07/08/2014

De curieux évènement au Liban

Les jihadistes enhardis par leur succès en Irak
On savait que les succès des jihadistes de l’Etat islamique en Irak et en Syrie allaient galvaniser leurs frères se battant à la frontière entre le Liban et la Syrie. Depuis quelque temps déjà, on avait constaté que des éléments de l’Etat Islamique (Daesh) avaient rejoint la région montagneuse du Qalamoun, à la frontière libanaise, pour se battre aux côtés des jihadistes du Front al-Nosra avec lesquels ils sont à couteaux tirés dans toutes les autres régions de Syrie. Ceci explique, d’ailleurs, la raison pour laquelle, depuis quelques semaines, les forces d’Assad et le Hezbollah essuyaient revers sur revers au prix d’importantes pertes humaines. On avait constaté ces faits sans en tirer une quelconque analyse.

L’objectif des jihadistes de l’Etat Islamique : créer un émirat islamique au Liban
Les Jihadistes de l’Etat Islamique auraient reçu pour mission du calife Ibrahim (Abou Baker al-Baghdadi) de créer un « émirat du Liban » qui devrait couvrir Ersal, Baalbeck, la Békaa-Ouest, le Akkar, Tripoli et éventuellement s'étendre du côté de l'Iqlim el-Kharroub. Le leader druze, Walid Joumblatt, devait avoir eu vent de ce projet et c’est sans doute la raison pour laquelle il avait lancé, il y a peu, un véritable cri d’alarme.
Si ce scénario se révèle exact, cela signifierait que la soudaine attaque des jihadistes à Ersal ne serait pas une simple réaction à l’arrestation d’un chef islamiste, mais bien l’exécution d’un vaste plan. Ce plan s’inscrirait dans l’ensemble des développements qui ont lieu actuellement en Syrie et en Irak. C’est aussi la raison pour laquelle les incidents se sont étendus très rapidement à la ville de Tripoli au Nord Liban.

Le Hezbollah pourrait avoir « piégé » l’armée
Les doutes à ce sujet sont fondés sur les mystères de l’arrestation d’un chef jihadiste, Imad Ahmad Jomaa, à un barrage de l’armée alors qu’il transportait vers un hôpital de la ville libanaise d’Ersal un membre de son groupe armé, blessé au cours de combats dans le Qalamoun syrien. Visiblement, les militaires qui ont arrêté Jomaa ne connaissaient rien de l’importance de leur prisonnier. C’est la raison pour laquelle ils ont été surpris par l’ampleur de l’attaque de représailles jihadiste.
Alors comment ont-ils pu arrêter cet homme puisqu’ils ne le connaissaient pas et que celui-ci circulait avec de faux papiers ? Tout simplement parce qu’ils ont reçu une "information" des services de renseignement du Hezbollah.
Le parti chiite avait tout à gagner à provoquer un affrontement entre l’armée libanaise et les Jihadistes. Cela mettait de facto les soldats libanais de leur côté dans la bataille qui oppose la milice chiite libanaise aux Jihadistes dans le Qalamoun.
Et surtout, cela lui permettait de reprendre pied dans un secteur qui échappait totalement à son contrôle, le jurd de Ersal, un secteur d’une importance stratégique primordiale pour parvenir à chasser définitivement les rebelles syriens du Qalamoun.

Ce n’est pas la première fois que le parti chiite « piège » l’armée libanaise
Ce n'est pas la première fois que le Hezbollah « piège » l'armée en la mettant dans une situation où elle se retrouve sans le vouloir du côté de la milice chiite. Dernièrement, il y a eu les affrontements à Abra (banlieue de Saïda) entre les soldats et les Islamistes de Cheikh Assir qui réclamaient simplement l’évacuation des combattants du Hezbollah des positions qu’ils occupaient à côté de la place-forte des Islamistes. Il y avait eu également un bref et meurtrier incident entre l’armée libanaise et les soldats de Tsahal au moment même où Hassan Nasrallah devait s’adresser au peuple libanais pour le convaincre des bienfaits de l’union « peuple-armée-résistance ». Les combats entre l'armée libanaise, appuyée par le Hezbollah et l'armée israélienne valaient mieux qu'un discours !

