06/11/2014

Gaza - Les leçons d'un conflit

Observations à propos de la guerre entre Gaza et Israël de l’été 2014
La résistance palestinienne a surpris par sa résilience lors la guerre entre Gaza et Israël au cours de l’été 2014. Les Palestiniens ont réussi à tirer un grand nombre de roquettes, la plupart de fabrication locale (comme les Qassam et les M75), jusqu'au dernier jour de l'opération israélienne « Bordure protectrice ». Tel Aviv et d’autres villes israéliennes étaient prises pour cible par les  roquettes Buraq 70 et Buraq 100 tirées par les Brigades al-Quds.
On peut se poser la question de savoir comment les organisations de la résistance palestinienne, le Hamas et le Jihad islamique, prisonnières à l’intérieur d’un minuscule territoire, ont réussi à développer un tel niveau d’armement. Ceci d’autant plus que l’Egypte et Israël semblaient avoir tout fait pour empêcher la Résistance de se procurer de telles armes.
 
Promesse iranienne
L’Iran avait promis d’aider les Palestiniens de Gaza à s’armer.
“Levez les pieds et vous nous trouverez, comme toujours et pour toujours, dessous, à votre service,” avait déclaré Abu Ali, un commandant des Gardes de la Révolution Iraniens (GRI), à des combattants palestiniens originaires de Gaza au cours d’une session d'entraînement en Iran en 2012.

La Syrie fournissait les laissez-passer
On sait que le Hamas bénéficiait du soutien syrien avant le début de la révolte sunnite contre Bachar el-Assad. Avant 2012 et la rupture entre Damas et le Hamas, les combattants gazaouis avaient l'habitude de passer par la Syrie pour se rendre en Iran. Les autorités de Damas leur fournissaient des laissez-passer sans problème.
Et à leur retour de Téhéran, des voitures les attendaient sur le tarmac de l'aéroport de Damas pour les conduire à leurs bases respectives. Ils n’avaient pas besoin de passer par le contrôle des passeports et des visas.

Les sessions d’entraînement en Iran
A Téhéran, les combattants de la résistance gazaouïe participaient à des sessions d'entraînement  intensives. Ils passaient de nombreux mois à acquérir la connaissance des armes jusqu’à leur expérimentation. Des hélicoptères iraniens HESA les emmenaient sur les sites de tir pour qu'ils puissent se familiariser avec le maniement des diverses armes. Les instructeurs iraniens apprenaient également à leurs stagiaires comment positionner et camoufler les armes pour éviter que l’armée israélienne ne puisse les repérer du ciel ou du sol.

Sessions d’entraînement en Syrie
Avant la guerre civile syrienne, les Gazaouis pouvaient également s’entraîner en Syrie où le Hamas disposait de champs de tir.

Les Iraniens livrent des roquettes démontables à Gaza
Les Iraniens n’ont pas seulement aidé les Palestiniens à s’entraîner sur leurs armes, ils ont également fourni ces armes à la résistance gazaouïe. Mais Téhéran s’est très vite rendu compte que la principale difficulté était de faire entrer des roquettes en contrebande à Gaza, ce qui supposait de faire passer ces armes par les tunnels. Pour tourner la difficulté, les Gardes de la Révolution iraniens ont fabriqué des roquettes démontables. Une autre tactique a été de faire passer des armes par la mer. Mais la marine israélienne veillait au grain. Comme il n’était pas possible d'acheminer des bateaux en secret jusqu’à la côte de Gaza, la solution a consisté à jeter les armes dans des containers à la mer, très loin de la côte. Des plongeurs allaient les récupérer la nuit. Mais là aussi, l’opération était délicate et difficile à organiser d’une façon suffisante pour livrer un grand nombre d’armes. 

Les Gazaouis fabriquent eux-mêmes leurs missiles
C’est pourquoi, à partir de la fin de 2001, les Brigades al-Qassam, l'aile militaire du Hamas, se sont mises à fabriquer elles-mêmes leurs roquettes. A l'époque, ces missiles n'avaient qu'une portée de 15 km et ils tombaient assez souvent à côté de l'endroit d'où ils avaient été tirés ou même explosaient au moment de leur lancement. Ces roquettes étaient uniquement destinées à être tirées sur la colonie de Sderot qui se trouve à 4 kilomètres de la frontière orientale de la bande de Gaza.

