06/10/2014

Un agent de la DGSE a rejoint les islamistes

Un ancien officier de renseignement français qui a fait défection à Al-Qaïda a été parmi les objectifs de la première vague de frappes aériennes américaines en Syrie en septembre 2014.
Deux officiers de renseignement européens ont décrit l'ancien officier français comme le traitre le plus haut gradé à faire défection vers le groupe terroriste, en l’occurrence, le Front al-Nosra. Il s’agit d’un développement extrêmement dangereux compte tenu de sa connaissance de l’activité des services français dans la région.
L'identité de l'agent n’a pas encore été révélée. L’ancien officier de renseignement, qui ferait partie du groupe de combat Khorassan, un groupe chargé d’exécuter des missions terroristes dans des pays occidentaux, avait été la cible de frappes américaines comprenant le tir de 47 missiles de croisière Tomahawk contre huit des emplacements où il aurait pu se trouver.  L'ancien officier aurait apparemment survécu à l'attaque aérienne.
Le seul membre de cette unité identifié par les Américains est le Koweitien Muhsin al Fahdli, un homme de 33 ans autrefois proche du fondateur d’al-Qaïda, Oussama Ben Laden. Les Etats-Unis ont offert une prime de 7 M $ en octobre 2012 pour toute information menant à la mort ou la capture de Fahdli. Fahdli pourrait avoir été tué au cours des raids américains, mais l'information reste à confirmer.

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L'ancien officier des renseignements français serait un expert en explosifs et aurait combattu en Afghanistan et en Syrie avec Al-Qaïda. Sa formation à l'occidentale, sa connaissance des services de renseignement et son adhésion au jihadisme font de lui l’un des Jihadistes les plus dangereux d'Al-Qaïda. Il aurait formé un groupe d'environ cinq hommes qui opérerait à partir d’une mosquée d’Edleb.
On se demande comment il se fait que  les sympathies envers Al-Qaïda de l'ancien agent n’ont pas été repérées pendant le processus d'examen des services français à moins qu’elles se soient manifestées plus tard.

Nous ne savons pas grand-chose de sa mission
« Nous ne savons pas s'il était un agent dormant ou radicalisé après avoir rejoint le service», a déclaré un responsable du renseignement européen. On suppose que les services français travaillent dur pour déterminer ce qui s’est passé et comment ils se sont retrouvés dans ce gâchis.
Les services de renseignement sont souvent amenés à former des gens qui pourraient être utiles pour obtenir des renseignements et le risque existe, naturellement, de voir ces gens trahir après leur formation. L’histoire de la guerre froide est pleine de ce genre d’accidents, que ce soit du côté occidentale comme du côté soviétique. Le problème est qu’il faut bien tenter de trouver des gens qui accèdent à l’intérieur même des milieux jihadistes et ce sont fatalement des gens qui savent se fondre dans un environnement extrêmement dangereux.
Mais ce serait la première fois qu’un agent français de haut rang aurait rejoint al-Qaïda. Jusqu’ici, les services de renseignement français avaient été très performants en Syrie. Ce sont eux, de toute façon, qui ont transmis l’information à leurs collègues américains pour obtenir que la cible soit mise hors de combat.

Confusion sur le curriculum vitae de l'homme
Un fonctionnaire européen qui a une connaissance directe de l'affaire a déclaré qu’il règnait une  confusion sur le curriculum vitae de l'homme - qui a été tour à tour décrit comme membre des forces spéciales françaises, du renseignement militaire ou de la DGSE. Cela vient probablement au fait que les «spécialistes» sont régulièrement transférés d’une branche à l’autre de l’action extérieure.
"Il semble probable qu'il ait d’abord appartenu à l’armée et peut-être en raison d'une origine arabe, de son apparence physique et de ses compétences linguistiques il aurait été chargé d’infiltrer des milieux jihadistes au moyen orient. 
On peut se demander pourquoi on n'a pas tenté de capturer l’homme, mais si la décision a été prise de l’éliminer par des tirs de missiles, c’est parce qu’on voulait sans doute maintenir secrète son existence.

