15/08/2014

15 Août : Nouvelle des guerres du Moyen Orient

Le front syrien : Un éternel recommencement

Confusion en Syrie
Les rebelles ont perdu du terrain à Alep cédant sous la pression des Jihadistes de l’Etat Islamique tandis qu’ils poursuivaient leur avance dans la région d’Hama. Par contre, les rebelles subissaient un grave revers à Mleiha, à quelques kilomètres à l’est de Damas, cette localité étant tombée aux mains des soldats d’Assad.

Hama
L'avance la plus remarquable des insurgés a eu lieu dans les environs de l'aéroport militaire de Hama où ils ont pris le village d'al-Sheyha et occupé plusieurs positions du régime à Arzeh et Tal al-Sheyha, s’approchant de 2 à 3 kilomètres de la base militaire.
Les insurgés soumettaient l'aéroport à un intense bombardement. Rappelons que cet aéroport militaire est le principal centre de  production de barils d’explosifs et c’est également là que sont stockés les missiles Grad d’où ils sont dispatchés aux forces d’Assad dans l’ensemble de la Syrie. 
Cette vidéo montre les rebelles à l’assaut de l’aéroport militaire de Hama :
https://www.youtube.com/watch?v=XFjvA-YIXps&feature=p...
L’armée d’Assad riposte en bombardant les zones tenues par les rebelles à l’aide de barils d’explosifs. Cette vidéo montre le bombardement aérien à l’aide de barils d’explosifs de la route du barrage dans la région de Hama :
https://www.youtube.com/watch?v=zQkzs59lT6s&list=UUni...
Cette vidéo, prise juste après un violent bombardement du quartier d’al-Latamné dans la ville de Hama, montre la population à la recherche des victimes :
https://www.youtube.com/watch?v=J9SOADwwrPU&list=UUni...

L’armée d’Assad s’affaiblit
Un signe que l’armée encore fidèle à Bachar el-Assad s’affaiblit à mesure des combats qu’elle doit livrer un peu partout,  est fourni par le fait que les effectifs qui luttent contre les insurgés sont de plus en plus composés de milices plutôt que de troupes régulières. L'opposition a également affirmé qu'elle avait capturé deux soldats iraniens parmi les défenseurs jeudi 14 août.
 
Morek sur la route Hama-Alep
Plus au nord, toujours dans la province de Hama, les insurgés continuent à infliger des pertes aux troupes de Bachar el-Assad qui ont tenté de prendre Morek, une localité stratégique située sur l'autoroute entre Hama et Alep. Jeudi 14 août, ils ont détruit un véhicule blindé BMP et tué la plupart de ses occupants.
 
Frontière libanaise - Qalamoun
Dans le sud-ouest, à la frontière libanaise, les insurgés ont pris deux positions du régime dans la région de Qalamoun entre Al-Dmeir et al-Rehaibeh. Les forces syriennes ont subi de lourdes pertes, de même que les combattants du Hezbollah qui tentaient d'entrer dans le Qalamoun à partir du secteur libanais d'al-Nahleh .
L'opposition a également attaqué les milices et les membres du Hezbollah al-Jrayjir.
Au début de la semaine, les insurgés ont investi deux points de contrôle et quatre casernes à Ras al-Maraa
Voir vidéo ci-dessous :
https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&...
Cette vidéo montre les rebelles prenant le contrôle des dépôts d’armes et de munitions d’Abou Sanad et al-Masani dans le Qalamoun :
https://www.youtube.com/watch?v=XBjgFaWsLes&list=UUni...

