26/11/2014

26 novembre 2014 – Nouvelles des guerres du Moyen Orient et d’Afrique du Nord

L’Etat islamique

L’Etat islamique persécute les minorités religieuses
A Mossoul, les Jihadistes ont détruit à l’explosif le monastère de la Victoire qui abritait des religieuses. Les Jihadistes avaient pris l’habitude de se servir du monastère comme résidence et comme base pour leurs véhicules.
Vidéo :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=2f410359355e
Les persécutions contre les Chrétiens d’Irak ne leur laissent pas d’autre choix que de prendre, eux aussi, les armes contre les Jihadistes de l’Etat Islamique. Il en est de même pour les Yazidis et les Turkmènes irakiens. Tous ont demandé aux Peshmergas de se joindre à la lutte.
Vidéo en langue anglaise :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=bf33cdcbafc4
Les Chrétiens du Nord de la Syrie ont également décidé de former leur propre milice comme l’affirme le site Weltspiegel (vidéo en allemand)
https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&...
Les Jihadistes détruisent aussi les bâtiments religieux de la communauté chiite.
Vidéo (en langue arab) de la destruction d’autres sanctuaires religieux dans la province de Salah ed-Dine :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=bffb313973c4

Un Ismaélien décapité pour apostasie en Syrie
L’Etat Islamique (Daech) a annoncé mardi 25 novembre 2014 avoir décapité en Syrie un membre de la minorité ismaélienne, un courant de l'islam proche des musulmans chiites. ll était accusé d'apostasie".
"Hier (lundi 24 novembre), la police islamique dans la province de Homs (centre de la Syrie) a appliqué la sentence pour apostasie contre un ismaélien", a annoncé le groupe salafiste dans un communiqué, indiquant que l'exécution avait eu lieu "devant un groupe de musulmans".
"C'est ce qui attend tous les apostats", proclamait une pancarte manuscrite placée sur le corps de la victime.
La communauté ismaélienne compte environ 200.000 personnes en Syrie, la plupart vivant à Salamiyeh, une ville de la province de Hama (centre).
Aux yeux de Daech, tous les musulmans qui n'adhèrent pas à son interprétation de l'islam sont des apostats.

Le Front al-Nosra exécute aussi pour blasphème
L’Etat Islamique n’est pas le seul à exécuter des gens pour blasphème ou apostasie. Le Front Al-Nosra, la branche syrienne d'al-Qaïda, a exécuté mercredi 26 novembre, à Erbine, une localité située à l'est de Damas, un dénommé Mohammad al-Mir. Il était accusé "d'avoir insulté le prophète (Mahomet) et sa famille".
On avait jusqu’ici tendance à considérer le Front Al-Nosra comme moins radical que l'Etat Islamique.

Afrique du Nord
L’Etat islamique s’étend en Afrique du Nord. Le dirigeant de l'EI, Abou Bakr al-Baghdadi, a récemment vanté dans un enregistrement audio l'expansion du « califat » annonçant avoir accepté les serments d'allégeance émis par des jihadistes de Libye, d'Égypte, du Yémen, d'Arabie saoudite et d'Algérie. Après Jund al-Khilafa en Algérie et Ansar Beit al-Maqdess en Égypte, l’Etat Islamique est maintenant implanté dans la ville libyenne de Derna.

Derna (Libye) est une place forte islamique
Derna est une place forte islamiste qui fait peu de cas de la « démocratie à l’occidentale » que rêvaient d’imposer les Occidentaux en aidant au renversement de Mouammar Kadhafi. Cette ville portuaire de 150.000 habitants située dans l’est libyen est depuis longtemps un haut lieu du jihad international. Ce que les Islamistes de Derna réclament, c’est l’application de la Charia…et une part des revenus pétroliers. On estime leurs effectifs à plusieurs centaines de miliciens rompus à la lutte armée. Derna a été la plus grande pourvoyeuse d’hommes pour les guérillas afghane, irakienne et syrienne.
L'idéologie de l'État Islamique (EI) ne pouvait qu’attirer des sympathisants dans les milieux radicaux en Libye. C’est pourquoi ce n’est pas une surprise d’apprendre que la ville de Derna, s’est transformée en «émirat islamique ».
En avril 2014, une branche d'Ansar ach-Charia avait annoncé qu'elle allait instaurer la justice selon la loi islamique à Derna. Se faisant appeler « Majless Choura (Conseil consultatif) des jeunes de l'islam à Derna », elle y a instauré des tribunaux islamiques et une police religieuse.

