25/10/2017

Quel avenir pour le Yémen ? Par Jacques Myard

Yémen 

Quel avenir pour le Yémen ?
(Intervention de Jacques MYARD sur le Yémen au colloque international de l'Académie de Géopolitique de Paris le 18 octobre 2017 au Parlement européen à Bruxelles)
I - Caractéristiques du Yémen
Avant toute chose, il convient de rappeler les caractéristiques du Yémen, peu connu en Europe et en France en particulier.
C'est un pays de 527 970 Km2, il est presque aussi grand que la France
Population : 27 millions d'habitants
1800 tribus très actives. C'est donc un pays tribal avec tout ce que cela comporte de rivalités et d'alliances.
Son histoire est tourmentée et il a connu de très nombreux affrontements et guerres.
Abdallah Saleh, un berger, prend la tête du Yémen du Nord en 1978.
Le 22 mai 1990, Abdallah Saleh unifie le nord et le sud. La capitale est à Sanaa, le sud a un grand port maritime, ancienne base anglaise, Aden.
EN 1994, le sud fait sécession mais subit un échec militaire.
Sur le plan religieux, 30 à 40 % des Yéménites sont des chiites, zaydites, les Houthistes d'aujourd'hui du nom d'Hussein Al Houthi, tué en septembre 2004 par des frappes de la C.I.A.
65 à 70 % de la population est sunnite, néanmoins, les Zaydites, Houthistes et les Sunnites sont très proches sur le plan religieux et partagent des interprétations communes des règles religieuses. Il existe de nombreux mariages interreligieux.
Il ne s'agit donc pas d'une guerre entre Chiites et Sunnites. Les Houthistes habitants des montagnes du Nord du Yémen, guerriers aguerris, souhaitent une large autonomie et ont reproché au pouvoir central de les délaisser sur le plan économique.
Relevons qu'au sud, il existe désormais une forte présence d'Al Qaida en péninsule arabique (A.Q.P.A) ainsi que des éléments de l'Etat islamique (Daech) en raison de la faillite de l'Etat.
II - L'histoire du Yémen
L'histoire du Yémen est une histoire malheureusement faite de guerres dont les causes sont d'abord des rivalités tribales, les guerres sont déclenchées à partir de problèmes strictement internes au Yémen.
Les principales dates de ces multiples affrontements récents et de manière très résumée sont les suivantes :
2004 : Les Chiites, Zaydites dirigés par Hussein al Houthi se rebellent contre le pouvoir central de Sanaa
2005 : les Houthistes gagnent du terrain et se heurtent le long de la frontière nord à l'armée saoudienne.
L'Arabie saoudite effectue des frappes aériennes et accusent l'Iran d'aider les rebelles.
2011 : dans la vague du printemps arabe, en Tunisie et en Egypte, les Houthistes manifestent avec les étudiants pour contester le pouvoir du Président Ali Saleh qui réprime les manifestants mais se voit contraint de céder la pouvoir à son vice-président Rabbo Mansour Hadi qui devient Président et gagne les élections législatives.
2014 : Une conférence du dialogue internationale propose de faire du Yémen un Etat fédéral de 6 provinces ce qui donnerait aux Houthistes un territoire important plus vaste au sud mais les Houthistes refusent car ils exigent un accès à la mer.
Ils reprennent les combats et prennent Sanaa en septembre 2014 ainsi que la 3ème ville du pays en mars 2015, Taëz.
2015 : une coalition arabe dirigée essentiellement par l'Arabie saoudite, les Emirats arabes, et soutenus par les Etats-Unis, bombarde Sanaa. Le Président Hadi fuit Aden où il était réfugié pour l'Arabie saoudite.
2017 : les observateurs constatent les ravages d'une guerre oubliée ; malnutrition, développement du choléra, nombreuses victimes civiles femmes et enfants, notamment lors de la célébration d'un mariage et lors d'un office funéraire ce qui provoque une très forte émotion dans le monde et met en accusation l'Arabie saoudite, en 2015 et 2016.
III - Le Yémen victime des rivalités régionales
Ce qui était à l'origine un conflit interne et propre au Yémen, entre une région montagneuse délaissée par le pouvoir central, les Houthistes, et la capitale Sanaa où régnait en maître le Président Saleh ,au pouvoir depuis 40 ans, devient à partir de 2004 l'enjeu d'une guerre par procuration. L'intervention de l'Arabie saoudite voit dans les Houthistes des alliés religieux, des alliés de l'Iran ce qui est loin d'être prouvé.
Dès 2004, la C.I.A, dans des opérations clandestines, intervient en représailles de l'attentat du destroyer USS Cole et c'est au cours de ces opérations que Hussein al Houthi est tué.
En janvier 2013, un cargo transportant des armes qui auraient été commandité par l'Iran est arraisonné en mer. L'Arabie saoudite dénonce fortement l'intervention de l'Iran mais à la même époque, personne ne parle des bateaux turcs qui livrent des armes aux Frères musulmans au sud.
