01/08/2014

1er août 2014 – 26ème jour de guerre à Gaza

Une trêve de 72 heures
Israël et le Hamas ont accepté une trêve humanitaire de 72 heures à Gaza à compter de vendredi matin 08h00.
Israël a été le dernier à confirmer son accord pour le cessez-le-feu après son annonce par John Kerry, le secrétaire d’Etat américain, dans la nuit du 31 juillet au 1er août et son acceptation par le Hamas.
"Le Hamas et tous les mouvements de la Résistance (palestinienne) ont accepté un cessez-le-feu humanitaire de 72 heures à compter de vendredi 08h00 qui sera respecté par tous ces mouvements si l'autre partie observe aussi ce cessez-le-feu", a affirmé le porte-parole, Fawzi Barhoum.
Israël a accepté cette trêve mais John Kerry  a également précisé qu'Israël continuerait des opérations "derrière ses lignes" définies durant le conflit. Israël affirmait également qu’il poursuivrait les opérations de destruction des tunnels utilisés par le Hamas, qu’il y ait un cessez-le-feu ou non, ce qui ne présage rien de bon sur le respect de cette trêve, la quatrième depuis le début des affrontements.
En attendant le début du cessez-le-feu, les bombardements se sont poursuivis toute la nuit de part et d’autre.

Israéliens et Palestiniens devaient se rencontrer au Caire
Les Américains ont également précisé que des négociateurs israéliens et palestiniens devaient se rencontrer en Egypte, et que Frank Lowenstein, l’émissaire américain pour le Moyen orient devait participer aux négociations. Mais le fait que la trêve n'a pas été respectée et que les combats ont redoublé de violence laisse planer un sérieux doute sur l'avenir dans l'immédiat des négociations
La délégation palestinienne devait comprendre des responsables de l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP), dont Saëb Erekat et Azzam al-Ahmad, et des responsables du bureau politique du Hamas, dont Khalil al-Haya et Imad al-Alami et l'un des responsables du Jihad Islamique à Gaza, Khaled el-Batsh.
On ne savait pas qui allait participer aux négociations côté israélien.

Plus de 1500 tués palestiniens depuis le début des affrontements
Plus de 1500 Palestiniens ont perdu la vie depuis le début des affrontements. 40 Palestiniens sont décédés et 250 ont été blessés depuis le début de la journée du 1er août qui devait connaître une trêve, malheureusement très vite oubliée par les combattants des deux bords. A noter qu’un Palestinien a également été tué lors de manifestations en soutien de Gaza en Cisjordanie.

Cinq soldats israéliens tués jeudi le 31 juillet
Cinq soldats israéliens ont été tués jeudi soir par un obus de mortier tiré sur eux alors qu’ils se trouvaient le long de la frontière avec la bande de Gaza dans le secteur d’Echkol. Le nombre de soldats israéliens tués depuis le début des affrontements se monte à présent à 61. L’armée précise que 19 officiers et soldats ont été blessés au cours de différents combats.