Les Jihadistes de l’Etat Islamique poursuivent leur progression dans la province d’Alep
Les nouvelles continuent d’être très mauvaises pour les rebelles « libéraux » dans la province d’Alep. Les Jihadistes de l’Etat Islamique ont réussi à occuper huit villes et villages près de la frontière turque dont la localité de Baghaydin. Les Jihadistes poursuivent leur progression vers la ville frontalière d’Azaz et de Marea. Les affrontements ont tué au moins 40 combattants des groupes rebelles, ainsi que 12 Jihadistes de l’EI. Marea est un bastion du Front islamique, une coalition de groupes islamistes soutenus par l’Arabie saoudite et luttant contre les Jihadistes de l’EI. Azaz se trouve à côté d'un passage frontière avec la Turquie, ce qui serait un atout précieux pour les Jihadistes de l’EI qui cherchent à développer son "califat" sur le territoire qu'il occupe en Syrie et en Irak.
Les Jihadistes récupèrent ainsi le territoire qu'ils avaient perdu en Syrie en janvier 2014, chassés alors par les rebelles du Front Islamique et le Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie). La bataille est assez inégale car les Jihadistes de l’Etat Islamique surpassent leurs adversaires grâce au matériel pris à l’armée irakienne lors de son offensive de juin 2014.
L'opposition soutenue vaguement par l'Occident dans le nord de la Syrie est dans une très fâcheuse position et risque tout simplement l’anéantissement au profit des Jihadistes de l’Etat Islamique. En effet, si les Jihadistes de l’EI réussissent à s’emparer d’Azaz et de Morea, ils couperaient les lignes d’approvisionnement rebelles en Syrie. Il serait alors facile aux Jihadistes d’attaquer les zones tenues par les rebelles « libéraux » dans la ville d’Alep. 
Les pays occidentaux seraient alors confrontés à un problème au moins aussi grave que celui qu’ils connaissent en Irak avec l’arrivée en Turquie de centaines de milliers de réfugiés.

Alep
Dix personnes ont été tuées par des barils d’explosifs lancés d’hélicoptères de l’armée d’Assad. Les attaques visaient le quartier de Bab al-Nairab dans la vieille ville et le quartier Salahin au sud de la ville.

Damas
Les chars du régime bombardent le quartier de Qaddoum à Damas :
https://www.youtube.com/watch?v=WQjKPgy3Mkw&feature=p...

Mleiha – Banlieue de Damas
Les rebelles avaient annoncé qu’ils avaient rompu le siège de la ville de Mleiha. Leur victoire aura été de courte durée. L'armée syrienne a annoncé, jeudi 14 août, avoir pris le contrôle de la ville. Mleiha est une position stratégique car elle est la «passerelle» vers la Ghouta orientale, une zone où sont retranchés les insurgés du Front Islamique depuis près de deux ans. 
La victoire a été obtenue grâce à des «opérations spéciales décisives au cours desquelles l'armée a éliminé un grand nombre de rebelles retranchés dans la ville.
Vidéo de la Télévision de l’Etat, Sana :
https://www.youtube.com/watch?v=wTchalrsMaA&feature=p...
Cependant, l'insurrection a démenti l’annonce de la prise de la ville par les soldats d’Assad. Elle affirme que ses combattants se sont retirés de certaines positions dans la partie nord de la localité pour gagner des lignes défensives. Elle affirme que la preuve de ses affirmations est fournie par le fait que les forces d’Assad poursuivent leurs bombardements de la ville.
Cette vidéo montre le bombardement aérien de la localité rebelle de Hammouriya dans la région de Damas (Rif Damas) ;:
https://www.youtube.com/watch?list=UUnigacRk8PMRKK47soehL...

Deraa – à la frontière jordanienne
Les combats et les bombardements sont permanents.
Cette vidéo montre le bombardement à l’aide de barils d’explosifs du quartier d’Ankhel :
https://www.youtube.com/watch?v=bUIOab23U5Q&feature=p...
Par ailleurs, on a appris qu’au moins 14 personnes ont été tuées vendredi 15 août quand une voiture piégée a explosé devant une mosquée dans la localité de Namar, contrôlée par les rebelles. Namar se trouve dans la province de Daraa du sud de la Syrie.

