25/09/2014

La priorité donnée par les Américains à la lutte anti-terroriste donne les coudées franches à l’Iran dans la région

Les Américains donnent la priorité à la lutte contre les terroristes jihadistes
L’administration Obama semble avoir fait le choix de ne plus affronter l’Iran et ses satellites pour concentrer son attention à la lutte contre l’Etat Islamique, al-Qaïda et les organisations jihadistes qui ont fait allégeance à ces deux mouvements sunnites.

Exemple du Yémen
Le Yémen, par exemple, est pourtant un pays d’une importance géostratégique et économique primordiale pour l’Occident. Or, depuis l’éclatement des révolutions baptisées (par les Occidentaux) de « printemps arabe », le pays est en proie à l’anarchie la plus totale. Les institutions de l’Etat se sont effondrées, la corruption  et la pauvreté sont générales et les forces tribales traditionnelles ont perdu leur influence, quand elle n’est pas rejetée.
Cela fait des années que les Etats-Unis bombardent à l’aide de drones les Jihadistes d’al-Qaïda fortement implantés dans le pays.

L’Iran grande gagnante de la progression des rebelles chiites
Les Houthistes (rebelles chiites) et l'Iran sont, eux aussi, « des adversaires acharnés » de l’Amérique. Or, il semble que l’administration Obama n’ait rien à redire contre la récente prise de Sanaa, la capitale yéménite, par les rebelles Houthistes. Et tant pis si les derniers succès militaires de la rébellion chiite renforce l'influence de l'Iran au Yémen.
C’est bien la raison pour laquelle le président yéménite, Abd Rabbo Mansour Hadi,  dénonce la conquête de Sanaa par les rebelles chiites comme un complot de forces locales (les Houthistes) et étrangères (l’Iran) pour expliquer la conquête de Sanaa. « En contrôlant Bab el-Mandeb et le détroit d'Ormuz, on n'a plus besoin de bombe atomique », a-t-il encore dit dans une récente déclaration au quotidien al-Hayat, en référence à l'Iran qui est soupçonné par les puissances occidentales de chercher à obtenir l'arme nucléaire.

Américains et Saoudiens alliés en Irak et Syrie – opposés au Yémen
Reste à savoir si l'Arabie saoudite acceptera la mainmise chiite sur une grande partie du Yémen. Il se pourrait bien qu’elle soutienne les Jihadistes d’al-Qaïda, comme elle l’a déjà fait en Syrie. Ceux-ci sont très bien implantés dans le sud du pays. Alors, suivez-moi bien : On assisterait à cette incohérence où les Saoudiens, alliés des Etats-Unis pour frapper les Jihadistes de l’EI et d’al-Qaïda en Syrie et en Irak, armeraient et financeraient en sous-main la branche yéménite d’al-Qaïda pour contrer les Chiites yéménites, tandis que les Etats-Unis chercheraient par tous les moyens à les éliminer. Quant aux partisans du parti islamiste sunnite al-Islah, lequel appartient à la confrérie des Frères musulmans, il est peu probable que l’Arabie saoudite s’appuie sur eux, car les Frères musulmans sont pour les Saoudiens une espèce encore plus haïssable que les Jihadistes d’al-Qaïda.

Américains et Syriens coordonnent bien leurs actions contre l'Etat Islamique en Syrie
L’ordre du jour à Washington n’est plus le renversement de Bachar el-Assad. Bien sûr, on continue à jurer ses grands dieux à Washington que les avions américains bombardent les cibles de l’EI sans « coordination» avec Damas. Or, cette affirmation est fausse. Washington a bien coordonné ses actions contre Daesh avec Damas. Il ne s’agissait pas seulement d’informer les autorités syriennes mais de planifier réellement les opérations avec elles. Il était nécessaire de communiquer la liste des cibles et des horaires des frappes. Il fallait également rassurer Damas en l’assurant que ses sites seraient épargnés. Enfin, un minimum de coordination était nécessaire, sachant que des avions américains et syriens pouvaient se retrouver face à face dans la même zone et au-dessus de la même cible et il fallait éviter tout incident.
Trois canaux de communication ont été utilisés par les Américains pour coordonner les actions avec Damas : l’Irak, les Nations Unies et la Russie.
Le premier de ces canaux est l’Irak. Le conseiller du Premier ministre, Faleh al-Fayyad, a rencontré le président syrien à deux reprises. Il lui a livré un message sur les cibles et les rendez-vous des frappes et lui a assuré que les positions du régime seraient épargnées. Il ne pouvait avoir obtenu ces données que des Américains eux-mêmes.
Une démarche similaire a été effectuée par l’ambassadeur de Russie à Damas. Enfin, dernier canal de communication. Des informations ont été communiquées aux délégués Iraniens et le représentant syrien à l’ONU, Bachar al-Jaafari.
On sait également que des délégations militaires et des services de renseignement américains ont visité Damas dernièrement.
Alors il n’y a rien d’étonnant à ce que les démentis américains fassent sourire les dirigeants syriens qui affirment avoir enregistré tous ces contacts entre les deux pays.

