08/08/2014

8 août 2014 – Gaza : Fin de la trêve – les tirs reprennent

Les Palestiniens reprennent leurs tirs de roquettes avant l’expiration de la trêve
Des obus de mortiers tirés depuis la bande de Gaza ont frappé Israël vendredi vers les 04h00 du matin, soit trois heures avant l'expiration du cessez-le-feu entre Israël et les organisations armées de Gaza.
"A l'instant, deux roquettes tirées depuis Gaza ont touché le sud d'Israël. Aucune victime signalée", a écrit l'armée dans un SMS envoyé aux journalistes. "Les terroristes ont violé le cessez-le feu", a-t-elle ajouté sur son compte Twitter.

Le Hamas avait refusé de prolonger la trêve
Le Hamas avait annoncé qu'il ne prolongerait pas le cessez-le-feu parce qu'Israël refusait d'accéder à ses demandes. Le Hamas exigeait la fin du blocus de Gaza qui asphyxie l'enclave depuis huit ans, la libération de prisonniers et la possibilité d’avoir un port et un aéroport.
Israël avait pourtant proposé dès mercredi soir 6 juillet une prolongation pour une durée illimitée du cessez-le-feu conclu avec le Hamas et les autres factions palestiniennes et entré en vigueur au matin du 5 juillet.
"Nous refusons de prolonger le cessez-le-feu, c'est une décision finale, Israël n'a rien proposé", a déclaré à l'AFP un membre du Hamas au sein de la délégation de négociateurs palestiniens au Caire.
Mais le Hamas déclare poursuivre les négociations au Caire
"Les mouvements palestiniens refusent de prolonger la trêve mais les négociations se poursuivent", a déclaré à l'AFP Fawzi Barhoum, porte-parole du Hamas à Gaza.

Les relations entre l’Egypte et le Hamas détestables
A noter qu’il y a peu de chances qu’une médiation égyptienne réussisse tant sont détestables les relations entre le Hamas et le gouvernement égyptien. Celles-ci risquent bien de se dégrader un peu plus après l’exécution d’un de leurs plus hauts responsables, Hayman Taha. Le Hamas l’avait accusé d’espionnage au profit des services de renseignement égyptien.  Il n’était donc pas mort au cours de combats avec l’armée israélienne à Shoujaya comme cela avait été rapporté. Il est certain que cette révélation va encore détériorer un peu plus les relations entre le Hamas et le chef des services de renseignement égyptien, le général Mohammad Tohamy, qui s’était beaucoup impliqué pour arriver à un cessez-le-feu durable entre Israël et les Palestiniens à Gaza.