Front irakien - Les atrocités se succèdent

Jalawla
Après avoir capturé lundi 11 août la ville de Jalawla, une ville située à 130km de Bagdad revendiquée à la fois par le Kurdistan et le gouvernement central de Bagdad, les jihadistes de l’Etat Islamique ont  détruit une "husseiniyah" (mosquée chiite)chiite et exécuter le muezzin devant la mosquée.
Dans la localité de Sayed Ahmad, au nord de Jalawla, les jihadistes ont également exécuté six policiers.

Mossoul
« À Mossoul, 700 femmes yazidies ont été vendues sur la place publique à 150 dollars pièce... »
Un Irakien réfugié à Paris, Nabil Younan, a témoigné des atrocités commises par les Jihadistes de l’Etat Islamique devant des journalistes français et étrangers, à l’initiative du Chredo (Coordination des chrétiens d'Orient en danger). Patrick Karam, conseiller général et président du Chredo, a réussi à mobiliser  plus de 120 élus de l'Assemblée nationale et du Sénat pour écouter les témoignages de victimes et de survivants des massacres commis tout récemment en Irak par l'État islamique (EI). La réunion a eu lieu le jeudi 14 août dans une salle de la mairie du 16e arrondissement.
Nabil Younan, a affirmé qu'entre autres barbaries, les terroristes de l'EI ont vendu aux enchères sur une place publique de Mossoul, il y a seulement trois jours, 700 femmes yazidies au prix moyen de 150 dollars par esclave. « Cela s’est passe au vu et au su de la communauté internationale », a-t-il dit, avant de lancer un appel poignant au monde entier pour qu'une intervention immédiate empêche de tels actes de se poursuivre.
D'autres témoignages ont été entendus, notamment celui du R.P. Amir Geagea, supérieur dominicain à Bagdad, et celui du père dominicain Anis Hanna, joints par téléphone et interrogés en duplex par l'assistance. Ils ont raconté que des barrages avaient été établis par l'EI aux sorties de Mossoul afin de dépouiller les chrétiens.

Et on reparle du retrait curieux des Peshmergas cessant soudainement de protéger les localités chrétiennes et yazidies
Un intervenant a également abordé la question de l'abandon par les peshmergas kurdes de leurs positions dans des villages chrétiens de Ninive. « C'était comme s'ils invitaient les tueurs de l'EI à occuper nos villages », a-t-il déclaré. Il s’est alors interrogé sur l'utilité d'un envoi d'armes françaises aux Kurdes. À ce propos, un des intervenants du Chredo a rappelé que cet abandon des peshmergas est intervenu presque au lendemain de l'entretien téléphonique entre les présidents français François Hollande et kurde Massoud Barzani, le premier promettant des armes françaises au second, en même temps qu'une aide humanitaire aux déplacés yazidis.

Jean René Belliard (Auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

 

 

 

14/08/2014

14 août – l’Etat Islamique progresse sur tous les fronts

Front Irakien

Les Etats-Unis font-ils marche arrière en Irak ?
Après avoir donné des signes que les Etats-Unis allaient se porter au secours des Kurdes, des Chrétiens et des Yazidis en Irak, Washington a brusquement fait marche arrière dans la soirée du 13 août, isolant une nouvelle fois François Hollande et sa promesse d’armer les Kurdes.

