14/06/2014

Un convoi de rebelles islamistes dans les faubourgs de Bagdad

Une vidéo montre des éléments islamistes sunnites circulant en convoi dans les faubourgs de Bagdad, si on en croit le texte en indonésien. Le texte dit également : "un convoi à Bagdad - Obama ne veut plus interférer et l'Iran et la Turquie refusent de répondre à la demande de Nouri al-Maliki". La video a été prise le 13 juin et il semble qu'elle ait plutôt été prise au nord de Baqouba. Quant à l'affirmation que ni Barak Obama ni la Turquie ni l'Iran ne veulent répondre à la demande de Nouri al-Maliki, il semble qu'elle soit contredise dans les faits.

https://www.youtube.com/watch?v=dlMsiy1qMRk&feature=p...

A voir la vidéo, on comprend pourquoi les Islamistes ont progressé aussi vite dans les provinces à majorité sunnite. On constate en effet qu'ils sont reçus dans la liesse par la population.

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

18:04 Publié dans Bagdad, Etats-Unis, Irak, Iran, Nouri al-Maliki, Turquie | Lien permanent | Commentaires (0) | | | | |

13/06/2014

Des unités des Gardiens de la Révolution iraniens ont été acheminées vers l’Irak

Des unités de la force al-Qods en Irak
Au moins trois bataillons des Forces al-Qods, l’unité d'élite des Gardiens de la Révolution iraniens, ont été dépêchés pour aider à la lutte contre l’EIIL qui progresse vers Bagdad.
Une unité de gardes qui était déjà en Irak a pris part aux combats aux côtés de l'armée irakienne dans la ville de Tikrit, le jeudi 12 juin.
Deux autres unités d’al-Qods viennent d’entrer en Irak  pour protéger Bagdad et les villes chiites saintes de Kerbala et Najaf. Il s’agit d’unités qui servaient dans les provinces frontalières proches de l’Irak.  Les membres de ces unités sont très expérimentés dans la guérilla en raison des soulèvements séparatistes actifs dans ces régions. Ces commandos ont souvent participé à des combats en Syrie.

Le commandant en chef d’al-Qods, le général Qasem Suleimani est à Bagdad
Général Qasem Sulaimani, le commandant des Forces al-Qods et l'un des plus puissants chefs militaires iraniens, s'est rendu à Bagdad cette semaine pour coordonner l’activité ses unités avec les forces irakiennes.
 
L’Iran a placé ses troupes en état d’alerte
L'Iran a également placé ses troupes en état d'alerte le long de sa frontière avec l'Irak et a donné l'autorisation à son armée de l'air de bombarder les forces rebelles dans le cas ou celles-ci s’approcheraient à moins de 100 kilomètres de la frontière de l'Iran, selon un général de l'armée iranienne.

Des volontaires chiites déployés en Syrie pourraient gagner l’Irak
En outre, il est envisagé de transférer en Irak des volontaires chiites actuellement déployés en Syrie, ceci dans le cas où les déploiements initiaux ne parviendraient pas à inverser le cours de la bataille en faveur du gouvernement de M. Maliki.

Défendre Kerbala et Najaf coûte que coûte !
L'enjeu pour n'est pas seulement la survie du pouvoir chiite à Bagdad, mais la sécurité de Kerbala et Najaf, qui, avec La Mecque et Médine sont considérés comme des lieux sacrés pour les Chiites du monde entier.
La menace qui pèse sur ces lieux saints a été prise d’autant plus au sérieux qu’un porte-parole de l’EIIL, Abou Mohamad al-Adnani, a exhorté les combattants sunnites à marcher vers Karbala et la « ville de polythéiste" de Najaf
Pour les Iraniens, il n’y a aucun doute que la bataille qui se déroule en Irak est une bataille confessionnelle entre Sunnites et Chiites et donc entre l’Iran et l’Arabie saoudite. 

L’opinion iranienne soutient une intervention en Irak
L'opinion publique iranienne soutient pour l’instant l’idée d’une forte intervention en Irak pour mettre un terme à la menace croissante des jihadistes sunnites dans la région.  A noter qu’en ce qui concerne la guerre en Syrie, l'opinion iranienne est très divisée.

