04/08/2014

Que se passe-t-il à la frontière libano-syrienne de la Bekaa ?

La bataille de Qalamoun une caisse de résonnance de l’évolution de la rivalité entre Arabie saoudite et Iran
La bataille de Qalamoun, dans le rif de Damas, et à la frontière libanaise, notamment du côté de Ersal, continue de faire rage malgré la victoire proclamée par l’armée d’Assad et le Hezbollah. Ils avaient cru qu’en prenant les villes et villages de la région, ils en avaient fini avec l’Armée Syrienne Libre et le Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie). Les évènements ont démenti cet optimiste. La bataille fait rage et les pertes sont lourdes des deux côtés. Le Qalamoun est le seul secteur de Syrie où Armée Syrienne Libre, les Jihadistes du Front al-Nosra et ceux de l’Etat Islamique luttent côte à côte.

Le jurd d’Ersal, une base arrière des rebelles syriens
Les rebelles utilisent, depuis des mois, le jurd autour de la localité libanaise d’Ersal comme base arrière. Cette région a de tous temps été un lieu de contrebande en tout genre entre la Syrie et le Liban et de planque pour les hors-la-loi libanais ou syriens.

Hassan Nasrallah a une lourde responsabilité en engageant le Hezbollah dans le conflit syrien
La situation s’est envenimée lorsque le Hezbollah a été engagé dans le conflit syrien, aidant l’armée de Bachar el-Assad à combattre les rebelles. Il obéissait, en cela, à un ordre de Téhéran, soucieux de conserver « l’arc chiite » dans son intégralité. « L’arc chiite » est une expression utilisée pour la première fois par le monarque jordanien pour désigner la continuité de la présence chiite allant de Téhéran à la frontière israélo-libanaise en passant par l’Irak et la Syrie. En s’engageant aux côtés de la communauté alaouite qui exerce de facto le pouvoir en Syrie, quand bien même les représentants d’autres communautés y participeraient, le Hezbollah a clairement pris le risque de provoquer une déflagration au Liban. La communauté sunnite du Liban et de Syrie a bien compris que le Hezbollah exécutait un plan régional sur une base confessionnelle. Et ce ne sont pas les déclarations du contraire par les leaders de la milice chiite qui vont la convaincre qu'elle se trompe.

Les autorités libanaises sont effrayées par les risques sécuritaires
La classe politique libanaise, dans son ensemble, est effrayée par les risques d’explosion au Liban et fait tout pour rejeter sur des agents extérieurs au Liban les incidents sécuritaires qui frappent régulièrement le pays. Les leaders modérés de la communauté sunnite, en commençant par Saad Hariri, tout en condamnant l’engagement du Hezbollah aux côtés des troupes d’Assad, appellent au calme et au respect des institutions. Mais parlons-en justement de ces institutions quand une partie de la classe politique, celle qui est engagée dans la défense de Bachar el-Assad et de l’Iran, maintient le pays dans le chaos institutionnel au lieu de se dépêcher de mettre le pays à l’abri du danger en se dépêchant d'élire un nouveau président et de donner au gouvernement les moyens d’agir au lieu de se battre pour des prérogatives insignifiantes au regard du danger.

L’armée libanaise – l’armée de tous les dangers
Tant que le pays reste attaché à la cohésion nationale et protège ses institutions, l’armée sera le bras armé de l’indépendance libanaise et recevra l’aide des pays occidentaux. Mais si la classe politique et le peuple se divisent, l’armée, dont la composition est peu ou prou identique à la nation libanaise, volera en éclats. On a déjà connu ce cas au cours de la guerre (que j’hésite à appeler civile) lorsque l’armée libanaise s’est divisée en Armée du Liban Arabe (ALA) alliée de l’OLP,  l’Armée du Sud Liban (alliée d’Israël) et d’autres unités rejoignant un camp ou un autre.
La première intervention de l’armée libanaise à la fin du mois de juin 2013 n’a pas été un succès sur le plan politique, même si les Islamistes partisans de Cheikh Assir ont été rapidement défaits. Le problème est que l’armée est clairement apparue comme intervenant pour le compte et aux côtés des miliciens du Hezbollah. Pourquoi dans ce cas désarmer les miliciens sunnites et laisser les miliciens du Hezbollah se pavaner avec leurs armes et leurs uniformes à l’intérieur du pays et s’affubler du nom de « Résistance » ? C’est naturellement la question que se posait la rue sunnite qui n’avait pas particulièrement de sympathie pour ce Cheikh extrémiste mais qui voyait bien qu’il y avait deux poids deux mesures.

