08/08/2014

Irak/Syrie : les théâtres des guerres du Proche Orient

Irak

L’Etat Islamique vient de commettre deux erreurs stratégiques
Les Jihadistes de Daesh (Etat Islamique) viennent de franchir deux lignes rouges pour les occidentaux :
- Ils menacent plusieurs minorités confessionnelles, les Chrétiens, les Yazidis et les Chabaks, ce qui est la pire des fautes pour l’Occident.
- Ils menacent les riches régions pétrolifères du Kurdistan dont les droits d’exploitation sont la propriété de la société américaine Exxon.

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Les Kurdes ont-ils mis les Occidentaux, et notamment les Américains, devant leur responsabilité ?
Les conditions dans lesquelles est tombée la ville chrétienne de Qaraqosh, une localité de 50.000 habitants en majorité de confession chrétienne, sont assez curieuses.  Les Jihadistes sont arrivés dans la nuit du 6 au 7 août et ont pris possession de la ville après un brutal retrait des forces kurdes, entraînant avec eux la quasi-totalité de la population par crainte des Jihadistes.
Le même scénario s’est produit à Tal Kayf, une ville où vivent de nombreux chrétiens et des membres de la minorité chiite chabak. Là encore, les Jihadistes sont arrivés aux environs de minuit et n’ont rencontré aucune résistance.
Selon le patriarche chaldéen de Kirkouk et Souleimaniyeh, Louis Sako,  ce sont 100.000 chrétiens qui ont pris la fuite, n’apportant « rien d'autre que leurs vêtements sur eux ».  Il précise que les localités de « Tal Kayf, Bartella et Karamlesh » ont été « vidées de leurs habitants » sans que les forces kurdes n'opposent une quelconque résistance.

Un désastre humanitaire et culturel
« C'est un désastre humanitaire. Les églises sont occupées, leurs croix enlevées », et plus de 1 500 manuscrits ont été brûlés, a souligné Mgr Sako. « Nous lançons un appel avec beaucoup de douleur (...) au Conseil de sécurité de l'Onu, à l'Union européenne et aux organisations humanitaires pour qu'ils aident ces gens en danger de mort ». Et le patriarche a ajouté qu'il redoutait un « génocide ».

Pourquoi les Kurdes mettent-ils l’Occident au pied du mur ?
Les revers subis récemment par les forces kurdes sont d’autant plus surprenants que les Peshmergas sont considérés comme de loin les plus efficaces et les mieux organisés.
Le problème est que les forces kurdes se sont brutalement retrouvées étirées par le soudain écroulement de l’armée irakienne lors de la guerre éclair des Jihadistes en juin 2014. Les Kurdes avaient profité de la confusion pour élargir leur territoire de près de 40%.
Du coup, les Peshmergas se retrouvent avec une étendue bien plus importante à contrôler et ils se révèlent démunis en combattants, en moyens militaires et en finances pour faire face à leur nouveau défi.
Conséquence : les peshmergas ont subi plusieurs revers majeurs début août face aux insurgés, perdant coup sur coup plusieurs villes à la frontière syrienne, en particulier Zoumar et Sinjar, ainsi que deux petits champs pétrolifères.
Pour faire face au manque de combattants, les Peshmergas peuvent compter sur l’arrivée massive de militants kurdes d’autres régions. Les Peshmergas d'Irak, les combattants du PYD de Syrie et du PKK de Turquie ont uni leurs forces dans une rare alliance pour faire face aux jihadistes dans le Nord irakien. Les trois groupes avaient pourtant des  relations tendues mais ils ont mis leurs différends de côté dans une sorte d'union sacrée contre la menace jihadiste. C’est ainsi que les Kurdes venus de Syrie et de Turquie « sont chargés de combattre » les jihadistes « dans la région de Rabia et de Sinjar », à l'ouest de Mossoul, a déclaré hier Hallo Penjweny, haut responsable du parti de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK).
Pour les moyens militaires et financiers, la seule solution était de faire appel aux Etats-Unis, d’où, sans doute, ce retrait tactique des forces kurdes pour mettre les Occidentaux au pied du mur.