En mars 2015, c'est le jeune prince héritier saoudien ben Salmane Al Saoud, âgé de 30 ans alors, qui obtient du roi d'intervenir, de lancer des bombardements, opération «  tempête décisive » en formant une coalition avec les Emirats arabes unis, le Qatar, l'Égypte, le Soudan, le Maroc, la Jordanie, le Koweït et le Bahreïn.
Le Qatar est exclu de cette coalition en juin 2017, dans le conflit qui les oppose à l'Arabie saoudite. L'Emirat d'Oman reste sagement en dehors de cette coalition. A l'évidence, à ce stade, l'Arabie saoudite est obnubilée par l'Iran et en intervenant au Yémen, qu'elle considère comme son arrière-cour, elle voit, à tort la main de Téhéran dans ce qui est en réalité un conflit interne au Yémen.
On a dit plus haut que l'opération « tempête décisive » avait été initiée par le jeune dauphin du Roi, ben Salmane, fils de la dernière épouse du Roi, qui voulait se faire reconnaître comme un chef de guerre charismatique afin de conforter son assise en Arabie saoudite.
Selon des informations, ce va-t'en guerre serait contesté en interne par de très nombreux chefs tribaux d'Arabie saoudite qui lui sont hostiles.
IV Le Yémen à l'O.N.U
La situation au Yémen a fait l'objet de nombreuses résolutions au Conseil de sécurité agissant en application du chapitre VII de la charte des Nations unies qui confère au Conseil de sécurité la possibilité de prendre des sanctions, voire user de la force militaire pour rétablir la paix.
La résolution 21-40 du 29 février 2014 a institué un comité, article 19, fixant des sanctions afin notamment de sanctionner les livraisons d'armes aux rebelles. Le Président Hadi est toujours aux yeux de la communauté internationale, le Président légitime même s'il n'a plus d'influence.
En parallèle, la résolution soutient la conférence du dialogue national sans exclusion comme le prévoit le Conseil de Coopération du Golfe afin de rédiger une nouvelle constitution établissant un État fédéral.
La résolution 22-14 du 14 avril 2015 reprend les dispositions de la résolution précédente tout en renforçant les sanctions à l'encontre notamment d'Abdallah Saleh, l'ancien Président, et soutient toujours le Président Hadi installé à Ryad.
A l'évidence, les décisions du Conseil de Sécurité apparaissent décalées par rapport aux réalités.
La « communauté internationale » part du principe que le seul Président légitime est le Président Hadi alors même qu'il n'a plus le contrôle du terrain et est rejeté par les Yéménites. De surcroît Al Qaida et des éléments de l'Etat islamique sont très présents dans le sud du Yémen.
V - Quelles solutions pour le Yémen
Il faut souligner qu'il y a une urgence, celle de pouvoir envoyer au Yémen des médicaments et de la nourriture pour faire face à la situation sanitaire déplorable notamment la propagation du choléra. Sur ce point précis, les États de l'Union européenne devraient se mobiliser et exiger des belligérants, la mise en place d'une intervention humanitaire.
De plus, il convient de reconsidérer la nature de cette guerre oubliée : les interventions extérieures essentiellement celles de la coalition internationale menée par l'Arabie Saoudite a transformé ce conflit interne en conflit international voyant dans les Houthis une tête de pont de l'Iran alors même qu'aucun combattant iranien ne se trouve au Yémen ce qu'attestent tous les experts.
Le premier pas pour aller à la paix est bien l'arrêt de l'intervention de la coalition internationale dirigée par l'Arabie saoudite avec le soutien des Etats-Unis.
La constitution d'un Etat fédéral est certainement la solution pour régler les problèmes des Yéménites entre eux à la condition toutefois, que les Houthistes puissent être satisfaits en ayant un accès à la mer. Pourquoi ne pas leur accorder et en donnant aussi satisfaction également à l'Arabie Saoudite qui souhaite pouvoir vendre son pétrole grâce à un oléoduc qui pourrait transiter par la province d'Hadramaout pour gagner le golfe d'Aden sans passer par le détroit de Bab-el-Mandeb qu'elle ne contrôle pas ?
Enfin, certains experts estiment d'une part que le Président Hadi n'a plus aucune chance d'être reconnu comme le Président légitime des Yéménites et que le fils de l'ancien Président Saleh, Ambassadeur retenu en résidence surveillée à Abu-Dhabi, Mohamed ben Abdellah Saleh pourrait être un candidat accepté par l'ensemble des Yéménites.
C'est d'ailleurs aux seuls Yéménites de décider de leur propre gouvernement en dehors de toute intervention étrangère mais en attendant une solution politique, il est urgent d'intervenir sur le plan humanitaire, le choléra et la famine gagnent du terrain chaque jour.