La situation des Yazidis n'est pas si tragique dit Wahshington
Le Pentagone a déclaré qu’il était peu probable qu’une mission soit engagée pour évacuer les Yazidis encerclés sur le Mont Sinjar par l'avancée des Jihadistes de État Islamique après qu’une équipe d'évaluation américaine ait  jugé la situation humanitaire moins mauvaise que redoutée.
Plus tôt dans la semaine, les États-Unis avaient annoncé avoir envoyé 130 Marines supplémentaires et des forces spéciales à Erbil, la capitale du Kurdistan irakien. Selon certaines informations, les forces spéciales américaines avaient gagné le mont Sinjar, avec quelques membres des SAS britanniques. Ces forces spéciales avaient pour mission de récolter des renseignements en vue d’une évacuation des Yazidis, et également repérer les cibles jihadistes en vue de frappes aériennes. 
Une vingtaine de Bérets Verts américains et du personnel humanitaire ont gagné le mont Sinjar en pleine nuit pour évaluer la situation des réfugiés qui ont fui la ville de Sinjar et les villages voisins.
Selon le Pentagone l'équipe envoyée sur place aurait  constaté beaucoup moins de personnes en fuite que prévu.
En outre, les soldats américains ont déclaré que la situation s'était améliorée grâce au fait que des milliers de Yazidis avaient réussi à quitter la montagne au cours des dernières nuits, grâce aux largages de nourriture et d'eau, à la contre-offensive des Peshmergas kurdes et aussi en raison des frappes aériennes sur les cibles de l’Etat islamique. Un drone des forces américaines a d’ailleurs, détruit, mercredi 13 août, un véhicule armé des jihadistes de l'Etat islamique près de Sinjar. «Sur la base de cette évaluation, une mission d'évacuation est beaucoup moins probable," a précisé le Pentagone

Un rapport qui tombe à pic
Le rapport fait par les Forces spéciales américaines tombe bien pour le Pentagone. En effet, l’administration Obama n’avait aucune envie, voire intention, d’envoyer des troupes au sol. Or, une opération d’évacuation d’un grand nombre de réfugiés supposait la sécurisation d’un périmètre et de voies d’évacuation par des soldats sur le terrain. Cette présence comportait le risque d’un affrontement direct avec les Jihadistes qui ont déjà pris leurs dispositions pour s’abriter des attaques aériennes en se positionnant au milieu de civils.
Tant qu’Erbil ne sera pas menacé, les Etats-Unis n’interviendront pas. Or, on a constaté ces derniers jours que les Jihadistes de l’EI n’avançaient plus vers la capitale du Kurdistan.

Front syrien

L’armée d’Assad a pris le contrôle de la ville stratégique de Mleiha
Les forces gouvernementales ont pris le contrôle total d'une localité clé dans la banlieue de Damas, après des mois de combats. La prise de cette ville stratégique est le premier succès des forces d'Assad après des semaines de revers dans le nord et la région du Qalamoun.
Les forces armées contrôlent Mleiha mais les combats continuent dans les vergers au nord et au sud de la ville.
Mleiha, à 10 km au sud-est de Damas, est un bastion rebelle que les forces du régime, appuyées par les combattants du Hezbollah libanais, cherchaient à reprendre depuis avril 2014. Depuis plus d'un an, la ville, vidée de ses habitants, était assiégée et la cible de bombardements. Le chef des forces aériennes syriennes le général Hussein Isaa, avait été tué en mai 2014 dans cette région.
Mleiha est une localité stratégique car elle représente le point d'accès vers la Ghouta orientale, une région arboricole tenue par les rebelles. "Sa prise de contrôle va hâter l'anéantissement des poches rebelles qui restent dans la Ghouta orientale", a dit une source militaire précisant que la localité était pleine de tunnels. Reprendre Mleiha permet au régime de protéger certaines zones de Damas des roquettes tirées par les rebelles.
Cette vidéo montre les bombardements de l’aviation d’Assad sur la localité de Mleiha avant sa prise par l'armée d'Assad :
https://www.youtube.com/watch?v=AzAxp6Y_yPQ&list=UUni...

Progression des Jihadistes de l'Etat Islamique à Alep
Les Jihadistes de l’Etat Islamique ont fait une progression fulgurante au nord de la province d'Alep, le mercredi 13 juillet, infligeant de lourdes pertes aux insurgés de l’Armée Syrienne Libre et du Front Islamique pro-saoudien.
Il semble que les rebelles de l’Armée Syrienne Libre et du Front Islamique aient manqué d’armes et de munitions alors que leurs adversaires du Front Islamique disposaient d’une énorme quantité d’équipements grâce à  leurs récents succès dans le nord de l'Irak et la Syrie orientale.
Le Conseil suprême des forces armées a averti mercredi qu’ "Alep tombera si la communauté internationale n'intervient pas en soutien." Le problème est que personne n’est prêt à intervenir.