Il y avait urgence car les Jihadistes de l’Etat Islamique se sont beaucoup renforcés
Les Jihadistes disposent depuis leur offensive éclair de juin et la débandade de l’armée irakienne de chars, de humvees, de missiles et d’autres armements lourds pris à leurs adversaires. Ce matériel, souvent de fabrication américaine, a transformé les capacités militaires de l'EI.
Ce matériel est tombé entre les mains de combattants aguerris par des mois de guerre en Syrie. Ils ont acquis la réputation de combattants sanguinaires n’ayant pas peur de la mort, ce qui contribue à effrayer leurs ennemis.
Les chefs de l’Etat Islamique ont jusqu’ici poursuivi une stratégie infaillible : Ils ont privilégié les zones sunnites où ils savaient trouver des soutiens, des infrastructures stratégiques ou des endroits faiblement défendus, évitant ainsi des pertes minimes.
Leur avancée a été fulgurante, couvrant des distances énormes mais il faut savoir que la majorité des régions conquises sont désertiques, ce qui a facilité leur progression tant que la force aérienne n’était pas massivement utilisée contre eux.
La mise en scène de leur extrême brutalité démoralise leurs adversaires et leur permet de s'emparer de villes entières sans rencontrer de résistance. C’est la raison pour laquelle l’Etat Islamique diffuse en permanence des photos d'ennemis décapités.

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Le président Barak Obama donner l’ordre d’intervenir à son aviation
Le président Obama a bien entendu le message kurde. Et cette fois, il s’est empressé de réagir, autorisant des tirs ciblés de drones sur des cibles jihadistes. A peine avait-il pris et annoncé sa décision que deux chasseurs bombardiers américains F/A 18 ont largué des bombes de 250 kilos sur une pièce d'artillerie mobile de l'Etat Islamique qui bombardait des forces kurdes à Erbil, dans le Kurdistan irakien. La justification donnée par le porte-parole du Pentagone, l'amiral John Kirby, est que ces tirs menaçaient des personnels américains basés dans la ville.
De nouvelles frappes américaines avaient lieu vers 17 heure. Un drone éliminait des Jihadistes servant un mortier. Vers 18h20, quatre chasseurs larguaient un total de huit bombes qui ont neutralisé un convoi et un mortier près d'Erbil, la capitale du Kurdistan irakien.

Hollande menace aussi
La France est "prête à prendre toute sa part" dans l'aide aux populations civiles victimes des "exactions intolérables" de l'Etat islamique en Irak, a affirmé l'Elysée dans un communiqué vendredi 8 août 2014.
François Hollande "s’est félicité de la décision importante prise par le Président (Barack) Obama d'autoriser des frappes aériennes ciblées afin de contrer l'Etat islamique ainsi que de mettre en oeuvre un effort humanitaire" "impérieux et urgent". "La France va examiner avec les Etats-Unis et l'ensemble de ses partenaires les actions qui pourraient être menées afin d'apporter conjointement tout le soutien nécessaire pour mettre un terme aux souffrances des populations civiles. Elle est prête à y prendre toute sa part", ajoute le texte.

Syrie

Raqqa (Nord syrien)
Les jihadistes de l'Etat islamique (EI) se sont emparés dans la nuit du jeudi 7 au vendredi 8 août de la base de la Brigade 93, une importante base de l'armée syrienne dans la province septentrionale de Raqqa. 300 soldats d’Assad auraient été tués et plus de 100 capturés. Les Jihadistes de l’Etat Islamique ont mis en ligne, comme ils en ont l’habitude pour effrayer leurs adversaires, la décapitation de soldats morts.
La chute de la base a été soudaine. L’opération a débuté par un triple attentat suicide suivi par de violents combats.
Le régime de Damas ne tient plus désormais qu'une seule position dans la province de Raqqa, l'aéroport de Tabqa.
Cette vidéo tournée par l'Etat Islamique fait un tour de la base de la Brigade 93 qui montre la quantité de matériel sur lequel les Jihadistes ont encore mis la main :
https://www.youtube.com/watch?v=trp0HAX7E5c&list=UUni...

