06/11/2014

Gaza - Les leçons d'un conflit

Observations à propos de la guerre entre Gaza et Israël de l’été 2014
La résistance palestinienne a surpris par sa résilience lors la guerre entre Gaza et Israël au cours de l’été 2014. Les Palestiniens ont réussi à tirer un grand nombre de roquettes, la plupart de fabrication locale (comme les Qassam et les M75), jusqu'au dernier jour de l'opération israélienne « Bordure protectrice ». Tel Aviv et d’autres villes israéliennes étaient prises pour cible par les  roquettes Buraq 70 et Buraq 100 tirées par les Brigades al-Quds.
On peut se poser la question de savoir comment les organisations de la résistance palestinienne, le Hamas et le Jihad islamique, prisonnières à l’intérieur d’un minuscule territoire, ont réussi à développer un tel niveau d’armement. Ceci d’autant plus que l’Egypte et Israël semblaient avoir tout fait pour empêcher la Résistance de se procurer de telles armes.
 
Promesse iranienne
L’Iran avait promis d’aider les Palestiniens de Gaza à s’armer.
“Levez les pieds et vous nous trouverez, comme toujours et pour toujours, dessous, à votre service,” avait déclaré Abu Ali, un commandant des Gardes de la Révolution Iraniens (GRI), à des combattants palestiniens originaires de Gaza au cours d’une session d'entraînement en Iran en 2012.

La Syrie fournissait les laissez-passer
On sait que le Hamas bénéficiait du soutien syrien avant le début de la révolte sunnite contre Bachar el-Assad. Avant 2012 et la rupture entre Damas et le Hamas, les combattants gazaouis avaient l'habitude de passer par la Syrie pour se rendre en Iran. Les autorités de Damas leur fournissaient des laissez-passer sans problème.
Et à leur retour de Téhéran, des voitures les attendaient sur le tarmac de l'aéroport de Damas pour les conduire à leurs bases respectives. Ils n’avaient pas besoin de passer par le contrôle des passeports et des visas.

Les sessions d’entraînement en Iran
A Téhéran, les combattants de la résistance gazaouïe participaient à des sessions d'entraînement  intensives. Ils passaient de nombreux mois à acquérir la connaissance des armes jusqu’à leur expérimentation. Des hélicoptères iraniens HESA les emmenaient sur les sites de tir pour qu'ils puissent se familiariser avec le maniement des diverses armes. Les instructeurs iraniens apprenaient également à leurs stagiaires comment positionner et camoufler les armes pour éviter que l’armée israélienne ne puisse les repérer du ciel ou du sol.

Sessions d’entraînement en Syrie
Avant la guerre civile syrienne, les Gazaouis pouvaient également s’entraîner en Syrie où le Hamas disposait de champs de tir.

Les Iraniens livrent des roquettes démontables à Gaza
Les Iraniens n’ont pas seulement aidé les Palestiniens à s’entraîner sur leurs armes, ils ont également fourni ces armes à la résistance gazaouïe. Mais Téhéran s’est très vite rendu compte que la principale difficulté était de faire entrer des roquettes en contrebande à Gaza, ce qui supposait de faire passer ces armes par les tunnels. Pour tourner la difficulté, les Gardes de la Révolution iraniens ont fabriqué des roquettes démontables. Une autre tactique a été de faire passer des armes par la mer. Mais la marine israélienne veillait au grain. Comme il n’était pas possible d'acheminer des bateaux en secret jusqu’à la côte de Gaza, la solution a consisté à jeter les armes dans des containers à la mer, très loin de la côte. Des plongeurs allaient les récupérer la nuit. Mais là aussi, l’opération était délicate et difficile à organiser d’une façon suffisante pour livrer un grand nombre d’armes. 

Les Gazaouis fabriquent eux-mêmes leurs missiles
C’est pourquoi, à partir de la fin de 2001, les Brigades al-Qassam, l'aile militaire du Hamas, se sont mises à fabriquer elles-mêmes leurs roquettes. A l'époque, ces missiles n'avaient qu'une portée de 15 km et ils tombaient assez souvent à côté de l'endroit d'où ils avaient été tirés ou même explosaient au moment de leur lancement. Ces roquettes étaient uniquement destinées à être tirées sur la colonie de Sderot qui se trouve à 4 kilomètres de la frontière orientale de la bande de Gaza.

