07/08/2014

De curieux évènement au Liban

Les jihadistes enhardis par leur succès en Irak
On savait que les succès des jihadistes de l’Etat islamique en Irak et en Syrie allaient galvaniser leurs frères se battant à la frontière entre le Liban et la Syrie. Depuis quelque temps déjà, on avait constaté que des éléments de l’Etat Islamique (Daesh) avaient rejoint la région montagneuse du Qalamoun, à la frontière libanaise, pour se battre aux côtés des jihadistes du Front al-Nosra avec lesquels ils sont à couteaux tirés dans toutes les autres régions de Syrie. Ceci explique, d’ailleurs, la raison pour laquelle, depuis quelques semaines, les forces d’Assad et le Hezbollah essuyaient revers sur revers au prix d’importantes pertes humaines. On avait constaté ces faits sans en tirer une quelconque analyse.

L’objectif des jihadistes de l’Etat Islamique : créer un émirat islamique au Liban
Les Jihadistes de l’Etat Islamique auraient reçu pour mission du calife Ibrahim (Abou Baker al-Baghdadi) de créer un « émirat du Liban » qui devrait couvrir Ersal, Baalbeck, la Békaa-Ouest, le Akkar, Tripoli et éventuellement s'étendre du côté de l'Iqlim el-Kharroub. Le leader druze, Walid Joumblatt, devait avoir eu vent de ce projet et c’est sans doute la raison pour laquelle il avait lancé, il y a peu, un véritable cri d’alarme.
Si ce scénario se révèle exact, cela signifierait que la soudaine attaque des jihadistes à Ersal ne serait pas une simple réaction à l’arrestation d’un chef islamiste, mais bien l’exécution d’un vaste plan. Ce plan s’inscrirait dans l’ensemble des développements qui ont lieu actuellement en Syrie et en Irak. C’est aussi la raison pour laquelle les incidents se sont étendus très rapidement à la ville de Tripoli au Nord Liban.

Le Hezbollah pourrait avoir « piégé » l’armée
Les doutes à ce sujet sont fondés sur les mystères de l’arrestation d’un chef jihadiste, Imad Ahmad Jomaa, à un barrage de l’armée alors qu’il transportait vers un hôpital de la ville libanaise d’Ersal un membre de son groupe armé, blessé au cours de combats dans le Qalamoun syrien. Visiblement, les militaires qui ont arrêté Jomaa ne connaissaient rien de l’importance de leur prisonnier. C’est la raison pour laquelle ils ont été surpris par l’ampleur de l’attaque de représailles jihadiste.
Alors comment ont-ils pu arrêter cet homme puisqu’ils ne le connaissaient pas et que celui-ci circulait avec de faux papiers ? Tout simplement parce qu’ils ont reçu une "information" des services de renseignement du Hezbollah.
Le parti chiite avait tout à gagner à provoquer un affrontement entre l’armée libanaise et les Jihadistes. Cela mettait de facto les soldats libanais de leur côté dans la bataille qui oppose la milice chiite libanaise aux Jihadistes dans le Qalamoun.
Et surtout, cela lui permettait de reprendre pied dans un secteur qui échappait totalement à son contrôle, le jurd de Ersal, un secteur d’une importance stratégique primordiale pour parvenir à chasser définitivement les rebelles syriens du Qalamoun.

Ce n’est pas la première fois que le parti chiite « piège » l’armée libanaise
Ce n'est pas la première fois que le Hezbollah « piège » l'armée en la mettant dans une situation où elle se retrouve sans le vouloir du côté de la milice chiite. Dernièrement, il y a eu les affrontements à Abra (banlieue de Saïda) entre les soldats et les Islamistes de Cheikh Assir qui réclamaient simplement l’évacuation des combattants du Hezbollah des positions qu’ils occupaient à côté de la place-forte des Islamistes. Il y avait eu également un bref et meurtrier incident entre l’armée libanaise et les soldats de Tsahal au moment même où Hassan Nasrallah devait s’adresser au peuple libanais pour le convaincre des bienfaits de l’union « peuple-armée-résistance ». Les combats entre l'armée libanaise, appuyée par le Hezbollah et l'armée israélienne valaient mieux qu'un discours !

Le parti chiite piège les musulmans libéraux
En provoquant une véritable guerre entre l’armée et les Jihadistes sunnites, c’est toute la communauté sunnite qui se retrouvait du côté des ennemis de l’armée. Aujourd'hui, après ce qui s'est passé à Ersal, tous les Libanais sont appelés à afficher leur soutien à l’institution militaire…et par voie de conséquences au Hezbollah autoproclamé « la résistance ».

Même la communauté internationale se retrouve piégée
L’Arabie saoudite et la France avaient promis des armes à destination de l’armée libanaise. Elles n’ont pas encore été livrées uniquement parce que certains « intermédiaires » veulent des assurances sur le paiement de leur commission. Mais en livrant ces armes à l’armée libanaise, on se retrouverait automatiquement du côté du Hezbollah chiite et de Bachar el-Assad contre les Jihadistes syro-libanais. Difficile de reconnaître ses amis et ses ennemis entre Jihadistes et Hezbollahis. Sans compter qu’Israël va très certainement rappeler à ses « amis français» qu’ils sont en train de rompre des accords bilatéraux.