Les Etats-Unis réapprovisionnent Israël en munitions
Les États-Unis ont confirmé avoir répondu favorablement à une demande israélienne et réapprovisionné l’Etat hébreu en munitions.
"Les Etats-Unis se sont engagés à la sécurité d'Israël, et il est vital pour les intérêts nationaux des États-Unis d’aider Israël à développer et à maintenir une capacité d'auto-défense forte et prête", a déclaré le porte-parole du Pentagone, l’amiral John Kirby, dans un communiqué. Il a ajouté : "Cette vente de la défense est conforme à ces objectifs."
Deux des munitions demandées par Israël se trouvaient étaient déjà stockées dans un dépôt de l'armée américaine en Israël et destiné à être fournies à Israël en cas d’urgence. On estime la valeur de ce stock de munitions stockées dans ce discret dépôt à  en cas d'urgence par l'Etat juif. La guerre de réserve des stocks de munitions et Israël à 1 milliard de dollars.
L’amiral Kirby a tenu bon de préciser que le dépôt WRSA-je avait été installé bien avant le conflit actuel et qu’il contenait des surplus américains.
Il a ajouté que la livraison de munitions à partir des stocks WRSA-je relève d’une décision purement logistique et qu’une autorisation de la Maison Blanche n’est pas nécessaire.
L’amiral Kirby n'a pas précisé si la Maison Blanche avait été impliquée dans ce cas précis de livraison de munitions à Israël. 
Kirby, conscient que la livraison de munitions dans une telle période pourrait poser problème, a tenu bon de préciser que le chef du Pentagone, Chuck Hagel, avait dit à son homologue israélien que les Etats-Unis étaient préoccupés par les conséquences meurtrières du conflit et avait appelé à un cessez-le-feu et à la fin des hostilités.
Dans un appel téléphonique avec le ministre israélien de la Défense Moshe Yaalon, Hagel a exprimé "la préoccupation persistante des États-Unis sur le nombre croissant de morts civiles palestiniennes et la perte de vies israéliennes, ainsi que la situation humanitaire qui s'aggrave dans la bande de Gaza."

Les grands perdants : l’Iran, le Hezbollah et l’Arabie saoudite
Le Hezbollah qui avait accaparé l’adjectif d’ « al-Moqawama » (la résistance en arabe) est bien absent de « la mère de toutes les batailles » aux yeux de beaucoup de Musulmans, à savoir la "lutte pour la libération de la Palestine et de la Mosquée al-Aqsa". Le Hezbollah est englué dans la guerre civile syrienne et se trouve pris au piège de la défense d’un régime honni par la communauté sunnite dans sa majorité, le régime de l’Alaouite Bachar el-Assad. Il en est de même pour la Révolution islamiste d’Iran qui, notamment lors de la présidence de Mahmoud Ahmadinejad, avait promis à maintes reprises la destruction d’Israël, se trouve dans la même situation que le Hezbollah. L’Iran et le Hezbollah ne sont plus désormais les champions de la résistance à Israël. Et ce ne sont pas les déclarations belliqueuses de Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, ou de l’ayatollah Khamenei qui vont sauver leur image de "grand Mujahid". Même les déclarations de Qassem Soleimani,  le commandant de la « Force al-Qods », la force spéciale des gardiens de la révolution iranienne, l’homme fort du Moyen orient, sonnent faux.
L’Arabie saoudite est également à la traine en ce qui concerne ses réactions face à la guerre entre Israël et les Palestiniens de Gaza. Il aura fallu attendre 26 jours pour que le roi Abdallah rompt enfin  le silence et se résigne à fustiger Israël alors qu’il y a encore quelques jours les Saoudiens montraient le Hamas du doigt comme étant le seul responsable des affrontements à Gaza. Le roi Abdallah d'Arabie a qualifié d’"inexcusable"  les silences du monde face aux  "crimes de guerre" commis par Israël à Gaza, dans un discours transmis par l'agence officielle SPA.
"Nous voyons répandre le sang de nos frères en Palestine dans des massacres collectifs, qui n'ont épargné personne, et dans des crimes de guerre contre l'humanité (...), qui ont lieu au vu et au su de la communauté internationale, restée indifférente aux événements de toute la région", a affirmé le roi.
"Ce silence est inexcusable" et accouchera "d'une génération qui rejettera la paix et ne croira qu'en la violence", a ajouté le souverain.

Les grands gagnants sont les Frères Musulmans
A contrario, les grands gagnants sont les Frères musulmans qui, après des mois et des mois de coups durs (renversement du président Mohammed Morsi par les militaires égyptiens; reculade du parti tunisien Ennahda ; échec des frères musulmans à s’imposer comme force de gouvernance en Libye et en Syrie) reviennent sur le devant de la scène grâce au Hamas qui, pour la rue arabe et sunnite, oppose une résistance héroïque face au marteau pilon de l’armée israélienne.