Le parti chiite piège les musulmans libéraux
En provoquant une véritable guerre entre l’armée et les Jihadistes sunnites, c’est toute la communauté sunnite qui se retrouvait du côté des ennemis de l’armée. Aujourd'hui, après ce qui s'est passé à Ersal, tous les Libanais sont appelés à afficher leur soutien à l’institution militaire…et par voie de conséquences au Hezbollah autoproclamé « la résistance ».

Même la communauté internationale se retrouve piégée
L’Arabie saoudite et la France avaient promis des armes à destination de l’armée libanaise. Elles n’ont pas encore été livrées uniquement parce que certains « intermédiaires » veulent des assurances sur le paiement de leur commission. Mais en livrant ces armes à l’armée libanaise, on se retrouverait automatiquement du côté du Hezbollah chiite et de Bachar el-Assad contre les Jihadistes syro-libanais. Difficile de reconnaître ses amis et ses ennemis entre Jihadistes et Hezbollahis. Sans compter qu’Israël va très certainement rappeler à ses « amis français» qu’ils sont en train de rompre des accords bilatéraux.

Un nouveau drame pour les réfugiés syriens
Un grand nombre de civils et de combattants syriens avaient trouvé refuge dans des camps de réfugiés installés à Ersal après les succès militaires du Hezbollah et des soldats d’Assad dans le Qalamoun. On estime le nombre des réfugiés entre 120.000 et 140.000 alors que la population de la ville ne comptait que de 30 à 40.000 habitants. Un poids énorme pour les autorités d’Ersal. Mais aussi un risque important pour le Hezbollah qui savait qu’un grand nombre de combattants parmi les réfugiés n’avaient qu’une idée en tête : en découdre avec les miliciens chiites.
Il suffisait d'une étincelle pour allumer le feu et c’est le Hezbollah qui semble l’avoir allumée en provoquant l’arrestation de ce chef jihadiste par l’armée libanaise.

Mon ami Nabil Halabi légèrement blessé
Mon ami Nabil Halabi, directeur de l’Institut libanais pour la démocratie et les droits de l’homme, était précisément à Ersal avec des dignitaires sunnites pour tenter de trouver une solution au conflit et s’assurer que les civils syriens, réfugiés à Ersal, et qui n’ont rien à voir avec les évènements, ne seraient pas maltraités. Il semble que 200 d’entre eux aient perdu la vie au cours des combats.  
https://www.youtube.com/watch?v=i-K_hOaigT4&feature=p...

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l’enfer des espions

04/08/2014

Que se passe-t-il à la frontière libano-syrienne de la Bekaa ?

La bataille de Qalamoun une caisse de résonnance de l’évolution de la rivalité entre Arabie saoudite et Iran
La bataille de Qalamoun, dans le rif de Damas, et à la frontière libanaise, notamment du côté de Ersal, continue de faire rage malgré la victoire proclamée par l’armée d’Assad et le Hezbollah. Ils avaient cru qu’en prenant les villes et villages de la région, ils en avaient fini avec l’Armée Syrienne Libre et le Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie). Les évènements ont démenti cet optimiste. La bataille fait rage et les pertes sont lourdes des deux côtés. Le Qalamoun est le seul secteur de Syrie où Armée Syrienne Libre, les Jihadistes du Front al-Nosra et ceux de l’Etat Islamique luttent côte à côte.

Le jurd d’Ersal, une base arrière des rebelles syriens
Les rebelles utilisent, depuis des mois, le jurd autour de la localité libanaise d’Ersal comme base arrière. Cette région a de tous temps été un lieu de contrebande en tout genre entre la Syrie et le Liban et de planque pour les hors-la-loi libanais ou syriens.