Alep
Une nouvelle vidéo mise en ligne le 5 août par la brigade Zanki concerne l’utilisation d’un missile antichar Tow pour détruire un char de l’armée d’Assad. La scène se déroule dans la cité industrielle au niveau de l’usine de carton :
https://www.youtube.com/watch?v=MPfc80JxAq0&list=UUtk...
Et une autre le 6 août :
https://www.youtube.com/watch?list=UUtkgK9TNy-izDXpixqz_8...

Damas
Le front est pratiquement stabilisé devant Damas comme le montre cette vidéo (côté rebelles) mise en ligne le 7 août 2014 :
https://www.youtube.com/watch?v=ZY3_EomsUGc&list=UUni...
La capitale syrienne est désormais la cible quotidienne d'obus et de roquettes tirés par les rebelles du Front Islamique (pro-saoudien). 21 personnes ont perdu la vie à Damas au cours de ces derniers jours. Les rebelles tirent des obus à partir de leurs fiefs de la Ghouta orientale et du quartier de Jobar situé à la périphérie de Damas où les combats de rue font penser à ceux qui se déroulaient à Stalingrad.
Abdel Rahmane al-Chami, un dirigeant de Jaish al-Islam (l’armée de l’Islam), l’une des plus importantes organisations rebelles du Front Islamique, explique que les tirs sont « une réponse à l'escalade des bombardements » du régime contre les zones tenues par la rébellion. Jaish al-Islam et Ajnad al-Cham (les soldats de Syrie), une autre formation rebelle, bombardent la capitale avec des obus de 107 et 120 mm le palais présidentiel dans le quartier Malki au cœur de Damas, les bâtiments de la sécurité et d'autres bâtiments militaires à Kfar Soussé et à Mazzé 86, à l'Ouest de la capitale.
Cette vidéo montre les rebelles de Ghouta orientale tirant au canon sur le centre de Damas :
https://www.youtube.com/watch?v=M9AA_-jm-Do&list=UUni...
De son côté, l’aviation militaire d’Assad vient régulièrement bombarder Douma, une ville au nord-est de la capitale et fief de Jaish al-Islam, ainsi que les localités de Kafar Batna, à l'est de Damas et Mleiha.
Cette vidéo mise en ligne le 6 août montre un bombardement de l’aviation syrienne sur le quartier rebelle de Jobar :
https://www.youtube.com/watch?v=xU26md8XWJE&feature=p...

Aéroport de Damas
Les insurgés du Front islamique (pro-saoudien) ont saisi un territoire à l'ouest de l'aéroport de Damas. Ils se sont emparés de positions proches des usines près de Ghazlania, une ville qu’ils cherchent à capturer et qui se trouve à proximité de Hatitat al-Turkman.
Leur objectif est d’encercler l'aéroport pour entraver l’arrivée d’armes et de munitions en provenance d’Iran. Ils veulent également couper les routes principales, ce qui limiterait les opérations de l'armée d'Assad entre la Ghouta occidentale et la Ghouta orientale.
Cette vidéo montre un blindé des rebelles en action dans les environs de l’aéroport :
https://www.youtube.com/watch?v=jDIYzKBR1tI&feature=p...

Côte méditerranéenne
Un front que l’on a tendance à oublier, celui de la côté méditerranéenne. Cette vidéo mise en ligne le 6 août montre un char de l’Armée Syrienne Libre en action dans le jebel al-Akrad (la montagne des Kurdes). Le char tire sur une position des soldats d’Assad :
https://www.youtube.com/watch?v=vnb3BOFQunI&list=UUni...