Résumé de la journée du 1er février 2014
Une heure après l’entrée en vigueur de cessez-le-feu, il fallait se rendre à l’évidence. Celui-ci avait volé en éclats à coups de bombardements de chars et de roquettes.
Le gouvernement israélien accusait vendredi le mouvement palestinien Hamas et ses alliés de "violation flagrante" du cessez-le-feu.
"Une fois de plus, les organisations terroristes de Gaza commettent une violation flagrante du cessez-le-feu auquel elles s'étaient elles-mêmes engagées auprès du secrétaire d'Etat américain et du secrétaire général de l'ONU", John Kerry et Ban Ki-Moon, selon le communiqué des services de Benjamin Netanyahu.
Huit Palestiniens ont été tués dans la matinée près de Rafah (sud) par des tirs de l'armée israélienne. Le Hamas accuse Tsahal d’avoir tué huit de ses combattants, ce qui à ses yeux, est une violation fragrante de la trêve par Israël.

Un officier israélien aurait été capturé et deux autres soldats tués
Deux soldats israéliens ont été tués vendredi dans le sud de la bande de Gaza lors de l'opération qui a sans doute aussi conduit à la capture d'un officier par des combattants palestiniens, a annoncé vendredi l'armée israélienne.
L'armée a révélé l'identité du soldat sans doute enlevé, Hadar Goldin, un sous-lieutenant de 23 ans, originaire de Kfar Saba, au nord de Tel-Aviv.

Vidéos – côté israélien :
L’armée israélienne a mis en ligne montrant les tirs de missiles palestiniens :
https://www.youtube.com/watch?list=UUawNWlihdgaycQpO3zi-j...
La brigade Nahal détruit un tunnel à l’explosif :
https://www.youtube.com/watch?list=UUawNWlihdgaycQpO3zi-j...
Une unité des blindés découvre et détruit un tunnel :
https://www.youtube.com/watch?list=UUawNWlihdgaycQpO3zi-j...

Jean René Belliard (Auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

12:15 Publié dans Etats-Unis, Gaza, Hamas, Israel | Lien permanent | Commentaires (1) | | | | |

30/07/2014

Libye : Il faut maintenant parler de guerre civile

La guerre civile
On peut considérer aujourd’hui que la Libye est en proie à une violente guerre civile dont nul ne sait comment elle finira. Inutile de parler de « risques de guerre civile » ou d’utiliser des titres comme « la Libye au bord de la guerre civile », ou encore de chaos. La Libye n’est pas au bord de la guerre civile. Elle est en pleine guerre civile et le nombre des victimes va croître d’une manière exponentielle. Or, cette guerre civile nous intéresse au plus haut point car elle oppose des Musulmans libéraux - comme on les aime en Occident - à des Islamistes et des Jihadistes.

Nombreuses conséquences pour les pays voisins :
La guerre civile qui va ravager la Libye aura de nombreuses conséquences :

- Elle va signifier un très grave problème humanitaire pour l’Italie qui devra faire face à un accroissement considérable du nombre de « boat people » cherchant par tous les moyens à gagner l’Europe, même au péril de leur vie - C'est déjà le cas aujourd'hui, vous me direz. Il n’y a qu’à regarder les millions de réfugiés syriens qui s’entassent aujourd'hui dans des camps au Liban, en Turquie et en Jordanie pour deviner facilement ce qui attend l’Europe.