 

Quel avenir pour le Yémen ? Par Jacques Myard

Yémen 

Quel avenir pour le Yémen ?
(Intervention de Jacques MYARD sur le Yémen au colloque international de l'Académie de Géopolitique de Paris le 18 octobre 2017 au Parlement européen à Bruxelles)
I - Caractéristiques du Yémen
Avant toute chose, il convient de rappeler les caractéristiques du Yémen, peu connu en Europe et en France en particulier.
C'est un pays de 527 970 Km2, il est presque aussi grand que la France
Population : 27 millions d'habitants
1800 tribus très actives. C'est donc un pays tribal avec tout ce que cela comporte de rivalités et d'alliances.
Son histoire est tourmentée et il a connu de très nombreux affrontements et guerres.
Abdallah Saleh, un berger, prend la tête du Yémen du Nord en 1978.
Le 22 mai 1990, Abdallah Saleh unifie le nord et le sud. La capitale est à Sanaa, le sud a un grand port maritime, ancienne base anglaise, Aden.
EN 1994, le sud fait sécession mais subit un échec militaire.
Sur le plan religieux, 30 à 40 % des Yéménites sont des chiites, zaydites, les Houthistes d'aujourd'hui du nom d'Hussein Al Houthi, tué en septembre 2004 par des frappes de la C.I.A.
65 à 70 % de la population est sunnite, néanmoins, les Zaydites, Houthistes et les Sunnites sont très proches sur le plan religieux et partagent des interprétations communes des règles religieuses. Il existe de nombreux mariages interreligieux.
Il ne s'agit donc pas d'une guerre entre Chiites et Sunnites. Les Houthistes habitants des montagnes du Nord du Yémen, guerriers aguerris, souhaitent une large autonomie et ont reproché au pouvoir central de les délaisser sur le plan économique.
Relevons qu'au sud, il existe désormais une forte présence d'Al Qaida en péninsule arabique (A.Q.P.A) ainsi que des éléments de l'Etat islamique (Daech) en raison de la faillite de l'Etat.
II - L'histoire du Yémen
L'histoire du Yémen est une histoire malheureusement faite de guerres dont les causes sont d'abord des rivalités tribales, les guerres sont déclenchées à partir de problèmes strictement internes au Yémen.
Les principales dates de ces multiples affrontements récents et de manière très résumée sont les suivantes :
2004 : Les Chiites, Zaydites dirigés par Hussein al Houthi se rebellent contre le pouvoir central de Sanaa
2005 : les Houthistes gagnent du terrain et se heurtent le long de la frontière nord à l'armée saoudienne.
L'Arabie saoudite effectue des frappes aériennes et accusent l'Iran d'aider les rebelles.
2011 : dans la vague du printemps arabe, en Tunisie et en Egypte, les Houthistes manifestent avec les étudiants pour contester le pouvoir du Président Ali Saleh qui réprime les manifestants mais se voit contraint de céder la pouvoir à son vice-président Rabbo Mansour Hadi qui devient Président et gagne les élections législatives.
2014 : Une conférence du dialogue internationale propose de faire du Yémen un Etat fédéral de 6 provinces ce qui donnerait aux Houthistes un territoire important plus vaste au sud mais les Houthistes refusent car ils exigent un accès à la mer.
Ils reprennent les combats et prennent Sanaa en septembre 2014 ainsi que la 3ème ville du pays en mars 2015, Taëz.
2015 : une coalition arabe dirigée essentiellement par l'Arabie saoudite, les Emirats arabes, et soutenus par les Etats-Unis, bombarde Sanaa. Le Président Hadi fuit Aden où il était réfugié pour l'Arabie saoudite.
2017 : les observateurs constatent les ravages d'une guerre oubliée ; malnutrition, développement du choléra, nombreuses victimes civiles femmes et enfants, notamment lors de la célébration d'un mariage et lors d'un office funéraire ce qui provoque une très forte émotion dans le monde et met en accusation l'Arabie saoudite, en 2015 et 2016.
III - Le Yémen victime des rivalités régionales
Ce qui était à l'origine un conflit interne et propre au Yémen, entre une région montagneuse délaissée par le pouvoir central, les Houthistes, et la capitale Sanaa où régnait en maître le Président Saleh ,au pouvoir depuis 40 ans, devient à partir de 2004 l'enjeu d'une guerre par procuration. L'intervention de l'Arabie saoudite voit dans les Houthistes des alliés religieux, des alliés de l'Iran ce qui est loin d'être prouvé.
Dès 2004, la C.I.A, dans des opérations clandestines, intervient en représailles de l'attentat du destroyer USS Cole et c'est au cours de ces opérations que Hussein al Houthi est tué.
En janvier 2013, un cargo transportant des armes qui auraient été commandité par l'Iran est arraisonné en mer. L'Arabie saoudite dénonce fortement l'intervention de l'Iran mais à la même époque, personne ne parle des bateaux turcs qui livrent des armes aux Frères musulmans au sud.