Les Gazaouis profitent de l’ouverture de la frontière  sud avec l’Egypte
Mais là encore, le problème était de trouver à Gaza même les composants nécessaires à la fabrication des missiles. A cette époque, il était difficile de se procurer les matières premières indispensables pour la fabrication des armes à Gaza . Mais à partir de 2005, suite au retrait israélien du Corridor de Philadelphie (un secteur où à l’époque les soldats égyptiens n’étaient pas les bienvenus), la frontière sud avec l'Egypte s’est retrouvée plus accessible, ce qui a facilité la contrebande d'armes et de matières premières par les tunnels.

Les tunnels
Les tunnels ont joué un rôle crucial pour l’armement des organisations de la résistance palestinienne à Gaza. Ils permettaient d'acheminer armes et composants du territoire égyptien vers la bande de Gaza.

Les roquettes Fajr-5
Les première roquettes Fajr-5 sont arrivées à Gaza en 2011 et ont été utilisées pour la première fois lors de l'Opération « Colonne de Nuée » en 2012 au cours de laquelle la résistance palestinienne a réussi à bombarder Tel Aviv pour la première fois. A l'époque, Israël avait accusé les Gardes de la Révolution iraniens de fournir des roquettes à la résistance. Le commandant des Gardes de la Révolution Iraniens, Mohammad Ali Jafari, avait confirmé le transfert de roquettes Fajr à la résistance et ajouté qu'il avait l'intention de lui fournir aussi d'autres systèmes de roquettes.
Mais il y avait une limite à la quantité de ces roquettes que la résistance pouvait faire entrer en contrebande. Sans oublier le risque de provoquer un renforcement de la sécurité et donc du blocus, ce qui rendrait la contrebande plus difficile encore.

Les Iraniens apprennent aux Gazaouis à fabriquer eux-mêmes les missiles Fajr
Les Iraniens se sont documentés sur les matières premières disponibles à Gaza ou dans son voisinage. Ces études ont permis aux instructeurs iraniens de mette au point des sessions spéciales d'entraînement à la fabrication de roquettes.

La révolution en Egypte, une aubaine pour la contrebande d'armes 
Selon des sources fiables du Jihad Islamique, la majorité des armes que Gaza a utilisées dans les batailles de 2012 et 2014 étaient arrivées à partir de 2011, c'est-à-dire à partir de l'éclatement de la révolution.  Pendant cette période, les autorités égyptiennes fermaient les yeux sur la contrebande dans le Sinaï qui se faisait avec l'aide des tribus en échange de fortes sommes d'argent.
Un officiel du Hamas a expliqué  que la résistance se mettait d'accord avec les officiers égyptiens sur un certain nombre de jours pendant lesquels les combattants de la résistance pouvaient faire entrer des armes à Gaza sans problème.

La contrebande était plus difficile sous Mohammed Morsi
Selon les sources palestiniennes, la contrebande d'armes a été un peu plus difficile sous Morsi. Par contre il était plus facile aux combattants de passer par l'Egypte pour aller s'entraîner hors de Gaza. On a même dit que le président Morsi fournissait des laissez-passer à certains Gazaouis pour qu'ils ne soient pas harcelés par les services de sécurité à leur sortie de Gaza.

Les Israéliens bombardent les convois et les voies d’approvisionnement
Après la mort de Mouammar Kadhafi et la victoire des milices armées plus ou moins islamistes en Libye, un grand nombre d’armes, parmi lesquelles des armes chimiques, ont été subtilisées des entrepôts militaires. Les services de renseignement israéliens pouvaient craindre, à juste titre, que ces armes prennent le chemin de Gaza ou du Liban pour tomber entre les mains du Hamas ou du Hezbollah. Les agents israéliens ont très vite découvert les routes de contrebande vers Gaza et pris pour cible les convois d'armes et les caches de roquettes. C’est ainsi que vers la fin de 2012, les forces spéciales israéliennes, protégées par la force aérienne de Tsahal, ont détruit un convoi d'armes au Soudan qui était destiné, selon Tel Aviv, à Gaza. Un responsable palestinien en charge du trafic d’armes et un important agent iranien auraient perdu la vie au cours de cette attaque. Les Iraniens ont compris la leçon  Il valait mieux aider les Palestiniens à fabriquer eux-mêmes leurs roquettes sur place, plutôt que de poursuivre les opérations de contrebande.