- Un problème sécuritaire extrêmement inquiétant pour les pays limitrophes de la Libye, en commençant par la Tunisie et l’Egypte. La Tunisie a d’ailleurs déjà déclaré qu’elle avait l’intention de fermer ses frontières aux réfugiés libyens. Cela a été annoncé par le ministre des Affaires étrangères, Mongi Hamdi, indiquant que 5000 à 6000 réfugiés libyens arrivaient chaque jour en Tunisie. Or,  l'économie tunisienne est précaire et le pays n'est pas en mesure de recevoir les milliers de réfugiés, a-t-il ajouté.
Mais fermer les frontières est plus facile à dire qu’à faire. Ces frontières sont poreuses, comme sont celles de l’Egypte et surtout de tous les pays du grand sud saharien déjà en proie à l’agitation jihadiste.  Déjà, la version jihadiste tunisienne, Ansar al-charia, a mis en ligne, aujourd’hui 30 juillet, un sérieux avertissement à l’armée tunisienne, la menaçant des pires conséquences si elle poursuivait ses actions sécuritaires contre les Jihadistes d’AQMI.

- Les gouvernements occidentaux semblent amnésiques et ne se souviennent plus du tout qu’ils ont contribué à la création d’un vide de l’autorité en se bornant à aider les rebelles à abattre le régime de Mouammar Kadhafi sans se soucier de ce qu’il adviendrait par la suite dans le pays et sans aider les nouvelles autorités libyennes  à reconstituer un Etat et des forces de sécurité. La seule décision prise à ce jour est celle d’évacuer les ressortissants nationaux comme si cela  suffisait.

Les jihadistes d'Ansar al-Charia ont mis en ligne quelques uns des équipements militaires capturés lors de la prise de la caserne des forces spéciales :

Benghazi - 01.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


On avait cru que le général Haftar bénéficiait de l’aide américaine
Notre curiosité avait été excitée par la personnalité du général Khalifa Haftar lorsque celui-ci avait déclaré vouloir débarrasser Benghazi des milices islamistes, dont l’une, Ansar al-Charia, avait été inscrite par Washington sur la liste des organisations terroristes. Les autorités américaines l’accusaient d’avoir joué un rôle dans l’assassinat de l’ambassadeur américain, le 11 septembre 2012. On pensait que la CIA était derrière le coup de force du général. Mais depuis le mois de mai, rien ne s’est passé. AFRICOM, l’agence américaine de lutte contre le terrorisme en Afrique et au Moyen Orient, ne semble pas avoir fait le moindre mouvement pour aider et équiper les hommes du général et leur permettre de chasser les Jihadistes de Benghazi. L’administration américaine n’était finalement intéressée qu’à capturer celui qu’elle considérait comme responsable de l’assassinat de son ambassadeur – une opération menée d’ailleurs avec la collaboration des hommes de Haftar – mais rien d’autre. Aujourd’hui, les rebelles islamistes ont conquis le quartier général des forces spéciales de l'armée libyenne, qui s’étaient ralliées au général Haftar. C’était la principale place-forte des partisans de Haftar à Benghazi.
Les forces spéciales commandées par le colonel Wanis Abou Khamada ont du abandonneur leur caserne située dans le quartier de Bouatni et se sont retirées hors de la ville, laissant 85 soldats morts derrière eux. C’est la pire défaite de l’armée face aux milices islamistes qu’elle prétendait combattre.
Il s’agit d’un coup dur pour le général Khalifa Haftar car les Forces spéciales s’étaient déclarées favorables au coup de force qu’il avait lancé à partir du 16 mai contre les Islamistes, même si elles n’étaient pas allées jusqu’à se placer sous ses ordres.

Le «Conseil de la Choura » seul maître de Benghazi
Le « conseil de la Choura des révolutionnaires de Benghazi », une alliance de groupes islamistes et jihadistes, contrôle désormais la base militaire et est seul maître de la seconde ville du pays.