Jean René Belliard (Auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

 

12:03 Publié dans DGSE, Etats-Unis, France, Khorassan, Syrie | Lien permanent | Commentaires (0) | | | | |

04/10/2014

Washington à la recherche de rebelles « modérés »

Les stratèges du Pentagone parlent de «rebelles modérés». Il s'agit dans leur esprit d'opposants au régime syrien «fréquentables»  par opposition aux groupes islamistes dangereux comme l’Etat Islamique ou le Front al-Nosra, le représentant d’al-Qaïda en Syrie. 

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03/10/2014

3 octobre - Guerre entre l'Occident et le califat islamique

Allemagne
Des islamistes philippins liés à el-Qaëda ont annoncé hier 2 octobre qu'ils décapiteraient un de leurs deux otages allemands le 17 octobre si, à cette date, leurs revendications n'étaient pas satisfaites. Les rebelles du groupe Abou Sayyaf ont capturé ces deux Allemands en avril 2014 alors qu'ils voguaient sur un yacht entre l'île de Palawan, dans l'ouest des Philippines, et l'État malaisien de Sabah. Les rebelles exigent une rançon de 5,6 millions de dollars et l'arrêt du soutien de l'Allemagne à la coalition conduite par les États-Unis contre les jihadistes en Syrie et en Irak.
Jihadistes allemands
Deso Dogg alias Abou Talha Al-Almani (Abou Talha L'Allemand), un ancien rappeur allemand du groupe «ghetto» veut maintenant couper les têtes avec des couteaux à beurre en Syrie. LiveLeak-dot-com-665_1412348958-Deso-Dogg-Denis-Cuspert-Abu-Talha-al-Alm_1412349619_jpg_resized.jpg

Abou Talha al-Almani

 

 

 

 

 

 

 

Des informations avaient prétendu qu’il avait été tué le 20 avril 2014 au cours de combats fratricides entre Jihadistes. Le journal allemand Die Welt a cité des Jihadistes prétendant le contraire. En fait, il y aurait eu confusion sur l’identité de la personne décédée. Il s’agirait d’un autre Abou Talha al-Almani.
Des Vidéos récentes semblent confirmer qu'il est encore en vie! De nouvelles rumeurs prétendent qu’il serait devenu un  membre du cercle autour du calife lui-même - Ibrahim al-Baghdadi.
Vidéo concernant des jihadistes allemands (en langue allemande) :
https://www.youtube.com/watch?v=Kxzis-1WdxM&feature=p...

Australie
L’Australie annonce son intention de participer aux frappes aériennes en Irak contre le califat islamique :
https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&...
Dernière heure : Le jihadiste australien Mohamed Elomar pourrait avoir été tué au cours d’un raid de la coalition internationale contre un building proche de la frontière turque,  le 2 octobre.

Canada
Le Canada va participer aux frappes aériennes contre l'EI en Irak
Le Premier ministre canadien Stephen Harper a présenté vendredi au Parlement une motion prévoyant l'envoi d'avions de chasse en Irak qui participeront, pendant six mois, à la campagne de frappes aériennes contre le groupe Etat islamique.
La Chambre des communes doit formellement entériner cette motion lundi 6 octobre lors d'un vote qui ne devrait être qu'une formalité pour M. Harper car son parti dispose au Parlement d'une large majorité.

France
Une base française près de la Libye pour combattre les islamistes
L'armée française est en train d'établir une base dans le nord du Niger dans le cadre d'une opération visant les activistes liés à al-Qaïda qui évoluent dans la zone sahélo-saharienne, du sud de la Libye à la Mauritanie, a-t-on appris de responsables. La France a pris l'initiative des efforts pour repousser les islamistes dans la région depuis son intervention au Mali, en 2013, et a redéployé ses troupes cette année dans le cadre de l'opération régionale de contre-terrorisme « Barkhane ». Quelque 3 000 soldats français opèrent ainsi au Mali, au Burkina Faso, au Niger et au Tchad, pays à cheval sur la bande sahélienne, avec l'objectif d'éradiquer la menace islamiste dans la région. Un millier d'autres hommes, au Gabon et au Sénégal, fournissent un soutien logistique.
La lamentable histoire de jihadistes français
(vidéo en langue anglaise) :
https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&...

