11/07/2014

Les Kurdes irakiens s’emparent de deux champs pétroliers près de Kirkouk

Le torchon brûle entre Nouri al-Maliki et les Kurdes
Comme on pouvait s’y attendre, il est peu probable que les Kurdes irakiens acceptent de s’associer à une quelconque union gouvernementale irakienne. Les Kurdes ont même qualifié Nouri al-Maliki d’hystérique avant de claquer la porte. Celui-ci avait accusé les Kurdes d’abriter des Jihadistes sur leur territoire.

Deux champs pétroliers occupés par les Kurdes
Les Peshmergas kurdes ont pris le contrôle des champs pétroliers de Kirkouk et de Bey Hassan, au matin du 11 juillet 2014.
"Les membres du gouvernement régional du Kurdistan et les forces de protection du pétrole de Kirkouk ont sécurisé les champs de pétrole des zones de Bey Hassan et de la zone de Makhmour", a annoncé le gouvernement kurde dans un communiqué.
"La production des nouveaux champs maintenant sous contrôle kurde va servir d'abord à faire face à la pénurie de produits raffinés sur le marché intérieur", a ajouté le communiqué, précisant que le personnel était invité à coopérer ou à partir.
Les deux champs pétroliers ont une capacité de production journalière de 400.000 barils par jour.
Pour le gouvernement irakien, il s’agit d’un "comportement irresponsable qui viole la constitution et la richesse nationale, et ne tient pas compte des autorités fédérales et menace l'unité nationale."

Les Kurdes vont organiser un référendum sur leur indépendance
Les Kurdes ont affirmé, de leur côté, que le Kurdistan leur appartient et qu’ils n’ont nulle intention de l’évacuer. Ils annoncent qu’un référendum sur l’indépendance du Kurdistan sera organisé prochainement.

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Jean René Belliard (Auteur de Beyrouth, l’enfer des espions)

17:26 Publié dans Irak, Kirkouk, Kurdistan, Nouri al-Maliki, Peshmerga, Pétrole | Lien permanent | Commentaires (2) | | | | |

29/06/2014

Les forces en présence en Irak

Les Kurdes
Avec près de 100 000 Peshmergas très motivés et bien armés, le Kurdistan  a la capacité militaire de conserver Kirkouk. Il serait étonnant que les Islamistes sunnites de l’EIIL osent les affronter. Les récentes conquêtes territoriales des Kurdes ont multiplié les richesses pétrolières par 3 et les clients devraient être nombreux à accourir pour acquérir le précieux combustible. Un pipeline qui débouche au port turc de Ceyhan est facilement utilisable par le Kurdistan pour transporter l’or noir jusqu’à la Méditerranée. C’est d’ailleurs par ce port que du pétrole kurde est déjà arrivé à Ashqelon.

Les Islamistes de l'EIIL
L’EIIL dispose en Irak d’une force d’un peu moins de 15 000 combattants. Mais ceux-ci sont galvanisés, parfaitement aguerris, bien armés grâce à la prise de stocks considérables d’armes et de munitions pris à l’armée nationale. Ils sont en plus prêts à mourir pour leur cause.
L’EIIL utilise une autre arme en mettant en ligne, jour après jour, des vidés montrant leurs ennemis être décapités, crucifiés ou liquidés d’autres façons tout aussi effrayantes. Le but recherché est de faire peur à leurs adversaires.
L’EIIL a connu un fulgurant succès en Irak parce que les tribus sunnites, exaspérées par la politique anti-sunnite du régime de Nouri al-Maliki, se sont ralliées à l’organisation extrémiste sunnite. Les populations des provinces sunnites ne supportent plus leur marginalisation par le pouvoir irakien accaparé par les Chiites. Combien de membres des tribus coopèrent actuellement avec l’EIIL ? C’est l’inconnu.
Mais la force de l’EIIL est également sa faiblesse car, d’une part, les tribus sunnites ne sont pas disposées à passer sous l’autorité d’Abou Baker al-Bagdadi, le chef de l’EIIL et d’autre part, dès que les insurgés sunnites sortiront du triangle sunnite en Irak, ils n’auront plus de partisans et devront faire face à une opposition farouche.
Même les tribus sunnites qui avaient été ralliées par le général Petraeus grâce à une meilleure compréhension du fonctionnement du pouvoir tribal, et aussi grâce aux aides financières américaines, ont finalement abandonné le pouvoir central de Bagdad quand celui-ci s’est mis à favoriser la majorité shiite au détriment des sunnites, jouant sur les sectes et les tribus, en favorisant certaines d'entre elles au détriment d'autres. Le résultat de cette politique est que progressivement le désordre et l'anarchie se sont réinstallés dans le pays, ce qui a profité aux  groupes extrémistes, qu’ils soient liés à al-Qaïda ou non.

L’armée irakienne
La question est : l’armée irakienne trouvera-t-elle les ressources nécessaires pour se relever de la débâcle ? 5 divisions de l'armée sur 14 et 60 bataillons sur 243 sont aujourd'hui hors de combat, avec leur armement perdu. Plusieurs milliers de soldats ont déserté; et plus d'un millier, sinon plus, ont été tués. Le gouvernement n'a pas encore publié le chiffre des pertes mais on estime à 90 000 le nombre de soldats ayant été tués ou ayant tout simplement déserté. 
La faute en incombe encore une fois à la politique pro-chiite des Américains et du gouvernement de Nouri al-Maliki. Les Américains sont arrivés en Irak en se trompant de conflit. Ils croyaient qu’il suffisait d’écarter des centres de pouvoir tous ceux qui avaient appartenu au parti Baath, comme autrefois ils avaient écarté les Nazis de l’Allemagne en 1945. Mais l’Irak n’était pas l’Allemagne et en écartant tous ceux qui, de près ou de loin, avaient eu des relations avec le régime de Saddam Hussein, ils ont décapité l’armée de ses cadres compétents. Le 1er ministre, Nouri al Maliki, a poursuivi cette politique, remplaçant les  officiers par des hommes corrompus liés au pouvoir. D'où la rapide débandade des troupes de l'armée régulière.