Hassan Nasrallah a une lourde responsabilité en engageant le Hezbollah dans le conflit syrien
La situation s’est envenimée lorsque le Hezbollah a été engagé dans le conflit syrien, aidant l’armée de Bachar el-Assad à combattre les rebelles. Il obéissait, en cela, à un ordre de Téhéran, soucieux de conserver « l’arc chiite » dans son intégralité. « L’arc chiite » est une expression utilisée pour la première fois par le monarque jordanien pour désigner la continuité de la présence chiite allant de Téhéran à la frontière israélo-libanaise en passant par l’Irak et la Syrie. En s’engageant aux côtés de la communauté alaouite qui exerce de facto le pouvoir en Syrie, quand bien même les représentants d’autres communautés y participeraient, le Hezbollah a clairement pris le risque de provoquer une déflagration au Liban. La communauté sunnite du Liban et de Syrie a bien compris que le Hezbollah exécutait un plan régional sur une base confessionnelle. Et ce ne sont pas les déclarations du contraire par les leaders de la milice chiite qui vont la convaincre qu'elle se trompe.

Les autorités libanaises sont effrayées par les risques sécuritaires
La classe politique libanaise, dans son ensemble, est effrayée par les risques d’explosion au Liban et fait tout pour rejeter sur des agents extérieurs au Liban les incidents sécuritaires qui frappent régulièrement le pays. Les leaders modérés de la communauté sunnite, en commençant par Saad Hariri, tout en condamnant l’engagement du Hezbollah aux côtés des troupes d’Assad, appellent au calme et au respect des institutions. Mais parlons-en justement de ces institutions quand une partie de la classe politique, celle qui est engagée dans la défense de Bachar el-Assad et de l’Iran, maintient le pays dans le chaos institutionnel au lieu de se dépêcher de mettre le pays à l’abri du danger en se dépêchant d'élire un nouveau président et de donner au gouvernement les moyens d’agir au lieu de se battre pour des prérogatives insignifiantes au regard du danger.

L’armée libanaise – l’armée de tous les dangers
Tant que le pays reste attaché à la cohésion nationale et protège ses institutions, l’armée sera le bras armé de l’indépendance libanaise et recevra l’aide des pays occidentaux. Mais si la classe politique et le peuple se divisent, l’armée, dont la composition est peu ou prou identique à la nation libanaise, volera en éclats. On a déjà connu ce cas au cours de la guerre (que j’hésite à appeler civile) lorsque l’armée libanaise s’est divisée en Armée du Liban Arabe (ALA) alliée de l’OLP,  l’Armée du Sud Liban (alliée d’Israël) et d’autres unités rejoignant un camp ou un autre.
La première intervention de l’armée libanaise à la fin du mois de juin 2013 n’a pas été un succès sur le plan politique, même si les Islamistes partisans de Cheikh Assir ont été rapidement défaits. Le problème est que l’armée est clairement apparue comme intervenant pour le compte et aux côtés des miliciens du Hezbollah. Pourquoi dans ce cas désarmer les miliciens sunnites et laisser les miliciens du Hezbollah se pavaner avec leurs armes et leurs uniformes à l’intérieur du pays et s’affubler du nom de « Résistance » ? C’est naturellement la question que se posait la rue sunnite qui n’avait pas particulièrement de sympathie pour ce Cheikh extrémiste mais qui voyait bien qu’il y avait deux poids deux mesures.

Union nationale derrière l’armée – En est-on si sûr ?
Les politiciens libanais jurent leurs grands dieux qu’ils sont tous derrière l’armée libanaise. Mais en coulisse on regrette une nouvelle fois que l’opération militaire menée dans le jurd d’Ersal serve à prêter main forte au Hezbollah en difficulté dans le Qalamoun. 
L’armée dit vouloir fermer les frontières aux rebelles syriens et aux Jihadistes pour protéger le Liban, mais on voit bien que la frontière n’est pas fermée pour tout le monde et que le Hezbollah continue d’acheminer armes et bagages à ses unités déployées de l’autre côté de la frontière. La tension qui monte à Tripoli et dans d’autres régions du Liban est la preuve que la fameuse « union sacrée » n’est pas aussi réelle qu’on veut bien le dire.

