12/06/2014

Les évènements d'Irak vont avoir des répercussions mondiales

La prise de vastes régions irakiennes par des islamistes est un évènement aux répercussions mondiales
L’avancée fulgurante des combattants islamistes de l’EIIL et de l’armée des tribus sunnites constitue un évènement nouveau d’une ampleur régionale considérable qui risque d’inspirer, non seulement des groupes islamistes locaux (je pense à la Libye, au Liban, l’Egypte, la Syrie, le Pakistan et la Jordanie) mais aussi à travers le monde, Europe et Etats-Unis plus particulièrement. Il est évident que cela redonnera du moral à certains groupes islamistes en raison de ce qu'ils considéreront sans nul doute comme un grand succès.

Le danger terroriste plus grand
Le danger terroriste vas s’accroître en raison de l’attrait que va représenter l’EIIL aux yeux de jeunes jihadistes étrangers, le fait qu’ils vont savoir désormais où aller pour s’entraîner avant de partir accomplir le jihad là où on leur demandera d’aller.

Exaspération du conflit sunnito-chiite
Il faut craindre une gigantesque explosion du conflit sunnito-chiite, non seulement en Irak mais dans toute la région du Moyen orient.

Nouri al-Maliki avait tout fait pour exacerber les Sunnites
On ne s’en était pas vraiment rendu compte, mais cela fait deux ans que Nouri al-Maliki, s’était mis à dos la population sunnite irakienne, même ceux qui étaient pourtant prêts à coopérer avec lui. Les accusations d’autoritarisme et les soupçons de vouloir marginaliser la population sunnite étaient reprises par toute la communauté sunnite. C’est pourquoi, les populations sunnites ne se sont pas opposées à la poussée des islamistes dans leur région. Plutôt la charia que vivre opprimé. Le fait que les dernières élections ont finalement maintenu Nouri al-Maliki au pouvoir n’a fait qu’exacerber la colère sunnite.

En Irak, l’EIIL a une assise populaire – pas en Syrie
Cette colère de la population sunnite d’Irak, le fait que l’armée des tribus se soit rangée aux côtés des Islamistes de l’EIIL, que l’armée de Naqchbandis, regroupant d’anciens officiers et soldats de l’armée de Saddam Hussein, ait fait de même, a finalement donné une assise populaire à l’EIIL en Irak, ce qui n’est plus le cas en Syrie en raison des dérapages sécuritaires et de son insistance à vouloir faire appliquer la Charia la plus stricte, en utilisant la plus grande brutalité. On va voir très rapidement si l’EIIL va commettre les mêmes fautes dans les régions conquises d’Irak.

Des questions sur la rapidité de la défaite militaire du régime
Il y a cependant des questions. Bien sûr on savait que l’armée irakienne, forte d’un million d’hommes, n’était pas bien formée dans son ensemble et pas très motivée. Mais il y avait cependant des unités d’élite qui avaient un compte à régler avec l’EIIL depuis les combats de Falloujah et de Ramadi et les nombreux attentats qui les avaient visés. Alors, on peut s’interroger sur la facilité avec laquelle les Islamistes se sont emparés de vastes régions sunnites sans avoir eu à livrer de grands combats. Cela nous rappelle que Nouri al-Maliki n’a jamais été un fervent défenseur de l’unité de l’Irak. Il n’a jamais été hostile, finalement, à ce que le pays soit divisé en zones contrôlées par des minorités. Kurdes au nord, Sunnites à l’ouest et chiites à Bagdad, à l’est et au sud. Ce serait machiavélique et extraordinairement dangereux, mais en livrant les zones sunnites aux Islamistes, Nouri al-Maliki n'a-t-il pas voulu discréditer l'ensemble de la population sunnite aux yeux du monde ? C'est tout au moins ce que certains analystes chuchotent à voix basse tant la défaite militaire a été rapide et surprenante.  