Deir ez-Zhor
La province de Deir ez-Zhor, à l’est de la Syrie, est pratiquement sous le contrôle des Jihadistes de l’Etat islamique. Ceux-ci se livrent depuis à des exécutions arbitraires en grand nombre. Cette vidéo montre l’arrestation de 20 hommes à un barrage de l’EI. Les malheureux seront amenés pour être exécutés :
https://www.youtube.com/watch?list=UUXlQjCFr2NXJK-wLqsTFU...

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Divers

Cette vidéo kurde tourne en dérision les Jihadistes de l’Etat Islamique et leur cruauté aux barrages routiers :
https://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&a...

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

 

04/08/2014

Que se passe-t-il à la frontière libano-syrienne de la Bekaa ?

La bataille de Qalamoun une caisse de résonnance de l’évolution de la rivalité entre Arabie saoudite et Iran
La bataille de Qalamoun, dans le rif de Damas, et à la frontière libanaise, notamment du côté de Ersal, continue de faire rage malgré la victoire proclamée par l’armée d’Assad et le Hezbollah. Ils avaient cru qu’en prenant les villes et villages de la région, ils en avaient fini avec l’Armée Syrienne Libre et le Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie). Les évènements ont démenti cet optimiste. La bataille fait rage et les pertes sont lourdes des deux côtés. Le Qalamoun est le seul secteur de Syrie où Armée Syrienne Libre, les Jihadistes du Front al-Nosra et ceux de l’Etat Islamique luttent côte à côte.

Le jurd d’Ersal, une base arrière des rebelles syriens
Les rebelles utilisent, depuis des mois, le jurd autour de la localité libanaise d’Ersal comme base arrière. Cette région a de tous temps été un lieu de contrebande en tout genre entre la Syrie et le Liban et de planque pour les hors-la-loi libanais ou syriens.

Hassan Nasrallah a une lourde responsabilité en engageant le Hezbollah dans le conflit syrien
La situation s’est envenimée lorsque le Hezbollah a été engagé dans le conflit syrien, aidant l’armée de Bachar el-Assad à combattre les rebelles. Il obéissait, en cela, à un ordre de Téhéran, soucieux de conserver « l’arc chiite » dans son intégralité. « L’arc chiite » est une expression utilisée pour la première fois par le monarque jordanien pour désigner la continuité de la présence chiite allant de Téhéran à la frontière israélo-libanaise en passant par l’Irak et la Syrie. En s’engageant aux côtés de la communauté alaouite qui exerce de facto le pouvoir en Syrie, quand bien même les représentants d’autres communautés y participeraient, le Hezbollah a clairement pris le risque de provoquer une déflagration au Liban. La communauté sunnite du Liban et de Syrie a bien compris que le Hezbollah exécutait un plan régional sur une base confessionnelle. Et ce ne sont pas les déclarations du contraire par les leaders de la milice chiite qui vont la convaincre qu'elle se trompe.

Les autorités libanaises sont effrayées par les risques sécuritaires
La classe politique libanaise, dans son ensemble, est effrayée par les risques d’explosion au Liban et fait tout pour rejeter sur des agents extérieurs au Liban les incidents sécuritaires qui frappent régulièrement le pays. Les leaders modérés de la communauté sunnite, en commençant par Saad Hariri, tout en condamnant l’engagement du Hezbollah aux côtés des troupes d’Assad, appellent au calme et au respect des institutions. Mais parlons-en justement de ces institutions quand une partie de la classe politique, celle qui est engagée dans la défense de Bachar el-Assad et de l’Iran, maintient le pays dans le chaos institutionnel au lieu de se dépêcher de mettre le pays à l’abri du danger en se dépêchant d'élire un nouveau président et de donner au gouvernement les moyens d’agir au lieu de se battre pour des prérogatives insignifiantes au regard du danger.

