11/10/2017

Course aux armements à Kirkouk - une poudrière au nord de l'Irak

Irak
TribunalIrakien
Un tribunal irakien ordonne l'arrestation des organisateurs du référendum kurde
Abdel Sattar al-Bireqdar
Un tribunal à Bagdad a ordonné, mercredi 11 octobre, l'arrestation du président et des deux membres de la Commission ayant organisé le référendum d'indépendance au Kurdistan irakien, a indiqué à l'AFP Abdel Sattar al-Bireqdar, porte-parole du Conseil suprême de la magistrature.
Cette décision a été rendue après que la justice a été saisie par le Conseil de la sécurité nationale, présidé par le Premier ministre irakien Haider al-Abadi et où siègent plusieurs ministres, a-t-il précisé.
Hendren Saleh, le président de la commission, ainsi que Yari Hadji Omar et Wahida Yofo Hermez "ont organisé le référendum en contrevenant à la décision de la Cour suprême" irakienne, a-t-il fait valoir.
La Cour suprême, plus haute instance judiciaire centrale, avait décidé le 18 septembre de suspendre cette consultation dans la région autonome du Kurdistan, la jugeant contraire à la Constitution.
L'ordre d'arrêter les responsables de l'organisation du référendum a été rendu par le tribunal de Rasafah, la rive est du fleuve Tigre, qui englobe la moitié de la capitale irakienne.
Elle empêche de fait les trois responsables kurdes, qui avaient effectué de nombreuses navettes pour rencontrer des responsables à Bagdad à l'approche du référendum, de circuler dans les provinces irakiennes, hors des trois gouvernorats de la région autonome.
Exactement deux semaines après une victoire massive du "oui" lors de cette consultation controversée, la crise continue de s'envenimer entre Erbil et Bagdad.
Lundi 9 octobre, le gouvernement central avait annoncé de nouvelles mesures de rétorsion économiques et judiciaires contre le Kurdistan irakien, multipliant les menaces sans toutefois détailler ses décisions.
Plus tôt dans la journée du mercredi 11 octobre, la Cour suprême irakienne s'était déclarée incompétente pour statuer sur le sort des députés du Parlement central à Bagdad ayant promu le référendum d'indépendance au Kurdistan irakien ou voté lors de cette consultation.

Kirkouk
Course aux armements à Kirkouk - une poudrière au nord de l'Irak
La crise au Kurdistan irakien et notamment dans la ville de Kirkouk, disputée entre les autorités centrales de Bagdad et celles du Kurdistan, a provoqué une course aux armements, ce qui ne présage rien de bon pour l'avenir. Rappelons que la ville est ethniquement mélangée entre Kurdes,  Turkmènes et Arabes. Chacune des communautés et particulièrement les Turkmènes et les Arabes s'activent pour se protéger d'une prise de contrôle imminente de leur ville par les kurdes. Les ventes d'armes légères sur le marché noir a grimpé en flèche et avec elles les prix.
Au cours des deux dernières semaines seulement, le prix d'un fusil d'assaut de type AK-47 (Kalachnikov) a atteint un million de dinars (800 $) et un pistolet Beretta est vendu pour un prix d'environ 1000$.
D'autres armes vendues incluent des armes de poing et des grenades. Ces armes sont offertes par des marchands d'armes - y compris sur Facebook. Il s'agit très souvent de membres des services de sécurité ou de milices qui ont participé aux combats. Ils se sont servis sur les équipements laissés par les jihadistes de l'EI dans des zones reprises comme Hawija.  
La dernière fois qu'il y a eu une telle frénésie d'achat d'armes, c'était en 2014, lorsque l'État islamique était aux portes de la ville. Ils ne sont jamais entrés à Kirkouk, mais les forces peshmergas kurdes ont profité du retrait de l'armée pour prendre le contrôle de la ville.
La province de Kirkouk 
Kirkouk est une province multiethnique riche en pétrole avec des Kurdes, des Arabes et des Turkmènes à 280 kilomètres au nord de Bagdad. La province est contestée depuis 2003, les Kurdes affirmant que la province fait partie intégrante du Kurdistan.  
La ville de Kirkouk est actuellement contrôlée par les Peshmergas
Aujourd'hui, lla ville est entièrement contrôlée par les Peshmergas et les Asayish (la police kurde), ce qui provoque de fortes tensions dans les quartiers turkmènes et arabes.   
Pas de confiance à Bagdad
Turkmènes et Arabes ont décidé de s'armer parce qu'ils n'ont aucune confiance dans le gouvernement irakien, malgré les menaces des dirigeants de reprendre Kirkouk par la force si le gouvernement régional du Kurdistan maintient son contrôle de la ville.
"Les Turkmènes cherchent à se protéger parce qu'ils n'ont aucune confiance dans les autorités irakiennes, qui pourraient abandonner Kirkouk en échange de champs de pétrole ou d'accords politiques avec l'Iran ou les Etats-Unis", a déclaré un habitant turkmène de Kirkouk.
Les bureaux du Front  Turkmène Irakien a subi six attaques ces deux dernières semaines  
Selon Jassem Mohammed Jaafar, député turkmène, les bureaux du Front Turkmène Irakien dans la ville de Kirkouk ont subi six attaques ces deux dernières semaines, au fusil d'assaut et à la grenade.
Il dit que les mesures de sécurité autour des maisons des dirigeants turkmènes dans la ville ont été renforcées. 
"Les Turkmènes sont sérieusement menacés par une expansion systématique des Kurdes dans leurs districts de Kirkouk", a déclaré Fawzi Akram, un autre député turkmène. Akram affirme qu'il y a une pression sur la communauté turkmène pour qu'elle quitte la ville et il exhorte Bagdad à intervenir.
Les civils kurdes achètent aussi des armes 
Les civils kurdes de la ville achètent également des armes, dans le cas où les factions armées kurdes se retireraient de la ville.  
Kirkouk - une véritable poudrière 
Kirkouk pourrait devenir l'étincelle qui allume un nouveau conflit dans le nord de l'Irak 
Dans cette situation, et en raison des menaces proférées sur Kirkouk par les unités de mobilisation populaire pro-Bagdad (Hashed al-Shaabi - une coalition de milices majoritairement chiites), le vice-président irakien, Iyad Allaoui, a averti cette semaine qu'une «guerre civile» pourrait éclater à Kirkouk, si aucun compromis n'est trouvé. Allaoui a appelé toutes les parties à faire preuve de retenue et à résoudre rapidement les différends.