Ateliers de fabrication de roquettes à Gaza
Téhéran, avec la collaboration du Hezbollah, a aidé les Gazaouis à développer les ateliers de fabrication de roquettes.
Amir Abdul-Lahian, le vice-ministre des Affaires Etrangères iranien, a reconnu que les Gardes de la révolution  avaient transmis la technologie de fabrication des roquettes aux  Palestiniens.

Quels types de roquettes sont fabriquées à Gaza ?
Des discussions ont eu lieu pour savoir quels types de missiles devraient être fabriqués à Gaza. il a été décidé qu’il valait mieux que ces roquettes portent une petite tête explosive pour accroître leur portée, à la fois pour des raisons de tactique militaire et pour des considérations politiques.
L’autre point important était le coût des roquettes. Très vite, il est apparu qu’il y avait une différence de coût entre les roquettes fabriquées localement et celles qu'on acheminait clandestinement d'Iran. Les roquettes de fabrication locale étaient presque aussi puissantes que les roquettes de contrebande et elles coûtaient moins cher. Le coût d'une roquette comme celles qui ont été tirées sur Tel Aviv ne dépasse pas les 5 000 dollars, tandis qu'une roquette de contrebande peut coûter jusqu'à 15.000 dollars.
En ce qui concerne les roquettes de petite portée, le coût d'une roquette de contrebande de type 107 par exemple, s'élève à environ 800 dollars, alors que la même roquette fabriquée localement revient seulement à 110 dollars.

Grand secret
L’autre problème était de garder secrète la localisation des ateliers de fabrication de missiles à Gaza même. Les Palestiniens ont été assez performants en ce qui concerne ce point. La plupart des combattants ne savaient pas où se trouvaient les ateliers de fabrication des roquettes. Certaines factions sont même allées jusqu'à faire en sorte que ceux qui travaillaient dans les ateliers ignoraient la location de leur lieu de travail.
Ce secret a permis à la résistance palestinienne de poursuivre la fabrication des missiles au plus fort de la guerre de l’été 2014. Il restait par contre le délicat problème du transport des roquettes à partir de leurs ateliers de fabrication jusqu'aux plateformes de lancement.

La contrebande n’a pas cessé
La contrebande vers Gaza n'a pas complètement cessé, malgré la fabrication locale de roquettes. La résistance palestinienne garde le secret sur l’ampleur de la contrebande à travers le désert du Sinaï ou par mer.

L’Iran a également fourni des drones
Parmi les matériels acheminés par contrebande, on trouve les drones. Le Jihad Islamique affirme que l'Iran lui a livré trois types de drones. Il s’agissait de drones Ababil UAV. Ces drones n’ont pas été d’une grande utilité au cours de la guerre de juillet 2014 car ils ont été abattus par Tsahal peu de temps après leur décollage.

La guerre entre Gaza et Israël a été utile pour  l’Iran et le Hezbollah
L'Iran, le Hezbollah et même la Syrie ont soigneusement analysé la dernière opération israélienne contre Gaza pour en tirer des leçons sur ce qu'il convient de faire dans le cas d’un conflit avec Israël. Il y a fort à parier que les états-majors ont amélioré leur stratégie et leurs tactiques grâce aux conclusions tirées du conflit.

Jean René Belliard

4 au 6 novembre 2014 – Nouvelles des guerres du Moyen orient

 

film « Son of Babylon »
Une fois n’est pas coutume. On va commencer par un magnifique film kurde (sous-titré en arabe) sur les misères du peuple irakien. Le film retrace les pérégrinations d’une mère kurde et de son fils à la recherche du mari et père sans doute disparu lors de la répression du peuple kurde sous Saddam Hussein. Un film d’une humanité profonde. A voir absolument même si on ne comprend pas l’arabe:
https://www.youtube.com/watch?v=Q9BK768W69o&list=UUNo...

