05/09/2014

5 septembre 2014 – Guerre contre l’Etat Islamique

Front irakien

Un changement de politique de la part du régime iranien ?
Si l’on en croit la BBC en langue perse, le guide suprême iranien aurait approuvé le principe d’une coopération avec les Etats-Unis dans la lutte contre l'Etat islamique en Irak.
Jusqu’ici, l'Ayatollah Khamenei avait fermement opposé son veto à une proposition de coopération avec les Etats-Unis faite par le président Rohani, pour faire face à la capture de Mossoul et Tikrit par les Jihadistes de l'État islamique en juin 2014.
L’Ayatohhal Khamenei avait régulièrement accusé les États-Unis d’avoir contribué à créer la menace jihadiste.
Cependant, selon la BBC,  le chef suprême aurait autorisé les Gardiens de la Révolution à coordonner leurs opérations militaires avec les États-Unis, ainsi qu’avec les forces irakiennes et les combattants kurdes.
Une coopération est en effet nécessaire sur place dans la mesure ou Iraniens et Américains envoient ou pourraient envoyer des avions de combat dans le ciel irakien, ce qui pourrait créer des tensions entre les deux armées dans le cas d’une absence de communication.

Front syrien

L’Iran à nouveau
Rustam Qassemi – l’ancien ministre iranien du Pétrole, ancien chef de la branche de l'ingénierie Khatam al-Anbia des gardiens de la révolution, et aujourd’hui à la tête du Comité de développement des relations économiques irano-syrien – se trouve depuis trois jours à Damas. 
Il a rencontré le président Assad, mercredi 4 septembre, et Mohammad Jihad al-Laham, le président de l’Assemblée du Peuple syrien.  Il a réaffirmé l’importance stratégique des liens syro-iraniens pour préserver la sécurité et la stabilité régionale et défendre les intérêts des peuples de la région .
Mais au-delà des déclarations rituelles, on s’interroge sur les raisons réelles qui ont amené Qassemi en Syrie, après 42 mois de conflit.
Une raison tient au fait que l’agence d’ingéniérie Khatam al-Anbia aurait, naturellement, un rôle à jouer dans la reconstruction des grandes infrastructures du pays, une fois la guerre finie. Les travaux de reconstruction des infrastructures pourraient déjà commencer dans les villes reconquises par l’armée assadiste, comme Homs d’où les rebelles ont été chassés.
Une autre raison pourrait être la nécessité vitale pour le régime de Bachar el-Assad de maintenir une ligne de crédit auprès de l’Iran pour soutenir l’économie syrienne et assurer la fourniture de biens vitaux pour la population.  Déjà, au cours de l’été 2013, l’Iran avait promis 3,7 milliards de dollars pour aider la Syrie. Il n’est pas sûr que Téhéran poursuive son effort financier.
Enfin, Qassemi a parlé d’un projet de développement de l’exploitation des gisements de pétrole et de gaz syriens. Le problème est que les exploitations gazières et pétrolières se trouvent principalement dans la province de Deir ez-Zhor, à l’est du pays et cette région est contrôlée par les jihadistes de l’EI. Est-ce à dire que l’Iran va aider le gouvernement syrien à récupérer cette région des mains des Jihadistes ?

La bataille entre Kurdes syriens et Jihadistes de l’EI
De violents combats entre Kurdes et Jihadistes de l’EI se sont déroulés dans les secteurs de Rabiah, Sinjar et Jazaa. Ils auraient coûté la vie à 473 combattants jihadistes. Jazaa est aujourd’hui entre les mains des Kurdes de l’YPG, même si la localité est entièrement détruite.