Jean René Belliard

Pour lire la note complète sur les évènements de la journée au Moyen Orient, l'Afrique du nord, le Sahel et les évènements liés au jihadisme, écrire à :ptolemee@belliard74.com

24/09/2017

Irak : Fortes tensions à la veille du référendum kurde

Irak 
Kurdistan
Kurdistan: le partenariat avec Bagdad a "échoué" (président kurde)
Massoud Barzani 
Le président du Kurdistan irakien, Massoud Barzani, a affirmé dimanche 24 septembre, à la veille d'un référendum d'indépendance dans cette région autonome, que le partenariat avec Bagdad avait "échoué", appelant les habitants à se rendre aux urnes.
"Le partenariat a échoué avec Bagdad et nous ne le reprendrons pas. Nous sommes arrivés à la conviction que l'indépendance permettra de ne pas répéter les tragédies du passé", a-t-il dit lors d'une conférence de presse à Erbil.
"Le référendum est la première étape pour que le Kurdistan exprime son opinion, Ensuite, un long processus commencera", a-t-il ajouté.
Le référendum, prévu le 25 septembre, n'a pas de caractère contraignant. Il porte sur un sondage d'opinion auprès des habitants des trois provinces du District qui sont : Erbil, Souleimaniya et Dohuk ainsi que d'autres régions disputées, sur leur volonté de se détacher de l'Irak.
Les autorités du Kurdistan tiennent à insister sur le fait qu'une victoire du "oui" n'entraînerait pas immédiatement l'annonce de l'indépendance mais plutôt le début de "discussions sérieuses avec Bagdad". 
Un référendum qui divise, même au sein du Kurdistan
Alors que la riche province pétrolière de Kirkouk ainsi que des zones des provinces de Ninive et Diyala sont disputées entre la région autonome et Bagdad, M. Barzani a assuré que l'enjeu du scrutin n'était "pas de définir les frontières ou d'imposer un fait accompli".
"Nous voulons un dialogue avec Bagdad pour résoudre les problèmes et le dialogue peut durer un an ou deux", a-t-il jugé.
"Je demande à tous les Kurdes de voter en paix demain" (lundi), a dit le président kurde, initiateur du scrutin.
Malgré la stricte opposition des autorités de Bagdad, les pressions internationales et les menaces de rétorsion, Massoud Barzani a maintenu la tenue de ce référendum.
Le Premier ministre irakien promet de prendre "les mesures nécessaires pour protéger l'unité du pays"
Le Premier ministre irakien Haider al-Abadi a affirmé dimanche 24 septembre qu'il prendrait "les mesures nécessaires" pour préserver l'unité du pays après la décision de la région autonome du Kurdistan de tenir un référendum d'indépendance lundi.
"Prendre une décision unilatérale affectant l'unité de l'Irak et sa sécurité ainsi que la sécurité de la région avec un référendum de séparation est contre la Constitution et la paix civile", a-t-il déclaré lors d'un "discours à la Nation" retransmis sur les télévisions.
"Nous allons prendre les mesures nécessaires pour préserver l'unité du pays", a ajouté le Premier ministre sans donner davantage de détails.
Promettant de ne "pas abandonner les citoyens kurdes", M. Abadi a souligné que son gouvernement avait rejeté "l'Etat confessionnel", en faisant référence aux tentatives du groupe jihadiste Etat islamique (EI) d'établir un califat en Irak.
"Nous rejetons l'Etat raciste", a-t-il ajouté dans une allusion aux tentatives de séparation du Kurdistan.
"L'Irak restera pour tous les Irakiens. Nous ne permettrons pas que l'Irak devienne la possession de l'un ou de l'autre, et nous ne permettrons pas à quiconque de jouer avec l'Irak sans en payer les conséquences", a-t-il poursuivi.
L'Irak est peuplé majoritairement de chiites mais compte de nombreuses minorités dont des sunnites, des Turkmènes et des Kurdes.
Les Turkmènes dénoncent le référendum
Dans les régions majoritairement habitées par les Turkmènes, le processus menant vers le référendum est observé avec inquiétude, d'après Aydin Beyatli, président de la Fédération des Associations de Turkmeneli, pour qui «le référendum sera un suicide politique».