Union nationale derrière l’armée – En est-on si sûr ?
Les politiciens libanais jurent leurs grands dieux qu’ils sont tous derrière l’armée libanaise. Mais en coulisse on regrette une nouvelle fois que l’opération militaire menée dans le jurd d’Ersal serve à prêter main forte au Hezbollah en difficulté dans le Qalamoun. 
L’armée dit vouloir fermer les frontières aux rebelles syriens et aux Jihadistes pour protéger le Liban, mais on voit bien que la frontière n’est pas fermée pour tout le monde et que le Hezbollah continue d’acheminer armes et bagages à ses unités déployées de l’autre côté de la frontière. La tension qui monte à Tripoli et dans d’autres régions du Liban est la preuve que la fameuse « union sacrée » n’est pas aussi réelle qu’on veut bien le dire.

Ersal et le problème des « réfugiés » syriens
Ersal en quelques chiffres, c’est une localité sunnite de 30 000 habitants dans une région où villages sunnites et chiites se côtoient. Les villages chiites sont des places fortes du Hezbollah et les localités sunnites ont généralement pris fait et cause pour la rébellion syrienne. A Ersal se trouvent près de 120.000 réfugiés syriens. Il y a parmi eux beaucoup de rebelles et de jeunes désoeuvrés qui rêvent d’en découdre avec le Hezbollah et l’armée d’Assad car la plupart ont fui la Syrie après l’intervention du Hezbollah.

5000 éléments armés à Ersal et dans le jurd aux alentours
Aucune information officielle n'a été fournie sur le nombre de rebelles présents à Ersal. Samir Mokbel, vice-premier ministre et ministre de la défense affirme que leur nombre « ne dépasse pas les 2 500 dans toute la zone d'Ersal, y compris le jurd ». Des sources militaires prétendent, elles, qu’il y aurait 5 000 combattants.
Pour le commandant en chef de l'armée, Jean Kahwagi, « ces éléments armés sont étrangers au Liban et relèvent des différentes formes actuelles de « takfirisme ». Ces éléments sont de diverses nationalités et se trouvaient en dehors des frontières. Ils sont arrivés au Liban après une coordination avec des individus implantés à l'intérieur des camps de réfugiés (syriens) ».  Pour l’armée libanaise, l’affaire est claire. Ces gens sont des terroristes, des membres d’al-Qaïda et de l’Etat Islamique, des Jihadistes. Il faut les "éliminer".

Les rebelles syriens affirment qu’il s’agit d’un complot pour chasser les réfugiés syriens du Liban
Ils demandent à la communauté internationale de veiller à ce qu’il n’y ait pas de grands massacres dans la région d’Ersal et le Qalamoun. 
Ils justifient leurs craintes par le fait qu’il y aurait dans la région, autour d’Ersal, environ 20.000 miliciens du Hezbollah revêtus d’uniformes de l’armée libanaise. Ces gens pour l’instant n’interviennent pas mais se trouvent immédiatement derrière 5000 militaires libanais engagés dans une opération pour chasser de la région tous les rebelles syriens et étrangers.
L’armée libanaise a déployé un matériel impressionnant : canons de 155 mm, tanks, des hélicoptères et des avions de combat.
Les régiments, dont une unité aéroportée, sont commandés par le général Roukoz, un allié par alliance de Michel Aoun, ce général politicien qui a pris fait et cause pour le Hezbollah et Bachar el-Assad alors qu’il avait alimenté la chronique en 1990 en affrontant l’armée syrienne.
L’objectif déclaré de l’armée libanaise est d'affirmer le contrôle de l’Etat sur la totalité du territoire libanais. Parfait ! Mais cela signifie en clair qu’il va falloir chasser les Jihadistes introduits au Liban. Ceux-ci sont malheureusement intégrés à la masse des réfugiés et il faut s’attendre à ce que l’affaire soit sanglante.
On a vu que la bataille du Qalamoun (côté syrien) était loin d’être achevée, malgré les cris de victoire des soldats d’Assad et du Hezbollah après la prise des quelques villes de la région. On peut prévoir que la bataille va également durer un certain temps dans le jurd d’Ersal avec le risque que le conflit s’étende à d’autres régions du Liban.