Grande Bretagne
Un nouvel otage britannique exécuté
L'otage britannique Alan Henning a été décapité si l'on en croit une nouvelle vidéo mise en ligne par l'Etat Islamique aux environs de 20H30 GMT, vendredi 3 octobre. Henning est un chauffeur de taxi venu en Syrie dans un but humanitaire. La vidéo annonce que l'Américain Peter Kassig serait le prochain otage qui pourrait être décapité. Kassig est un vétéran de la guerre d'Irak. Ils s'occupait de blessés dans un hôpital libanais. Il a alors démarré un programme de Special Emergency response and assitance pour aider les réfugiés syriens.

Vidéo de l'Etat Islamique concernant Alan Henning
La vidéo sera interrompu avant l'exécution :
https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&...

Pays Bas
Les huit avions de combat F-16 néerlandais prenant part à la coalition internationale contre l'État Islamique (EI) pourraient débuter "dès ce week-end" leurs opérations en Irak, ont indiqué vendredi les Pays-Bas. Ces appareils seront basés en Jordanie, mais le centre de commandement des opérations se trouvera au Qatar.
"Je vous informe qu'il est possible que les F-16 néerlandais débutent dès ce week-end les opérations dans le cadre de la lutte contre l'EI", a indiqué la ministre de la Défense Jeanine Hennis-Plasschaert dans une lettre envoyée au parlement néerlandais.
Les avions participeront dans un premier temps au soutien de troupes irakiennes et kurdes au sol. Ils pourront aussi être utilisés pour des "attaques de cibles non-mobiles de l'EI", selon la même source.
Les Pays-Bas déploient également 250 militaires pour cette mission, et 130 autres militaires pour entraîner les forces armées irakiennes.
L'engagement néerlandais est quant à lui pour le moment limité à l'Irak. La Haye a indiqué que les Pays-Bas ne participeraient pas aux opérations en Syrie sans mandat international.

USA
Un projet de base de rebelles syriens formés par les USA provoque la polémique
Le projet américain de créer en Géorgie un camp d'entraînement américain pour former des combattants de l'opposition syrienne risque de tendre les relations entre Moscou et Tbilissi, selon le ministère des Affaires étrangères de Russie. Le projet, si tant est qu’il ait existé, a été démenti par la Géorgie.
A cette occasion, les médias russes n’ont pas manqué de souligner le peu d’efficacité des frappes aériennes de l'armée US et des alliés contre les positions de l’ÉI.

Les raids aériens suffiront-ils ?
Les experts militaires américains commencent à reconnaître que les opérations aériennes contre le califat islamique pourrait prendre plusieurs années. 
Pour l’instant, Barack Obama prévoit de poursuivre les bombardements en Irak et en Syrie, et d'augmenter l'aide militaire au profit de l’armée irakienne et de l'Armée syrienne libre (ASL).

L’administration Obama rêve toujours de s’appuyer sur des rebelles syriens « fréquentables »
Et c’est là que le bât blesse. Tout d’abord, les brigades rebelles considérées comme « fréquentables » par l’Etat-major américain ont du mal à résister aux offensives de l’armée assadiste qui profite des raids aériens de la coalition sur les Jihadistes pour se concentrer sur les autres fronts. Ensuite, même les combattants des brigades rebelles dites « modérées » sont furieux contre l’intervention américaine et de ses alliés qui épargne leur ennemi numéro 1, à savoir le régime de Bachar el-Assad. On a constaté sur le terrain la désertion de nombreux combattants qui ont rejoint l’Etat Islamique.  On voit mal, dans ces conditions, comment le Pentagone pourrait faire des brigades rebelles « fréquentables » une force de frappe contre les Jihadistes du Front al-Nosra ou de l’Etat Islamique. Sans compter que pour le régime, le fait que Washington affiche clairement son intention de s’appuyer sur des brigades rebelles contribue à rendre flou l’objectif réel de la coalition. 
Cette politique américaine n’est pas nouvelle et s’est déjà soldée par un échec. Les rebelles formés en Jordanie et renvoyés en Syrie ont été incapables de changer le rapport de force sur le terrain. Pire, des brigades entières ont rallié l’Etat Islamique. Visiblement, Washington ne tient pas compte des échecs antérieurs. Quant aux soldats des divisions mécanisées irakiennes, dotés d’un armement formidable laissé par l’armée des Etats-Unis lorsqu’elle a quitté l’Irak, ils n’ont résisté que quelques heures, dans le meilleur des cas, laissant aux Jihadistes tout leur matériel et leur armement.

