10/09/2017

Chronique de la guerre mondiale contre les jihadistes

Chronique de la guerre mondiale contre les  jihadistes

Voici ce que les abonnés ont lu, samedi 9 septembre 2017, dans la 736e newsletter du groupe Ptolémée.

Ils viennent aussi de recevoir la 737e newsletter, ce dimanche 10 septembre.

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01/09/2017

L'Irak n'en a pas fini avec les défis, malgré ses victoires sur Daech

L'Irak n'en a pas fini avec les défis, malgré ses victoires sur Daech 
(De notre correspondant en Irak)
Après Mossoul, les forces irakiennes ont remporté une nouvelle victoire à Tal Afar. Les succès militaires sont certainement le résultat d'une meilleure coordination tout le long de la chaîne de commandement au sein des forces armées gouvernementales et également grâce à un meilleur partage des renseignements entre Bagdad et la coalition dirigée par les États-Unis. Cela a  permis des attaques plus rapides et mieux ciblées.
Le ministre irakien des AE appelle à la poursuite de la coopération militaire avec la coalition 
Le ministre irakien des Affaires étrangères, Ibrahim Al-Jafari, a averti le 26 août que «la victoire en Irak ne signifiait pas la fin du danger posé par Daech». 
C'est pourquoi l'Irak doit poursuivre sa coopération militaire avec la coalition, a-t-il dit, affirmant qu'il fallait une «sécurité préventive» contre les «cellules terroristes qui travaillent dans l'ombre». 
Car il faut s'attendre à ce que Daech revienne à son «mode opératoire original», en attaquant des cibles "molles" telles que les quartiers résidentiels et les marchés.
Un manque de coordination et d'organisation priverait les services de sécurité de la possibilité de faire face à de telles attaques, a poursuivi le ministre. 
Quel avenir pour la coalition après la défaite de Daech ? 
La question de savoir si et comment la coalition continuera à fonctionner en Irak. Il s'agit d'un sujet politique à la fois à Bagdad et à Washington. Rappelons que les Etats-Unis avaient retiré leurs troupes en 2011, huit ans après le début de son intervention dans le pays.
Une poursuite de la coopération militaire entre Irak et États-Unis sera assurément contestée par la coalition paramilitaire du Hashed al-Shaabi, dont plusieurs des milices qui la constituent sont inféodées à l'Iran. Il n'est pas sûr que le premier ministre irakien Haïder al-Abadi réussisse à convaincre le Hashed al-Shaabi de tolérer la présence militaire américaine en Irak, même si, théoriquement, le Hashed al-Shaabi est placé sous ses ordres.  
Les groupes paramilitaires chiites ont toujours joué un rôle problématique en Irak  
Les groupes paramilitaires chiites ont  joué un rôle problématique dans la politique irakienne dès les années 1930, selon Mohammad-Mahmoud Ould Mohamedou, professeur d'histoire internationale à l'Institut des diplômés de Genève. 
Le Hashed al-Shaabi "n'est que la version la plus récente d'une configuration politico-sécuritaire nationale combinée à une composante sectaire depuis 2003", a-t-il déclaré. 
Le spécialiste irakien a ajouté que l'existence du Hashed était une «admission de l'échec d'une armée formée par les administrations américaines à un coût financier et matériel important sur 14 ans».
Les abus du Hashed al-Shaabi et de l'armée compliquent les efforts de réconciliation 
Les abus plusieurs fois dénoncés des forces gouvernementales et des combattants chiites du Hashed al-Shaabi contre la population sunnite lors des défaites de Daech,  pourraient compliquer les efforts pour retrouver la confiance de la minorité sunnite irakienne, marginalisée et hors du pouvoir depuis la chute du dictateur Saddam Hussein en 2003.
Le référendum kurde - un autre défi pour l'Irak 
Outre la question sectaire, l'Irak est confronté à un autre défi à son unité nationale. Il s'agit du référendum sur l'indépendance de la région autonome du Kurdistan, prévue pour le 25 septembre. 
Les États-Unis et les membres de la coalition sont fermement opposés au référendum, prétextant qu'il pourrait compliquer la lutte contre Daech. En fait, les Etats-Unis craignent surtout une violente réaction de la Turquie et les risques d'un nouveau conflit entre Kurdes et Arabes, notamment dans les provinces contestées de Kirkouk.
2018 - Une année électorale 
Au printemps 2018 devraient avoir lieu des élections législatives, ce qui constitue un test pour le premier ministre Haïder Abadi. 
Le premier ministre compte bien sur le succès de la campagne militaire pour prouver que ses  "réformes »fonctionnent", a déclaré Kirk Sowell, un analyste des risques politiques et éditeur de Inside Iraqi Politics. 