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28/09/2014

28 septembre 2014 - Nouvelles des guerres du Moyen Orient

La Coalition internationale frappe au centre de la Syrie
Les Etats-Unis ont mené pour la première fois des frappes samedi 27 septembre contre le les Jihadistes de l’Etat islamique (EI) dans la province de Homs, au centre de la Syrie, alors que les bombardements étaient jusqu'à présent concentrés sur l'est et le nord du pays. Les raids de la coalition internationale sur des cibles situées en Syrie, qui ont débuté mardi 23 septembre, sont menés maintenant "presque en continu", a souligné un responsable américain.
Les frappes ont eu lieu dans la partie désertique de la province, dans la zone d'Al-Hammad, à l'est de la cité antique de Palmyre, loin de la ligne de front avec les forces régulières  qui contrôlent la ville de Homs, la troisième du pays.
D'autres raids ont été effectués contre des positions de l'EI à Manbij, une des rares villes tenues par les jihadistes dans la province d'Alep (nord), et dans la province de Raqqa (nord), le fief des califatistes.

Bataille pour Aïn el-Arab (Kobane en kurde)
Des raids aériens ont également visé les concentrations de Jihadistes de l'EI qui mènent une offensive contre la ville kurde d'Aïn al-Arab (Kobané en kurde), à la frontière turque.
Vidéos kurdes
Vidéo mise en ligne par les Kurdes montrant le franchissement de la frontière turco-syrienne par les volontaires kurdes :
https://www.youtube.com/watch?v=d1kMXX9B518&list=UUNE...
Une vidéo mise en ligne par les Kurdes montre des Jihadistes sous le feu kurde :
https://www.youtube.com/watch?v=e9lugUC_XiU&feature=p...
Vidéo du califat islamique :
Une vidéo mise en ligne par l’Etat Islamique montre l’offensive contre la ville kurde de Kobane (Syrie) - Impressionnant :
https://www.youtube.com/watch?v=lDJBHpkxtiA&feature=p...
Les Jihadistes de l’Etat Islamique prétendent pouvoir se rendre maître de la deuxième ville du Kurdistan syrien en moins d’une semaine.

Le Royaume Uni, le Danemark et la Belgique rejoignent la coalition internationale contre le califat islamique
La Grande Bretagne, le Danemark et la Belgique viennent de décider de rejoindre la coalition internationale contre le califat islamique.
Moins de 24 heures après la décision prise par le Parlement britannique, des chasseurs-bombardiers de la Royal Air Force (RAF) survolaient samedi 27 septembre l'Irak, prêts à frapper des positions de l’Etat islamique (EI). Six chasseurs-bombardiers Tornado de la Royal Air Force, basés sur la base chypriote d’Akrotiri, sont susceptibles de contribuer aux raids aériens au-dessus de l’Irak.  Les avions sont équipés de bombes à guidage laser et de missiles.
Outre les Tornado, la RAF dispose aussi dans la région d'un avion de surveillance RC-135 Rivet Joint qui permettra d’identifier les cibles potentielles.
"Il y a des cibles mobiles, des convois de combattants de l'EI que nous pouvons repérer avec une surveillance que nous allons renforcer", a expliqué vendredi le ministre de la Défense britannique, Michael Fallon.
Le Danemark a également décidé d’envoyer sept avions de chasse F-16 pour aider à combattre le califat islamique en Irak, a déclaré le Premier ministre, Helle Thorning-Schmidt, vendredi 26 septembre.
"Je suis très heureux qu'il y ait maintenant une large coalition, y compris les pays de la région qui veulent ... contribuer,» a-t-elle dit lors d'une conférence de presse, ajoutant que les avions de chasse danois ne participeraient pas au bombardement de cibles en Syrie.

Alliés arabes
En Syrie, les Américains ont pour l'heure été aidés par cinq alliés arabes - Jordanie, Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Qatar et Bahreïn - mais la France n'exclurait plus de frapper des cibles situées dans ce pays. La question est "posée", souligne une source au ministère de la Défense.

Installations pétrolières
La coalition a mené vendredi et samedi des frappes contre des installations pétrolières tenues par les jihadistes dans la province de Deir ez-Zhor (est de la Syrie). On sait, par ailleurs, que l'EI a arrêté le pompage dans six champs pétroliers par peur des bombardements.
L'EI, qui contrôle des raffineries en Irak et en Syrie, vend du pétrole en contrebande et en tirerait des bénéfices évalués entre 1 et 3 millions de dollars par jour, selon des experts.