Ersal et le problème des « réfugiés » syriens
Ersal en quelques chiffres, c’est une localité sunnite de 30 000 habitants dans une région où villages sunnites et chiites se côtoient. Les villages chiites sont des places fortes du Hezbollah et les localités sunnites ont généralement pris fait et cause pour la rébellion syrienne. A Ersal se trouvent près de 120.000 réfugiés syriens. Il y a parmi eux beaucoup de rebelles et de jeunes désoeuvrés qui rêvent d’en découdre avec le Hezbollah et l’armée d’Assad car la plupart ont fui la Syrie après l’intervention du Hezbollah.

5000 éléments armés à Ersal et dans le jurd aux alentours
Aucune information officielle n'a été fournie sur le nombre de rebelles présents à Ersal. Samir Mokbel, vice-premier ministre et ministre de la défense affirme que leur nombre « ne dépasse pas les 2 500 dans toute la zone d'Ersal, y compris le jurd ». Des sources militaires prétendent, elles, qu’il y aurait 5 000 combattants.
Pour le commandant en chef de l'armée, Jean Kahwagi, « ces éléments armés sont étrangers au Liban et relèvent des différentes formes actuelles de « takfirisme ». Ces éléments sont de diverses nationalités et se trouvaient en dehors des frontières. Ils sont arrivés au Liban après une coordination avec des individus implantés à l'intérieur des camps de réfugiés (syriens) ».  Pour l’armée libanaise, l’affaire est claire. Ces gens sont des terroristes, des membres d’al-Qaïda et de l’Etat Islamique, des Jihadistes. Il faut les "éliminer".

Les rebelles syriens affirment qu’il s’agit d’un complot pour chasser les réfugiés syriens du Liban
Ils demandent à la communauté internationale de veiller à ce qu’il n’y ait pas de grands massacres dans la région d’Ersal et le Qalamoun. 
Ils justifient leurs craintes par le fait qu’il y aurait dans la région, autour d’Ersal, environ 20.000 miliciens du Hezbollah revêtus d’uniformes de l’armée libanaise. Ces gens pour l’instant n’interviennent pas mais se trouvent immédiatement derrière 5000 militaires libanais engagés dans une opération pour chasser de la région tous les rebelles syriens et étrangers.
L’armée libanaise a déployé un matériel impressionnant : canons de 155 mm, tanks, des hélicoptères et des avions de combat.
Les régiments, dont une unité aéroportée, sont commandés par le général Roukoz, un allié par alliance de Michel Aoun, ce général politicien qui a pris fait et cause pour le Hezbollah et Bachar el-Assad alors qu’il avait alimenté la chronique en 1990 en affrontant l’armée syrienne.
L’objectif déclaré de l’armée libanaise est d'affirmer le contrôle de l’Etat sur la totalité du territoire libanais. Parfait ! Mais cela signifie en clair qu’il va falloir chasser les Jihadistes introduits au Liban. Ceux-ci sont malheureusement intégrés à la masse des réfugiés et il faut s’attendre à ce que l’affaire soit sanglante.
On a vu que la bataille du Qalamoun (côté syrien) était loin d’être achevée, malgré les cris de victoire des soldats d’Assad et du Hezbollah après la prise des quelques villes de la région. On peut prévoir que la bataille va également durer un certain temps dans le jurd d’Ersal avec le risque que le conflit s’étende à d’autres régions du Liban.

