18/08/2014

L'Etat Islamique - Une menace pour l'Europe et les Etats-Unis

Les Etats-Unis craignent que les Jihadistes de l’Etat Islamique commettent des attentats sanglants en Europe et même aux USA
Des responsables américains de la lutte anti-terroriste viennent de tirer la sonnette d’alarme à propos de la menace posée par les Jihadistes de l'Etat islamique (EI). Ils pensent que  le groupe musulman extrémiste ambitionne d’élargir son champ d’action en dehors du Moyen-Orient et pourrait planifier des attaques terroristes en Europe occidentale - et même sur le territoire américain.

L’Etat Islamique surarmé
La conquête par les Jihadistes de l’EI de vastes étendues de territoire en Syrie et en Irak à partir du printemps 2014 lui a permis de récupérer un arsenal impressionnant constitué d’armes souvent d’origine américaine laissé par les Etats-Unis à l’armée irakienne lors de leur retrait d’Irak. Ces armes avaient été abandonnées par les soldats irakiens en fuite, principalement sur deux bases militaires irakiennes, le Camp Speicher et la base aérienne Rashid, en Juillet dernier. Le butin des Jihadistes comprend des centaines de chars, des véhicules Humvee blindés lourds, des fusils d'assaut et des lance-grenades propulsées par fusée (RPG), ainsi que des MANPADS, des missiles sol-air qui peuvent abattre des avions volant à basse altitude.  A tel point qu’on peut aujourd’hui considérer l’Etat Islamique comme la force armée la plus puissante de tous les groupes « terroristes » au monde.
L’EI ne manque pas non plus de fonds. Le groupe terroristes a également  saisi des banques, mis la main sur de grandes quantités d'argent et des gisements de pétrole qu’il se permet maintenant de vendre, ainsi que d'autres produits de contrebande. L’EI "a beaucoup de liquidités. Il a beaucoup d'argent. Il contrôle les champs de pétrole, ils ont des raffineries. Ils ont des centaines de millions de dollars ", a déclaré un analyste américain au cours d’un briefing.
"Ils ont suffisamment de fournitures, de matériel et de munitions pour tenir cinq ans», a déclaré John Maguire, un ancien haut officier de la CIA en Irak qui conserve des liens étroits avec le gouvernement régional kurde. Grace à l'aide d'anciens officiers militaires irakiens qui ont rejoint l’EI, "ils savent comment faire fonctionner le matériel américain."
   
L’Etat Islamique a un but : le Califat
Dirigé par son chef Abou Bakr al-Baghdadi, le groupe islamiste radical cherche à recréer le « califat » au Moyen Orient en renversant les gouvernements irakien et syrien.

L’Etat Islamique veut aller plus loin
«Nous assistons à une expansion de ses ambitions terroristes externes,"  a déclaré un fonctionnaire de la lutte anti-terroriste des États-Unis lors d'un briefing pour les journalistes jeudi 14 août 2014. "Au fur et à mesure du développement de ses moyens, il a attiré des milliers de Jihadistes étrangers - dont certains rentrent chez eux pour créer des cellules » et poursuivre le Jihad.
Ces combattants étrangers donne à l'Etat Islamique la capacité d’aller plus loin et de mener des attaques en dehors du Moyen Orient.
Les agences de lutte anti-terroriste américaines avaient estimé le nombre de combattants de l’Etat Islamique à environ 10.000.  Mais ce chiffre doit être aujourd’hui réévalué et il sera probablement nettement augmenté.
 
L’armée américaine avait déjà eu à combattre ces Jihadistes
Il ya quatre ans, le groupe jihadiste, qui se faisait appeler alors « Etat islamique d'Irak », a été décimé et dispersé par les forces américaines, aidées par des tribus sunnites horrifiées par la cruauté souvent grotesques du groupe. Les membres des tribus sunnites étaient révoltés par les exécutions sommaires, les lapidations, les décapitations rituelles et même les crucifixions.

Pourquoi est-il réapparu ?
Les agents américains pensent que le groupe s’est nourri du ressentiment sunnite à l’égard de la politique pro-chiite et des discriminations contre les Sunnites menées par le gouvernement à domination chiite du Premier ministre irakien Nouri al-Maliki. C’est pour cette raison que ce dernier a été contraint à quitter le pouvoir. Les Jihadistes de l’Etat Islamique ont profité de la carence du pouvoir dans le nord de l'Irak pour s'emparer de larges portions du territoire. L’Etat Islamique a également recruté de nombreux prisonniers sunnites. En Juillet 2013, ils ont réussi à pénétrer dans la célèbre  prison d'Abou Ghraib pour libérer jusqu'à 500 détenus, dont des dirigeants d'Al-Qaïda.