Résumé de la journée du 8 août :
04h00. Le Hamas rompt la trêve et effectue un tir de mortiers sur un secteur israélien proche de la frontière avec Gaza.
07h58. Une roquette explose dans la région d'Ashkelon
08h03. Une autre explosion retentit dans la même région. En fait, un missile aurait été détruit par le système antimissile "Iron Dome". Une autre roquette est apparemment tombée dans un terrain vague dans la région de Hof Ashkelon.
08h05. Les sirènes retentissent dans la région d'Eshkol et à 08h11 à Hof Ashkelon. On confirme en effet que plusieurs missiles ont explosé sans causer de dommages.
8: 27 et 8: 28. les sirènes retentissent à nouveau à Eshkol et Hof Ashkelon.
08h35. Le bureau de presse de Tsahal publie une déclaration à la presse précisant que: «Au cours de la dernière demi-heure plus de 10 missiles ont été tirés en direction d’Israël depuis la bande de Gaza."
Pour l’instant l’Etat hébreu n’a fait aucune déclaration officielle précisant quelle réponse il avait l’intention d’apporter mais les habitants des zones frontalières ont rapporté que des avions avaient pris l’air. 
08:40. Les sirènes retentissent à Eshkol et Hof Ashkelon. Un missile aurait été abattu par le système « Iron Dome » dans la région.
08h45. Une roquette a atterri dans un village situé près de la frontière de Gaza sans faire ni victimes ni dégâts.
08h50. Plusieurs missiles ont explosé dans la région d'Eshkol.
Les Brigades « Al-Quds » (la branche armée du Jihad islamique » ont revendiqué auprès de l’agence de presse palestinienne Maan les tirs de roquettes sur Ashkelon.
09h00. Au moins trois autres missiles ont explosé sur le territoire du Conseil de District d’Eshkol.
09h30. Les sirènes retentissent à nouveau à Eshkol annonçant la chute de roquettes.
09h40. Le bureau de presse de Tsahal publie une déclaration aux médias : "Depuis 8h Plus de 18 roquettes ont été tirées depuis Gaza sur Israël Deux d'entre elles ont été abattues près d'Ashkelon, pas moins de 14 sont tombées dans des terrains vagues, et deux. sont tombées à l'intérieur de la bande de Gaza ".
Vers 10 heures, le site israélien Walla citant des sources palestiniennes a déclaré que l'armée de l'air israélienne avait frappé des cibles dans le nord de la bande de Gaza en réponse aux tirs de roquettes. La confirmation officielle de cette information n'a pas encore été faite par le bureau de presse de Tsahal.
Le site palestinien d’informations Safa a publié des données sur les attaques de roquettes depuis la bande de Gaza effectuées le vendredi 8 Août. Selon les informations publiées, les Brigades Ezzedine al-Qassam (l’aile militaire du Hamas) n’ont pas revendiqué la responsabilité de ces attaques. Safa affirme que la responsabilité du bombardement d'Ashkelon et d'autres colonies israéliennes est le fait des Brigades « Al-Quds » (l’aile militaire du Jihad islamique) et des membres des factions " Sallah Nasser al-Din" (l’aile militaire des "Comités de résistance populaire"). Une précision importante qui pourrait signifier une distribution des rôles entre les diverses organisations palestiniennes, le Hamas se réservant le droit de poursuivre d'éventuelles négociations.
10h15. Les sirènes sont entendues dans les colonies Shaar Hanegev où plusieurs missiles sont effectivement tombés sans faire ni victimes ni dégâts. 
10h47. L'armée israélienne annonce avoir repris ses frappes contre le Hamas après la reprise des tirs de roquettes par les Palestiniens à l'expiration d'un cessez-le-feu.
"Ce matin, après la reprise des tirs de roquettes contre Israël, les forces armées ont ciblé des sites terroristes dans la bande de Gaza, a indiqué l'armée dans un communiqué, peu après que le Premier ministre, Benyamin Netanyahu, ait ordonné de riposter vigoureusement aux nouvelles attaques de Hamas.
10h54. Les sirènes retentissent à Shaar Hanegev.
Environ à 11h40, les sirènes ont retenti à Shaar Hanegev et Eshkol et à 11h46 dans le Néguev occidental pour prévenir l’arrivée de neuf missiles. Deux personnes ont été blessées, un soldat et un civil.
Selon le service de presse de l'armée 33 missiles ont été tirés depuis 08h00 ce matin. Trois d'entre eux ont été interceptés par le système de défense antimissile "Iron Dome", 26 ont explosé sur le territoire israélien et quatre ont chuté à l’intérieur de la bande de Gaza.
12h15. Quatre roquettes sont tombées dans le Néguev occidental. L'un des missiles a frappé un bâtiment sans faire de victimes.
13h08.  Chutes de missiles sur le conseil régional d'Eshkol.
15h15. Quatre roquettes sont tombées à Hof Ashkelon et Sdot Néguev. A 15h32 une autre roquette a touché une maison de Sderot et causé des dommages sans faire de victimes.
15h50. Tirs sur Ashkelon.
16h55. Un autre bombardement a lieu dans le Néguev occidental.
17h40. Tirs d’un "Qassam" sur le Néguev occidental.
Depuis la reprise des bombardements par Tsahal, on apprend que 40 objectifs ont été pris pour cibles par l’armée de l’air israélienne à l’intérieur de la bande de Gaza. Le siège opérationnel du Hamas dans le nord de Gaza a été touché, ainsi qu’un entrepôt d’armes et de munitions dans le centre du secteur et des positions à partir desquelles des tirs de missiles et d’obus de mortiers ont été effectués.
19h04. Deux missiles tirés vers Beersheba ont été abattus par Iron Dome.
19h33. Les Palestiniens ont de nouveau bombardé le Néguev occidental.