Israël fournit une indication intéressante
Le gouvernement israélien vient d’abandonner son soutien aux rebelles du Sud de la Syrie en raison, affirme-t-il, de la prépondérance croissante des Jihadistes d’al-Qaïda au sein de la rébellion considérée comme « fréquentable ». Ce changement de stratégie d’Israël est sans doute du au changement de politique de l’administration Obama pour qui le renversement de Bachar el-Assad ne semble plus être la priorité.

Hollande peine à courir après’Obama
Décidément, François Hollande n’a pas de chance avec son allié Obama. On se souvient comment il était prêt à intervenir militairement en Syrie, se basant sur des déclarations bellicistes de Barak Obama avant que celui-ci ne change son fusil d’épaule et décide de donner une chance à Bachar el-Assad pour se défaire de ses armes chimiques. Notons qu’à l’époque le président américain n’avait même pas daigné avertir Hollande laissant ce dernier dans une position bien embarrassante. Aujourd’hui, Hollande annonce sa décision d’intensifier le soutien de la France aux forces de l'opposition syrienne. Il y a fort à parier qu’il se fasse bientôt tirer les oreilles par son mentor Obama pour qui cette option n’est pas la bienvenue et pourrait même être contreproductive en ce qui concerne la lutte contre le jihadisme !

Jean René Belliard (Auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

23/09/2014

Incident aérien au-dessus du Golan syrien

L’armée de l’air israélienne a annoncé mardi 23 septembre 2014 avoir abattu un avion syrien au-dessus du Golan.
"Un avion syrien qui s'était infiltré dans l'espace aérien sur le plateau du Golan a été abattu par une batterie de missiles Patriot de défense aérienne", a annoncé le porte-parole de Tsahal sur son compte Twitter.
La radio militaire a indiqué que l'avion syrien abattu était un Mig 21 et que les débris de l'appareil étaient tombés dans la partie syrienne du Golan.

Jean René Belliard (Auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

12:02 Publié dans Golan, Israel, Syrie | Lien permanent | Commentaires (0) | | | | |

03/09/2014

3 septembre 2014 – La guerre contre l’Etat Islamique

Steven Sotloff, le journaliste américain décapité, avait également la citoyenneté israélienne
Cette information avait été maintenue secrète pour ne pas faire courir de risques au journaliste lors qu'il avait été pris en otage. Mais cela n’a pas suffi. Cette information sur sa nationalité israélienne a été donnée par un tweet de Paul Hirschson, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères israélien.
Les médias israéliens ont révélé que Sotloff, né aux Etats-Unis, avait émigré en Israël en2005. Il avait fait ses études au Centre interdisciplinaire de Herzliya, un collège privé près de Tel Aviv.

Les Occidentaux condamnés à réagir contre l’EI
L’assassinat du deuxième journaliste américain et l’annonce par le mad jihadist (jihadiste fou) à l'accent anglais qu’il pourrait décapiter prochainement un Britannique, rend une intensification de la guerre des Occidentaux contre l’Etat Islamique de plus en plus probable.
Le 2 septembre, le président américain, Barack Obama, a décidé l’envoi en Irak de 350 soldats américains supplémentaires, ce qui porte le contingent U.S. à 1100 hommes.