La pire crainte d'un Jihadiste de l’Etat islamique est d’être tué par une femme kurde
Dans le nord de l'Irak, où les forces kurdes reprennent rapidement le terrain perdu, cette éventualité devient de plus en plus plausible.
Mon blog du 4 septembre expliquait le sort fait aux femmes jihadistes de l’Etat Islamique. Quelle différence avec les femmes kurdes, pourtant sunnites en majorité ! Il ya beaucoup de femmes soldates kurdes sur les lignes de front. Elles sont plus petites que leurs camarades masculins, mais elles sont aussi dures.  Elles rôdent sur le champ de bataille serrant leurs fusils automatiques et jurant vengeance pour toutes les victimes des Jihadistes. combattantes kurdes.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette vidéo est fournie par le centre de presse de l’YPG et montre l’entraînement des jeunes recrues féminines :
http://www.liveleak.com/view?i=c4f_1409886752

Les rebelles semblent avoir reçu en profusion des missiles antitanks téléguidés (ATGM) comme le prouvent ces vidéos prises sur différents terrains de bataille :
Quneitra
La bataille de Quneitra, dans le Golan syrien, se poursuit. La vidéo suivante montre les rebelles attaquer une position de l’armée d’Assad avec un missile sol/sol ATGM (antitank guided missile):
http://www.liveleak.com/view?i=f97_1409932119
Ici, un ATGM est utilisé dans les combats par la brigade rebelle Saif al-Sham :
http://www.liveleak.com/view?i=690_1409930197
ou encore cette vidéo d’un tir de TOW :
http://www.liveleak.com/view?i=efc_1409927008
Province de Hamah
La brigade Hamzah de la rébellion utilise également un missile guidé antichar HJ-8 ATGM contre une position de l’armée assadiste dans la province de Hamah :
http://www.liveleak.com/view?i=27e_1409930835

Des drones américains en Syrie
Des drones américains auraient été aperçus au-dessus de Raqqa, la place forte de l’EI en Syrie. Information à suivre.

Front libanais

Concentration de rebelles syriens autour d’Ersal
Plus de 3000 rebelles syriens auraient gagné le jurd d’Ersal, au nord Est du Liban, ce qui laisse supposer l’imminence de nouveaux combats entre les rebelles et l’armée libanaise. L’objectif des rebelles serait de trouver un abri avant l'hiver, parce qu'il leur sera impossible de passer l’hiver dans le jurd connu pour son froid glacial.

EI exécute des hommes soupçonnés de liens avec le Hezbollah
Au Liban, comme en Syrie ou en Irak, malheur à ceux qui tombent entre les mains des Jihadistes de l’EI. Ceux-ci seront tués dans la plupart des cas. C’est ainsi qu’un Libanais capturé à Ersal, Kayed Ghdadeh, a été exécuté. Il était accusé, lui et dix Syriens également enlevés dans la même localité libanaise, d’avoir des liens avec le Hezbollah chiite.

Pas d’échange de prisonniers jihadistes contre les soldats enlevés lors de la bataille d’Ersal
Des sources ministérielles ont révélé au quotidien libanais an-Nahar que de grands efforts sont déployés pour obtenir la libération des soldats enlevés, mais qu’il était hors de question de les échanger contre des  détenus jihadistes.
Or, selon la chaine de télévision libanaise LBC, le front al-nosra aurait informé des médiateurs qu'il ne libèrera les soldats libanais que dans le cadre d'un échange.
Rappelons qu’un soldat enlevé, Ali Sayed, originaire du Akkar, avait été égorgé par les Jihadistes. Deux des hommes qui ont tué le soldat seraient membres de l’EI et originaires du nord Liban.

Les attentats contre le Hezbollah pourraient reprendre au Liban
Un atelier pour la préparation de voitures piégées appartenant au front al-nosra a récemment été découvert dans la région d’Ersal et un autre dans le Qalamoun syrien. Cette découverte laisse penser qu’al-Qaïda en Syrie préparait des attentats contre des barrages de l'armée et des sites sensibles du Hezbollah.

Jean René Belliard (Auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

 

03/09/2014

3 septembre 2014 – La guerre contre l’Etat Islamique

Steven Sotloff, le journaliste américain décapité, avait également la citoyenneté israélienne
Cette information avait été maintenue secrète pour ne pas faire courir de risques au journaliste lors qu'il avait été pris en otage. Mais cela n’a pas suffi. Cette information sur sa nationalité israélienne a été donnée par un tweet de Paul Hirschson, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères israélien.
Les médias israéliens ont révélé que Sotloff, né aux Etats-Unis, avait émigré en Israël en2005. Il avait fait ses études au Centre interdisciplinaire de Herzliya, un collège privé près de Tel Aviv.