La bataille dans le jurd d’Ersal risque de provoquer un embrasement
La bataille ne s'arrêtera donc pas à Arsal mais atteindra Beyrouth et d'autres régions libanaises.
Ceci d’autant plus que beaucoup de Libanais aimeraient bien se débarrasser du Hezbollah.
Le Hezbollah pourrait être également intéressé à ce que l'affrontement s'étende. Un conflit à l’intérieur du Liban pourrait lui permettre de couvrir son échec flagrant en Syrie et retrouver une justification à son combat.

La communauté chrétienne pas concernée mais divisée
Encore une fois, la communauté chrétienne va se retrouver paralysée par un conflit qui, théoriquement, ne la concerne pas.
Les Chrétiens, dans leur majorité, n’aiment ni les Jihadistes qui veulent les chasser du Liban, ni le Hezbollah qui leur fait peur. Mais certains leaders chrétiens ont fait des alliances électorales avec l'un ou l'autre camp, ce qui les empêche, pour l'instant, de faire l'union sacrée face au danger.

Jean Kahwagi, le commandant en chef de l'armée libanaise, tire la sonnette d’alarme
C’est pourquoi le général en chef de l’armée libanaise, Jean Kahwagi, a tiré la sonnette d’alarme : « La situation est beaucoup plus grave que d'aucuns veulent le croire », appelant « tous les responsables politiques et religieux à prendre garde à ce qui se prépare désormais pour le pays, puisque tout dérapage, dans n'importe quelle région, pourrait être très dangereux ». « Ce qui se passe à Ersal atteindra l'ensemble du territoire, parce que nous savons tous l'enchevêtrement des régions au Liban », a-t-il souligné, appelant également à une solution à la situation des réfugiés, « afin d'éviter le développement d'îlots de terrorisme ». Effectivement, les Brigades des sunnites libres de Baalbeck, une organisation jihadiste ayant déjà à son actif plusieurs attentats, déclaraient qu'elles étaient « prêtes à participer à n'importe quelle bataille jusqu'à la victoire ».

Le fil des évènements
Tout a commencé le 2 juillet lorsque « des éléments armés ont commencé à se regrouper en nombre impressionnant, peu après l'arrestation au barrage de Wadi Hmeid du commandant de la brigade islamiste Fajr al-Islam, un certain Imad Ahmad Jomaa, alors qu'il transportait un blessé de son groupe de combat vers un hôpital d'Ersal. 400 rebelles ont alors lancé un assaut contre des postes militaires du secteur pour obtenir la libération de Jomaa.

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Imad Ahmad Jomaa 

 

 

 

 

 

 

 

Les rebelles ont tenté d'encercler tous les postes de tous les côtés, et en grand nombre », a indiqué le général Jean Kahwagi. Des troupes héliportées de l’armée ont alors effectué une contre-attaque rapide pour libérer le périmètre autour des postes
Des renforts, incluant des unités d'élite et la huitième brigade, ont été dépêchés dans la région pour aider les unités héliportées à reprendre le terrain.
Des combats violents ont eu lieu au niveau de la caserne 83, située près de l'école technique d’Ersal. Les combats se sont étendus jusqu'aux limites du village chiite de Laboué, une place-forte du Hezbollah. 
Les combats du samedi 2 juillet ont coûté la vie à  quatorze militaires libanais, dont deux officiers, ainsi qu’à des dizaines de rebelles. 86 soldats ont été blessés et 22 sont portés disparus.
Les combats se poursuivaient le dimanche 3 et le lundi 4 juillet aux environs de la localité frontalière d'Ersal que les habitants continuaient à fuir.

Ersal est actuellement entre les mains des Islamistes sunnites
Ersal est actuellement sous le contrôle des groupes armés. Les membres de ces groupes sont sortis des camps de réfugiés syriens à la lisière de la ville pour attaquer l’armée dès l’annonce de l’arrestation de Jomaa.  Ces hommes appartiennent à différentes nationalités et sont très bien organisés. Habillés en noir et cagoulés, ils patrouillent dans les rues de la ville.

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Les Islamistes contrôlent Ersal












Le Hezbollah propose son aide
Déjà, au sein des milieux hezbollahis, on prétend que l’armée ne pourra seule gagner cette bataille. Ibrahim el-Amine, le rédacteur en chef du journal al-Akhbar, proche du Hezbollah, affirme : « Si l’armée n’appelle pas à un soutien direct de l’armée syrienne et des forces du Hezbollah, elle sera face à un grand problème, surtout qu’elle est en crise sur le plan des capacités militaires mais aussi sur le plan de l’action de renseignement nécessaire dans ce cas.
Alors que son ennemi possède de grandes expertises militaires, auxquelles s’ajoutent des orientations pédagogiques qui permettent de se sacrifier face à l’ennemi. Donc, il est illogique de prévoir une bataille rapide et décisive contre ces groupes », écrit al-Amine.