Lutte entre partisans d’al-Qaïda et partisans de l’Etat Islamique ?
Il se pourrait qu’on assiste en Libye, comme cela est déjà le cas au Yémen à une lutte sourde entre les chefs traditionnels du Jihad, membres d’al-Qaïda et les partisans de l’Etat Islamique, ce qui ne manquerait pas de rajouter de la confusion à un pays qui n’en a pas besoin. Rappelons que le pays est en proie au chaos où deux Parlements et deux gouvernements se disputent le pouvoir sur fond de violences meurtrières. Pour l’instant, on a encore du mal à savoir quel est le poids de ceux qui se réfèrent à al-Qaïda et ceux qui ont fait allégeance à l’Etat Islamique. .
Jeffrey Rathke, le porte-parole du département d'État américain s’est déclaré inquiet face aux «informations selon lesquelles des factions extrémistes violentes (en Libye) ont prêté allégeance à l'EI et cherché à s'associer à lui ».

La vallée de Pankisi (Georgie)
Les gorges de Pankisi sont situés en Géorgie. Les six villages de cette vallée sont peuplés de Kistes, des descendants de Tchétchènes ayant émigré en Géorgie.
L’Orient-le-jour du 26 novembre 2014 rappelle que la vallée de Pankissi est apparue dans les médias géorgiens dès le début de la première guerre de Tchétchénie (1994-1996). Elle était devenue à l’époque le refuge des indépendantistes tchétchènes et plus de 10 000 civils s’y étaient réfugiés. Avec l'aide des États-Unis, le gouvernement pro-occidental géorgien de l'ancien président Mikheïl Saakachvili avait réussi en 2004 à chasser hors de son territoire les séparatistes, qui y organisaient encore des attaques contre l'armée russe.
Mais leur présence prolongée a influencé la population, dont les traditions religieuses soufies ont été remplacées par des pratiques salafistes, une branche rigoriste de l'islam. « Le salafisme est désormais la forme dominante de l'islam en Pankissi », explique le journaliste Soulkhan Bordzikachvili, qui vit dans un des villages des gorges, Jokolo. Le salafisme menace, raconte un habitant de la vallée, « l'existence même de l'identité culturelle des Kistes ». Un autre témoigne : « La jeunesse kiste est majoritairement salafiste, les jeunes ne se considèrent plus désormais comme Kistes ou Géorgiens mais uniquement comme des musulmans. »
Pour Khaso Khangochvili, membre du conseil des aînés de Pankissi, « c'est la pauvreté et le chômage qui font partir les jeunes Kistes de Pankissi. Ils cherchent du travail en Turquie et certains finissent à combattre en Syrie », à seulement une journée de voiture de la Géorgie.
C’est d’ailleurs une raison économique que donne Temour Batirachvili, le père d’Omar al-Chichani (le Tchétchène en arabe), le célèbre jihadiste à la barbe rousse, l’un des chefs des Tchétchènes qui luttent dans les rangs de l’Etat Islamique en Syrie. Il explique : « Quand Tarkhan (Omar al-Chichani) a guéri (de sa tuberculose), il était prêt à rejoindre à nouveau l'armée (géorgienne). Ils lui ont promis un travail, mais ils n'ont jamais tenu leur promesse », il continue, « si mon fils avait eu ne serait-ce qu'un peu d'espoir de vivre une vie meilleure en Géorgie, il ne serait jamais parti ».
 

Turquie

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a dénoncé mercredi 26 novembre 2014, "l'impertinence" des Etats-Unis dans la crise syrienne. La visite de Joe Biden, le vice-président américain, n’a donc pas contribué à aplanir les divergences entre les deux alliés sur le dossiersyrien.
"Je veux que vous sachiez que nous sommes contre l'impertinence et les demandes sans fin", a déclaré M. Erdogan en référence aux requêtes adressées par Washington à la Turquie dans la lutte contre les jihadistes du groupe Etat islamique (EI).
Malgré les pressions exercées par les Etats-Unis, le gouvernement islamo-conservateur turc, proche des Frères musulmans, refuse toujours d'intervenir militairement au profit des forces kurdes qui défendent la ville syrienne de Kobané assiégée par les jihadistes, à la frontière turque.
Ankara oppose également une fin de non-recevoir à la demande américaine d'ouvrir sa base d'Incirlik aux avions qui bombardent les positions de l'EI en Irak et en Syrie.
La Turquie juge ces raids inefficaces et plaide pour que le départ du président syrien Bachar al-Assad soit la priorité de la stratégie de la coalition dans la région.
"Ils (les Américains) sont restés simples spectateurs lorsque le tyran (le président syrien) a massacré 300.000 personnes. Ils sont restés silencieux face à la barbarie d'Assad et maintenant ils jouent sur la mauvaise conscience (de l'opinion internationale) autour du sort de Kobané", a regretté M. Erdogan.
"Nous ne résoudrons pas nos problèmes avec l'aide d'un « esprit supérieur » mais avec celle de notre propre peuple", a conclu le président turc.
Lundi 24 novembre, M. Erdogan avait déjà accusé les Américains d’avoir une politique destinée uniquement à protéger leurs intérêts pétroliers dans la région.