Les Gazaouis profitent de l’ouverture de la frontière  sud avec l’Egypte
Mais là encore, le problème était de trouver à Gaza même les composants nécessaires à la fabrication des missiles. A cette époque, il était difficile de se procurer les matières premières indispensables pour la fabrication des armes à Gaza . Mais à partir de 2005, suite au retrait israélien du Corridor de Philadelphie (un secteur où à l’époque les soldats égyptiens n’étaient pas les bienvenus), la frontière sud avec l'Egypte s’est retrouvée plus accessible, ce qui a facilité la contrebande d'armes et de matières premières par les tunnels.

Les tunnels
Les tunnels ont joué un rôle crucial pour l’armement des organisations de la résistance palestinienne à Gaza. Ils permettaient d'acheminer armes et composants du territoire égyptien vers la bande de Gaza.

Les roquettes Fajr-5
Les première roquettes Fajr-5 sont arrivées à Gaza en 2011 et ont été utilisées pour la première fois lors de l'Opération « Colonne de Nuée » en 2012 au cours de laquelle la résistance palestinienne a réussi à bombarder Tel Aviv pour la première fois. A l'époque, Israël avait accusé les Gardes de la Révolution iraniens de fournir des roquettes à la résistance. Le commandant des Gardes de la Révolution Iraniens, Mohammad Ali Jafari, avait confirmé le transfert de roquettes Fajr à la résistance et ajouté qu'il avait l'intention de lui fournir aussi d'autres systèmes de roquettes.
Mais il y avait une limite à la quantité de ces roquettes que la résistance pouvait faire entrer en contrebande. Sans oublier le risque de provoquer un renforcement de la sécurité et donc du blocus, ce qui rendrait la contrebande plus difficile encore.

Les Iraniens apprennent aux Gazaouis à fabriquer eux-mêmes les missiles Fajr
Les Iraniens se sont documentés sur les matières premières disponibles à Gaza ou dans son voisinage. Ces études ont permis aux instructeurs iraniens de mette au point des sessions spéciales d'entraînement à la fabrication de roquettes.

La révolution en Egypte, une aubaine pour la contrebande d'armes 
Selon des sources fiables du Jihad Islamique, la majorité des armes que Gaza a utilisées dans les batailles de 2012 et 2014 étaient arrivées à partir de 2011, c'est-à-dire à partir de l'éclatement de la révolution.  Pendant cette période, les autorités égyptiennes fermaient les yeux sur la contrebande dans le Sinaï qui se faisait avec l'aide des tribus en échange de fortes sommes d'argent.
Un officiel du Hamas a expliqué  que la résistance se mettait d'accord avec les officiers égyptiens sur un certain nombre de jours pendant lesquels les combattants de la résistance pouvaient faire entrer des armes à Gaza sans problème.

La contrebande était plus difficile sous Mohammed Morsi
Selon les sources palestiniennes, la contrebande d'armes a été un peu plus difficile sous Morsi. Par contre il était plus facile aux combattants de passer par l'Egypte pour aller s'entraîner hors de Gaza. On a même dit que le président Morsi fournissait des laissez-passer à certains Gazaouis pour qu'ils ne soient pas harcelés par les services de sécurité à leur sortie de Gaza.

Les Israéliens bombardent les convois et les voies d’approvisionnement
Après la mort de Mouammar Kadhafi et la victoire des milices armées plus ou moins islamistes en Libye, un grand nombre d’armes, parmi lesquelles des armes chimiques, ont été subtilisées des entrepôts militaires. Les services de renseignement israéliens pouvaient craindre, à juste titre, que ces armes prennent le chemin de Gaza ou du Liban pour tomber entre les mains du Hamas ou du Hezbollah. Les agents israéliens ont très vite découvert les routes de contrebande vers Gaza et pris pour cible les convois d'armes et les caches de roquettes. C’est ainsi que vers la fin de 2012, les forces spéciales israéliennes, protégées par la force aérienne de Tsahal, ont détruit un convoi d'armes au Soudan qui était destiné, selon Tel Aviv, à Gaza. Un responsable palestinien en charge du trafic d’armes et un important agent iranien auraient perdu la vie au cours de cette attaque. Les Iraniens ont compris la leçon  Il valait mieux aider les Palestiniens à fabriquer eux-mêmes leurs roquettes sur place, plutôt que de poursuivre les opérations de contrebande.

Ateliers de fabrication de roquettes à Gaza
Téhéran, avec la collaboration du Hezbollah, a aidé les Gazaouis à développer les ateliers de fabrication de roquettes.
Amir Abdul-Lahian, le vice-ministre des Affaires Etrangères iranien, a reconnu que les Gardes de la révolution  avaient transmis la technologie de fabrication des roquettes aux  Palestiniens.