Mais le succès électoral d'Abadi pourrait souffrir des prix bas du pétrole, qui ont mis à mal les caisses de l'État irakien. Les élections n'ont lieu qu'en avril ou mai prochain et d'ici là, l'influence des succès militaires pourraient s'estomper. 

Jean René Belliard

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16/08/2017

Irak : 7 membres des forces de sécurité tués dans une attaque jihadiste à Baiji

Irak : 7 membres des forces de sécurité tués dans une attaque jihadiste à Baiji    
Sept membres des forces de sécurité irakiennes ont été tués lors d'affrontements mercredi 16 août avec des jihadistes à Baïji, ville située au nord de Bagdad et reprise fin 2014 au groupe Etat islamique (EI), a indiqué le ministère de l'Intérieur.
"A cinq heures du matin, cinq membres de l'EI qui portaient des ceintures d'explosif se sont attaqués à des bâtiments des forces de sécurité" à Baiji, à 200 kilomètres au nord de Bagdad, a rapporté à l'AFP le maire de la ville Mohammed Mahmoud.
Des affrontements ont éclaté et ont duré trois heures, selon M. Mahmoud.
Ils se sont soldés par la mort de "sept membres des forces de sécurité", tandis que "six autres ont été blessés", a indiqué le brigadier général Saad Maan, porte-parole du ministère de l'Intérieur.
"Cinq kamikazes qui tentaient de s'en prendre aux forces de sécurité" ont également été tués, a-t-il ajouté.
Baiji 
Grande ville pétrolière, Baïji se trouve dans la province de Salaheddine, où les forces gouvernementales sont parvenues à chasser l'EI de son chef-lieu Tikrit.
Comme Baïji, Tikrit avait été conquise en juin 2014 par l'EI lors de l'offensive fulgurante qui lui avait permis de s'emparer de vastes pans du territoire face à la débandade des troupes irakiennes.
Quelques mois plus tard, grâce au soutien de l'aviation de la coalition internationale menée par Washington, de tribus et de milices, les forces irakiennes ont commencé à reprendre du terrain à l'EI.
Le groupe extrémiste mène toutefois régulièrement des attaques dans des villes reprises par les autorités irakiennes.
Analyse
L'attaque de Baiji augure de ce qui va se produire au cours des prochains mois en Irak.
L'État islamique et d'autres groupes d'insurgés sunnites vont harceler les forces de sécurité partout où elles ne sont ni assez fortes ni politiquement suffisamment souples pour bénéficier du soutien de la population des régions sunnites dans leur lutte contre les insurgés.
Les attaques terroristes contre les forces de sécurité avaient déjà commencé à Mossoul alors que la ville n'était pas encore complètement libérée. 
Le groupe jihadiste a ainsi endeuillé le début de la fête religieuse musulmane de l'Eid en lançant une vague d'attentats-suicide et d'attentats à la voiture piégée dans l'est de Mossul à peine libéré, les 23 et 24 juin. Alors que les derniers jihadistes livraient leur dernier combat dans la vieille ville, 40 combattants de l'Etat islamique ont lancé, le 26 juin, un dans les districts de Tanak et de Yarmuk, situés à l'extrémité ouest de la ville de Mossoul, provoquant la panique au sein de la population qui venait à peine de rentrer dans leurs foyers à peine libérés.
Il n'est pas difficile de prévoir que les combattants de l'Etat islamique qui viennent de perdre une grande partie du territoire qu'ils avaient conquis en 2014, vont revenir aux tactiques du terrorisme et de l'insurrection qu'ils avaient déjà utilisées avant 2014.  
L'objectif de la campagne de terrorisme que devrait adopter l'Etat islamique sera de prouver à la population que les forces de sécurité sont impuissantes à protéger la population et en particulier les cadres dirigeants, les combattants tribaux sunnites et tous ceux qui participent de près ou de loin à l'exercice de l'autorité d'un Etat qui reste, malgré ses récents succès militaires, très faible. . Une partie de la population sunnite d'Irak est toujours sensible aux arguments présentés par les jihadistes, à savoir que la communauté sunnite est maltraitée en Irak. C'est d'ailleurs ce sentiment qui avait conduit une partie de la population sunnite à  soutenir de manière plus ou moins active l'offensive de l'État islamique contre les forces gouvernementales.
Un autre facteur qui pourrait relancer l'insurrection sunnite sous une forme différente est la méfiance, voire l'hostilité des Sunnites vis-à-vis des milices chiites qui ont participé au combat contre l'Etat islamique et ont pris pied dans des régions où elles ne sont pas les bienvenues.  Car il faut savoir que l'équilibre démographico-confessionnel dans chaque partie de l'Irak est un point de grande sensibilité. Dans certaines régions, les Sunnites sont dominants démographiquement et dirigent la gouvernance locale et la police; Dans d'autres, ils sont une minorité souvent maltraitée et humiliée depuis la chute de Saddam Hussein. Dans d'autres régions enfin, l'équilibre ethno-sectaire n'est pas clair ou changeant, favorisant une extrême radicalisation identitaire au sein du gouvernement local et des forces de sécurité. Les griefs locaux et les choix des leaders  peuvent être des moteurs puissants ou des entraves à la participation sunnite à l'insurrection.