Les Occidentaux condamnés à réagir contre l’EI
L’assassinat du deuxième journaliste américain et l’annonce par le mad jihadist (jihadiste fou) à l'accent anglais qu’il pourrait décapiter prochainement un Britannique, rend une intensification de la guerre des Occidentaux contre l’Etat Islamique de plus en plus probable.
Le 2 septembre, le président américain, Barack Obama, a décidé l’envoi en Irak de 350 soldats américains supplémentaires, ce qui porte le contingent U.S. à 1100 hommes.

Le problème est le choix des cibles dans une véritable poudrière
L’Irak et la Syrie ont prouvé, à bien des égards, qu’ils avaient un potentiel à devenir une véritable poudrière, tant sont complexes les conflits entre organisations jihadistes, rebelles, confessionnelles, tribales et politiques. Prenons l’exemple de la Syrie où l’Etat-major de l’Etat Islamique semble avoir trouvé refuge. Les jihadistes de l’EI sont aujourd’hui implantés dans plusieurs régions, notamment dans la province de Raqqa, qu’ils contrôlent et administrent entièrement, celle de Deir ez-Zhor où la situation est presque identique. Ceci signifie qu’une intervention occidentale signifierait une nouvelle guerre asymétrique entre des Jihadistes, honnêtes fellahs le jour et redoutables combattants la nuit et des soldats occidentaux. La moindre « bavure » occidentale jetterait des populations de plus en plus nombreuses dans les bras des Jihadistes. Par ailleurs, toute intervention étrangère en Syrie ou en Irak se ferait au détriment des Jihadistes et donc au profit d’autres forces, rebelles ou gouvernementales. Et c’est là que le bât blesse ! Dans cette région, les ennemis de mes ennemis ne sont pas nécessairement mes amis.

Les Iraniens aussi interviennent en Irak
Les Iraniens ont prétendu ne pas avoir envoyé de troupes en Irak. C’est faux. Il y aurait bien 2000 Pasdarans, les gardiens de la révolution islamique iranienne, au nord de Bagdad avec la mission de protéger la capitale irakienne. Ce sont ces hommes que Qassem Souleimani, le commandant de la Force al-Qods, le corps d’élite des Pasdarans, serait venu inspecter en juin, quelques jours après le début de l’offensive de l’EI. Par ailleurs, les Kurdes ont révélé que 1500 Iraniens avaient aidé les Peshmergas à lutter contre les Jihadistes de l’EI. Enfin, dernière information : Plusieurs conseillers militaires iraniens auraient été vus lors de l’offensive pour dégager la ville chiite irakienne d’Amerli encerclée par les Jihadistes.
La milice chiite Asaib Ahl el-Haq, financée et armée par l’Iran et totalement inféodée au régime des Ayatollahs, a été à la pointe des combats pour la prise de la ville voisine de Souleyman Beg, quelques jours après la libération d’Amarli. Deux Iraniens portaient des uniformes beiges alors que les membres de la milice chiite étaient en vert. Les deux Iraniens parlaient en Farsi entre eux.
L’intervention en Irak de militaires iraniens créent une curieuse situation ou conseillers américains et iraniens pourraient se retrouver côte à côte dans la lutte contre les Jihadistes de l’EI.
 
Front syrien

La situation syrienne de plus en plus compliquée
La carte ci-dessous montre la complexité de la situation sur le terrain en Syrie.
Les zones rouges ombragées représentent le territoire syrien encore contrôlé par les forces d’Assad, avec quatre petites poches contrôlées par le Hezbollah.
L’armée d’Assad pourrait essayer de reprendre la ville d’Alep ravagée par les bombardements aux barils de poudre, mais les rangs assadists commencent à se clairsemer et le Hezbollah libanais va avoir de plus en plus de mal à engager plus de troupes dans le pays après avoir perdu des centaines d’hommes au cours des quinze derniers mois. Reprendre le Nord et l’Est du pays est totalement hors de portée des partisans d’Assad dans la situation actuelle.
Il faut ajouter à cela le fait que le gouvernement syrien est en quasi-faillite après avoir perdu la plupart de ses revenus pétroliers.