En mars 2015, c'est le jeune prince héritier saoudien ben Salmane Al Saoud, âgé de 30 ans alors, qui obtient du roi d'intervenir, de lancer des bombardements, opération «  tempête décisive » en formant une coalition avec les Emirats arabes unis, le Qatar, l'Égypte, le Soudan, le Maroc, la Jordanie, le Koweït et le Bahreïn.
Le Qatar est exclu de cette coalition en juin 2017, dans le conflit qui les oppose à l'Arabie saoudite. L'Emirat d'Oman reste sagement en dehors de cette coalition. A l'évidence, à ce stade, l'Arabie saoudite est obnubilée par l'Iran et en intervenant au Yémen, qu'elle considère comme son arrière-cour, elle voit, à tort la main de Téhéran dans ce qui est en réalité un conflit interne au Yémen.
On a dit plus haut que l'opération « tempête décisive » avait été initiée par le jeune dauphin du Roi, ben Salmane, fils de la dernière épouse du Roi, qui voulait se faire reconnaître comme un chef de guerre charismatique afin de conforter son assise en Arabie saoudite.
Selon des informations, ce va-t'en guerre serait contesté en interne par de très nombreux chefs tribaux d'Arabie saoudite qui lui sont hostiles.
IV Le Yémen à l'O.N.U
La situation au Yémen a fait l'objet de nombreuses résolutions au Conseil de sécurité agissant en application du chapitre VII de la charte des Nations unies qui confère au Conseil de sécurité la possibilité de prendre des sanctions, voire user de la force militaire pour rétablir la paix.
La résolution 21-40 du 29 février 2014 a institué un comité, article 19, fixant des sanctions afin notamment de sanctionner les livraisons d'armes aux rebelles. Le Président Hadi est toujours aux yeux de la communauté internationale, le Président légitime même s'il n'a plus d'influence.
En parallèle, la résolution soutient la conférence du dialogue national sans exclusion comme le prévoit le Conseil de Coopération du Golfe afin de rédiger une nouvelle constitution établissant un État fédéral.
La résolution 22-14 du 14 avril 2015 reprend les dispositions de la résolution précédente tout en renforçant les sanctions à l'encontre notamment d'Abdallah Saleh, l'ancien Président, et soutient toujours le Président Hadi installé à Ryad.
A l'évidence, les décisions du Conseil de Sécurité apparaissent décalées par rapport aux réalités.
La « communauté internationale » part du principe que le seul Président légitime est le Président Hadi alors même qu'il n'a plus le contrôle du terrain et est rejeté par les Yéménites. De surcroît Al Qaida et des éléments de l'Etat islamique sont très présents dans le sud du Yémen.
V - Quelles solutions pour le Yémen
Il faut souligner qu'il y a une urgence, celle de pouvoir envoyer au Yémen des médicaments et de la nourriture pour faire face à la situation sanitaire déplorable notamment la propagation du choléra. Sur ce point précis, les États de l'Union européenne devraient se mobiliser et exiger des belligérants, la mise en place d'une intervention humanitaire.
De plus, il convient de reconsidérer la nature de cette guerre oubliée : les interventions extérieures essentiellement celles de la coalition internationale menée par l'Arabie Saoudite a transformé ce conflit interne en conflit international voyant dans les Houthis une tête de pont de l'Iran alors même qu'aucun combattant iranien ne se trouve au Yémen ce qu'attestent tous les experts.
Le premier pas pour aller à la paix est bien l'arrêt de l'intervention de la coalition internationale dirigée par l'Arabie saoudite avec le soutien des Etats-Unis.
La constitution d'un Etat fédéral est certainement la solution pour régler les problèmes des Yéménites entre eux à la condition toutefois, que les Houthistes puissent être satisfaits en ayant un accès à la mer. Pourquoi ne pas leur accorder et en donnant aussi satisfaction également à l'Arabie Saoudite qui souhaite pouvoir vendre son pétrole grâce à un oléoduc qui pourrait transiter par la province d'Hadramaout pour gagner le golfe d'Aden sans passer par le détroit de Bab-el-Mandeb qu'elle ne contrôle pas ?
Enfin, certains experts estiment d'une part que le Président Hadi n'a plus aucune chance d'être reconnu comme le Président légitime des Yéménites et que le fils de l'ancien Président Saleh, Ambassadeur retenu en résidence surveillée à Abu-Dhabi, Mohamed ben Abdellah Saleh pourrait être un candidat accepté par l'ensemble des Yéménites.
C'est d'ailleurs aux seuls Yéménites de décider de leur propre gouvernement en dehors de toute intervention étrangère mais en attendant une solution politique, il est urgent d'intervenir sur le plan humanitaire, le choléra et la famine gagnent du terrain chaque jour.