Les succès de l’Etat Islamique attirent les Jihadistes du monde entier
Les succès de l’Etat Islamique a attiré les Jihadistes du monde entier, surtout après son entrée en guerre sur le théâtre de la guerre civile syrienne. Il a alors changé son nom, remplaçant « Etat Islamique d’Irak »  par « Etat Islamique d’Irak et du Levant » (EIIL). Il a à nouveau changé son nom en se faisant appeler « État islamique » après sa proclamation d’un califat, en référence au Califat remontant au septième siècle. Les Jihadistes étrangers ont rapidement gonflé ses rangs et compte aujourd’hui des centaines de Tchétchènes sous les ordres d’un militant à la barbe rousse, Omar al-Shishani, un ancien sergent de l'armée géorgienne connu pour sa profonde haine de l'Amérique.

Al-Qaïda souffre de la concurrence de l’EI
Il y a depuis quelques temps des signes que certains Jihadistes liés à Al-Qaida se tournent vers l’Etat Islamique et lui prêtent allégeance - malgré le désaveu porté contre l’EI par le chef d'Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri.

Les craintes des Occidentaux
Les craintes occidentales que le terrorisme islamique déborde de la Syrie et de l'Irak se sont révélées fondées en Juin 2014 quand la police française a arrêté un "Jihadiste armé" qui venait de rentrer de Syrie au moment même où quatre personnes - dont deux touristes israéliens – étaient abattus par un Jihadiste dans un centre juif à Bruxelles.
Depuis lors, les autorités en Europe ont pourchassé les cellules terroristes liées à l’EI, y compris au Kosovo où les fonctionnaires de police ont arrêté cette semaine 40 suspects qui étaient revenus d'Irak et de Syrie, parmi lesquels certains avaient combattu avec ’EI. Les autorités kosovares ont également saisi des armes et des explosifs dans des dizaines d’endroits.
 
Intense propagande en faveur de l’EI sur Twitter
L’Etat Islamique et ses partisans se sont également révélés très actifs pour utiliser les réseaux sociaux, et proférer des menaces contre l'Occident, y compris les États-Unis.
"Probablement le plus frappant sont les menaces qui pullulent sur Twitter», a déclaré un responsable américain qui surveille les réseaux sociaux. "Nous avons vu des dizaines de milliers de messages par des dizaines de milliers de personnes soutenant l’EI, des menaces de faire sauter les ambassades américaines." Un message a même montré une bannière de l’EI apparemment superposée sur une image de la Maison Blanche.
Il est encore difficile de savoir si ces menaces sont réelles, car pour l’instant l’EI semble se concentrer sur sa guerre avec le gouvernement irakien. Heureusement, la démission de Maliki profondément impopulaire pourra permettre de renforcer la coopération américano-irakienne dans la lutte contre les insurgés.
 
Abou Baker al-Bagdadi, le nouveau Ben Laden
Abou Baker al-Baghdadi – qui, selon certains officiels américains doit être considéré  comme le vrai successeur ‘Oussama ben Laden - est censé être constamment en mouvement. Mais l’EI semble avoir établi un quartier général à Raqqa en Syrie du Nord, où des drapeaux noirs du groupe surmontent les bâtiments administratifs.
Comme le  président Obama a limité les frappes aériennes américaines à l'Irak, le refuge de Raqqa se trouve hors d’atteinte, a reconnu un responsable américain.
Il est clair qu’une nouvelle stratégie pour lutter contre le terrorisme est nécessaire d’urgence pour contrer la menace de l’EI.

15% des musulmans français approuvent les terroristes de l’EI selon un sondage
Jusqu'à 15% des Musulmans français affichent une attitude positive envers les terroristes de l’État Islamique.
Les jeunes Musulmans de France sont les plus nombreux à soutenir l’EI selon ce nouveau sondage.
Deux fois plus de Musulmans Français ont exprimé une opinion favorable à l’État islamique que les Musulmans de Grande-Bretagne, où le nombre de gens favorablement disposés envers l’EI s'élève à 7 pour cent, ou en Allemagne, où ils ne sont que 2 pour cent. Le sondage a été réalisé en Juillet 2014 auprès de 1000 personnes dans chacun de ces pays, âgées de plus de 15 ans (plus de 18 en Grande-Bretagne).
Cela ne veut pas dire que 15% des Musulmans français sont prêts à s’enrôler dans les rangs de l’EI mais il s’agit simplement d’une manifestation du potentiel de recrutement de l’EI dans chacun de ces pays, en raison du rejet du système existant dans son ensemble. Il s'agit d'une forme de rejet des élites, une forme de protestation .
Le sondage a été réalisé par ICM Research.