L’armée libanaise – l’armée de tous les dangers
Tant que le pays reste attaché à la cohésion nationale et protège ses institutions, l’armée sera le bras armé de l’indépendance libanaise et recevra l’aide des pays occidentaux. Mais si la classe politique et le peuple se divisent, l’armée, dont la composition est peu ou prou identique à la nation libanaise, volera en éclats. On a déjà connu ce cas au cours de la guerre (que j’hésite à appeler civile) lorsque l’armée libanaise s’est divisée en Armée du Liban Arabe (ALA) alliée de l’OLP,  l’Armée du Sud Liban (alliée d’Israël) et d’autres unités rejoignant un camp ou un autre.
La première intervention de l’armée libanaise à la fin du mois de juin 2013 n’a pas été un succès sur le plan politique, même si les Islamistes partisans de Cheikh Assir ont été rapidement défaits. Le problème est que l’armée est clairement apparue comme intervenant pour le compte et aux côtés des miliciens du Hezbollah. Pourquoi dans ce cas désarmer les miliciens sunnites et laisser les miliciens du Hezbollah se pavaner avec leurs armes et leurs uniformes à l’intérieur du pays et s’affubler du nom de « Résistance » ? C’est naturellement la question que se posait la rue sunnite qui n’avait pas particulièrement de sympathie pour ce Cheikh extrémiste mais qui voyait bien qu’il y avait deux poids deux mesures.

Union nationale derrière l’armée – En est-on si sûr ?
Les politiciens libanais jurent leurs grands dieux qu’ils sont tous derrière l’armée libanaise. Mais en coulisse on regrette une nouvelle fois que l’opération militaire menée dans le jurd d’Ersal serve à prêter main forte au Hezbollah en difficulté dans le Qalamoun. 
L’armée dit vouloir fermer les frontières aux rebelles syriens et aux Jihadistes pour protéger le Liban, mais on voit bien que la frontière n’est pas fermée pour tout le monde et que le Hezbollah continue d’acheminer armes et bagages à ses unités déployées de l’autre côté de la frontière. La tension qui monte à Tripoli et dans d’autres régions du Liban est la preuve que la fameuse « union sacrée » n’est pas aussi réelle qu’on veut bien le dire.

Ersal et le problème des « réfugiés » syriens
Ersal en quelques chiffres, c’est une localité sunnite de 30 000 habitants dans une région où villages sunnites et chiites se côtoient. Les villages chiites sont des places fortes du Hezbollah et les localités sunnites ont généralement pris fait et cause pour la rébellion syrienne. A Ersal se trouvent près de 120.000 réfugiés syriens. Il y a parmi eux beaucoup de rebelles et de jeunes désoeuvrés qui rêvent d’en découdre avec le Hezbollah et l’armée d’Assad car la plupart ont fui la Syrie après l’intervention du Hezbollah.

5000 éléments armés à Ersal et dans le jurd aux alentours
Aucune information officielle n'a été fournie sur le nombre de rebelles présents à Ersal. Samir Mokbel, vice-premier ministre et ministre de la défense affirme que leur nombre « ne dépasse pas les 2 500 dans toute la zone d'Ersal, y compris le jurd ». Des sources militaires prétendent, elles, qu’il y aurait 5 000 combattants.
Pour le commandant en chef de l'armée, Jean Kahwagi, « ces éléments armés sont étrangers au Liban et relèvent des différentes formes actuelles de « takfirisme ». Ces éléments sont de diverses nationalités et se trouvaient en dehors des frontières. Ils sont arrivés au Liban après une coordination avec des individus implantés à l'intérieur des camps de réfugiés (syriens) ».  Pour l’armée libanaise, l’affaire est claire. Ces gens sont des terroristes, des membres d’al-Qaïda et de l’Etat Islamique, des Jihadistes. Il faut les "éliminer".