situation in Syria.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Province de Deir ez-Zhor
Les Jihadistes de l’EI seraient en train de préparer une attaque de grande envergure contre une nouvelle base aérienne  dans la province syrienne orientale de Deir ez-Zhor.
Quelque 1.500 soldats syriens sont stationnés sur la base aérienne de Deir ez-Zhor, qui est utilisée par l'armée de l'air syrienne pour les opérations contre les positions de l’EI dans la province.
Si la base aérienne tombe, ce sera une victoire plus importante encore que la capture de la base de Taqba, dans la province de Raqqa, le 25 août 2014. 

Damas
L’armée d’Assad poursuit son matraquage de Jobar, une banlieue de Damas encore aux mains des rebelles du Front Islamique financé et armé par l’Arabie saoudite.
Vidéo du côté de l’armée assadiste :
http://www.liveleak.com/view?i=9a4_1409692632
Les soldats assadistes ont à nouveau utilisé, ce matin du mercredi 3 septembre, des roquettes BM-30, ces bombes qui descendent au bout de parachutes et qui sont la terreur des insurgés. L’objectif des Assadistes est visiblement de transformer Jobar en un tas de ruines :
http://www.liveleak.com/view?i=120_1409755578

Qalamoun (proche de la frontière libanaise)
L’armée assadiste et des combattants du Hezbollah auraient mené dans le Qalamoun une embuscade contre un convoi du Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie). Le convoi comprenait plus de vingt véhicules. La plupart des combattants d’al-Nosra auraient été tués ou blessés. L’émir du Front al-Nosra pour le Qalamoun, Abou Malik el-Talli, aurait perdu la vie au cours de cette embuscade, mais la nouvelle n’a pas encore été confirmée. Abou Malik était responsable de l'enlèvement des religieuses de Maaloula, ainsi que de l’attaque contre la localité libanaise d’Ersal au cours de laquelle des dizaines de soldats libanais avaient été enlevés.

Les Tchétchènes responsables des massacres de soldats à Tabqa
Depuis l'été dernier, de nombreux témoignages accusent les tchétchènes de l'Etat islamique, dirigés par Omar al-Shishani, d’être impliqués dans les massacres, les enlèvements et autres exactions.
Une vidéo intitulée « Novosti Halifata » montre un groupe de Tchétchènes de l'État islamique massacrer entre 160 et 250 soldats assadistes après la capture de la base aérienne de Tabqa dans la province de Raqqa il ya 10 jours. Les Jihadistes s’expriment en russe.

Voilà ce qui attend les jeunes femmes qui, par idéal, veulent rejoindre le jihad
De nombreuses jeunes femmes ont gagné l’Irak ou la Syrie pour participer au Jihad.. Elles arrivent d'Australie, de Malaisie et même du Royaume-Uni avec des idées héroïques plein la tête.
Un journal malaisien, Malaysian Insider, a publié des informations obtenues auprès d’un officier du renseignement. Des femmes Malaisiennes,  âgées de 30 à 50 ans, se seraient rendues comme «volontaires du sexe» sur le territoire contrôlé par l’Etat Islamique. Plusieurs femmes sunnites de l'Australie et du Royaume-Uni auraient voyagé avec elles.
Selon des rapports des services de renseignement, l '«Etat islamique» aurait publié en Juin 2014 un décret rendant le service militaire obligatoire pour les hommes, et obligeant les femmes musulmanes célibataires au « devoir sexuel ».
Les services de renseignement britanniques ont  confirmé que,  parmi les centaines de citoyens britanniques qui se battent dans les rangs des djihadistes, il y avait des femmes, dont beaucoup préfèrent faire quelque chose en dehors de prendre les armes à la main.
La notion de "djihad du sexe» («Jihad al-nikah") est apparu en 2013, lorsque les dirigeants jihadistes ont appelé les femmes sunnites à venir en Syrie pour réconforter sexuellement les combattants au nom de la lutte contre les infidèles et le régime du président Bachar al -Assad.

