27/09/2014

Les États-Unis ajoutent 10 personnes et 2 groupes à la liste terroriste

Le Département d'Etat américain a ajouté 10 personnes et deux groupes à la liste mondiale des terroristes. Les deux groupes de militants et les dix individus sont associés soit Al-Qaïda soit à l’organisation de l’Etat islamique. Certains sont à l'œuvre en Syrie depuis Février 2013 et un des deux groupes a été fondé par d'anciens détenus de Guantanamo.

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26/09/2014

Crise au Liban : Une impression de « déjà vu »

Plus d’un million de réfugiés syriens au Liban
La présence de plus d’un million de réfugiés syriens au Liban est une véritable bombe entre les mains des organisations jihadistes comme le Front al-Nosra (al-Qaïda au Levant) ou encore l’Etat Islamique qui cherche à établir son « califat  islamique » sur l’ensemble de la région.
Les Libanais se souviennent trop des années de terreur et de guerre entre les organisations armées des réfugiés palestiniens établis au Liban et une partie de la population libanaise pour ne pas regarder avec méfiance ces centaines de milliers de Syriens dans leur pays. On peut voir ces réfugiés syriens dans toutes les régions du Liban. La Békaa et le Liban-Nord en accueillent le plus grand nombre. Mais ils sont également largement présents à Beyrouth et Saïda, ce qui pose des problèmes multiples. Les ouvriers syriens, par exemple, concurrencent les Libanais. On assiste également à une vague de prostitution et les rues de Beyrouth sont pleines de ces enfants syriens qui mendient pour survivre.

Problème sécuritaire
Le premier à tirer la sonnette d’alarme a été le général Jean Kahwagi, commandant en chef de l’armée libanaise. Cela fait des mois qu’il demande d’imposer un contrôle plus strict dans les camps des réfugiés syriens, « afin que ces derniers ne se transforment pas en îlots terroristes ».
Ce n'est certes pas par hasard que le général Kahwagi a mentionné les camps.
La ville d’Ersal, proche de la frontière syrienne, devait confirmer les craintes du général libanais. La ville regroupe 47 000 réfugiés syriens officiellement enregistrés pour une population autochtone de 35000. Mais le nombre de Syriens dans la région pourrait être bien plus élevé et atteindre 120 000.
« Si l'on considère que la population des réfugiés compte quelque 25 pour cent de jeunes, on peut estimer qu'il pourrait y avoir un potentiel de 30 000 combattants », témoigne Abed, un habitant d’Ersal cité par l’Orient-le-Jour du 4 août 2014. Et de fait, de nombreux éléments armés issus des camps de réfugiés syriens ont pris part à l’agression contre l’armée libanaise du 2 août 2014 dans la région d’Ersal. La bataille devait durer jusqu’au 7 août sans que l’armée ait réussi à déloger les rebelles de la région du jurd d’Ersal.
Depuis l’armée libanaise tente par tous les moyens de reprendre le contrôle de la région montagneuse du jurd d’Ersal qui sert de base à d’innombrables rebelles syriens parmi lesquels un grand nombre de Jihadistes.
L’armée multiplie les opérations « coup de poing » et les rafles, comme celle qui a eu lieu le mercredi 25 septembre 2014 dans les camps de réfugiés syriens d’Ersal. 448 personnes ont été arrêtées, soupçonnées d’appartenir à des groupes terroristes ou de collaborer avec eux. Parmi les personnes détenues se trouve un responsable d'al-Nosra et un officier déserteur de l'armée syrienne, qui s'est avéré être un expert de la guerre électronique.

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L’opération de l’armée a aussitôt déclenché une vague de protestation dans les camps de réfugiés syriens et parmi les milieux sunnites les plus sensibles à l’idéologie islamiste. A Ersal même, plusieurs dizaines de réfugiés syriens ont manifesté leur colère dans le centre de la ville, devant l’hôtel de ville, brandissant les drapeaux noirs de l’Etat Islamique et hurlant des slogans en sa faveur.
Des opérations similaires ont été menées par l'armée libanaise dans d’autres régions du Liban. C’est ainsi que les services de renseignement de l'armée ont arrêté, suite à une perquisition effectuée dans des campements de réfugiés syriens dans le Koura, notamment à Amioun, Kfarhazir et Dar Chemessine, plusieurs ressortissants syriens.