Front irakien

Kirkouk
Vidéo tournée par les Peshmergas sur la ligne de front dans la région de Kirkouk :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=ed2baf5e6106

Front syrien

Alep
Vidéo de la brigade Noureddne al-Zanki montrant une attaque kamikaze contre une position de l’AAS à Alep :
https://www.youtube.com/watch?v=ElbzzXfJqV4&feature=p...

Damas et sa banlieue
Une vidéo (langue russe) montre la destruction d’une position rebelle dans la localité de Zamalka, voisine de Jobar (Exceptionnel) :
https://www.youtube.com/watch?v=2LhAIIsV1xk&feature=p...

Raqqa
Le bilan des bombardements de la ville de Raqqa par l’aviation syrienne, le mardi 25 novembre, s’est encore alourdi. On parle maintenant de 95 morts, dont une majorité de civils. En représailles, l’Etat Islamique menacerait d’exécuter des soldats de l’AAS détenus prisonniers.

Vidéo de la brigade rebelle Souqour esh-Sham (les faucons de Syrie)
Cette brigade est armée par le Qatar et la Turquie. Elle fait partie du Front Islamique armé et financé par l’Arabie saoudite et les pays du Golfe :
https://www.youtube.com/watch?v=2LhAIIsV1xk&feature=p...

Coalition internationale

Des effets négatifs des raids de la coalition internationale en Syrie
Les raids menés par la coalition internationale ont pour résultat de pousser de plus en plus d’Irakiens et de Syriens dans les bras de l’Etat Islamique. Le mouvement est particulièrement net en Syrie où plusieurs formations rebelles ont tout simplement rejoint l’EI (Daech) tandis que d’autres ont noué des alliances tactiques ou convenu une trêve avec l’organisation salafiste. C'est notamment le cas dans la région d’Edleb. Les brigades en question sont Jeich al-Mujahidin, la brigade al-Sham, la brigade Ahrar ash-Sham, et même le Front al-Nosra. Plus de mille combattants du Front al-Nosra auraient rejoint l’Etat Islamique en une seule semaine au mois d’août 2014, affirme Ali Sa’eed, un porte-parole du Commandement Révolutionnaire de l’Armée Syrienne Libre.
« L’Etat Islamique est un aimant qui attire un grand nombre de Musulmans » a déclaré au Guardian Abou Talha, le chef de la brigade Ansar al-Haq qui combat dans la Ghouta orientale. Lui et 200 de ses hommes ont rejoint l’EI. Il serait actuellement en négociations avec des combattants d’autres unités rebelles, comme le Front al-Nosra pour qu’ils rejoignent, eux aussi, l’Etat Islamique.
Un autre combattant de l’ASL dans la région de Homs a affirmé au journal britannique qu’il était hors de question pour lui de se battre contre l’EI à présent que l’aviation américaine bombardait l’organisation islamiste. Il affirme que 600 combattants de la brigade al-Ribat, de la province de Homs, auraient fait avec lui allégeance à l’EI. La brigade al-Ribat avait pourtant reçu une promesse de la part de la brigade Hazm, soutenue par les Etats-Unis, de recevoir des armes sophistiquées si la brigade acceptait de rejoindre la lutte contre l’Etat Islamique.
Tous les gens en Syrie, affirme Abou Zeid, un commandant de l’ASL, basé dans la région d’Edleb, se demandent pourquoi l’aviation US bombarde des cibles de l’EI et n’est jamais intervenue contre les mitrailleuses et les canons de l’Armée Arabe Syrienne.
« Les Américains ne nous ont jamais donné d’armes pour combattre l’armée de Bachar el-Assad, ajoute Abou Talha. Les armes arrivent seulement maintenant pour combattre l’EI ».
Abou Talha affirme que de nombreux commandants de brigades rebelles ont en secret confirmé leur allégeance à l’EI.