 

11/10/2017

Course aux armements à Kirkouk - une poudrière au nord de l'Irak

Irak
TribunalIrakien
Un tribunal irakien ordonne l'arrestation des organisateurs du référendum kurde
Abdel Sattar al-Bireqdar
Un tribunal à Bagdad a ordonné, mercredi 11 octobre, l'arrestation du président et des deux membres de la Commission ayant organisé le référendum d'indépendance au Kurdistan irakien, a indiqué à l'AFP Abdel Sattar al-Bireqdar, porte-parole du Conseil suprême de la magistrature.
Cette décision a été rendue après que la justice a été saisie par le Conseil de la sécurité nationale, présidé par le Premier ministre irakien Haider al-Abadi et où siègent plusieurs ministres, a-t-il précisé.
Hendren Saleh, le président de la commission, ainsi que Yari Hadji Omar et Wahida Yofo Hermez "ont organisé le référendum en contrevenant à la décision de la Cour suprême" irakienne, a-t-il fait valoir.
La Cour suprême, plus haute instance judiciaire centrale, avait décidé le 18 septembre de suspendre cette consultation dans la région autonome du Kurdistan, la jugeant contraire à la Constitution.
L'ordre d'arrêter les responsables de l'organisation du référendum a été rendu par le tribunal de Rasafah, la rive est du fleuve Tigre, qui englobe la moitié de la capitale irakienne.
Elle empêche de fait les trois responsables kurdes, qui avaient effectué de nombreuses navettes pour rencontrer des responsables à Bagdad à l'approche du référendum, de circuler dans les provinces irakiennes, hors des trois gouvernorats de la région autonome.
Exactement deux semaines après une victoire massive du "oui" lors de cette consultation controversée, la crise continue de s'envenimer entre Erbil et Bagdad.
Lundi 9 octobre, le gouvernement central avait annoncé de nouvelles mesures de rétorsion économiques et judiciaires contre le Kurdistan irakien, multipliant les menaces sans toutefois détailler ses décisions.
Plus tôt dans la journée du mercredi 11 octobre, la Cour suprême irakienne s'était déclarée incompétente pour statuer sur le sort des députés du Parlement central à Bagdad ayant promu le référendum d'indépendance au Kurdistan irakien ou voté lors de cette consultation.