La bataille dans le jurd d’Ersal risque de provoquer un embrasement
La bataille ne s'arrêtera donc pas à Arsal mais atteindra Beyrouth et d'autres régions libanaises.
Ceci d’autant plus que beaucoup de Libanais aimeraient bien se débarrasser du Hezbollah.
Le Hezbollah pourrait être également intéressé à ce que l'affrontement s'étende. Un conflit à l’intérieur du Liban pourrait lui permettre de couvrir son échec flagrant en Syrie et retrouver une justification à son combat.

La communauté chrétienne pas concernée mais divisée
Encore une fois, la communauté chrétienne va se retrouver paralysée par un conflit qui, théoriquement, ne la concerne pas.
Les Chrétiens, dans leur majorité, n’aiment ni les Jihadistes qui veulent les chasser du Liban, ni le Hezbollah qui leur fait peur. Mais certains leaders chrétiens ont fait des alliances électorales avec l'un ou l'autre camp, ce qui les empêche, pour l'instant, de faire l'union sacrée face au danger.

Jean Kahwagi, le commandant en chef de l'armée libanaise, tire la sonnette d’alarme
C’est pourquoi le général en chef de l’armée libanaise, Jean Kahwagi, a tiré la sonnette d’alarme : « La situation est beaucoup plus grave que d'aucuns veulent le croire », appelant « tous les responsables politiques et religieux à prendre garde à ce qui se prépare désormais pour le pays, puisque tout dérapage, dans n'importe quelle région, pourrait être très dangereux ». « Ce qui se passe à Ersal atteindra l'ensemble du territoire, parce que nous savons tous l'enchevêtrement des régions au Liban », a-t-il souligné, appelant également à une solution à la situation des réfugiés, « afin d'éviter le développement d'îlots de terrorisme ». Effectivement, les Brigades des sunnites libres de Baalbeck, une organisation jihadiste ayant déjà à son actif plusieurs attentats, déclaraient qu'elles étaient « prêtes à participer à n'importe quelle bataille jusqu'à la victoire ».

Le fil des évènements
Tout a commencé le 2 juillet lorsque « des éléments armés ont commencé à se regrouper en nombre impressionnant, peu après l'arrestation au barrage de Wadi Hmeid du commandant de la brigade islamiste Fajr al-Islam, un certain Imad Ahmad Jomaa, alors qu'il transportait un blessé de son groupe de combat vers un hôpital d'Ersal. 400 rebelles ont alors lancé un assaut contre des postes militaires du secteur pour obtenir la libération de Jomaa.

imad_jomaa.jpg

 

 

 

Imad Ahmad Jomaa 

 

 

 

 

 

 

 

Les rebelles ont tenté d'encercler tous les postes de tous les côtés, et en grand nombre », a indiqué le général Jean Kahwagi. Des troupes héliportées de l’armée ont alors effectué une contre-attaque rapide pour libérer le périmètre autour des postes
Des renforts, incluant des unités d'élite et la huitième brigade, ont été dépêchés dans la région pour aider les unités héliportées à reprendre le terrain.
Des combats violents ont eu lieu au niveau de la caserne 83, située près de l'école technique d’Ersal. Les combats se sont étendus jusqu'aux limites du village chiite de Laboué, une place-forte du Hezbollah. 
Les combats du samedi 2 juillet ont coûté la vie à  quatorze militaires libanais, dont deux officiers, ainsi qu’à des dizaines de rebelles. 86 soldats ont été blessés et 22 sont portés disparus.
Les combats se poursuivaient le dimanche 3 et le lundi 4 juillet aux environs de la localité frontalière d'Ersal que les habitants continuaient à fuir.