Le problème est le choix des cibles dans une véritable poudrière
L’Irak et la Syrie ont prouvé, à bien des égards, qu’ils avaient un potentiel à devenir une véritable poudrière, tant sont complexes les conflits entre organisations jihadistes, rebelles, confessionnelles, tribales et politiques. Prenons l’exemple de la Syrie où l’Etat-major de l’Etat Islamique semble avoir trouvé refuge. Les jihadistes de l’EI sont aujourd’hui implantés dans plusieurs régions, notamment dans la province de Raqqa, qu’ils contrôlent et administrent entièrement, celle de Deir ez-Zhor où la situation est presque identique. Ceci signifie qu’une intervention occidentale signifierait une nouvelle guerre asymétrique entre des Jihadistes, honnêtes fellahs le jour et redoutables combattants la nuit et des soldats occidentaux. La moindre « bavure » occidentale jetterait des populations de plus en plus nombreuses dans les bras des Jihadistes. Par ailleurs, toute intervention étrangère en Syrie ou en Irak se ferait au détriment des Jihadistes et donc au profit d’autres forces, rebelles ou gouvernementales. Et c’est là que le bât blesse ! Dans cette région, les ennemis de mes ennemis ne sont pas nécessairement mes amis.

Les Iraniens aussi interviennent en Irak
Les Iraniens ont prétendu ne pas avoir envoyé de troupes en Irak. C’est faux. Il y aurait bien 2000 Pasdarans, les gardiens de la révolution islamique iranienne, au nord de Bagdad avec la mission de protéger la capitale irakienne. Ce sont ces hommes que Qassem Souleimani, le commandant de la Force al-Qods, le corps d’élite des Pasdarans, serait venu inspecter en juin, quelques jours après le début de l’offensive de l’EI. Par ailleurs, les Kurdes ont révélé que 1500 Iraniens avaient aidé les Peshmergas à lutter contre les Jihadistes de l’EI. Enfin, dernière information : Plusieurs conseillers militaires iraniens auraient été vus lors de l’offensive pour dégager la ville chiite irakienne d’Amerli encerclée par les Jihadistes.
La milice chiite Asaib Ahl el-Haq, financée et armée par l’Iran et totalement inféodée au régime des Ayatollahs, a été à la pointe des combats pour la prise de la ville voisine de Souleyman Beg, quelques jours après la libération d’Amarli. Deux Iraniens portaient des uniformes beiges alors que les membres de la milice chiite étaient en vert. Les deux Iraniens parlaient en Farsi entre eux.
L’intervention en Irak de militaires iraniens créent une curieuse situation ou conseillers américains et iraniens pourraient se retrouver côte à côte dans la lutte contre les Jihadistes de l’EI.
 
Front syrien

La situation syrienne de plus en plus compliquée
La carte ci-dessous montre la complexité de la situation sur le terrain en Syrie.
Les zones rouges ombragées représentent le territoire syrien encore contrôlé par les forces d’Assad, avec quatre petites poches contrôlées par le Hezbollah.
L’armée d’Assad pourrait essayer de reprendre la ville d’Alep ravagée par les bombardements aux barils de poudre, mais les rangs assadists commencent à se clairsemer et le Hezbollah libanais va avoir de plus en plus de mal à engager plus de troupes dans le pays après avoir perdu des centaines d’hommes au cours des quinze derniers mois. Reprendre le Nord et l’Est du pays est totalement hors de portée des partisans d’Assad dans la situation actuelle.
Il faut ajouter à cela le fait que le gouvernement syrien est en quasi-faillite après avoir perdu la plupart de ses revenus pétroliers.

situation in Syria.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Province de Deir ez-Zhor
Les Jihadistes de l’EI seraient en train de préparer une attaque de grande envergure contre une nouvelle base aérienne  dans la province syrienne orientale de Deir ez-Zhor.
Quelque 1.500 soldats syriens sont stationnés sur la base aérienne de Deir ez-Zhor, qui est utilisée par l'armée de l'air syrienne pour les opérations contre les positions de l’EI dans la province.
Si la base aérienne tombe, ce sera une victoire plus importante encore que la capture de la base de Taqba, dans la province de Raqqa, le 25 août 2014. 

Damas
L’armée d’Assad poursuit son matraquage de Jobar, une banlieue de Damas encore aux mains des rebelles du Front Islamique financé et armé par l’Arabie saoudite.
Vidéo du côté de l’armée assadiste :
http://www.liveleak.com/view?i=9a4_1409692632
Les soldats assadistes ont à nouveau utilisé, ce matin du mercredi 3 septembre, des roquettes BM-30, ces bombes qui descendent au bout de parachutes et qui sont la terreur des insurgés. L’objectif des Assadistes est visiblement de transformer Jobar en un tas de ruines :
http://www.liveleak.com/view?i=120_1409755578

Qalamoun (proche de la frontière libanaise)
L’armée assadiste et des combattants du Hezbollah auraient mené dans le Qalamoun une embuscade contre un convoi du Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie). Le convoi comprenait plus de vingt véhicules. La plupart des combattants d’al-Nosra auraient été tués ou blessés. L’émir du Front al-Nosra pour le Qalamoun, Abou Malik el-Talli, aurait perdu la vie au cours de cette embuscade, mais la nouvelle n’a pas encore été confirmée. Abou Malik était responsable de l'enlèvement des religieuses de Maaloula, ainsi que de l’attaque contre la localité libanaise d’Ersal au cours de laquelle des dizaines de soldats libanais avaient été enlevés.