Le Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie) menace à son tour
Le Front Al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda, a menacé, samedi 27 septembre, de représailles « dans le monde entier », ceci pour protester contre les bombardements effectués par l’armée de l’air américaine, depuis mardi 23 septembre, de cibles de l’Etat Islamique et du Front al-Nosra en Syrie.
« Ces États ont commis un acte horrible qui va les mettre sur la liste des cibles des forces jihadistes dans le monde entier », a prévenu le porte-parole d’Al-Nosra dans une vidéo diffusée sur internet, dénonçant ces frappes comme une « guerre contre l’islam ».

La Brigade Souqour esh-Sham rejoint le Front al-Nosra
On a appris aujourd’hui que la brigade Souqour esh-Sham, qui faisait partie de l’Armée Syrienne Libre, avait décidé de rejoindre le Front al-Nosra, sans doute à la suite des frappes aériennes de la coalition internationale. Pour elle, ces bombardements sont une assistance à l'armée de Bachar el-Assad. Cette brigade est financée par les hommes d’affaires des pays du Golfe et par de Syriens établis à l’étranger :
http://www.liveleak.com/view?i=165_1411919148

Des frappes américaines en Syrie ont tué sept civils, selon HRW qui veut une enquête
Les frappes aériennes américaines sur le nord-ouest de la Syrie ont tué au moins sept civils, a déploré l'organisation Human Rights Watch (HRW) appelant à l'ouverture d'une enquête sur une éventuelle violation du droit de la guerre.
L’ONG base ses informations sur le témoignage de trois habitants du village syrien de Kafr Deryan, dans la province d'Edleb, via un lien Skype, selon lesquels au moins deux hommes, deux femmes et cinq enfants auraient été tués par des tirs de missiles tôt mardi 23 septembre.
HRW précise toutefois que les "informations sont non confirmées" et que les deux hommes décédés pourraient être des combattants du front Al-Nosra.
Des images vidéo ont cependant été mises en ligne récemment et qui tendraient à confirmer que les frappes de la coalition ont tué des civils.
"Les Etats-Unis et leurs alliés en Syrie devraient prendre toutes les précautions possibles pour éviter de toucher des civils", a déclaré le vice-directeur de HRW pour le Moyen-Orient, Nadim Houry, dans un communiqué.
"Le gouvernement américain devrait enquêter sur de possibles frappes illégales qui auraient tué des civils, rendre publiques les conclusions et s'engager à prendre des mesures en cas de mauvaise conduite", ajoute-t-il.
"Les informations sur la mort d'au moins sept civils dans des frappes pour lesquelles il n'y avait peut-être pas d'objectif militaire légitime posent la question de savoir si les frappes étaient illégales et devraient être l'objet d'une enquête," conclut HRW.

Pas de modification de la politique U.S. envers Bachar el-Assad
Alors que les frappes en Syrie se poursuivent, le secrétaire d'Etat américain John Kerry a répété que la guerre contre l'EI ne contribuait en rien au maintien au pouvoir du président Bachar al-Assad.
La guerre que mènent les Etats-Unis contre l’Etat Islamique (EI) ne contribuera en rien au maintien au pouvoir du président syrien Bachar al-Assad, a assuré vendredi 26 septembre le secrétaire d'Etat américain John Kerry.
De nombreuses voix s’étaient en effet élevées pour s’inquiéter de ce que les Etats-Unis pourraient finalement contribuer à secourir Bachar el-Assad en attaquant les concentrations jihadistes en Syrie.
"Dans cette campagne, il ne s'agit pas d'aider le président syrien Bachar al-Assad", a répondu John Kerry dans une tribune du journal Boston Globe.
"Nous ne sommes pas du même côté qu'Assad. Il est même l'aimant qui a attiré des combattants étrangers de dizaines de pays", venus se battre dans les rangs de l'EI, a argumenté le ministre américain.
Il a répété que le président "Assad avait perdu depuis longtemps toute légitimité" pour rester au pouvoir.
John Kerry réagissait à des propos du Premier ministre irakien Haïdar al-Abadi dans le New York Times selon lesquels Washington lui aurait assuré que les frappes en Syrie ne viseraient pas le pouvoir de Damas.
"Nous avons eu une longue conversation avec nos amis américains et ils ont souligné que leur objectif en Syrie n'était pas de déstabiliser la Syrie", mais bien de "réduire les capacités" du groupe EI, a déclaré M. Abadi, cité par le journal.
Des diplomates américains ont martelé cette semaine que les Etats-Unis combattaient à la fois le groupe EI et le régime syrien, et qu'ils avaient opté pour une "voie alternative": entraîner et équiper les rebelles syriens modérés qui se battent contre deux ennemis.
L'aide à l'opposition syrienne non jihadiste "renforcera les conditions d'un éventuel règlement négocié d'une fin de conflit", a insisté M. Kerry, qui n'a pas abandonné l'idée d'une solution politique en Syrie selon les contours du processus de Genève. La dernière conférence internationale dite Genève-2 en janvier en Suisse avait totalement échoué.
L’administration américaine se trouve dans une situation délicate, obligée à la fois de rassurer Russes et Iraniens que l’opération menée en Syrie vise uniquement les Jihadistes. Les assurances données à Damas par plusieurs intermédiaires confirment, d’ailleurs, cet objectif américain. Mais il reste le problème de la révolte syrienne qui a été à l’origine de l’émergence de Jihadistes de plus en plus violents. Et les récentes déclarations du Qatar ne vont pas contribuer à rendre clair l’objectif poursuivi par les Etats-Unis.