Un jeune Palestinien tué en Cisjordanie
20h54.
Un adolescent palestinien a été tué vendredi 8 juillet par des soldats en Cisjordanie lors d'une manifestation contre l'offensive israélienne dans la bande de Gaza.
Les heurts ont eu lieu près de la colonie de Psagot, entre Jérusalem et la ville de Ramallah.
En outre, des dizaines de Palestiniens de Cisjordanie ont été blessés lors d'une autre manifestation à Hébron lorsqu’environ 2.000 personnes, dont beaucoup agitaient les drapeaux verts du Hamas, ont défilé dans la ville pour protester contre l'offensive dans la bande de Gaza.
Des manifestations ont également eu lieu à Ramallah et aux environs de Naplouse, toujours en Cisjordanie.
Et aux alentours de Bethléem, des "centaines" de manifestants, certains masqués ou portant des roquettes en plastique, ont jeté des pierres et des cocktails Molotov sur la police, qui les a dispersés. Aucun blessé n'a été rapporté.

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

 

10:55 Publié dans Brigades Ezzedine al-Qassam, Gaza, Hamas, Israel | Lien permanent | Commentaires (0) | | | | |

07/08/2014

De curieux évènement au Liban

Les jihadistes enhardis par leur succès en Irak
On savait que les succès des jihadistes de l’Etat islamique en Irak et en Syrie allaient galvaniser leurs frères se battant à la frontière entre le Liban et la Syrie. Depuis quelque temps déjà, on avait constaté que des éléments de l’Etat Islamique (Daesh) avaient rejoint la région montagneuse du Qalamoun, à la frontière libanaise, pour se battre aux côtés des jihadistes du Front al-Nosra avec lesquels ils sont à couteaux tirés dans toutes les autres régions de Syrie. Ceci explique, d’ailleurs, la raison pour laquelle, depuis quelques semaines, les forces d’Assad et le Hezbollah essuyaient revers sur revers au prix d’importantes pertes humaines. On avait constaté ces faits sans en tirer une quelconque analyse.

L’objectif des jihadistes de l’Etat Islamique : créer un émirat islamique au Liban
Les Jihadistes de l’Etat Islamique auraient reçu pour mission du calife Ibrahim (Abou Baker al-Baghdadi) de créer un « émirat du Liban » qui devrait couvrir Ersal, Baalbeck, la Békaa-Ouest, le Akkar, Tripoli et éventuellement s'étendre du côté de l'Iqlim el-Kharroub. Le leader druze, Walid Joumblatt, devait avoir eu vent de ce projet et c’est sans doute la raison pour laquelle il avait lancé, il y a peu, un véritable cri d’alarme.
Si ce scénario se révèle exact, cela signifierait que la soudaine attaque des jihadistes à Ersal ne serait pas une simple réaction à l’arrestation d’un chef islamiste, mais bien l’exécution d’un vaste plan. Ce plan s’inscrirait dans l’ensemble des développements qui ont lieu actuellement en Syrie et en Irak. C’est aussi la raison pour laquelle les incidents se sont étendus très rapidement à la ville de Tripoli au Nord Liban.

Le Hezbollah pourrait avoir « piégé » l’armée
Les doutes à ce sujet sont fondés sur les mystères de l’arrestation d’un chef jihadiste, Imad Ahmad Jomaa, à un barrage de l’armée alors qu’il transportait vers un hôpital de la ville libanaise d’Ersal un membre de son groupe armé, blessé au cours de combats dans le Qalamoun syrien. Visiblement, les militaires qui ont arrêté Jomaa ne connaissaient rien de l’importance de leur prisonnier. C’est la raison pour laquelle ils ont été surpris par l’ampleur de l’attaque de représailles jihadiste.
Alors comment ont-ils pu arrêter cet homme puisqu’ils ne le connaissaient pas et que celui-ci circulait avec de faux papiers ? Tout simplement parce qu’ils ont reçu une "information" des services de renseignement du Hezbollah.
Le parti chiite avait tout à gagner à provoquer un affrontement entre l’armée libanaise et les Jihadistes. Cela mettait de facto les soldats libanais de leur côté dans la bataille qui oppose la milice chiite libanaise aux Jihadistes dans le Qalamoun.
Et surtout, cela lui permettait de reprendre pied dans un secteur qui échappait totalement à son contrôle, le jurd de Ersal, un secteur d’une importance stratégique primordiale pour parvenir à chasser définitivement les rebelles syriens du Qalamoun.