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

07/07/2014

La Syrie utilise-t-elle la menace jihadiste pour déstabiliser le Liban ?

L’Etat islamique (Daech) menace les Chrétiens
Le ministre de l’intérieur libanais, Nouhad Machnouq, a commenté les informations selon lesquelles Daech menaçait de commettre des opérations terroristes contre des localités chrétiennes et chiites dans la Békaa, près d'Ersal. Pour lui, ces rumeurs ne sont pas sérieuses. « Nous recevons chaque jour des dizaines de données de ce type a-t-il dit.

Le député druze Marwan Hamadé accuse les services syriens d’être à l’origine de ces menaces
Pour le député druze Marwan Hamadé, ce sont « les services de renseignement syriens qui se cachent derrière les communiqués suspects qui ont menacé les chrétiens dans la Békaa. Leur objectif, selon lui, est  de mobiliser les minorités contre les Arabes et les musulmans.
« Les vrais sunnites libres sont ceux qui se battent contre l'extrémisme chiite et sunnite par le biais de leur modération, leur arabité et leur esprit démocratique », a-t-il ajouté. Il faisait référence aux Brigades des Sunnites Libres de Baalbeck qui ont revendiqué plusieurs attentats au Liban.
Le « Camp du 14 Mars » est une coalition politique qui a vu le jour après l’assassinat de Rafiq Hariri et qui regroupe tous ceux qui refusent de passer sous domination syrienne. Pour le « Camp du 14 Mars, il y a « une similitude troublante entre la fonction que ladite "Brigade des sunnites libres" est en train de remplir aux yeux de l'axe syro-iranien et le complot de semer la discorde islamo-chrétienne à travers des attentats, et pour lequel l'ancien ministre Michel Samaha avait été arrêté et écroué ».

Michel Samaha déjà en 2012
Michel Samaha avait été arrêté le 8 août 2012. Il a avoué à la police avoir planifié, à l’instigation de Damas, plusieurs attentats à la bombe qui étaient prévus lors d’iftars au Liban-Nord, et précisément au Akkar, l’objectif étant, selon les sources précitées, de provoquer une discorde sunnito-alaouite et sunnito-chrétienne. Il aurait également avoué que les explosifs préparés à cette fin ont été transportés de Syrie à bord de sa voiture et remis au Liban à un terroriste.

Autre fait troublant : Deux kamikazes saoudiens guidés par un membre des brigades prosyriennes at-Tawhid
La chaîne LBC a rapporté que, selon les premiers éléments de l'enquête sur l’attentat à l’hôtel Duroy à Raouché, sur le front de mer de Beyrouth, le 25 juin 2014, c’est un ressortissant syrien membre des Brigades al-Tawhid qui avait pris en charge, depuis leur arrivée à Beyrouth, les deux kamikazes saoudiens.
Si l’enquête confirme cette information, cela impliquera une nouvelle fois la main des services syriens car le chef de ce mouvement islamiste, Hachem Minkara, est un proche du régime syrien et s’est déjà chargé d’exécuter les basses œuvres du régime syrien au Liban.

Le ministre de l’intérieur libanais émet des doutes sur la réalité des « Sunnites libres de Baalbekck »
Le ministre de l'Intérieur Nouhad Machnouk a clairement mis en doute, dimanche 6 juillet, un message présumé signé par les "Brigades des sunnites libres de Baalbeck" sur un compte Twitter. Dans ce message, le groupe adresse des menaces au ministre, promettant des opérations sécuritaires « là où nous le souhaitons et lorsque nous le déciderons ». « Toi et tes services de sécurité qui sont tenus par les croisés et dont tu sembles si fier, vous êtes crédules et futiles. Par conséquent, vous serez incapables de nous empêcher d'exécuter nos opérations jihadistes sacrées », précise le message présumé des Brigades.
Nouhad Machnouk a émis des doutes sur l'existence du groupe. « Les sunnites libres sont les sunnites de la modération et non des opérations kamikazes et du takfir ». « Takfir » est le qualificatif utilisé par les Chiites pour désigner les Islamistes sunnites. « De toute manière, le compte Twitter à partir duquel s'expriment les soi-disant Brigades des sunnites libres est un faux », a précisé Nouhad Machnouk. 