La fatwa a cité le verset 24, sourate 4 du Coran, qui parle de la notion de «mariage temporaire» - muta. Muta est conclu pour une durée qui peut varier d'un jour à 99 ans. Au cours de la période du mariage temporaire, une femme obtient le statut de conjoint à part entière avec les responsabilités adéquates. Pour les critiques du mariage muta, il s’agit ni plus ni moins de prostitution, permettant aux hommes de "se marier" seulement pour un jour ou même moins, et la nécessité de payer pour le sexe.
Quelques femmes participent néanmoins aux combats. L’EI a créé la brigade spéciale des femmes al-Hans, nommé d'après la célèbre ancienne poétesse arabe.
Les femmes de cette brigade patrouillent dans les rues pour vérifier si les autres femmes se conforment aux lois de la charia. Elles apparaissent souvent armées dans les lieux publics, arrêtent et interrogent les femmes, qui apparaissent dans les rues non accompagnées, et vérifier si les hommes qui les accompagnent sont des parents, et si les vêtements des femmes répondent aux exigences de l'État islamique.
En outre, al-Hans recrute des jeunes filles musulmanes pour les marier avec des Jihadistes de l'État islamique et ainsi fonder des familles pour créer une forte communauté de personnes partageant les mêmes idées. Les combattants sont encouragés à rester dans leur région, à avoir des enfants, et leurs femmes doivent soutenir leurs maris dans le but de participer au jihad et d'éduquer l'idéologie islamiste chez les enfants.
L’Etat islamique promeut activement l'idée de solidarité et de camaraderie. Il a créé des groupes de soutien, où les femmes échangent des recettes, communiquent, instruisent les nouveaux membres et donnent des conseils pour savoir comment se rendre en Syrie et en Irak.

Jean René Belliard (Auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

 

 

31/08/2014

Les jihadistes de l’Etat Islamique ont mis la main sur des missiles sophistiqués

Les Jihadistes disposent de missiles AA SA-24 « Grinch » russes
La capture de la base aérienne de Tabqa dans la province de Raqqa, désormais entièrement sous contrôle des Jihadistes de l’EI, a permis à ceux-ci de mettre la main sur des armes sophistiquées, comme des missiles sol-air SA-24 « Grinch ». Les analystes militaires du Pentagone ont pris cette information extrêmement au sérieux car si les Jihadistes réussissent à transférer ces armements en Irak, ils risquent de mettre en péril les équipages des avions de combat et des hélicoptères américains en mission contre les fondamentalistes musulmans.
Le SA-24 (baptisé игла, « igla » – « aiguille » en français) est en service dans l’armée russe depuis 2004. Il avait été fourni à l’armée syrienne par la Russie. Ce missile est très efficace et représente un danger pour les avions de combat modernes.

Les SA-24 s’ajoutent aux grandes quantités d’armes américaines saisies en Irak
L’EI avait également mis la main sur des stocks importants d’armes américaines performantes, parmi lesquelles de l'artillerie, des véhicules blindés et même quelques chars M1A1 Abrams, qu’il avait récupérés de l’armée irakienne en déroute.
Mais, jusqu'à présent, les armes de défense anti-aérienne qu’ils avaient récupérées étaient assez âgées. Mais la situation a changé depuis leur prise de la base aérienne de Tabka et il faudra désormais tenir compte de cette nouvelle donne pour planifier des attaques aériennes, que ce soit en Irak ou en Syrie, sachant que la décision d’étendre les frappes aériennes en Syrie n’a pas encore été prise par l’administration américaine. 