Jean René Belliard

 

08/11/2014

6 au 8 novembre 2014 – Nouvelles des guerres du Moyen Orient

La guerre fait rage entre les Islamistes sunnites, encore appelés Jihadistes, et le reste du monde. Et cette lutte à mort est multiforme. Elle l’est en raison de la diversité des adversaires – chiites, occidentaux, armées nationales, forces laïques, et tous ceux qui refusent de passer sous l’autorité des partisans de la charia. Et elle est multiforme en raison de la diversité des Jihadistes eux-mêmes dont beaucoup n’ont que peu ou pas de relations avec l’islam mais sont simplement animés par une haine féroce de « l’establishment ».
Il est nécessaire, par conséquent, de passer en revue les divers théâtres où ces affrontements ont lieu. On s’aperçoit, à considérer la liste de plus en plus longue des régions affectées par ce conflit, qu’on se dirige petit à petit vers ce qu’on pourrait appeler une guerre mondiale.

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06/11/2014

Gaza - Les leçons d'un conflit

Observations à propos de la guerre entre Gaza et Israël de l’été 2014
La résistance palestinienne a surpris par sa résilience lors la guerre entre Gaza et Israël au cours de l’été 2014. Les Palestiniens ont réussi à tirer un grand nombre de roquettes, la plupart de fabrication locale (comme les Qassam et les M75), jusqu'au dernier jour de l'opération israélienne « Bordure protectrice ». Tel Aviv et d’autres villes israéliennes étaient prises pour cible par les  roquettes Buraq 70 et Buraq 100 tirées par les Brigades al-Quds.
On peut se poser la question de savoir comment les organisations de la résistance palestinienne, le Hamas et le Jihad islamique, prisonnières à l’intérieur d’un minuscule territoire, ont réussi à développer un tel niveau d’armement. Ceci d’autant plus que l’Egypte et Israël semblaient avoir tout fait pour empêcher la Résistance de se procurer de telles armes.
 
Promesse iranienne
L’Iran avait promis d’aider les Palestiniens de Gaza à s’armer.
“Levez les pieds et vous nous trouverez, comme toujours et pour toujours, dessous, à votre service,” avait déclaré Abu Ali, un commandant des Gardes de la Révolution Iraniens (GRI), à des combattants palestiniens originaires de Gaza au cours d’une session d'entraînement en Iran en 2012.

La Syrie fournissait les laissez-passer
On sait que le Hamas bénéficiait du soutien syrien avant le début de la révolte sunnite contre Bachar el-Assad. Avant 2012 et la rupture entre Damas et le Hamas, les combattants gazaouis avaient l'habitude de passer par la Syrie pour se rendre en Iran. Les autorités de Damas leur fournissaient des laissez-passer sans problème.
Et à leur retour de Téhéran, des voitures les attendaient sur le tarmac de l'aéroport de Damas pour les conduire à leurs bases respectives. Ils n’avaient pas besoin de passer par le contrôle des passeports et des visas.

Les sessions d’entraînement en Iran
A Téhéran, les combattants de la résistance gazaouïe participaient à des sessions d'entraînement  intensives. Ils passaient de nombreux mois à acquérir la connaissance des armes jusqu’à leur expérimentation. Des hélicoptères iraniens HESA les emmenaient sur les sites de tir pour qu'ils puissent se familiariser avec le maniement des diverses armes. Les instructeurs iraniens apprenaient également à leurs stagiaires comment positionner et camoufler les armes pour éviter que l’armée israélienne ne puisse les repérer du ciel ou du sol.

Sessions d’entraînement en Syrie
Avant la guerre civile syrienne, les Gazaouis pouvaient également s’entraîner en Syrie où le Hamas disposait de champs de tir.