Yabroud, à la frontière syro-libanaise
Yabroud, qui a été le dernier bastion important des rebelles dans la région de Qalamoun, est située à 70km au nord de Damas et à proximité du Liban. La moitié de la ville est aujourd’hui occupée par l’armée d’Assad et l’autre moitié par les insurgés.
Les combats se poursuivent avec les guérilleros du Front al-Nosra tandis que l’armée d’Assad, appuyée par le Hezbollah libanais tente toujours d’occuper la totalité de Yabroud, ainsi que la vallée le long de la frontière libano-syrienne.
Pour prendre la ville de Yabroud, il faut prendre le contrôle de la montagne Mar Maroun.
Cette vidéo montre le journaliste gagner le sommet  de cette montagne, objet de combats acharnés. Si les rebelles réussissent à conquérir cette hauteur, ils pourront  contrôler toute la ville de Yabroud et la vallée. Ils auront alors la possibilité de surveiller l'autoroute reliant Damas au nord du pays.
Les soldats d’Assad  tirent périodiquement par delà les montagnes vers les pentes où sont cachées les positions adverses..
La vidéo est signée   Andrey Filatov, Viktor Kouznetsov, Alexey Pronin, Marat Musin.
https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&...
  

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

07/08/2014

De curieux évènement au Liban

Les jihadistes enhardis par leur succès en Irak
On savait que les succès des jihadistes de l’Etat islamique en Irak et en Syrie allaient galvaniser leurs frères se battant à la frontière entre le Liban et la Syrie. Depuis quelque temps déjà, on avait constaté que des éléments de l’Etat Islamique (Daesh) avaient rejoint la région montagneuse du Qalamoun, à la frontière libanaise, pour se battre aux côtés des jihadistes du Front al-Nosra avec lesquels ils sont à couteaux tirés dans toutes les autres régions de Syrie. Ceci explique, d’ailleurs, la raison pour laquelle, depuis quelques semaines, les forces d’Assad et le Hezbollah essuyaient revers sur revers au prix d’importantes pertes humaines. On avait constaté ces faits sans en tirer une quelconque analyse.

L’objectif des jihadistes de l’Etat Islamique : créer un émirat islamique au Liban
Les Jihadistes de l’Etat Islamique auraient reçu pour mission du calife Ibrahim (Abou Baker al-Baghdadi) de créer un « émirat du Liban » qui devrait couvrir Ersal, Baalbeck, la Békaa-Ouest, le Akkar, Tripoli et éventuellement s'étendre du côté de l'Iqlim el-Kharroub. Le leader druze, Walid Joumblatt, devait avoir eu vent de ce projet et c’est sans doute la raison pour laquelle il avait lancé, il y a peu, un véritable cri d’alarme.
Si ce scénario se révèle exact, cela signifierait que la soudaine attaque des jihadistes à Ersal ne serait pas une simple réaction à l’arrestation d’un chef islamiste, mais bien l’exécution d’un vaste plan. Ce plan s’inscrirait dans l’ensemble des développements qui ont lieu actuellement en Syrie et en Irak. C’est aussi la raison pour laquelle les incidents se sont étendus très rapidement à la ville de Tripoli au Nord Liban.

Le Hezbollah pourrait avoir « piégé » l’armée
Les doutes à ce sujet sont fondés sur les mystères de l’arrestation d’un chef jihadiste, Imad Ahmad Jomaa, à un barrage de l’armée alors qu’il transportait vers un hôpital de la ville libanaise d’Ersal un membre de son groupe armé, blessé au cours de combats dans le Qalamoun syrien. Visiblement, les militaires qui ont arrêté Jomaa ne connaissaient rien de l’importance de leur prisonnier. C’est la raison pour laquelle ils ont été surpris par l’ampleur de l’attaque de représailles jihadiste.
Alors comment ont-ils pu arrêter cet homme puisqu’ils ne le connaissaient pas et que celui-ci circulait avec de faux papiers ? Tout simplement parce qu’ils ont reçu une "information" des services de renseignement du Hezbollah.
Le parti chiite avait tout à gagner à provoquer un affrontement entre l’armée libanaise et les Jihadistes. Cela mettait de facto les soldats libanais de leur côté dans la bataille qui oppose la milice chiite libanaise aux Jihadistes dans le Qalamoun.
Et surtout, cela lui permettait de reprendre pied dans un secteur qui échappait totalement à son contrôle, le jurd de Ersal, un secteur d’une importance stratégique primordiale pour parvenir à chasser définitivement les rebelles syriens du Qalamoun.