Les Tchétchènes responsables des massacres de soldats à Tabqa
Depuis l'été dernier, de nombreux témoignages accusent les tchétchènes de l'Etat islamique, dirigés par Omar al-Shishani, d’être impliqués dans les massacres, les enlèvements et autres exactions.
Une vidéo intitulée « Novosti Halifata » montre un groupe de Tchétchènes de l'État islamique massacrer entre 160 et 250 soldats assadistes après la capture de la base aérienne de Tabqa dans la province de Raqqa il ya 10 jours. Les Jihadistes s’expriment en russe.

Voilà ce qui attend les jeunes femmes qui, par idéal, veulent rejoindre le jihad
De nombreuses jeunes femmes ont gagné l’Irak ou la Syrie pour participer au Jihad.. Elles arrivent d'Australie, de Malaisie et même du Royaume-Uni avec des idées héroïques plein la tête.
Un journal malaisien, Malaysian Insider, a publié des informations obtenues auprès d’un officier du renseignement. Des femmes Malaisiennes,  âgées de 30 à 50 ans, se seraient rendues comme «volontaires du sexe» sur le territoire contrôlé par l’Etat Islamique. Plusieurs femmes sunnites de l'Australie et du Royaume-Uni auraient voyagé avec elles.
Selon des rapports des services de renseignement, l '«Etat islamique» aurait publié en Juin 2014 un décret rendant le service militaire obligatoire pour les hommes, et obligeant les femmes musulmanes célibataires au « devoir sexuel ».
Les services de renseignement britanniques ont  confirmé que,  parmi les centaines de citoyens britanniques qui se battent dans les rangs des djihadistes, il y avait des femmes, dont beaucoup préfèrent faire quelque chose en dehors de prendre les armes à la main.
La notion de "djihad du sexe» («Jihad al-nikah") est apparu en 2013, lorsque les dirigeants jihadistes ont appelé les femmes sunnites à venir en Syrie pour réconforter sexuellement les combattants au nom de la lutte contre les infidèles et le régime du président Bachar al -Assad.

La fatwa a cité le verset 24, sourate 4 du Coran, qui parle de la notion de «mariage temporaire» - muta. Muta est conclu pour une durée qui peut varier d'un jour à 99 ans. Au cours de la période du mariage temporaire, une femme obtient le statut de conjoint à part entière avec les responsabilités adéquates. Pour les critiques du mariage muta, il s’agit ni plus ni moins de prostitution, permettant aux hommes de "se marier" seulement pour un jour ou même moins, et la nécessité de payer pour le sexe.
Quelques femmes participent néanmoins aux combats. L’EI a créé la brigade spéciale des femmes al-Hans, nommé d'après la célèbre ancienne poétesse arabe.
Les femmes de cette brigade patrouillent dans les rues pour vérifier si les autres femmes se conforment aux lois de la charia. Elles apparaissent souvent armées dans les lieux publics, arrêtent et interrogent les femmes, qui apparaissent dans les rues non accompagnées, et vérifier si les hommes qui les accompagnent sont des parents, et si les vêtements des femmes répondent aux exigences de l'État islamique.
En outre, al-Hans recrute des jeunes filles musulmanes pour les marier avec des Jihadistes de l'État islamique et ainsi fonder des familles pour créer une forte communauté de personnes partageant les mêmes idées. Les combattants sont encouragés à rester dans leur région, à avoir des enfants, et leurs femmes doivent soutenir leurs maris dans le but de participer au jihad et d'éduquer l'idéologie islamiste chez les enfants.
L’Etat islamique promeut activement l'idée de solidarité et de camaraderie. Il a créé des groupes de soutien, où les femmes échangent des recettes, communiquent, instruisent les nouveaux membres et donnent des conseils pour savoir comment se rendre en Syrie et en Irak.

Jean René Belliard (Auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)