Un nouveau drame pour les réfugiés syriens
Un grand nombre de civils et de combattants syriens avaient trouvé refuge dans des camps de réfugiés installés à Ersal après les succès militaires du Hezbollah et des soldats d’Assad dans le Qalamoun. On estime le nombre des réfugiés entre 120.000 et 140.000 alors que la population de la ville ne comptait que de 30 à 40.000 habitants. Un poids énorme pour les autorités d’Ersal. Mais aussi un risque important pour le Hezbollah qui savait qu’un grand nombre de combattants parmi les réfugiés n’avaient qu’une idée en tête : en découdre avec les miliciens chiites.
Il suffisait d'une étincelle pour allumer le feu et c’est le Hezbollah qui semble l’avoir allumée en provoquant l’arrestation de ce chef jihadiste par l’armée libanaise.

Mon ami Nabil Halabi légèrement blessé
Mon ami Nabil Halabi, directeur de l’Institut libanais pour la démocratie et les droits de l’homme, était précisément à Ersal avec des dignitaires sunnites pour tenter de trouver une solution au conflit et s’assurer que les civils syriens, réfugiés à Ersal, et qui n’ont rien à voir avec les évènements, ne seraient pas maltraités. Il semble que 200 d’entre eux aient perdu la vie au cours des combats.  
https://www.youtube.com/watch?v=i-K_hOaigT4&feature=p...

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l’enfer des espions

8 août 2014 – Extension de la trêve à Gaza ou non ?

Pour l'instant, le Hamas refuse de prolonger le cessez-le feu

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06/08/2014

Gaza est calme...pour l'instant

Gaza est calme
Gaza a connu ce mercredi 6 août une deuxième journée de cessez-le-feu. 

Le ministre des AE israélien boycottera l’enquête de l’ONU
Le Ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman,  recommande au gouvernement de ne pas prendre part aux travaux d'une commission internationale pour enquêter sur les événements qui ont eu lieu au cours de l’opération « Bordure protectrice ». 
Le ministère des Affaires étrangères israélien ne participera pas à l'enquête qu’a l'intention de mener la Commission des Nations Unies sur les Droits de l'Homme à Genève.

Israël s’attend à être une nouvelle fois condamné
Le ministère des Affaires étrangères est persuadé que la commission internationale va reconnaître Israël coupable, comme ce fut le cas avec la Commission Goldstone, créée après l'opération «Plomb durci».

L’ancien ministre des AE, Alan Baker, également pour le boycott
L’ancien ministre des Affaires étrangères et conseiller juridique, Alan Baker, a également exprimé son soutien à un boycott de la commission internationale d'enquête, dans le cas où celle-ci venait à être créée, Pour Baker "les résultats de l'enquête sont connus à l'avance, et de participer aux travaux de la commission ne fera que lui donner plus de légitimité."
 
Visite du ministre des AE palestinien à La Haye
Le Ministre palestinien des Affaires étrangères, Riad Al-Maliki, a visité le tribunal de La Haye, le 5 Août. Il a accusé Israël de crimes de guerre, ajoutant sa voix aux condamnations de plus en plus vives des dirigeants européens concernant le comportement de l’armée israélienne dans la bande de Gaza.
« Durant ces 28 jours, nous avons des preuves irréfutables des crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis par Israël et il doit payer pour cela", a déclaré al-Maliki aux journalistes après sa réunion avec les procureurs du Tribunal de La Haye.

Le Maroc porte plainte contre un officier israélien d’origine marocaine
Quatre avocats de Rabat ont l'intention de déposer une plainte auprès du tribunal local contre le commandant de la région militaire du Sud d’Israël, le major-général Sami Turgeman, qui est originaire du Maroc. Les quatre avocats marocains accusent Turgeman de "crimes de guerre contre la population de Gaza." Les avocats estiment que Turgeman a une responsabilité directe dans ce qu’ils appellent le " massacre de Gaza." Les avocats ont également déclaré qu’ils avaient l’intention d'intenter un procès à la Cour pénale internationale contre l'armée israélienne et d'autres politiciens.

Benyamin Netanyahu estime l’opération justifiée et proportionnée
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a affirmé mercredi 6 août que l'opération israélienne dans la bande de Gaza était "justifiée" et "proportionnée" à la menace représentée par le mouvement islamiste Hamas, qui contrôle l'enclave.
"Je pense que c'était justifié, je pense que c'était proportionné", a-t-il dit lors d'une conférence de presse.
Pour lui, c’est c'est le Hamas qui est "responsable" des souffrances de la bande de Gaza, après presque un mois de guerre.

Benyamin Netanyahu souhaite voir l’Autorité Palestinienne jouer un rôle accru à Gaza
Il a également déclaré souhaiter voir l'Autorité palestinienne jouer un rôle dans la reconstruction de la bande de Gaza, contrôlée par le Hamas.
"Nous sommes prêts à les voir jouer un rôle (...) je crois que c'est important pour la reconstruction de Gaza", a-t-il dit.

Le Hamas refuse l’extension de la trêve car ses conditions ne sont pas acceptées
La délégation du Hamas au Caire a déclaré mercredi 6 août qu’il refuse de mettre fin aux hostilités car ses conditions n’ont pas été acceptées, notamment la levée immédiate du blocus de Gaza. Pour cette raison, le Hamas se réserve le droit de reprendre ses attaques après l’expiration de la trêve actuelle, vendredi 9 août.  La délégation israélienne a accepté, par contre, de prolonger la trêve de 72 heures au-delà de cette date, à condition qu'elle soit respectée par le Hamas.

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l’enfer des espions)

 

20:24 Publié dans Autorité Palestinienne, Avigdor Lieberman, Binyamin Netanyahou, Gaza, Hamas, Israel | Lien permanent | Commentaires (1) | | | | |