Les Iraniens livrent des roquettes démontables à Gaza
Les Iraniens n’ont pas seulement aidé les Palestiniens à s’entraîner sur leurs armes, ils ont également fourni ces armes à la résistance gazaouïe. Mais Téhéran s’est très vite rendu compte que la principale difficulté était de faire entrer des roquettes en contrebande à Gaza, ce qui supposait de faire passer ces armes par les tunnels. Pour tourner la difficulté, les Gardes de la Révolution iraniens ont fabriqué des roquettes démontables. Une autre tactique a été de faire passer des armes par la mer. Mais la marine israélienne veillait au grain. Comme il n’était pas possible d'acheminer des bateaux en secret jusqu’à la côte de Gaza, la solution a consisté à jeter les armes dans des containers à la mer, très loin de la côte. Des plongeurs allaient les récupérer la nuit. Mais là aussi, l’opération était délicate et difficile à organiser d’une façon suffisante pour livrer un grand nombre d’armes. 

Les Gazaouis fabriquent eux-mêmes leurs missiles
C’est pourquoi, à partir de la fin de 2001, les Brigades al-Qassam, l'aile militaire du Hamas, se sont mises à fabriquer elles-mêmes leurs roquettes. A l'époque, ces missiles n'avaient qu'une portée de 15 km et ils tombaient assez souvent à côté de l'endroit d'où ils avaient été tirés ou même explosaient au moment de leur lancement. Ces roquettes étaient uniquement destinées à être tirées sur la colonie de Sderot qui se trouve à 4 kilomètres de la frontière orientale de la bande de Gaza.

Les Gazaouis profitent de l’ouverture de la frontière  sud avec l’Egypte
Mais là encore, le problème était de trouver à Gaza même les composants nécessaires à la fabrication des missiles. A cette époque, il était difficile de se procurer les matières premières indispensables pour la fabrication des armes à Gaza . Mais à partir de 2005, suite au retrait israélien du Corridor de Philadelphie (un secteur où à l’époque les soldats égyptiens n’étaient pas les bienvenus), la frontière sud avec l'Egypte s’est retrouvée plus accessible, ce qui a facilité la contrebande d'armes et de matières premières par les tunnels.

Les tunnels
Les tunnels ont joué un rôle crucial pour l’armement des organisations de la résistance palestinienne à Gaza. Ils permettaient d'acheminer armes et composants du territoire égyptien vers la bande de Gaza.

Les roquettes Fajr-5
Les première roquettes Fajr-5 sont arrivées à Gaza en 2011 et ont été utilisées pour la première fois lors de l'Opération « Colonne de Nuée » en 2012 au cours de laquelle la résistance palestinienne a réussi à bombarder Tel Aviv pour la première fois. A l'époque, Israël avait accusé les Gardes de la Révolution iraniens de fournir des roquettes à la résistance. Le commandant des Gardes de la Révolution Iraniens, Mohammad Ali Jafari, avait confirmé le transfert de roquettes Fajr à la résistance et ajouté qu'il avait l'intention de lui fournir aussi d'autres systèmes de roquettes.
Mais il y avait une limite à la quantité de ces roquettes que la résistance pouvait faire entrer en contrebande. Sans oublier le risque de provoquer un renforcement de la sécurité et donc du blocus, ce qui rendrait la contrebande plus difficile encore.

Les Iraniens apprennent aux Gazaouis à fabriquer eux-mêmes les missiles Fajr
Les Iraniens se sont documentés sur les matières premières disponibles à Gaza ou dans son voisinage. Ces études ont permis aux instructeurs iraniens de mette au point des sessions spéciales d'entraînement à la fabrication de roquettes.

La révolution en Egypte, une aubaine pour la contrebande d'armes 
Selon des sources fiables du Jihad Islamique, la majorité des armes que Gaza a utilisées dans les batailles de 2012 et 2014 étaient arrivées à partir de 2011, c'est-à-dire à partir de l'éclatement de la révolution.  Pendant cette période, les autorités égyptiennes fermaient les yeux sur la contrebande dans le Sinaï qui se faisait avec l'aide des tribus en échange de fortes sommes d'argent.
Un officiel du Hamas a expliqué  que la résistance se mettait d'accord avec les officiers égyptiens sur un certain nombre de jours pendant lesquels les combattants de la résistance pouvaient faire entrer des armes à Gaza sans problème.

La contrebande était plus difficile sous Mohammed Morsi
Selon les sources palestiniennes, la contrebande d'armes a été un peu plus difficile sous Morsi. Par contre il était plus facile aux combattants de passer par l'Egypte pour aller s'entraîner hors de Gaza. On a même dit que le président Morsi fournissait des laissez-passer à certains Gazaouis pour qu'ils ne soient pas harcelés par les services de sécurité à leur sortie de Gaza.