Six kamikazes prêts à commettre des attentats au Liban
Il reste que la situation sécuritaire est très inquiétante au Liban actuellement. Cela est du à la montée en puissance de Daech (l’Etat islamique) tant en Irak qu’en Syrie, à la paralysie politique au Liban, incapable de nommer un nouveau président et aussi à l’arrivée massive de réfugiés syriens dans le pays. Ceux-ci représentent aujourd’hui un tiers de la population. Les Forces de Sécurité Intérieure libanaises possèdent des informations selon lesquelles six kamikazes s'apprêteraient à exécuter des attentats au Liban. Il y aurait cinq Saoudiens et un Irakien. Ils seraient détenteurs de cartes d'identité palestiniennes, et pourraient se cacher dans les zones tenues par les Islamistes à l’intérieur du camp palestinien d'Aïn el-Héloué. Rappelons que les Forces de sécurité libanaises ne peuvent entrer à l’intérieur des camps palestiniens en vertu des accords libano-palestiniens.

La paralysie politique et les risques sécuritaires
On constate également une recrudescence de l’extrémisme au Liban, dans la foulée des victoires remportées par Daech (Etat islamique) en Irak et en Syrie. A Tripoli, un groupe de jeunes a défilé, samedi 5 juillet à Kobbé, brandissant les drapeaux noirs de l'Etat Islamique, pour réclamer la libération de plusieurs des leurs. Les Forces de sécurité intérieure ont aussitôt renforcé leurs patrouilles en plusieurs points de la ville, dressant des barrages volants sur les principaux axes.

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l’enfer des espions)

08:26 Publié dans Beyrouth, Brigade des sunnites libres, Etat Islamique, Syrie | Lien permanent | Commentaires (3) | | | | |

21/06/2014

Inquiétude au Liban

Voiture suicide contre un barrage des Forces de Sécurité Intérieure (FSI) à Dahr el-Baidar
Le Liban a connu le 20 juin une folle journée sur fond de crise politique, le pays n’ayant toujours pas réussi à élire un nouveau président pour succéder à Michel Sleimane.
Tout a commencé par une information, tôt le vendredi matin, selon laquelle une voiture suspecte avait été repérée. Il s’agissait d’une Nissan Murano gris métallisé qu’on soupçonnait d’être utilisée pour un attentat suicide. La voiture avait été repérée à Sofar par des agents des FSI, alertés par un citoyen qui précisait que le chauffeur du véhicule avait un accent syrien. Le véhicule se dirigeait vers Beyrouth.
L’information met le pays en alerte. Les autorités sécuritaires pensent tout d’abord qu’un attentat se prépare contre le président de la Chambre des députés, Nabih Berry, un chiite. Le directeur de la sûreté générale, le général Ibrahim, lui demande d’annuler in extremis la conférence de presse du parti Amal (parti chiite) qui doit débuter à 10 heures à l’Unesco. Puis on apprend de ce même général qu’il serait lui-même visé par le ou les terroristes. Des mesures exceptionnelles sont prises un peu partout pour protéger les cibles sensibles, comme les quartiers chiites de Beyrouth. Des perquisitions sont menées dès l'aube dans le quartier central Hamra. Des dizaines de suspects, soi-disant membres d'un groupe extrémiste, sont arrêtés à l'hôtel Napoléon et deux autres à l'hôtel Casa d'Or. Au total, 102 personnes ont été appréhendées. Mais 85 seront rapidement relâchées et seules 17 étaient maintenues en détention pour  interrogatoire.  Les autorités justifieront ces mesures exceptionnelles en disant qu’elles ont agi après avoir reçu des informations sur un attentat imminent. Les grands axes de Beyrouth étaient également bloqués, provoquant d’énormes embouteillages