Les dirigeants sunnites locaux peuvent conduire leurs communautés vers ou loin du militantisme.
Un autre facteur qui inquiète le gouvernement irakien est la proximité aux confins du territoire irakien de zones de combats accompagnés de zones de "non-droit" où il est facile de se procurer des armes et des munitions.
La guerre civile en Syrie est clairement la plus grande préoccupation à cet égard, et elle peut être considérée comme un facteur causal majeur dans l'intensification de l'insurrection en Irak depuis 2012.
Les zones frontalières entre l'Iran et l'Irak sont un sanctuaire idéal pour Al-Qaïda et les affiliés de l'État islamique opérant dans les districts de l'est de l'Irak comme Halabja, Khanaqin et Balad Ruz.
Il y a également à l'intérieur même de l'Irak des espaces qui échappent toujours à l'autorité du gouvernement. C'est le cas de la région située entre les rivières Tigre et Diyala (y compris la région de Hawija, les montagnes d'Hamrin et le désert de Jallam), une zone de terrains difficiles d'accès.
Les déserts occidentaux bordant la Syrie (provinces d'al-Anbar et de Ninive), et les étendues à la frontière Iran-Irak, au nord-est de Bagdad, sont particulièrement difficiles à pacifier. 
Ces trois facteurs - l'efficacité de l'armée irakienne, le soutien sunnite local pour l'insurrection et le contrôle des sanctuaires insurrectionnels - varieront considérablement selon les provinces et les districts d'Irak. En termes généraux, l'Irak peut être divisée en trois «micro-climats» en termes d'attractivité pour les activités des insurgés sunnites.
Dans la ville de Bagdad et dans la plupart des régions au sud de la capitale (totalisant 40 des 102 districts irakiens), les sunnites sont une minorité démographique. Les forces de sécurité sont dirigées par des Chiites et les régions sont assez éloignées des espaces (en Irak et en Syrie) où les insurgés sunnites sont encore actifs. Cela signifie qu'ils seraient forcés de monter des «attaques de longue portée» vers les régions chiites. En juin 2014, la progression de l'État islamique s'est arrêtée dès que les insurgés sunnites ont atteint la périphérie de Bagdad. Les grandes populations sunnites à Bagdad n'ont pas bougé pour soutenir l'Etat islamique.
La mobilisation rapide des miliciens chiites au sein des Hashed al-Sha'abi (forces populaires de mobilisation, ou PMF) a été une preuve forte de la stabilité ultime de la zone de domination Shiite dans cette région. 
Il existe également une zone de domination kurde soumise à une polarité ethnique (plutôt que sectaire) qui compte environ 36 des 102 districts irakiens. Bien que les Kurdes irakiens soient principalement sunnites (et incluent des adhérents au jihadisme), leurs partis politiques et leurs agences de renseignement maintiennent un contrôle étroit de leur zone de domination démographique. Une frontière dure - complète avec des fossés, des bermes, des clôtures et des points de contrôle - sépare une grande partie de la région du Kurdistan des zones majoritairement sunnite arabe. Par contre, là où le Kurdistan se fond dans des zones majoritairement sunnites arabes, la situation est encore précaire. Les attaques aériennes américaines ont stabilisé les Kurdes lorsque leur capitale, Erbil, a été attaqué en août 2014. Mais il est peu probable que l'État islamique aurait réussi à saisir des zones ajoritairement kurdes majoritairement du Kurdistan et la ligne de front ethnique n'a pratiquement jamais été franchie par les jihadistes.
A Bagdad, au Kurdistan et dans les régions majoritairement chiites, l'Etat islamique ou les insurgés sunnites ne peuvent finalement qu'envoyer de temps en temps des attaques kamikazes, souvent cruelles et sanglantes mais sans conséquences stratégiques.
La situation restera très dangereuse dans les régions sunnites où de nombreux insurgés sont toujours organisés en réseaux et cellules et n'attendent qu'un ordre pour surgir à l'improviste et lancer une attaque contre un point faible de la défense irakienne ou une cible stratégique.
Bleu, région arabe chiite - beige, région arabe sunnite, vert clair, région kurde et rose, région mixte (arabe, kurde, turkmène, yazidis) 

 

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