Revoyons les faits :

Mossoul a été trop facilement capturée par les Islamistes
Mossoul, qui compte deux millions d’habitants, est une ville pluriethnique avec une population arabe, assyrienne, chrétienne, Turcomane et kurde. Il y avait longtemps déjà que la ville était en proie à la violence. Attentats et attaques suicides s’étaient multipliées ces derniers temps.
Le mardi 10 juin, la ville est finalement tombée en quelques heures aux mains des Islamistes. La majorité des militaires en poste dans la ville n’ont opposé qu’une faible résistance. La plupart a pris la fuite, déserté ou même rejoint le camp adverse, probablement en raison de liens tribaux.
Des convois de troupes en fuite ont été pris en embuscade par les Islamistes sunnites et détruits. De nombreux corps de soldats irakiens jonchaient les rues de la ville.
En prenant Mossoul, les insurgés sunnites ont également fait main basse sur  260 véhicules blindés de différents types et des stocks importants d’armes et de munitions.
La chute de Mossoul est la pire défaite subie par l'armée irakienne dans son bras de fer avec les Islamistes depuis plus d'un an.

Un demi-million de réfugiés sur les routes
La prise de vastes régions par les Islamistes de l’EIIL a jeté sur les routes un demi-million de civils apeurés. Les routes menant vers le Kurdistan voisins sont encombrées de réfugiés fuyant les combats, sans aucun moyen de subsistance.

L’Etat irakien désemparé
Bien qu'il ait déclaré l'état d'urgence national, le Premier ministre Nouri al-Maliki n'a aucune illusion sur l'efficacité de son armée. C’est pourquoi il a appelé les citoyens a se dresser contre les Jihadistes et a promis de leur distribuer des armes. Mais pour l’instant son appel a reçu peu d’écho. Les civils chiites ne sont pas préparés pour affronter les féroces combattants de l’EIIL. Quant aux Sunnites des régions qui viennent de passer sous leur contrôle, ils ne sont pas mécontents d’être débarrassés de l’armée du régime.

L’EIIL et l’armée des tribus contrôlent de vastes régions du paysEtat islamique d'Irak et du Levant.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 L’EIIL et l’armée des tribus contrôlent désormais deux grandes villes :
- Mossoul et Falloujah (qu’ils ont conquise au début de l’année),
- Une partie de Ramadi,
- Tikrit (le fief de feu Saddam Hussein) située à 160km de Bagdad,
- Souleiman Bek ( 150 km au nord de Bagdad)
- Les provinces de l'Est voisines de l'Iran
- La province et une partie de la ville de Bakuba et l’offensive se poursuit.
Le gros des combats a lieu actuellement à l’entrée nord de Samarra, à 110 km au nord de Bagdad). Samarra abrite un mausolée chiite qui avait été la cible d'une attaque en février 2006, déclenchent un conflit entre sunnites et chiites qui avait fait des dizaines de milliers de morts de 2006 à 2008, au moment de l’occupation américaine. Il semble cette fois-ci que l’armée irakienne ait réussi à bloquer les Islamistes et les empêcher d’investir la ville.

Un Etat islamique d’Irak et du Levant indépendant au cœur du Moyen orient ?
L’EIIL va pouvoir fusionner les fronts irakiens et syriens et déplacer ses forces indifféremment de Syrie ou d’Irak au besoin des combats.
L’organisation jihadiste contrôle désormais les deux rives du Tigre et de l’Euphrate. Les eaux de ces fleuves sont partagées à la fois par l’Irak, la Turquie, la Syrie et l’Iran. Ils ont donc la possibilité théorique de contrôler leur débit.
La capture de Mossoul permet à Bakr al-Baghdadi, le chef de l’EIIL de faire un pas vers la création d’un Etat islamique indépendant au cœur même du Moyen orient. Pour l’instant, aucune armée n’a réussi à endiguer sa progression.