Kirkouk
Course aux armements à Kirkouk - une poudrière au nord de l'Irak
La crise au Kurdistan irakien et notamment dans la ville de Kirkouk, disputée entre les autorités centrales de Bagdad et celles du Kurdistan, a provoqué une course aux armements, ce qui ne présage rien de bon pour l'avenir. Rappelons que la ville est ethniquement mélangée entre Kurdes,  Turkmènes et Arabes. Chacune des communautés et particulièrement les Turkmènes et les Arabes s'activent pour se protéger d'une prise de contrôle imminente de leur ville par les kurdes. Les ventes d'armes légères sur le marché noir a grimpé en flèche et avec elles les prix.
Au cours des deux dernières semaines seulement, le prix d'un fusil d'assaut de type AK-47 (Kalachnikov) a atteint un million de dinars (800 $) et un pistolet Beretta est vendu pour un prix d'environ 1000$.
D'autres armes vendues incluent des armes de poing et des grenades. Ces armes sont offertes par des marchands d'armes - y compris sur Facebook. Il s'agit très souvent de membres des services de sécurité ou de milices qui ont participé aux combats. Ils se sont servis sur les équipements laissés par les jihadistes de l'EI dans des zones reprises comme Hawija.  
La dernière fois qu'il y a eu une telle frénésie d'achat d'armes, c'était en 2014, lorsque l'État islamique était aux portes de la ville. Ils ne sont jamais entrés à Kirkouk, mais les forces peshmergas kurdes ont profité du retrait de l'armée pour prendre le contrôle de la ville.
La province de Kirkouk 
Kirkouk est une province multiethnique riche en pétrole avec des Kurdes, des Arabes et des Turkmènes à 280 kilomètres au nord de Bagdad. La province est contestée depuis 2003, les Kurdes affirmant que la province fait partie intégrante du Kurdistan.  
La ville de Kirkouk est actuellement contrôlée par les Peshmergas
Aujourd'hui, lla ville est entièrement contrôlée par les Peshmergas et les Asayish (la police kurde), ce qui provoque de fortes tensions dans les quartiers turkmènes et arabes.   
Pas de confiance à Bagdad
Turkmènes et Arabes ont décidé de s'armer parce qu'ils n'ont aucune confiance dans le gouvernement irakien, malgré les menaces des dirigeants de reprendre Kirkouk par la force si le gouvernement régional du Kurdistan maintient son contrôle de la ville.
"Les Turkmènes cherchent à se protéger parce qu'ils n'ont aucune confiance dans les autorités irakiennes, qui pourraient abandonner Kirkouk en échange de champs de pétrole ou d'accords politiques avec l'Iran ou les Etats-Unis", a déclaré un habitant turkmène de Kirkouk.
Les bureaux du Front  Turkmène Irakien a subi six attaques ces deux dernières semaines  
Selon Jassem Mohammed Jaafar, député turkmène, les bureaux du Front Turkmène Irakien dans la ville de Kirkouk ont subi six attaques ces deux dernières semaines, au fusil d'assaut et à la grenade.
Il dit que les mesures de sécurité autour des maisons des dirigeants turkmènes dans la ville ont été renforcées. 
"Les Turkmènes sont sérieusement menacés par une expansion systématique des Kurdes dans leurs districts de Kirkouk", a déclaré Fawzi Akram, un autre député turkmène. Akram affirme qu'il y a une pression sur la communauté turkmène pour qu'elle quitte la ville et il exhorte Bagdad à intervenir.
Les civils kurdes achètent aussi des armes 
Les civils kurdes de la ville achètent également des armes, dans le cas où les factions armées kurdes se retireraient de la ville.  
Kirkouk - une véritable poudrière 
Kirkouk pourrait devenir l'étincelle qui allume un nouveau conflit dans le nord de l'Irak 
Dans cette situation, et en raison des menaces proférées sur Kirkouk par les unités de mobilisation populaire pro-Bagdad (Hashed al-Shaabi - une coalition de milices majoritairement chiites), le vice-président irakien, Iyad Allaoui, a averti cette semaine qu'une «guerre civile» pourrait éclater à Kirkouk, si aucun compromis n'est trouvé. Allaoui a appelé toutes les parties à faire preuve de retenue et à résoudre rapidement les différends.

Jean René Belliard

Pour lire la note complète sur les évènements de la journée au Moyen Orient, l'Afrique du nord, le Sahel et les évènements liés au jihadisme, écrire à :ptolemee@belliard74.com