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l’enfer des espions)

20:59 Publié dans Abu Baker al-Baghdadi, Etat Islamique, Etats-Unis, France, Irak, Syrie | Lien permanent | Commentaires (5) | | | | |

17/08/2014

Comment les Iraniens ont lâché Nouri al-Maliki, le premier ministre irakien

Au lendemain de l'offensive éclair des insurgés sunnites en Juin, l'Iran avait donné son ferme soutien au Premier ministre irakien Nouri al-Maliki, alors même que le Guide suprême - contredisant le président Rohani - affirmait qu'il n'y aurait pas de coopération avec les Etats-Unis pour repousser la menace de l'État islamique. Téhéran avait fourni des conseillers militaires, y compris le chef de la Force d’élite al-Qods et des troupes pour aider les forces irakiennes, tout en proclamant défendre l'unité et la stabilité de l’Irak.
Cependant, l'Iran a modifié sa position à la mi-juillet affirmant que – tout en maintenant son appui loyal au gouvernement irakien – il n’était pas nécessaire que Nouri al-Maliki reste comme Premier ministre. Et la semaine dernière, l’Iran a donné le coup de grâce politique à Maliki, affirmant qu’il devait quitter le pouvoir au profit de son remplaçant Haidar al-Abadi.

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17:13 Publié dans Bagdad, Etat Islamique, Etats-Unis, Force al-Qods, Haïdar Abadi, Irak, Iran, Kurdistan, Nouri al-Maliki | Lien permanent | Commentaires (1) | | | | |

16/08/2014

16 août 2014 – Nouvelles des guerres du Moyen Orient

Front irakien

D’importantes tribus sunnites ont pris les armes contre les Jihadistes de l’EI
D'importantes tribus sunnites ont pris les armes vendredi 15 août dans l'ouest de l'Irak contre les Jihadistes de l’EI (appelé Daech en arabe) selon des informations obtenues d’un leader tribal.
Le soulèvement concerne 25 tribus sunnites de la province d'al-Anbar, où Daech contrôle des secteurs importants.
Analyse :
Le remplacement de Nouri al-Maliki par Haïdar Abadi approuvé par l’Arabie saoudite et les Américains, (tandis que l’Iran abandonnait al-Maliki), pourrait avoir donné le signal aux tribus qu’il était temps de remettre de l’ordre dans les provinces sunnites irakiennes et qu’elles devaient désormais affronter et chasser les Jihadistes (en majorité étrangers) de leur région.
Il faut dire que l’offensive menée par les Jihadistes de l’EI commençait par poser de sérieux problèmes à l’administration Obama. Les atrocités commises récemment par les Jihadistes de l’EI contre les Chrétiens et les Yazidis, profitant du retrait brutal et inexpliqué des Peshmergas avaient projeté les Américains en première ligne. Ceux-ci se trouvaient au pied du mur et se devaient de réagir pour satisfaire l’opinion internationale et protéger le Kurdistan et accessoirement le contrat signé par la société pétrolière Exxon avec les autorités kurdes. Mais qui dit intervention, même aérienne, dit personnel au sol, ne serait ce que pour renseigner sur les cibles potentiels et régler les tirs. Or, l'opinion américaine était visiblement allergique à un déploiement de militaires au sol, si petit soit-il. C'est la raison pour laquelle l'Arabie saoudite semble avoir donné un ordre de partir au combat aux tribus sunnites.
"Cette révolte populaire a été convenue par toutes les tribus souhaitant combattre Daech qui a fait couler notre sang", a expliqué à l'AFP cheikh Abdeljabbar Abouricha, un des leaders du soulèvement.
Le général Ahmed Saddak, de la police d'al-Anbar, a fait état du soutien des forces de sécurité gouvernementales à ce soulèvement, déclenché à 06H00 locales (03H00 GMT) vendredi 15 août.
"Les combats se poursuivent", a-t-il assuré faisant état de 12 Jihadistes tués. "Nous n'arrêterons pas avant la libération d'al-Anbar", a-t-il ajouté.
Cette contre-offensive a commencé par des attaques sur plusieurs secteurs au nord-ouest de Ramadi, selon MM. Abouricha et Saddak.
Le colonel de police Ahmed Choufir a pour sa part indiqué que les Brigades Hamza, un groupe qui avait lutté par le passé contre les extrémistes liés à Al-Qaïda, avait repris du service. Il a indiqué que ce groupe avait pour mission de repousser les insurgés hors des secteurs qu'ils tiennent à l'ouest de Haditha, une autre ville de la province d'al-Anbar.

Les Kurdes tentent de reprendre le barrage de Mossoul aux jihadistes de l’EI
Les forces kurdes, soutenues par l'aviation américaine, ont lancé samedi 16 août une offensive pour reprendre aux jihadistes de l'Etat islamique (EI) le barrage de Mossoul que ces derniers avaient occupé le 7 août dernier.
Les peshmergas soutenus par l’armée de l’air américaine ont réussi à reprendre le contrôle du côté est du barrage et les combats continuent.