Présence croissante du Front al-Nosra et de l’Etat Islamique au Liban
Cette agitation et ces vagues de protestation nous permettent de constater une présence et une influence croissante du Front al-Nosra et de l’Etat Islamique dans le pays. Et on ne sait plus où sont les limites entre une véritable solidarité envers les réfugiés syriens de la part d'une frange de la population sunnite du pays et, ce qui serait plus grave, une véritable adhésion aux objectifs des organisations extrémistes.
Ce vendredi 26 septembre, par exemple, les Ulémas Sunnites de Tripoli ont appelé a une « Journée de solidarité avec les réfugiés syriens » et de protestation contre ce qu’ils appellent une « punition collective injustifiée ». Les Ulémas se sont livrés, à ce propos, à un jeu de mots d’un goût douteux. Le thème de la manifestation  était « refus de la décapitation d’Ersal ». On ne sait pas si les familles des 27 militaires enlevés par le Front al-Nosra et qui risquent à tout moment d’être décapités après que trois d’entre eux aient été sauvagement assassinés (deux par décapitation), vont apprécier. Les familles de ces militaires détenus par les Jihadistes multiplient d’ailleurs les actions de blocage d’axes routiers pour obtenir la libération de leurs proches.
Dans la soirée du jeudi 25 septembre 2014, un appel a été lancé par les « jeunes musulmans de Tripoli », faisant écho à l'appel des ulémas. Les jeunes exhortent tout sunnite à se « rebeller après la prêche du vendredi contre l'injustice et à soutenir nos frères à Ersal ainsi que les réfugiés syriens ».
L'appel à manifester ne concerne pas seulement Tripoli. C’est l’ensemble des Sunnites du Liban qui sont appelés à exprimer leur solidarité avec les réfugiés syriens.
Tous ces appels et ces déclarations font que la tension est extrême dans la grande ville du nord du Liban et les forces de sécurité sont sur le pied de guerre pour faire face à toute vague de violence.  Une mission d’autant plus difficile et périlleuse que l’armée est depuis quelques temps, la cible d’attaques. Jeudi 25 septembre, deux soldats libanais ont encore été tués dans la région du Akkar, au nord Liban. 
Et comme vendredi dernier, des rassemblements devant les mosquées pourraient crier des slogans en faveur de l'État islamique. Pour les ulémas ces manifestations sont normales et justifiées car c’est « l'injustice croissante qui pousse certains à se réfugier chez celui qui peut les protéger (l’Etat islamique) ».

Le Front al-Nosra et l’Etat Islamique discréditent l’armée libanaise
Et comme les organisations palestiniennes d’obédience marxiste l’avaient fait en 1973, le Front al-Nosra et l’Etat Islamique font tout pour discréditer l’armée qui tente de maintenir l’ordre : « Votre armée est en train de dessiner les contours de votre avenir par son comportement », devait tweeter, le mercredi 25 septembre 2014, le Front al-Nosra. Et les Jihadistes d’al-Qaïda poursuivaient en menaçant les Libanais en ces termes : « Êtes-vous prêts à payer le prix de la confiance que vous avez placée en elle (l’armée) ? »

Une armée libanaise qui peine à remplir sa mission
Le Liban ne peut mener que des actions « défensives » contre les Jihadistes  plutôt qu’offensives en raison de son manque de capacités militaires, a déclaré le premier ministre Tammam Salam au journal an-Nahar, vendredi 26 septembre.

Jean René Belliard (Auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

 

10:39 Publié dans al-Qaïda, Beyrouth, Ersal, Etat Islamique, Front al-Nosra | Lien permanent | Commentaires (1) | | | | |

25/09/2014

La priorité donnée par les Américains à la lutte anti-terroriste donne les coudées franches à l’Iran dans la région

Les Américains donnent la priorité à la lutte contre les terroristes jihadistes
L’administration Obama semble avoir fait le choix de ne plus affronter l’Iran et ses satellites pour concentrer son attention à la lutte contre l’Etat Islamique, al-Qaïda et les organisations jihadistes qui ont fait allégeance à ces deux mouvements sunnites.

Exemple du Yémen
Le Yémen, par exemple, est pourtant un pays d’une importance géostratégique et économique primordiale pour l’Occident. Or, depuis l’éclatement des révolutions baptisées (par les Occidentaux) de « printemps arabe », le pays est en proie à l’anarchie la plus totale. Les institutions de l’Etat se sont effondrées, la corruption  et la pauvreté sont générales et les forces tribales traditionnelles ont perdu leur influence, quand elle n’est pas rejetée.
Cela fait des années que les Etats-Unis bombardent à l’aide de drones les Jihadistes d’al-Qaïda fortement implantés dans le pays.

L’Iran grande gagnante de la progression des rebelles chiites
Les Houthistes (rebelles chiites) et l'Iran sont, eux aussi, « des adversaires acharnés » de l’Amérique. Or, il semble que l’administration Obama n’ait rien à redire contre la récente prise de Sanaa, la capitale yéménite, par les rebelles Houthistes. Et tant pis si les derniers succès militaires de la rébellion chiite renforce l'influence de l'Iran au Yémen.
C’est bien la raison pour laquelle le président yéménite, Abd Rabbo Mansour Hadi,  dénonce la conquête de Sanaa par les rebelles chiites comme un complot de forces locales (les Houthistes) et étrangères (l’Iran) pour expliquer la conquête de Sanaa. « En contrôlant Bab el-Mandeb et le détroit d'Ormuz, on n'a plus besoin de bombe atomique », a-t-il encore dit dans une récente déclaration au quotidien al-Hayat, en référence à l'Iran qui est soupçonné par les puissances occidentales de chercher à obtenir l'arme nucléaire.