L’armée irakienne se ressaisit
Depuis, l’armée semble s’être ressaisie. La première étape a été de protéger Bagdad menacé par les déclarations des chefs de l’EIIL. 60 000 soldats irakiens sont disposés autour de la capitale irakienne pour en interdire les accès.
Depuis le 27 juin, elle a même repris l’offensive pour tenter de récupérer Tikrit, une ville symbole, Tikrit étant la ville natale de Saddam Hussein. Mais pour l’instant, la situation reste confuse, l’armée annonçant avoir réussi à en reprendre le contrôle tandis que des habitants sur place affirment que l’EIIL et ses alliés des tribus sunnites, de l’armée des Naqshbandis (anciens soldats de Saddam Hussein) et d’Ansar al-Islam, une organisation islamiste alliée à al-Qaïda, sont toujours présents sur place.

Les milices chiites
Les deux principales formations chiites sont Asaib Ahl al-Haq et Kataeb Hezbollah, deux groupes luttant autrefois contre l'armée américaine et parrainés par les Iraniens.
Les Kataeb Hezbollah comprennent plusieurs Katibas :
- Katibat Zaïd bin Ali
- Katibat Karbala
- Katibat Abou Fadel al-Abbas (qui a combattu en Syrie avant de rentrer précipitamment en Irak pour défendre Bagdad et les lieux saints chiites)

Les milices chiites sous les ordres du premier ministre Nouri al-Maliki
Toutes ces milices chiites se battent aujourd’hui aux côtés de l’armée irakienne. Les deux principales milices chiites citées plus haut, avec d’autres organisations plus petites, avaient été rattachées dès le mois d’avril 2014 au bureau militaire du Premier ministre sous le nom de « Fils de l'Irak », un nom anciennement associé aux sunnites qui ont combattu Al-Qaïda. Maliki se plaignait, en effet, depuis un an, de l’inefficacité de l’armée irakienne dans sa lutte contre les insurgés sunnites. 
Les Fils de l’Irak ont participé à plusieurs opérations à la périphérie de Bagdad, notamment à Abou Ghraib, ainsi qu’à Diyala.

Les milices chiites protègent et contrôlent Bagdad
Les forces paramilitaires chiites aident actuellement l'armée à empêcher les combattants de l’EIIL de pénétrer à Bagdad. Des combats entre ces milices chiites et des insurgés sunnites ont même eu lieu, ces derniers jours dans une zone agricole appelée Ibrahim Bin Ali, située à moins de 25km de Bagdad. Cette zone possède une importance stratégique car si l’EIIL réussissait à s’en emparer, elle aurait un pied dans des secteurs chiites de la capitale.
Mais si l’EIIL inspire la peur à ses ennemis, il en est de même des milices chiites qui patrouillent et tiennent des barrages dans la capitale. Beaucoup de civils irakiens de confession sunnite qui n’ont rien à voir avec l’insurrection redoutent de tomber sur l’un de ces barrages.

Moqtada Sadr crée « les brigades de la paix »
Une autre milice est en cours de création. Il s’agit des « brigades de la paix » du leader chiite Moqtada as-Sadr. Son « armée du Mahdi » avait croisé le fer, autrefois, avec l’armée américaine puis l’armée irakienne avant d’être dissoute par le jeune leader chiite. Elle est aujourd’hui en cours de reconstitution.

40 000 chiites se sont enrôlés dans les différentes milices chiites à ce jour
Ces milices sont en cours de renforcement depuis les appels à la mobilisation des différents leaders chiites et on estime que 40 000 Chiites ont déjà répondu à l’appel aux armes. Il est évident que cette réponse massive de la communauté chiite laisse peu de place à un quelconque espoir (si ténu soit-il) de réconciliation nationale.

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

 

16/06/2014

Dernières nouvelles de la guerre globale au Moyen orient

Désormais, il faut parler de « guerre globale » et non plus de « guerre de Syrie » ou de « guerre d’Irak ». Il y avait longtemps qu’on avait averti que le conflit en Syrie risquait de déborder sur les pays voisins et d’autres plus lointains. Et avant lui, beaucoup de responsables avaient tiré la sonnette d’alarme pour dire que l’intervention américaine en Irak allait avoir des conséquences incalculables.
On avait été surpris par l’ampleur et la vitesse de l’offensive des Islamistes en Irak. Le fait que les tribus sunnites aient prêté main forte à l’EIIL explique la rapidité de la progression des Islamistes dans les régions sunnites. Il nous fait aussi comprendre  pourquoi tant de militaires irakiens ont quitté leur poste sans combattre. Il est enfin une preuve que l’Arabie saoudite et les Emirats du Golfe ont donné leur feu vert à l’opération, très vraisemblablement pour rappeler aux Etats-Unis qu’il y a une ligne rouge à ne pas dépasser dans le dialogue avec « l’ennemi perse ».

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