Ce n’est pas la première fois que le parti chiite « piège » l’armée libanaise
Ce n'est pas la première fois que le Hezbollah « piège » l'armée en la mettant dans une situation où elle se retrouve sans le vouloir du côté de la milice chiite. Dernièrement, il y a eu les affrontements à Abra (banlieue de Saïda) entre les soldats et les Islamistes de Cheikh Assir qui réclamaient simplement l’évacuation des combattants du Hezbollah des positions qu’ils occupaient à côté de la place-forte des Islamistes. Il y avait eu également un bref et meurtrier incident entre l’armée libanaise et les soldats de Tsahal au moment même où Hassan Nasrallah devait s’adresser au peuple libanais pour le convaincre des bienfaits de l’union « peuple-armée-résistance ». Les combats entre l'armée libanaise, appuyée par le Hezbollah et l'armée israélienne valaient mieux qu'un discours !

Le parti chiite piège les musulmans libéraux
En provoquant une véritable guerre entre l’armée et les Jihadistes sunnites, c’est toute la communauté sunnite qui se retrouvait du côté des ennemis de l’armée. Aujourd'hui, après ce qui s'est passé à Ersal, tous les Libanais sont appelés à afficher leur soutien à l’institution militaire…et par voie de conséquences au Hezbollah autoproclamé « la résistance ».

Même la communauté internationale se retrouve piégée
L’Arabie saoudite et la France avaient promis des armes à destination de l’armée libanaise. Elles n’ont pas encore été livrées uniquement parce que certains « intermédiaires » veulent des assurances sur le paiement de leur commission. Mais en livrant ces armes à l’armée libanaise, on se retrouverait automatiquement du côté du Hezbollah chiite et de Bachar el-Assad contre les Jihadistes syro-libanais. Difficile de reconnaître ses amis et ses ennemis entre Jihadistes et Hezbollahis. Sans compter qu’Israël va très certainement rappeler à ses « amis français» qu’ils sont en train de rompre des accords bilatéraux.

Un nouveau drame pour les réfugiés syriens
Un grand nombre de civils et de combattants syriens avaient trouvé refuge dans des camps de réfugiés installés à Ersal après les succès militaires du Hezbollah et des soldats d’Assad dans le Qalamoun. On estime le nombre des réfugiés entre 120.000 et 140.000 alors que la population de la ville ne comptait que de 30 à 40.000 habitants. Un poids énorme pour les autorités d’Ersal. Mais aussi un risque important pour le Hezbollah qui savait qu’un grand nombre de combattants parmi les réfugiés n’avaient qu’une idée en tête : en découdre avec les miliciens chiites.
Il suffisait d'une étincelle pour allumer le feu et c’est le Hezbollah qui semble l’avoir allumée en provoquant l’arrestation de ce chef jihadiste par l’armée libanaise.

Mon ami Nabil Halabi légèrement blessé
Mon ami Nabil Halabi, directeur de l’Institut libanais pour la démocratie et les droits de l’homme, était précisément à Ersal avec des dignitaires sunnites pour tenter de trouver une solution au conflit et s’assurer que les civils syriens, réfugiés à Ersal, et qui n’ont rien à voir avec les évènements, ne seraient pas maltraités. Il semble que 200 d’entre eux aient perdu la vie au cours des combats.  
https://www.youtube.com/watch?v=i-K_hOaigT4&feature=p...

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l’enfer des espions

8 août 2014 – Extension de la trêve à Gaza ou non ?

Pour l'instant, le Hamas refuse de prolonger le cessez-le feu

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