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

Requiem pour l’Irak

L’Irak, une création britannique
Déjà en 2004, un rapport « top secret » dressé par le MI6, les services de renseignement britanniques, avaient fait état du prochain éclatement de l’Irak sur fond d’une guerre civile généralisée. Les Britanniques étaient bien placés pour le savoir. Ce sont eux qui ont artificiellement créé cet Etat sur les ruines de l’empire ottoman au lendemain de la première guerre mondiale.
La création de l’Irak a aussitôt été contestée par les tribus nomades et par les Kurdes. Ces derniers, notamment, aspiraient à l’indépendance et se soulevèrent. L’insurrection, conduite par Cheikh Mahmoud Barzandji, sera réprimée par les Britanniques en 1922. Le traité de Lausanne de 1923 met un point final aux espoirs kurdes d’établir un Etat indépendant. Ce qui devait être le Kurdistan est réparti entre plusieurs Etats. La Société des Nations entérine le traité en 1925.
 
Trois Etats vont apparaître en lieu et place de l’Irak
Il faut se rendre à l’évidence : l’Irak a cessé d’’exister. Le pays vient d’éclater en trois entités distinctes :
- Un Etat islamique d’Irak et de Syrie
- Un Etat kurde à cheval sur l’Irak et la Syrie.
- Un Etat chiite qui pourrait rejoindre l'Iran sous une forme ou une autre.
Il ne servirait à rien de s’agiter pour tenter de maintenir l’intégralité territoriale d’un pays qui n’existe déjà plus. L’important est de réagir intelligemment. Il est à espérer que les stratèges américains seront aussi intelligents que l'a été en son temps le général Petraeus en Irak.

Passons en revue les derniers évènements :

Les forces kurdes entendent profiter de la disparition de l’Etat fédéral
Les forces kurdes irakiennes n’ont pas perdu de temps. Profitant de la débandade des forces du régime, elles ont pris jeudi 13 juin 2014 le contrôle de la ville pétrolière de Kirkouk. Officiellement, on dit du côté kurde vouloir la protéger d'un possible assaut des islamistes qui viennent de s’emparer de larges portions du territoire irakien. Et de fait, on peut voir des Peshmergas un peu partout dans la ville, autour des zones militaires et des points névralgiques.
C'est la première fois que les forces kurdes contrôlent totalement cette ville multiethnique située à 240 km au nord de Bagdad, où normalement la sécurité est assurée par une force de police conjointe formée d'éléments arabes, kurdes et turkmènes.
Il y a de fortes probabilités qu’on assiste dans les heures, voir les jours prochains, à de violents affrontements entre Kurdes et Islamistes. Un attentat a d’ailleurs failli coûter la vie, le 12 juin, au ministre en charge des Peshmerga, Jaafar Mustapha. Le ministre, qui circulait avec ses gardes du corps aux environs de Kirkouk a été visé par un Kamikaze. Il est sorti indemne de l’attaque mais un des membres de son escorte a été tué.
Mais le pire est à venir. Les Islamistes ont pris, jeudi 12 juin en fin de journée, la ville de Jalula après que les forces de sécurité aient, une nouvelle fois, abandonné leurs postes. Or, Jalula fait partie des territoires du nord de l'Irak que les dirigeants du Kurdistan revendiquent. Les Peshmergas se sont aussitôt déployés pour protéger les quartiers kurdes de la ville et les bureaux de leurs organisations politiques. Rappelons que le QG de l’UPK avait été attaqué par un double attentat kamikaze le 8 juin.
A ce propos, on a toujours du mal à interpréter les signes avant-coureurs. On aurait dû pourtant se souvenir de précédents. Le commandant afghan Massoud avait été tué par deux kamikazes deux jours avant l’attentat du 11 septembre 2001. L'intention était sans doute de décapiter les éléments afghans susceptibles de s'allier aux Américains pour punir les auteurs de l'attentat. De même, plusieurs attentats ont frappé l’Union Patriotique du Kurdistan quelques jours avant le déclenchement de l’offensive islamiste. Comme si le message avait été de dire à la communauté kurde de se tenir à carreau pendant l’offensive et de ne pas chercher à en profiter.