Ersal est actuellement entre les mains des Islamistes sunnites
Ersal est actuellement sous le contrôle des groupes armés. Les membres de ces groupes sont sortis des camps de réfugiés syriens à la lisière de la ville pour attaquer l’armée dès l’annonce de l’arrestation de Jomaa.  Ces hommes appartiennent à différentes nationalités et sont très bien organisés. Habillés en noir et cagoulés, ils patrouillent dans les rues de la ville.

hommes armés à Ersal.jpg


Les Islamistes contrôlent Ersal












Le Hezbollah propose son aide
Déjà, au sein des milieux hezbollahis, on prétend que l’armée ne pourra seule gagner cette bataille. Ibrahim el-Amine, le rédacteur en chef du journal al-Akhbar, proche du Hezbollah, affirme : « Si l’armée n’appelle pas à un soutien direct de l’armée syrienne et des forces du Hezbollah, elle sera face à un grand problème, surtout qu’elle est en crise sur le plan des capacités militaires mais aussi sur le plan de l’action de renseignement nécessaire dans ce cas.
Alors que son ennemi possède de grandes expertises militaires, auxquelles s’ajoutent des orientations pédagogiques qui permettent de se sacrifier face à l’ennemi. Donc, il est illogique de prévoir une bataille rapide et décisive contre ces groupes », écrit al-Amine.

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

03/08/2014

3 août 2014 - Nouvelles des Guerres moyen-orientales

Syrie

Province de Deir ez-Zhor
Les rebelles et les tribus ont expulsé les Jihadistes de l’Etat Islamique de localités situées entre al-Mayadin et Boukamal dans la province de Deir ez-Zhor :
https://www.youtube.com/watch?list=UUnigacRk8PMRKK47soehL...
Il est intéressant de suivre l’évolution de ce nouveau conflit entre les Jihadistes de l’Etat Islamique et les tribus sunnites car celui-ci pourrait très vite débordé du côté irakien.

Alep
Les insurgés semblent gagner du terrain à Alep, affrontant avec succès l’armée d’Assad et les supplétifs shabbiha autour de l’académie militaire dans la banlieue al-Assad à l’ouest de la ville.
https://www.youtube.com/watch?list=UUnigacRk8PMRKK47soehL...
Les combats étaient particulièrement violents dans la nuit du 2 au 3 août dans la banlieue al-Assad:
https://www.youtube.com/watch?list=UUnigacRk8PMRKK47soehL...
Autre vidéo des combats dans la banlieue al-Assad :
https://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&a...
Les Kataeb al-Zanki participent également à l’assaut des positions du régime dans la banlieue al-Assad à l’aide de blindés :
https://www.youtube.com/watch?list=UUnigacRk8PMRKK47soehL...
Le minaret d’une mosquée s’écroule au cours des combats dans la banlieue al-Assad :
https://www.youtube.com/watch?list=UUnigacRk8PMRKK47soehL...

Raqqa
Visite de la caserne du régiment 17 après que celle-ci ait été prise par les Jihadistes de l’EI (Daesh) :
https://www.youtube.com/watch?list=UUnigacRk8PMRKK47soehL...


Damas
Déclaration d’un chef rebelle selon laquelle les objectifs appartenant aux services de sécurité ou à l’armée d’Assad dans  la capitale vont désormais être bombardés :
https://www.youtube.com/watch?v=yIPi6hqPDW8&list=UUni...
Au moins 44 personnes ont été tuées dimanche 3 août dans des raids de l'armée d'Assad sur deux villes tenues par les rebelles et des attaques d'insurgés sur la capitale.
Trente-deux personnes, dont des femmes et des enfants, ont péri dans des raids de l'aviation syrienne sur Douma et Kfarbatna, deux villes tenues par les rebelles près de Damas.
Douma et Kfarbatna sont situées dans la région de la Ghouta orientale, à l'est de la province de Damas, fief des rebelles du Front Islamique (pro-saoudien) que l'armée d'Assad tente de reconquérir.
Douma est assiégée par l'armée syrienne depuis plus d'une année et a à plusieurs reprises été bombardée ces dernières semaines par les troupes de Assad.
Alors que l'armée d'Assad bombarde les localités rebelles autour de la capitale, des obus tirés par les rebelles sont tombés sur des quartiers de Damas, faisant 12 morts.