Nouvelles informations sur des massacres commis par les jihadistes de l’EI
Des jihadistes ont tué des dizaines de personnes, en majorité des membres de la minorité yazidie, dans le village irakien de Kocho (nord), selon des témoins et des responsables locaux.
"Nous avons des informations de nombreuses sources, dans la région et via les services de renseignement, que (vendredi 15 août) après-midi, un convoi d'hommes armés (de l'EI) est entré dans ce village", a déclaré à l'AFP un haut responsable irakien, Hoshyar Zebari. "Ils s'en sont pris aux habitants, en majorité des Yazidis qui n'ont pas fui leurs maisons", a-t-il dit, en référence à cette minorité kurdophone non-musulmane, considérée comme hérétique par les jihadistes. "Ils ont commis un massacre contre les habitants", a affirmé M. Zebari, disant qu'"environ 80 personnes ont été tuées".
Harim Kamal Agha, un haut responsable de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK) dans la province de Dohuk, frontalière de celle de Ninive, a fait état de 81 morts, ajoutant que les assaillants avaient conduit les femmes dans des centres de détention qu'ils contrôlent.
Mohsen Tawwal, un combattant yazidi, a affirmé à l'AFP par téléphone avoir vu un grand nombre de corps dans le village. "On a réussi à pénétrer dans une partie de Kocho, où les habitants étaient assiégés, mais on est arrivé trop tard", a-t-il dit. "Il y avait des cadavres partout. On a seulement réussi à emmener deux personnes vivantes, toutes les autres ont été tuées", a-t-il ajouté.

Le leader de l’EI a fui vers la Syrie
Le leader de l’Etat Islamique, le calife autoproclamé Abou Bakr al-Baghdadi aurait fui Mossoul pour revenir en Syrie afin d’échapper à d’éventuelles frappes aériennes américaines. C’est tout au moins ce qu’a affirmé Saeed Mamo Zinni, le porte-parole du PDK, le Parti Démocratique du Kurdistan, au quotidien As-Sharq al-Awsat.
Selon les services de renseignement, Abou Bakr al-Baghdadi aurait gagné la Syrie dans un convoi de 30 véhicules Humvee.

Front syrien

Mleiha a bien été prise par les soldats d’Assad
Cette vidéo de l’AFP confirme la prise de Mleiha par l'armée d'Assad, un succès après une longue série de revers. Les rebelles avaient réussi à rompre le siège de la ville mais ils n'étaient pas parvenus à se redéployer pour consolider leurs gains, ce qui a permis à l’armée de lancer une contre-offensive victorieuse.
https://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&a...

Bataille de Marea entre les Jihadistes de l’Etat Islamique et les rebelles du Front Islamique
De violents combats ont eu lieu samedi 16 août entre les rebelles du Front Islamique (pro-saoudien) et les Jihadistes de l’Etat Islamique à l’est de Marea. Cette localité est la place forte du Front islamique, le plus important groupe rebelle qui combat à la fois  les troupes d’Assad et les jihadistes de l’Etat Islamique. Le Front Islamique est soutenu par l’Arabie saoudite.
"La pression militaire est maintenant sur Marea, ", a déclaré Abou Omar, porte-parole du Conseil Révolutionnaire de Marea.
Les rebelles ont envoyé des renforts et des armes pour défendre Marea, comme en témoigne cette vidéo qui montre une colonne des Kataëb al-Zanki partant pour la région.
https://www.youtube.com/watch?v=4lYW8ql-APs&list=UUtk...
"Les rebelles considèrent qu'il s'agit d'une des batailles les plus importantes contre l’Etat Islamique... Il n'est pas question de perdre», a ajouté Abou Omar.
Les Jihadistes de l’Etat Islamique utilisent des armes lourdes, parmi lesquelles des chars et de l’artillerie, saisies à l’occasion de la  déroute de l'armée irakienne lors de l’offensive éclair de Juin dernier. Ces armes avaient été fournies aux forces irakiennes par les Etats-Unis.
Les Jihadistes de l’Etat Islamique se sont déjà emparés d’une dizaine de villages dans la région de Marea et Azaz les 14 et 15 août. On craint beaucoup pour les dizaines de rebelles capturés compte tenu de la cruauté dont font preuve les Jihadistes envers leurs prisonniers.
Azaz, à côté de la frontière avec la Turquie, est une autre cible des Jihadistes de l’Etat Islamique qui cherchent à  développer leur "califat" autoproclamé en Syrie et en Irak

Jean René Belliard (Auteur de Beyrouth, l’enfer des espions)