L’effondrement de l’armée irakienne
Une autre analogie nous interpelle. Les Américains ont dépensé une fortune pour entraîner et équiper une nouvelle armée irakienne. Les soldats avaient reçu des uniformes semblables aux uniformes américains. Ils roulaient dans des Humwees ou des Strikers et étaient soutenus par des hélicoptères Apache. Tout comme les Américains quand ceux-ci étaient encore présents en Irak. Et l’armée s’est effondrée comme un château de sable ! Pourquoi ? Les autorités, américaines dans un premier temps, chiites dans un second, ont recruté des gens attirés par la solde. Une aubaine dans un pays en ruine ! Une telle motivation a naturellement encouragé la corruption à tous les niveaux.
La solde des militaires permet, dans la plupart des cas, de faire vivre une famille nombreuse. Pas question de mourir et de laisser les proches dans l’indigence. En face, les combattants sont galvanisés par la religion. Ils sont prêts à mourir pour Allah.
On pourrait faire un parallèle avec ce qui s’est passé au Viet Nam. Les Américains ont aidé à coup de milliards l’armée du Sud Viet Nam. Et pourtant, deux ans après le départ des troupes américaines, celle-ci s’est effondrée presqu’aussi rapidement que l’armée irakienne aujourd'hui. Les soldats du Sud n’avaient que leur solde comme promesse de bonheur. Les Communistes se battaient pour leur idéologie.
Il faudra bien qu’un jour les Occidentaux trouvent autre chose que l’argent pour motiver des troupes qu’ils sont censés soutenir. Sinon, on va répéter à l’infini les expériences couteuses pour n’aboutir qu’à constituer des armées de Bourbaki !

La géopolitique de la nouvelle situation
On va donc se retrouver avec trois zones distinctes, et sans doute ennemies, à la place de l’Etat irakien :
- Une zone chiite – qui n’aura de salut qu’avec l’Iran.  Les combats vont sans doute atteindre Bagdad au risque de faire de la ville un nouveau Beyrouth avec des lignes de front et des destructions infinies. Les insurgés sunnites affirment vouloir pousser jusqu’à Kerbala. Espérons que non car cette ville est sainte pour tous les Chiites et y toucher serait un véritable sacrilège. Pour l’instant, les Chiites ne sont pas inquiets outre mesure – à part la population de Bagdad – comme si on s’était préparé mentalement à l’éclatement du pays en trois zones. J’en veux pour preuve que le Hezbollah libanais ne verrait pas d’urgence à intervenir militairement en Irak.
- Une zone sunnite – où on appliquerait la charia et qui pourrait se mettre sous la protection de l’Arabie saoudite par le biais (modérateur) des tribus sunnites. Le Bahreïn a été le premier émirat, d’ailleurs, à affirmer qu’il soutenait les insurgés sunnites irakiens. On sait bien que l’émirat de Bahreïn n’aurait jamais fait cette déclaration s’il n’avait pas l’aval de son grand frère et protecteur, l’Arabie saoudite.
- Une zone kurde au nord – qui devrait vivre en bonne entente avec la Turquie pour résister aux attaques des Islamistes. Elle devrait normalement bénéficier d’un fort soutien américain.

Les conséquences nous obligent à réécrire un script géopolitique pour le Moyen orient
On pensait que le limogeage du prince Bandar, un faucon, était le résultat d’un rapprochement entre Saoudiens et Américains. On avait même remarqué que certaines actions communes étaient en voie d’exécution pour soutenir des mouvements insurgés expurgés des éléments jihadistes proches d’al-Qaïda.
En Irak, force est de constater qu’Américains et Saoudiens ne sont, à nouveau, plus dans le même camp. On devrait donc entrer dans une nouvelle période de fort tangage dans de nombreux pays de la région.
Le chambardement s’est produit lorsqu’Américains et Iraniens ont annoncé s’être rencontrés en tête-à-tête à l’occasion des négociations de Genève sur le nucléaire iranien. Il semble que les Saoudiens aient très mal pris ces révélations.

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l’enfer des espions)