Quels types de roquettes sont fabriquées à Gaza ?
Des discussions ont eu lieu pour savoir quels types de missiles devraient être fabriqués à Gaza. il a été décidé qu’il valait mieux que ces roquettes portent une petite tête explosive pour accroître leur portée, à la fois pour des raisons de tactique militaire et pour des considérations politiques.
L’autre point important était le coût des roquettes. Très vite, il est apparu qu’il y avait une différence de coût entre les roquettes fabriquées localement et celles qu'on acheminait clandestinement d'Iran. Les roquettes de fabrication locale étaient presque aussi puissantes que les roquettes de contrebande et elles coûtaient moins cher. Le coût d'une roquette comme celles qui ont été tirées sur Tel Aviv ne dépasse pas les 5 000 dollars, tandis qu'une roquette de contrebande peut coûter jusqu'à 15.000 dollars.
En ce qui concerne les roquettes de petite portée, le coût d'une roquette de contrebande de type 107 par exemple, s'élève à environ 800 dollars, alors que la même roquette fabriquée localement revient seulement à 110 dollars.

Grand secret
L’autre problème était de garder secrète la localisation des ateliers de fabrication de missiles à Gaza même. Les Palestiniens ont été assez performants en ce qui concerne ce point. La plupart des combattants ne savaient pas où se trouvaient les ateliers de fabrication des roquettes. Certaines factions sont même allées jusqu'à faire en sorte que ceux qui travaillaient dans les ateliers ignoraient la location de leur lieu de travail.
Ce secret a permis à la résistance palestinienne de poursuivre la fabrication des missiles au plus fort de la guerre de l’été 2014. Il restait par contre le délicat problème du transport des roquettes à partir de leurs ateliers de fabrication jusqu'aux plateformes de lancement.

La contrebande n’a pas cessé
La contrebande vers Gaza n'a pas complètement cessé, malgré la fabrication locale de roquettes. La résistance palestinienne garde le secret sur l’ampleur de la contrebande à travers le désert du Sinaï ou par mer.

L’Iran a également fourni des drones
Parmi les matériels acheminés par contrebande, on trouve les drones. Le Jihad Islamique affirme que l'Iran lui a livré trois types de drones. Il s’agissait de drones Ababil UAV. Ces drones n’ont pas été d’une grande utilité au cours de la guerre de juillet 2014 car ils ont été abattus par Tsahal peu de temps après leur décollage.

La guerre entre Gaza et Israël a été utile pour  l’Iran et le Hezbollah
L'Iran, le Hezbollah et même la Syrie ont soigneusement analysé la dernière opération israélienne contre Gaza pour en tirer des leçons sur ce qu'il convient de faire dans le cas d’un conflit avec Israël. Il y a fort à parier que les états-majors ont amélioré leur stratégie et leurs tactiques grâce aux conclusions tirées du conflit.

Jean René Belliard

27/10/2014

24 au 27 octobre : Flambée de violence au Liban nord

Liban : objet de toutes les inquiétudes
Ce weekend, c’est le Liban qui nous inquiète. Deux évènements majeurs ont eu lieu : de violents affrontements ont éclaté entre l’armée libanaise et des Islamistes à Tripoli et dans la région nord du Akkar. Et au sud Liban, c’est à une escalade dangereuse à laquelle vient de procéder le Hezbollah en tirant de puissants missiles sur des positions proches de la frontière israélienne supposées être occupées par des Jihadistes du Front al-Nosra. Le Hezbollah accuse les Israéliens d’avoir toléré leur présence dans cette région frontalière du Mont Hermon (Jabal esh-Sheikh) et du Golan syrien.

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24/10/2014

23 et 24 octobre – Nouvelles des guerres du Moyen Orient

« Confronté à un défi sans précédent, œuvre de forces maléfiques ayant montré à plusieurs reprises leur mépris total des vies humaines, le monde occidental est aujourd'hui au pied du mur. De l'attitude qu'il aura le courage d'adopter dépend le sort d'une nation et d'une région en entier. Quelque forme qu'elle puisse prendre, la fermeté sera un signe de détermination à sauver le Liban et, avec lui, la crédibilité des puissances démocratiques à travers le monde. Par contre, tout indice de faiblesse ne pourra que signifier une capitulation devant le crime qui, malheureusement, dans cette partie meurtrie et saignée à blanc de l'Orient, a prouvé à maintes reprises qu'il paie (...) »
Ces phrases ont été écrites dans le quotidien « L’Orient-le-Jour » le 24 octobre 1983 au lendemain de la destruction du QG des forces américaines et de celui des forces françaises à Beyrouth.
La question reste toujours d’actualité.

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