Les rebelles syriens affirment qu’il s’agit d’un complot pour chasser les réfugiés syriens du Liban
Ils demandent à la communauté internationale de veiller à ce qu’il n’y ait pas de grands massacres dans la région d’Ersal et le Qalamoun. 
Ils justifient leurs craintes par le fait qu’il y aurait dans la région, autour d’Ersal, environ 20.000 miliciens du Hezbollah revêtus d’uniformes de l’armée libanaise. Ces gens pour l’instant n’interviennent pas mais se trouvent immédiatement derrière 5000 militaires libanais engagés dans une opération pour chasser de la région tous les rebelles syriens et étrangers.
L’armée libanaise a déployé un matériel impressionnant : canons de 155 mm, tanks, des hélicoptères et des avions de combat.
Les régiments, dont une unité aéroportée, sont commandés par le général Roukoz, un allié par alliance de Michel Aoun, ce général politicien qui a pris fait et cause pour le Hezbollah et Bachar el-Assad alors qu’il avait alimenté la chronique en 1990 en affrontant l’armée syrienne.
L’objectif déclaré de l’armée libanaise est d'affirmer le contrôle de l’Etat sur la totalité du territoire libanais. Parfait ! Mais cela signifie en clair qu’il va falloir chasser les Jihadistes introduits au Liban. Ceux-ci sont malheureusement intégrés à la masse des réfugiés et il faut s’attendre à ce que l’affaire soit sanglante.
On a vu que la bataille du Qalamoun (côté syrien) était loin d’être achevée, malgré les cris de victoire des soldats d’Assad et du Hezbollah après la prise des quelques villes de la région. On peut prévoir que la bataille va également durer un certain temps dans le jurd d’Ersal avec le risque que le conflit s’étende à d’autres régions du Liban.

La bataille dans le jurd d’Ersal risque de provoquer un embrasement
La bataille ne s'arrêtera donc pas à Arsal mais atteindra Beyrouth et d'autres régions libanaises.
Ceci d’autant plus que beaucoup de Libanais aimeraient bien se débarrasser du Hezbollah.
Le Hezbollah pourrait être également intéressé à ce que l'affrontement s'étende. Un conflit à l’intérieur du Liban pourrait lui permettre de couvrir son échec flagrant en Syrie et retrouver une justification à son combat.

La communauté chrétienne pas concernée mais divisée
Encore une fois, la communauté chrétienne va se retrouver paralysée par un conflit qui, théoriquement, ne la concerne pas.
Les Chrétiens, dans leur majorité, n’aiment ni les Jihadistes qui veulent les chasser du Liban, ni le Hezbollah qui leur fait peur. Mais certains leaders chrétiens ont fait des alliances électorales avec l'un ou l'autre camp, ce qui les empêche, pour l'instant, de faire l'union sacrée face au danger.

Jean Kahwagi, le commandant en chef de l'armée libanaise, tire la sonnette d’alarme
C’est pourquoi le général en chef de l’armée libanaise, Jean Kahwagi, a tiré la sonnette d’alarme : « La situation est beaucoup plus grave que d'aucuns veulent le croire », appelant « tous les responsables politiques et religieux à prendre garde à ce qui se prépare désormais pour le pays, puisque tout dérapage, dans n'importe quelle région, pourrait être très dangereux ». « Ce qui se passe à Ersal atteindra l'ensemble du territoire, parce que nous savons tous l'enchevêtrement des régions au Liban », a-t-il souligné, appelant également à une solution à la situation des réfugiés, « afin d'éviter le développement d'îlots de terrorisme ». Effectivement, les Brigades des sunnites libres de Baalbeck, une organisation jihadiste ayant déjà à son actif plusieurs attentats, déclaraient qu'elles étaient « prêtes à participer à n'importe quelle bataille jusqu'à la victoire ».

Le fil des évènements
Tout a commencé le 2 juillet lorsque « des éléments armés ont commencé à se regrouper en nombre impressionnant, peu après l'arrestation au barrage de Wadi Hmeid du commandant de la brigade islamiste Fajr al-Islam, un certain Imad Ahmad Jomaa, alors qu'il transportait un blessé de son groupe de combat vers un hôpital d'Ersal. 400 rebelles ont alors lancé un assaut contre des postes militaires du secteur pour obtenir la libération de Jomaa.