Le processus mènera vers de nouveaux conflits, selon le chef de la Fédération qui affirme: «La pression psychologique qu'exerce Barzani sur Kirkouk s'est intensifiée la semaine dernière. Ils disent que 'tous les fonctionnaires doivent participer aux manifestations pour soutenir le référendum et ceux qui s'abstiennent seront sanctionnés'. Auparavant, lorsqu'il allait promulguer une loi, Saddam obligeait le peuple entier, les Turkmènes, les Arabes et les Kurdes. Il les menaçait. C'est pareil maintenant. Les fonctionnaires turkmènes subissent les politiques de Saddam puisqu'ils s'opposent au référendum
Beyatli a précisé que certains notables turkmènes sont mis en garde à vue après des perquisitions, et que leurs affaires sont confisquées.
«Les bureaux du Front turkmène irakien ont été ciblés par des tirs d'armes, a-t-il poursuivi. Cela veut dire, ''quittez les lieux!''. Si Kirkouk tombe, l'Irak tombera. Le Moyen-Orient connaîtra de problèmes importants.»
Beyatli a aussi appelé le gouvernement central irakien à ne pas se taire face aux actes ciblant les Turkmènes avant même la tenue du référendum.
«Les forces de l'ordre doivent être déployées à Kirkouk pour protéger les Turkmènes et les Arabes, et assurer leur sécurité, selon le chef de la Fédération. Si cela n'est pas possible, il faut appeler les Nations Unies (ONU) à l'action, pour que des forces internationales, dont des forces turques, assurent l'ordre dans la ville.»
Les USA, l'Iran, la Turquie et l'ONU contre le référendum
La Turquie, les États-Unis, l'Iran et l'ONU ont exprimé leur refus du référendum, soutenant qu'il est susceptible de déstabiliser davantage la région, et de détourner les efforts déployés dans la lutte contre Daech.
A la veille du référendum, l'Iran interdit tous les vols avec le Kurdistan irakien
L'Iran a interdit, dimanche 24 septembre, tous les vols aériens avec le Kurdistan irakien à la demande du gouvernement de Bagdad, à la veille de le tenue d'un référendum d'autodétermination dans cette région, a annoncé l'agence iranienne Irna.
"A la demande du gouvernement central irakien, tous les vols iraniens vers les aéroports d'Erbil et de Souleymanieh ainsi que tous les vols au départ du Kurdistan irakien transitant par l'Iran ont été interrompus", a déclaré Keyvan Khosravi, porte-parole du Conseil suprême de la sécurité nationale, cité par l'agence officielle.
L'Iran mène des manœuvres militaire à la frontière avec l'Irak
Dimanche 24 septembre, le Corps des Gardiens de la Révolution Islamique d'Iran (CGRI) a entamé des manœuvres militaires à la frontière avec le Kurdistan irakien, à la veille du référendum sur l'indépendance. 
Les médias iraniens ont indiqué que ces manœuvres militaires étaient organisées dans le cadre des manifestations annuelles en l'honneur du début de la guerre Iran-Irak.  
Vidéo : manoeuvres militaires iraniennes :
Poursuite des manœuvres militaires turques près de la frontière irakienne
L'armée turque poursuit ses exercices militaires dans le district Silopi de la province de Sirnak (sud-est), près de la frontière avec l'Irak, pour le septième jour consécutif.
Les soldats turcs se sont entraînés, lors des manœuvres du dimanche 24 septembre, à la détection des mines, et à la sécurisation des voies pour les véhicules militaires.
L'Etat-major turc avait annoncé, samedi 23 septembre dans un communiqué, que des nouvelles unités militaires se s'étaient jointes aux manœuvres.
Le 18 septembre, l'Etat-major turc avait annoncé le lancement d'un exercice militaire à Sirnak, soulignant que les opérations antiterroristes se poursuivent dans la zone frontalière.
Vidéo : Manœuvres militaries turques :  

Jean René Belliard

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