Le Kamikaze a été repéré et fait demi-tour
Les Forces de sécurité ont pris en chasse le véhicule. Remarquant qu’il avait été repéré, le Kamikaze fait demi-tour pour reprendre la direction de la Bekaa. 
Il y a au sommet du col de Dahr al-Baidar un barrage des FSI. Les agents ont été prévenus par radio et on leur demande d’arrêter et de fouiller le véhicule suspect. Curieusement, aucune mesure de sécurité exceptionnelle n’a été prise pour agir dans  le cas particulier d’un véhicule suicide. Normalement, il convient de le stopper à distance par un quelconque moyen et de forcer le conducteur à se dévêtir complètement pour vérifier qu’il n’est plus en état de nuire.
L’armée libanaise et les FSI ont pourtant déjà l’expérience de telles attaques suicides. Un barrage de l’armée avait déjà été la cible d’un attentat dans le Hermel. Mais au barrage de Dahr el-Baidar aucune mesure exceptionnelle n’a été prise pour protéger les agents des FSI et les soldats.
A 11 heures du matin, le conducteur du véhicule n'aura aucun mal pour parvenir à leur niveau et se faire exploser, provoquant la mort d’un membre des FSI et blessant 34 autres personnes. La charge explosive a été estimée entre 25 et 30 kilos.

L’organisation « Brigade des sunnites libres » revendique l’attentat
En milieu de soirée, la Brigade des sunnites libres revendiquait l'attentat via son compte Twitter. Jusqu'à cette revendication tout le monde pensait que l'attentat avait été perpétré par les brigades Abdallah Azzam, un groupuscule jihadiste basé dans le camp palestinien d'Aïn el-Héloué. Un communiqué de la brigade des sunnites libres affirme : « La brigade revendique l'explosion de Dahr el-Baïdar et considère que la cible que nous n'avons pu atteindre aujourd'hui sera atteinte plus tard. »

Information sur la brigade des sunnites libres
La brigade des sunnites libres est un groupuscule jihadiste revendiquant son affiliation à al-Qaïda. Elle a déjà exécutée plusieurs attentats au Liban. Elle a revendiqué, le 4 décembre 2013, l’assassinat d’un dirigeant du Hezbollah, Hassan Hawlo al-Lakiss. Mais l’attentat était également revendiqué par un autre groupuscule, la Brigade des Partisans de la Nation Islamique.
Le 7 février 2014, la Brigade des sunnites libres revendiquait sur son compte Twitter l'attaque d'un instructeur iranien  dans un camp d'entraînement militaire du Hezbollah situé dans la région du Hermel (nord est du Liban).
Le 16 mars 2014, elle exécutait une nouvelle action terroriste dans le village de Nabi Osman, dans la Békaa (est du Liban), tuant deux membres du Hezbollah, et faisant une quinzaine de blessés. Les experts militaires évaluaient à 100 kg la charge explosive placée dans le véhicule.
Le 29 mars 2014, les jihadistes de la Brigade des sunnites libres  revendiquaient un nouvel attentat contre un barrage de l'armée libanaise à Aqabet al-Jurd, dans les environs d’Ersal, un village sunnite de la Bekaa. Trois soldats étaient tués et quatre autres blessés. Sur son compte Twitter, la Brigade des sunnites libres affirmait que l’attentat était destiné à "venger la mort du martyr Sami al-Atrache". Ce dernier, soupçonné d'implication dans des attentats à la voiture piégée contre des bastions du Hezbollah, qui combat les rebelles syriens aux côtés du régime, avait été tué le 27 mars à Ersal lors sa capture par l'armée, qui l'avait qualifié de "dangereux terroriste".
Le groupuscule promettait, toujours sur Twitter, de mener de nouvelles attaques contre l'armée libanaise, qu'il accusait de "viser" les sunnites. Le jour de la mort de Sami al-Atrache, le groupsucle avait indiqué que cet incident allait ouvrir "les portes de l'enfer" pour l'armée libanaise, affirmant que celui qui tuait un soldat libanais "allait au paradis".
Le 30 avril 2014, des membres de la brigade des sunnites libres tendaient une embuscade dans le jurd d’Ersal à une patrouille de l’armée libanaise. Plusieurs soldats étaient blessés au cours des combats qui suivirent l’embuscade.

Le plan sécuritaire mis en place au Liban semblait fonctionner
Depuis la mise en place en avril 2014 d’un plan sécuritaire à Tripoli et dans la Bekaa par le ministre de l’intérieur Nouhad Machnouq, aucune action terroriste n’avait endeuillé le Liban depuis la fin avril.
Mais les autorités libanaises craignent que les récents évènements en Irak et en Syrie ne motivent à nouveau des terroristes à reprendre leurs actions au Liban.

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l’enfer des espions)

 

08:53 Publié dans Brigade des sunnites libres | Lien permanent | Commentaires (0) | | | | |