Les Israéliens bombardent les convois et les voies d’approvisionnement
Après la mort de Mouammar Kadhafi et la victoire des milices armées plus ou moins islamistes en Libye, un grand nombre d’armes, parmi lesquelles des armes chimiques, ont été subtilisées des entrepôts militaires. Les services de renseignement israéliens pouvaient craindre, à juste titre, que ces armes prennent le chemin de Gaza ou du Liban pour tomber entre les mains du Hamas ou du Hezbollah. Les agents israéliens ont très vite découvert les routes de contrebande vers Gaza et pris pour cible les convois d'armes et les caches de roquettes. C’est ainsi que vers la fin de 2012, les forces spéciales israéliennes, protégées par la force aérienne de Tsahal, ont détruit un convoi d'armes au Soudan qui était destiné, selon Tel Aviv, à Gaza. Un responsable palestinien en charge du trafic d’armes et un important agent iranien auraient perdu la vie au cours de cette attaque. Les Iraniens ont compris la leçon  Il valait mieux aider les Palestiniens à fabriquer eux-mêmes leurs roquettes sur place, plutôt que de poursuivre les opérations de contrebande.

Ateliers de fabrication de roquettes à Gaza
Téhéran, avec la collaboration du Hezbollah, a aidé les Gazaouis à développer les ateliers de fabrication de roquettes.
Amir Abdul-Lahian, le vice-ministre des Affaires Etrangères iranien, a reconnu que les Gardes de la révolution  avaient transmis la technologie de fabrication des roquettes aux  Palestiniens.

Quels types de roquettes sont fabriquées à Gaza ?
Des discussions ont eu lieu pour savoir quels types de missiles devraient être fabriqués à Gaza. il a été décidé qu’il valait mieux que ces roquettes portent une petite tête explosive pour accroître leur portée, à la fois pour des raisons de tactique militaire et pour des considérations politiques.
L’autre point important était le coût des roquettes. Très vite, il est apparu qu’il y avait une différence de coût entre les roquettes fabriquées localement et celles qu'on acheminait clandestinement d'Iran. Les roquettes de fabrication locale étaient presque aussi puissantes que les roquettes de contrebande et elles coûtaient moins cher. Le coût d'une roquette comme celles qui ont été tirées sur Tel Aviv ne dépasse pas les 5 000 dollars, tandis qu'une roquette de contrebande peut coûter jusqu'à 15.000 dollars.
En ce qui concerne les roquettes de petite portée, le coût d'une roquette de contrebande de type 107 par exemple, s'élève à environ 800 dollars, alors que la même roquette fabriquée localement revient seulement à 110 dollars.

Grand secret
L’autre problème était de garder secrète la localisation des ateliers de fabrication de missiles à Gaza même. Les Palestiniens ont été assez performants en ce qui concerne ce point. La plupart des combattants ne savaient pas où se trouvaient les ateliers de fabrication des roquettes. Certaines factions sont même allées jusqu'à faire en sorte que ceux qui travaillaient dans les ateliers ignoraient la location de leur lieu de travail.
Ce secret a permis à la résistance palestinienne de poursuivre la fabrication des missiles au plus fort de la guerre de l’été 2014. Il restait par contre le délicat problème du transport des roquettes à partir de leurs ateliers de fabrication jusqu'aux plateformes de lancement.

La contrebande n’a pas cessé
La contrebande vers Gaza n'a pas complètement cessé, malgré la fabrication locale de roquettes. La résistance palestinienne garde le secret sur l’ampleur de la contrebande à travers le désert du Sinaï ou par mer.

L’Iran a également fourni des drones
Parmi les matériels acheminés par contrebande, on trouve les drones. Le Jihad Islamique affirme que l'Iran lui a livré trois types de drones. Il s’agissait de drones Ababil UAV. Ces drones n’ont pas été d’une grande utilité au cours de la guerre de juillet 2014 car ils ont été abattus par Tsahal peu de temps après leur décollage.

La guerre entre Gaza et Israël a été utile pour  l’Iran et le Hezbollah
L'Iran, le Hezbollah et même la Syrie ont soigneusement analysé la dernière opération israélienne contre Gaza pour en tirer des leçons sur ce qu'il convient de faire dans le cas d’un conflit avec Israël. Il y a fort à parier que les états-majors ont amélioré leur stratégie et leurs tactiques grâce aux conclusions tirées du conflit.

Jean René Belliard