Washington a voulu utiliser la carte jihadiste en Irak comme en Syrie
Cherchant à tout prix à renverser Bachar al-Assad, Washington a fermé sciemment les yeux sur l'apparition dans la région de nouveaux groupes radicaux sunnites – des filiales d'Al-Qaïda dont l'EI. Les stratèges de la Maison blanche, du Pentagone et de la CIA espéraient jusqu'au bout envoyer ce nouveau monstre terroriste sur Damas. La saisie de huit provinces du nord-ouest de l'Irak par les jihadistes de l’Etat Islamique au cours d’une campagne éclair a été une véritable douche froide pour les stratèges du Pentagone. Ce cafouillage américain est d’autant plus surprenant qu’on aurait pu croire que ces spécialistes avaient fini par comprendre l’Irak après toutes les années passées dans le pays et la guerre qu’ils ont déjà eu l’occasion de mener contre les mêmes Jihadistes. Dans une récente interview, Obama a déclaré que ses services de renseignements avaient sous-estimé la menace émanant des islamistes radicaux. Quel toupet ! La Maison blanche était parfaitement informée de cette menace par les nombreuses agences de renseignement américaines. Mais Washington voulait mettre la pression sur l’Iran et, sans doute, forcer une issue sur les négociations nucléaires, en laissant l’Arabie saoudite lancer les tribus s’allier à l’Etat Islamique bousculer l’armée irakienne et provoquer le départ du premier ministre irakien Nouri al-Maliki. La seule chose qu’on peut dire est que l’opération a mal tourné. Un général avait pourtant tiré la sonnette d’alarme. Il s’agit du général Michael Flynn, chef des renseignements militaires au Pentagone. Il avait publié en février 2014 un rapport très clair au sujet de la dangerosité de l’Etat Islamique (alors appelé Etat Islamique d’Irak et du Levant). C'est seulement après l'exécution de citoyens occidentaux, y compris américains, qu'Obama a été contraint de réagir aux événements.

Joe Biden, vice-président américain  accuse les alliés arabes des Etats-Unis
Le discours du vice-président des Etats-Unis, Joe Biden, à l’occasion d’une conférence sur la politique des Etats-Unis au Moyen Orient lors du forum de John Kennedy Jr de l'université de Harvard dans l'Etat du Massachusetts, a laissé l’auditoire incrédule. Cela faisait pourtant des semaines qu’on répétait la même chose. Joe Biden a reconnu que les alliés arabes et musulmans des Etats-Unis avaient armé les Jihadistes syriens, y compris le Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie)
Joe Biden a affirmé  que les terroristes d'al-Qaida  avaient reçu des fonds et des armes des alliés de Washington dans la région, soulignant que "les alliés se livraient à une guerre par procuration entre sunnites et chiites".
«Notre plus gros problème était nos alliés dans la région, les Turcs sont de grands amis, ainsi que les Saoudiens et les résidents des EAU et autres. Mais leur  seul intérêt était de renverser  le président syrien Bachar Assad et pour cela ils ont mené une guerre par procuration entre les  sunnites et les  chiites et ils ont fourni des centaines de millions de dollars et des dizaines de milliers de tonnes d'armes à tous ceux qui acceptaient de lutter contre al-Assad ".
Biden a ajouté  «mais les gens qui ont reçu ces sommes et ces armes  étaient des militants du Front al-Nosra et d' Al-Qaïda sans compter d'autres éléments extrémistes venant d'autres régions du monde. Pensez-vous que j'exagère? Regardez le résultat."
Mais Biden a voulu se montrer rassurant en affirmant que les alliés des Etats-Unis avaient "pris conscience  de leur erreur et accepté de se joindre  à la coalition antiterroriste  dirigée par Washington".

La déclaration de Joe Biden 。
https://www.youtube.com/watch?v=w04YE5zRmc8&feature=p...

Une station de la CIA à Gaziantep
La CIA a une importante base à Gaziantep (sud de la Turquie) et dispose déjà d’un nombre considérable d’officiers – plus important même que les services de renseignement turc, selon un correspondant local.

Jean René Belliard (Auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)