Américains et Saoudiens alliés en Irak et Syrie – opposés au Yémen
Reste à savoir si l'Arabie saoudite acceptera la mainmise chiite sur une grande partie du Yémen. Il se pourrait bien qu’elle soutienne les Jihadistes d’al-Qaïda, comme elle l’a déjà fait en Syrie. Ceux-ci sont très bien implantés dans le sud du pays. Alors, suivez-moi bien : On assisterait à cette incohérence où les Saoudiens, alliés des Etats-Unis pour frapper les Jihadistes de l’EI et d’al-Qaïda en Syrie et en Irak, armeraient et financeraient en sous-main la branche yéménite d’al-Qaïda pour contrer les Chiites yéménites, tandis que les Etats-Unis chercheraient par tous les moyens à les éliminer. Quant aux partisans du parti islamiste sunnite al-Islah, lequel appartient à la confrérie des Frères musulmans, il est peu probable que l’Arabie saoudite s’appuie sur eux, car les Frères musulmans sont pour les Saoudiens une espèce encore plus haïssable que les Jihadistes d’al-Qaïda.

Américains et Syriens coordonnent bien leurs actions contre l'Etat Islamique en Syrie
L’ordre du jour à Washington n’est plus le renversement de Bachar el-Assad. Bien sûr, on continue à jurer ses grands dieux à Washington que les avions américains bombardent les cibles de l’EI sans « coordination» avec Damas. Or, cette affirmation est fausse. Washington a bien coordonné ses actions contre Daesh avec Damas. Il ne s’agissait pas seulement d’informer les autorités syriennes mais de planifier réellement les opérations avec elles. Il était nécessaire de communiquer la liste des cibles et des horaires des frappes. Il fallait également rassurer Damas en l’assurant que ses sites seraient épargnés. Enfin, un minimum de coordination était nécessaire, sachant que des avions américains et syriens pouvaient se retrouver face à face dans la même zone et au-dessus de la même cible et il fallait éviter tout incident.
Trois canaux de communication ont été utilisés par les Américains pour coordonner les actions avec Damas : l’Irak, les Nations Unies et la Russie.
Le premier de ces canaux est l’Irak. Le conseiller du Premier ministre, Faleh al-Fayyad, a rencontré le président syrien à deux reprises. Il lui a livré un message sur les cibles et les rendez-vous des frappes et lui a assuré que les positions du régime seraient épargnées. Il ne pouvait avoir obtenu ces données que des Américains eux-mêmes.
Une démarche similaire a été effectuée par l’ambassadeur de Russie à Damas. Enfin, dernier canal de communication. Des informations ont été communiquées aux délégués Iraniens et le représentant syrien à l’ONU, Bachar al-Jaafari.
On sait également que des délégations militaires et des services de renseignement américains ont visité Damas dernièrement.
Alors il n’y a rien d’étonnant à ce que les démentis américains fassent sourire les dirigeants syriens qui affirment avoir enregistré tous ces contacts entre les deux pays.

Israël fournit une indication intéressante
Le gouvernement israélien vient d’abandonner son soutien aux rebelles du Sud de la Syrie en raison, affirme-t-il, de la prépondérance croissante des Jihadistes d’al-Qaïda au sein de la rébellion considérée comme « fréquentable ». Ce changement de stratégie d’Israël est sans doute du au changement de politique de l’administration Obama pour qui le renversement de Bachar el-Assad ne semble plus être la priorité.

Hollande peine à courir après’Obama
Décidément, François Hollande n’a pas de chance avec son allié Obama. On se souvient comment il était prêt à intervenir militairement en Syrie, se basant sur des déclarations bellicistes de Barak Obama avant que celui-ci ne change son fusil d’épaule et décide de donner une chance à Bachar el-Assad pour se défaire de ses armes chimiques. Notons qu’à l’époque le président américain n’avait même pas daigné avertir Hollande laissant ce dernier dans une position bien embarrassante. Aujourd’hui, Hollande annonce sa décision d’intensifier le soutien de la France aux forces de l'opposition syrienne. Il y a fort à parier qu’il se fasse bientôt tirer les oreilles par son mentor Obama pour qui cette option n’est pas la bienvenue et pourrait même être contreproductive en ce qui concerne la lutte contre le jihadisme !

Jean René Belliard (Auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)