Ce n’est pas la première fois que le parti chiite « piège » l’armée libanaise
Ce n'est pas la première fois que le Hezbollah « piège » l'armée en la mettant dans une situation où elle se retrouve sans le vouloir du côté de la milice chiite. Dernièrement, il y a eu les affrontements à Abra (banlieue de Saïda) entre les soldats et les Islamistes de Cheikh Assir qui réclamaient simplement l’évacuation des combattants du Hezbollah des positions qu’ils occupaient à côté de la place-forte des Islamistes. Il y avait eu également un bref et meurtrier incident entre l’armée libanaise et les soldats de Tsahal au moment même où Hassan Nasrallah devait s’adresser au peuple libanais pour le convaincre des bienfaits de l’union « peuple-armée-résistance ». Les combats entre l'armée libanaise, appuyée par le Hezbollah et l'armée israélienne valaient mieux qu'un discours !

Le parti chiite piège les musulmans libéraux
En provoquant une véritable guerre entre l’armée et les Jihadistes sunnites, c’est toute la communauté sunnite qui se retrouvait du côté des ennemis de l’armée. Aujourd'hui, après ce qui s'est passé à Ersal, tous les Libanais sont appelés à afficher leur soutien à l’institution militaire…et par voie de conséquences au Hezbollah autoproclamé « la résistance ».

Même la communauté internationale se retrouve piégée
L’Arabie saoudite et la France avaient promis des armes à destination de l’armée libanaise. Elles n’ont pas encore été livrées uniquement parce que certains « intermédiaires » veulent des assurances sur le paiement de leur commission. Mais en livrant ces armes à l’armée libanaise, on se retrouverait automatiquement du côté du Hezbollah chiite et de Bachar el-Assad contre les Jihadistes syro-libanais. Difficile de reconnaître ses amis et ses ennemis entre Jihadistes et Hezbollahis. Sans compter qu’Israël va très certainement rappeler à ses « amis français» qu’ils sont en train de rompre des accords bilatéraux.

Un nouveau drame pour les réfugiés syriens
Un grand nombre de civils et de combattants syriens avaient trouvé refuge dans des camps de réfugiés installés à Ersal après les succès militaires du Hezbollah et des soldats d’Assad dans le Qalamoun. On estime le nombre des réfugiés entre 120.000 et 140.000 alors que la population de la ville ne comptait que de 30 à 40.000 habitants. Un poids énorme pour les autorités d’Ersal. Mais aussi un risque important pour le Hezbollah qui savait qu’un grand nombre de combattants parmi les réfugiés n’avaient qu’une idée en tête : en découdre avec les miliciens chiites.
Il suffisait d'une étincelle pour allumer le feu et c’est le Hezbollah qui semble l’avoir allumée en provoquant l’arrestation de ce chef jihadiste par l’armée libanaise.

Mon ami Nabil Halabi légèrement blessé
Mon ami Nabil Halabi, directeur de l’Institut libanais pour la démocratie et les droits de l’homme, était précisément à Ersal avec des dignitaires sunnites pour tenter de trouver une solution au conflit et s’assurer que les civils syriens, réfugiés à Ersal, et qui n’ont rien à voir avec les évènements, ne seraient pas maltraités. Il semble que 200 d’entre eux aient perdu la vie au cours des combats.  
https://www.youtube.com/watch?v=i-K_hOaigT4&feature=p...

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l’enfer des espions