L’Iran et le Hezbollah vont vouloir s’engager en Irak
L'Iran et le Hezbollah vont vouloir accourir au secours du pouvoir chiite d’Irak et s’engager sur un second front, après le front syrien. Téhéran pourrait rapidement envoyer des troupes en Irak pour éviter que Bagdad ne tombe aux mains des  islamistes, ce qui risquerait d’entraîner la Syrie dans le chaos. Le 11 juin, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a appelé son homologue irakien, Hoshyar Zebari, pour apporter le soutien de Téhéran "au gouvernement et peuple irakiens face au terrorisme". On va voir dans les prochains jours ce que signifiera concrètement ce soutien.
En attendant, l’EIIL poursuit ses attentats. Des responsables tribaux chiites ont été la cible d’un attentat suicide alors qu’ils étaient rassemblés sous une tente à Sadr City. On relèvera  quinze tués et 34 blessés.

Seuls les Etats-Unis et la Russie peuvent intervenir
Les Etats-Unis et la Russie devraient s’entendre pour intervenir rapidement. Ceci pour éviter que ce ne soit l’Iran et le Hezbollah qui se portent au secours du gouvernement irakien, ce qui ne ferait qu'aggraver le conflit sunnito-chiite. Après tout, les Etats-Unis ont une part de responsabilité dans le chaos irakien et la Russie a montré qu’elle restait intransigeante face à la menace islamiste. 

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

07/06/2014

Regain de violence dans le nord de l'Irak

Ninive, province la plus dangereuse d’Irak
La province irakienne de Ninive, dont Mossoul est la capitale, est devenue l’un des endroits les plus dangereux d’Irak, théâtre d’explosions, d’attaques et d’extorsions de fonds toujours plus nombreuses.
Les Sunnites sont majoritaires dans cette province et se sentent marginalisés par le pouvoir irakien dominé par les Chiites.
La province est quotidiennement frappée par les violences, malgré les efforts des forces de sécurité pour contenir les insurgés.

Trafic d’armes vers la Syrie
Il faut dire que la province ne manque pas d’armes. Elle sert même de plaque tournante pour les armes envoyées à destination des rebelles syriens. Les armes partent de la province de Ninive et entrent en Syrie par le passage de Rabiya (nord-ouest de l’Irak). Le trafic est entre les mains des mêmes tribus  qui vivent des deux côtés de la frontière.

Les combats ont redoublé de violence depuis trois jours
Plusieurs dizaines de personnes ont péri depuis trois jours dans le Nord de l’Irak. La majorité des affrontements ont eu lieu dans et autour de Mossoul. Les autorités irakiennes annoncent avoir tué de nombreux jihadistes membres de l’EIIL (l’Armée de l’Etat islamique d’Irak et du Levant), parmi lesquels se trouvaient plusieurs ressortissants arabes non-irakiens. Les Jihadistes avaient pris le contrôle d’un secteur à l’ouest de Mossoul, ce qui a obligé l’armée irakienne à livrer de durs combats pour en reprendre le contrôle.

Les Chabaks attaqués
Deux Kamikazes ont également fait détoner des voitures piégées dans le village d’al-Mouwaffaqiyah, à l’est de Mossoul. Les habitants de cette localité appartiennent à la minorité Chabak, une secte ésotérique kurde qu’on trouve principalement aux confins de la frontière turque. Les Salafistes considèrent les Chabaks comme des hérétiques et cette communauté, forte de 30 000 personnes est régulièrement la cible d’attaques terroristes.

Samarra
Ces violences interviennent au lendemain d'un assaut lancé par des insurgés sur la ville de Samarra, à 110 km au nord de Bagdad, dont ils ont occupé plusieurs quartiers avant d'être chassés par l'armée au prix de violents combats ayant fait des dizaines de morts.

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

09:25 Publié dans Chabak, Etat Islamique, Irak, Liban, Mossoul, Samarra | Lien permanent | Commentaires (0) | | | | |