Le Qatar réclame des frappes contre le pouvoir syrien
Le prince du Qatar cheikh Tamim ben Hamad al-Thani a considéré que la bataille commandée par les Etats-Unis contre Daesh ne réussira pas si le président syrien Bachar el-Assad reste au pouvoir.
Dans une interview à la chaine de télévision américaine CNN, Tamim a dit : « Oui, nous devons faire face au terrorisme, mais je pense que la cause principale de tout ce qui se passe est le régime en Syrie. Ce régime doit être puni ».
Il a ajouté : « Si nous pensons que nous allons nous débarrasser des mouvements terroristes et laisser ces régimes, surtout le régime syrien, tous ces mouvements terroristes reviendront de nouveau ».
Il a fixé les objectifs du Qatar : « se débarrasser des groupes terroristes » en Syrie. Mais « l’objectif à long terme doit être celui d’attaquer le régime syrien. Tout ce qui se passe est dû au régime syrien, et nous devons le punir ».
Tamim a une nouvelle fois démenti que le Qatar finance les groupes radicaux, assurant son engagement dans la coalition internationale qui mène des frappes aériennes contre Daesh.
« Nous ne finançons par les extrémistes. Si vous parlez de certains groupes en Syrie et en Irak, nous les considérons tous des organisations terroristes », a-t-il dit, refusons que tous les groupes « islamistes » soient considérés comme terroristes, en allusion aux Frères musulmans et au Hamas.

Dempsey: une opération terrestre
Pour le chef d'état-major interarmées américain, le général Martin Dempsey, les  frappes aériennes ne suffiront pas à venir à bout des Jihadistes.
"Les raids aériens de la coalition contre l'EI cette semaine en Syrie ont désorganisé les structures de commandement du groupe jihadiste et réduit ses capacités logistiques, mais cela ne suffit pas", a affirmé vendredi 26 septembre lors d'une conférence de presse au Pentagone le plus haut gradé américain cité samedi par la BBC.
Et d'ajouter que la force terrestre était nécessaire, mais qu'elle ne devait pas être une force américaine.
Les Etats-Unis devront donc faire appel à des forces locales. En Irak, il n’y aura pas de gros problèmes à trouver des alliés. L’armée irakienne, les Peshmergas kurdes et les milices chiites sont prêtes à coopérer avec la coalition internationale pour venir à bout de l’EI. Il n’en sera pas de même en Syrie où les premiers efforts américains pour trouver, former et armer des rebelles « modérés » se sont révélés décevants.

Lavrov: demande une coopération avec les autorités de Damas 
En Syrie, les Américains vont se retrouver face à la Russie dont le soutien à Bachar el-Assad est indéfectible. Vladimir Poutine a d’ailleurs rappelé, mardi, 23 septembre, que les frappes devaient se faire avec l'accord de Damas.
Vendredi 26 septembre, le chef de la diplomatie, Sergueï Lavrov, a réaffirmé que la guerre anti-jihadiste devait se faire dans un cadre juridique international et "en coopération avec les autorités syriennes". Moscou veillera à ce que les actions militaires entreprises par la coalition contre les Jihadistes ne se transforment pas en actions contre l’armée assadiste.

