afin d'être contrôlé.
On est bien au-delà des services de la police de proximité.
Nous sommes tous des victimes potentiels, devenons tous des acteurs de notre sécurité ; sans tomber dans la schizophrénie permanente, ni renouer avec les techniques de l'îlotage consistant à rapporter les faits et gestes de toute la population. Nous devons savoir que la lutte contre le terrorisme dépasse le cadre de la police et du renseignement, c'est un enjeu pour tous, pour chacun d'entre nous.
On disait jadis qu'un Anglais, quel qu'il soit, était un agent de renseignement de sa Majesté. Aujourd'hui plus que jamais, nous devons prendre conscience que chacun d'entre nous a une mission à mener, un rôle à jouer contre des terroristes islamiques décidés à ne nous faire aucun cadeau !

 

19:17 Publié dans Club Participation et Progrès, France, Myard Jacques, Pascallon Pierre | Lien permanent | Commentaires (0) | | | | |

16/04/2016

"Retour d'un Liban introuvable" - 16 avril 2016

Blog sur le Moyen Orient, l’Afrique du nord et le Sahel du 16 avril   2016
Extrait de la newsletter publiée par Jean René Belliard le vendredi 15  avril sur les évènements du Moyen Orient, d’Afrique du Nord et du Sahel. La totalité de la newsletter est envoyée contre abonnement.
Pour s’abonner, écrire à :

ptolemee@belliard74.com

Lire la suite