Qalamoun (proche de la frontière libanaise)
Un avion militaire syrien abattu dans le jurd de Qalamoun :
https://www.youtube.com/watch?list=UUnigacRk8PMRKK47soehL...
Les affrontements entre les rebelles sunnites et l’armée d’Assad appuyée par le Hezbollah sont extrêmement violents dans le Qalamoun :
https://www.youtube.com/watch?list=UUnigacRk8PMRKK47soehL...
Les rebelles ont réussi à s’emparer d’un char de l’armée d’Assad :
https://www.youtube.com/watch?list=UUnigacRk8PMRKK47soehL...

Et les combats sont en train de déborder de l’autre côté de la frontière libanaise :
Dix soldats libanais ont été tués et 13 sont portés disparus dans des combats dans la région d'Ersal, frontalière de la Syrie, qui ont éclaté samedi 2 août. L’étincelle qui a mis le feu aux poudres dans cette région aura été l'arrestation dans la ville libanaise d'Ersal d’Imad Ahmad Jomaa, un membre présumé du Front al-Nosra, la branche syrienne d'Al-Qaïda.
25 autres soldats libanais ont été blessés, dont quatre officiers, et 13 soldats.  .
L’incident entre des Sunnites armés et l’armée libanaise a eu des répercussions immédiates dans toute la région frontalière de la Syrie où l’armée libanaise s’est vue contrainte de faire face à un grand nombre de rebelles syriens. 

Une tâche difficile pour l’armée libanaise : Faire respecter l’ordre sans se confondre avec le Hezbollah
L'armée libanaise a promis samedi d'agir de façon "résolue et ferme", affirmant qu'elle ne permettrait "à personne de transférer le conflit de la Syrie" vers le territoire libanais. Mais il sera difficile de se différencier des combats que mène le Hezbollah, de l’autre côté de la frontière, contre ces mêmes rebelles sunnites.
D’ailleurs, dès qu’a été connu l’incident d’Ersal, la tension s’est brusquement ravivée dans la grande ville du nord du Liban, Tripoli. Deux soldats ont été blessés dans de nouveaux affrontements à Tripoli au cours desquels des roquettes antichar de type RPG et des engins explosifs artisanaux ont été utilisés.

Les Etats-Unis affichent leur inquiétude
Les Etats-Unis ont "fermement" condamné les attaques contre les forces de sécurité libanaises, affirmant leur "fort soutien" aux institutions de l'Etat libanais, selon un communiqué du département d'Etat, qui appelle en outre toutes les parties à respecter la neutralité du Liban face aux conflits régionaux.
L'ambassadeur des Etats-Unis au Liban a rencontré dimanche le commandant de l'armée libanaise pour affirmer son soutien, selon un communiqué de l'ambassade.

Irak
Les jihadistes de l'Etat islamique (EI) ont pris dimanche 3 août la localité irakienne de Sinjar, aux combattants kurdes. Il était difficile pour les Peshmergas kurdes de garder le contrôle de cette ville en raison de son importance stratégique pour les Jihadistes, étant située sur  la route 47 à mi-chemin entre Tall Afar et la frontière syrienne.
"Les peshmergas se sont repliés dans les zones montagneuses et sont rejoints par des renforts", a déclaré un responsable kurde. Il se pourrait qu'ils tentent une contre-offensive dans un avenir proche.
Des dizaines de milliers de personnes, pour la plupart membres des minorités irakiennes, turcomans chiites, yazidis et Chabaks, s'étaient réfugiées dans cette ville après avoir fui l'offensive lancée le 9 juin par l'EI et ses alliés sunnites.
On estime que près de 200 000 personnes ont fui Sinjar avant la prise par l’EI, certaines en direction des montagnes avoisinantes qui sont toujours sous contrôle kurde, et également en direction de Dohouk, dans la région autonome du Kurdistan irakien.
Peu après avoir pris la ville, les combattants de l'EI ont détruit le petit sanctuaire chiite de Sayyeda Zaineb.

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)