Des Turcs manifestent en faveur de Daesh à Istambul
Une manifestation de soutien au peuple syrien, qui s’est vite qui s'est vite tranformée en manifestation de soutien à Daesh (Etat Islamique), a eu lieu à Istanbul en Turquie, sous les yeux des policiers turcs.
«  En traversant les rues du quartier Fateh à Istanbul, les manifestants ont arboré les drapeaux et des slogans de soutien à Daesh, et affirmaient vouloir soutenir ceux qui ont combattu pour le jihad en Irak et en Syrie et qui sont tombés en martyre pour Dieu », ont rapporté des medias turcs.
Les manifestants ont également scandé des slogans hostiles à l’impérialisme américain.
L’appel à ce rassemblement a été lancé par un mouvement turc qui se fait appeler le Hezbollah turc. Il s’agit en fait d’une organisation kurde armée qui a été fondée à la fin des années 70 du siècle dernier pour faire face au parti kurde le plus populaire, le parti des travailleurs kurdes (PKK), aux tendances laïques. Elle s’est fait remarquer par sa violence non seulement contre ce dernier, mais aussi contre ceux qui divergent avec elle. C’est le Hezbollah Turc qui est derrière l’assassinat du dirigeant islamique Ezzeddine Yalderim qui était le président une association caritative islamique, a indiqué Arab-Press.
A noter que le PKK a lancé une mise en garde au gouvernement turc l’accusant de mener une guerre contre le peuple kurde, et menaçant de reprendre la lutte armée à partir du mois prochain.
Cette position kurde est intervenue en riposte au refus turque de laisser paser des combattants kurdes vers la Syrie pour prêter main forte à la communauté kurde attaquée par Daesh.
Les volontaires turques ont quand même réussi à franchir la frontière pour rejoindre leurs frères syriens :
https://www.youtube.com/watch?v=hjaNFau2wkk&list=UUNo...

Les forces irakiennes repoussent une attaque jihadiste à 40km de Bagdad
Les forces pro-gouvernementales irakiennes appuyées par des raids aériens ont repoussé dimanche une attaque des jihadistes du groupe Etat islamique contre la localité d'Amriyat al-Fallouja, à une quarantaine de kilomètre à l'ouest de Bagdad, selon des sources de sécurité.
Aux alentours de 01H00 locale (22H00 GMT), les combattants de l'EI ont lancé une attaque "sur deux fronts" et "les combats ont duré cinq heures", a affirmé à l'AFP le responsable de la police locale, Aref al-Janabi, en précisant que des membres de tribus sunnites s'étaient joints aux soldats et policiers pour défendre la ville.
"L'aviation est intervenue et a tué quinze" combattants jihadistes, a-t-il assuré.
Le chef militaire de l'EI dans la ville voisine de Fallouja, qu'il a désigné sous le nom de Moullah Jassem Mohammad Hamad, a péri au cours de l'offensive, selon lui. Ce décès a été confirmé par un officier des renseignements dans la province d'Al-Anbar, où se situe Amriyat al-Fallouja.

Mais l’armée irakienne a subi plusieurs défaites depuis ces derniers jours
La nouvelle de l’échec de l’offensive jihadiste à Amriyat al-Fallouja va peut être remonter le moral de l’armée irakienne. Elle en aura d’autant plus besoin qu’elle a essuyé plusieurs défaites au cours des derniers jours dans la province d'Al-Anbar, avec notamment l'attaque de bases par des jihadistes au nord de Fallouja.
Selon un responsable de sécurité, au moins 155 combattants pro-gouvernementaux ont été tués ou portés disparus dans un raid contre une base à Saqlawiya il y a une semaine. Les jihadistes ont assuré avoir tué 300 d'entre eux.

Situation au Kurdistan irakien
Les Peshmergas poursuivent lentement leur avance, libérant village après village. La difficulté est due au fait que les Jihadistes de l’EI ont piégé les secteurs abandonnés et les artificiers kurdes doivent « nettoyer » les lieux centimètres par centimètres à leurs risques et périls :
https://www.youtube.com/watch?v=7FwzqsazsWE&list=UUNo...

Jean René Belliard (Auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)