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Imad Ahmad Jomaa 

 

 

 

 

 

 

 

Les rebelles ont tenté d'encercler tous les postes de tous les côtés, et en grand nombre », a indiqué le général Jean Kahwagi. Des troupes héliportées de l’armée ont alors effectué une contre-attaque rapide pour libérer le périmètre autour des postes
Des renforts, incluant des unités d'élite et la huitième brigade, ont été dépêchés dans la région pour aider les unités héliportées à reprendre le terrain.
Des combats violents ont eu lieu au niveau de la caserne 83, située près de l'école technique d’Ersal. Les combats se sont étendus jusqu'aux limites du village chiite de Laboué, une place-forte du Hezbollah. 
Les combats du samedi 2 juillet ont coûté la vie à  quatorze militaires libanais, dont deux officiers, ainsi qu’à des dizaines de rebelles. 86 soldats ont été blessés et 22 sont portés disparus.
Les combats se poursuivaient le dimanche 3 et le lundi 4 juillet aux environs de la localité frontalière d'Ersal que les habitants continuaient à fuir.

Ersal est actuellement entre les mains des Islamistes sunnites
Ersal est actuellement sous le contrôle des groupes armés. Les membres de ces groupes sont sortis des camps de réfugiés syriens à la lisière de la ville pour attaquer l’armée dès l’annonce de l’arrestation de Jomaa.  Ces hommes appartiennent à différentes nationalités et sont très bien organisés. Habillés en noir et cagoulés, ils patrouillent dans les rues de la ville.

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Les Islamistes contrôlent Ersal












Le Hezbollah propose son aide
Déjà, au sein des milieux hezbollahis, on prétend que l’armée ne pourra seule gagner cette bataille. Ibrahim el-Amine, le rédacteur en chef du journal al-Akhbar, proche du Hezbollah, affirme : « Si l’armée n’appelle pas à un soutien direct de l’armée syrienne et des forces du Hezbollah, elle sera face à un grand problème, surtout qu’elle est en crise sur le plan des capacités militaires mais aussi sur le plan de l’action de renseignement nécessaire dans ce cas.
Alors que son ennemi possède de grandes expertises militaires, auxquelles s’ajoutent des orientations pédagogiques qui permettent de se sacrifier face à l’ennemi. Donc, il est illogique de prévoir une bataille rapide et décisive contre ces groupes », écrit al-Amine.

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

27/07/2014

Dernieres nouvelles de Syrie et d’Irak - 27 juillet 2014

Bachar el-Assad lutte toujours pour la survie de son régime dans des conditions de plus en plus confuses. Il doit faire face aux rebelles de l'Armée Syrienne Libre, et notamment du Front Islamique organisé et aidé par l'Arabie saoudite. Il doit maintenant lutter contre les Jihadistes de l'Etat Islamique (Daesh) qui viennent de tourner leurs armes contre lui alors qu'on observait jusqu'ici une relative retenue des deux côtés. Il est toujours aux prises avec le représentant d'al-Qaïda en Syrie, le Front al-Nosra. L'Etat Islamique et le Front al-Nosra se combattent entre eux, au prix de milliers de morts, car tous les deux veulent instaurer le califat dans la région et luttent pour la suprématie. Mais si le Front al-Nosra considère les Etats-Unis, l'occident en général et l'Etat d'Israël en particulier comme ses principaux ennemis, l'Etat Islamique (Daesh) combat plutôt tous les Musulmans qui refuseraient de reconnaître l'émir (Abou Baker al-Bagdadi) comme leur chef. Sans oublier que le Front Islamique a bien l'intention de détruire aussi bien le régime de Bachar el-Assad (car il est proche de l'Iran), l'Etat Islamique et le Front al-Nosra, obéissant en cela aux instructions données par Riyad.

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12:32 Publié dans Alep, Arabie saoudite, Etat Islamique, Etats-Unis, Front al-Nosra, Irak, Iran, Israel, Mossoul, Raqqa, Syrie, Tikrit | Lien permanent | Commentaires (1) | | | | |