Les Jihadistes avaient reçu de grandes quantités d’armes
La grande majorité des MANPADS en vente sur le marché noir est originaire de Russie et d’Europe de l’est. Les rebelles ont reçu des armes financées par l’Arabie saoudite et les Emirats du Golfe arabo-persique dès la fin de 2012. On estime qu’ils ont reçu à cette époque pas moins de 3000 tonnes de stocks d’armes de pays de l’ancien Pacte de Varsovie. Ces armes ont été fournies principalement par la Croatie et sont arrivées en Syrie via la Jordanie, ce qui laisse spposer que le « deal » était approuvé par l’administration américaine. Les achats ont été financés par les Saoudiens. Mais il n’y avait pas encore de missiles anti-aériens sophistiqués parmi ces armes.
Les Qataris ont été les premiers à fournir des missiles anti-aériens. Ils n’ont cessé que sur l’insistance des Américains.
Toutefois, il semblerait que les Saoudiens aient aussi fourni des MANPADS chinois à des groupes de rebelles à l’exception de l’EI.  Un hélicoptère syrien a d’ailleurs été abattu par un missile FN-6 sans qu’on sache avec certitude comment il était arrivé entre les mains de la rébellion.

Les armes de défense anti-aérienne de l’EI
Les Jihadistes de l’EI ont à disposition des canons anti-aériens polonais et bulgares datant de l’époque soviétique, des ZU23-2 et ZU23-4, des missiles anti-aériens efficaces seulement contre des aéronefs volant à basse altitude. Ils disposent également de MANPADS FIM92 Stinger (système de défense aérienne portatif). Ils ont également à disposition des mitrailleuses lourdes anti-aériennes GSHK efficaces contre les hélicoptères mais totalement inefficaces contre les avions de combat volant à haute altitude.  Ce n’est pas le cas des missiles chinois MANPADS FN-6 qui peuvent frapper des cibles volant à 11 000 pieds ou des MANPADS SA-16 « Gimlet » qui peuvent atteindre 16 000 pieds et qui avaient été fournis en grande quantité à l’armée de Bachar el-Assad et dont de nombreux exemplaires sont tombés entre les mains des Jihadistes. "Le nombre exact de missiles sol-air entre les mains des Jihadistes de l’EI varie entre 250 et 400, selon les experts. Mais ce chiffre pourrait être beaucoup plus élevé car l’armée syrienne disposait d’environ 20.000 unités de MANPAD avant le début de la révolution en 2011. Or, de nombreux dépôts d'armes ont changé de mains au cours des combats qui ont suivi.
Le Front al-Nosra, la branche d’al-Qaïda en Syrie, dispose de son propre stock de MANPADS.

Jusqu’ici, les aéronefs abattus par la rébellion syrienne étaient principalement des hélicoptères
La plupart des aéronefs abattus par les rebelles en Syrie était des hélicoptères de combat, même si les avions de combat ont également été pris pour cibles. Et si peu d’avions ont été abattus, beaucoup, par contre, ont été « verrouillés » par les batteries de missiles de la rébellion.

SA-24
Le SA-24 est un équipement encore plus sophistiqué et très efficace. Les spécifications indiquent qu'il est «conçu pour être utilisé contre des cibles visibles, comme des avions tactiques, des hélicoptères, des drones, des missiles de croisière, et qu’il peut déjouer les contre-mesures.  Il bénéficie d’une grande portée et est capable d'engager des cibles de nuit.

Voler au-dessus de la Syrie sera dangereux pour l’US Air Force
L’utilisation par les Jihadistes de l’EI de systèmes de défense anti-aérienne sophistiqués comme les SA-24, SA-16 et FN-6 rendra le survol de la Syrie beaucoup plus dangereux que celui de l’Irak. Bien sûr, les batteries ont une durée de vie très limitée et sans les piles elles ne sont pas d’une grande utilité. Mais les rebelles syriens ont déjà utilisé des batteries improvisées très efficaces.
Ces systèmes de défense anti-aérienne très sophistiqués (et peut être d’autres fournis par la Russie encore plus efficaces) représenteront un danger très grave pour les avions de combat américains si ceux-ci reçoivent l’ordre d’attaquer l’Etat Islamique en Syrie.  Les stratèges du Pentagone savent que le président Obama ne pourra laisser l’EI se développer au Moyen Orient. Ils savent qu’ils recevront tôt ou tard l’ordre d’attaquer. C’est pourquoi ils planchent actuellement pour trouver le terrain et la tactique les mieux adaptés pour attaquer les Jihadistes avec le minimum de danger pour l’armée de l’air américaine.

Jean René Belliard (Auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)