L’exemple libyen inspire déjà d’autres Jihadistes
L’organisation jihadiste tunisienne Ansar al-Charia a cru bon profiter du succès des jihadistes libyens contre l'armée pour élever à son tour le ton et sommer les forces de sécurité et l’armée tunisiennes «de choisir entre la réconciliation ou la guerre».
Ansar al-Charia appelle les forces de sécurité et l’armée à «libérer leur esprit de la peur, à prendre le parti de la vérité, à revenir à leur religion et à leur nation, avant qu’il ne soit trop tard». Les Jihadistes déclarent qu'ils assimileront tous les membres des forces de sécurité qui ne leur obéiraient pas comme des infidèles et des mécréants.
«Les événements survenus sur la terre de Kairouan (comme les Jihadistes appellent la Tunisie) depuis le mois de mai (2014), œuvre de frères moujahidines basés dans les montagnes, est la meilleur preuve que vous ne comprenez que la logique de la force et n’écoutez que  le bruit des balles», lit-on dans le communiqué, par allusion aux attaques des forces de sécurité et de l’armée contre les Jihadistes du mont Chambi, à cheval sur la frontière entre l'Algérie et la Tunisie.

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

19:07 Publié dans Africom, Algérie, Ansar ach-Charia, AQMI, Benghazi, Egypte, Etats-Unis, Haftar Khalifa, Libye, Tunisie | Lien permanent | Commentaires (0) | | | | |

29/07/2014

Conflit entre Israël et Gaza: Le rapport secret qui aide les porte-paroles Israéliens à s'exprimer

Importance du langage dans la guerre médiatique
Les porte-paroles israéliens ont du travail pour expliquer comment ils ont pu tuer plus de 1000 Palestiniens dans la bande de Gaza, la plupart des civils, alors que seulement trois civils ont été tués en Israël par les tirs de roquettes et de mortier du Hamas. Une question d’autant plus cruciale qu’il est important de gagner la bataille médiatique internationale et convaincre les opinions publiques, surtout américaine, de la justesse de la cause israélienne.
 
Le conflit de juillet 2014 révèle une amélioration de la part des porte-paroles israéliens
On a trop souvent reproché aux porte-paroles israéliens leur indifférence par rapport au grand nombre de victimes civiles dans le passé. Mais on a constaté aujourd’hui une nette amélioration. Il semble qu’ils s’adressent aux médias avec beaucoup plus de professionnalisme. Il y a une raison à cela. Un manuel avait été préparé sur la façon d’influencer les médias et l’opinion  publique en Amérique et en Europe. Ce manuel a été écrit par un expert en stratégie politique américain,  Dr Frank Luntz. L'étude avait été commandée il ya cinq ans par un groupe appelé The Israel Project, dans le but d’aider tous ceux, en Israël ou aux Etats-Unis qui étaient chargés de la communication d’Israël.
Le rapport avait été rédigé par le Dr. Luntz à la suite de l'opération « Plomb durci » en Décembre 2008 et Janvier 2009, lorsque 1387 Palestiniens et neuf Israéliens avaient été tués.
 
Un manuel de 112 pages
L’étude a permis la rédaction d’un livret de 112 pages intitulé "2009 Dictionnaire Global Language » qui était destiné à rester secret. Mais il a été divulgué presque immédiatement par Newsweek en ligne. peu de gens, cependant, avait vraiment porté attention à sa véritable importance.  Il devrait pourtant être connu de tous ceux qui s’intéressent à la politique israélienne en raison de ses "do and not do" à usage des porte-paroles israéliens.

Les responsables politiques israéliens croient-ils vraiment ce qu’ils affirment ?
Ce document permet de comprendre que les politiciens israéliens ont appris à s’exprimer en pensant uniquement à ce que les Américains veulent entendre. Il s’agit d’une technique bien connue des Japonais appelée « Aite no iken » à savoir de répondre à une question non pas en disant ce que l’on croit mais  par rapport à ce qu’on croit que l’interlocuteur veut entendre. Pour les Japonais, il s’agit d’un acte de politesse. Pour les Israéliens, il s’agit d’une manipulation stratégique.

Le livret est une méthode sur les messages à faire passer selon les publics
Le livret est plein de conseils sur la façon dont on doit façonner sa réponse selon les publics auxquels on s’adresse. Par exemple, l'étude indique que «les Américains conviennent qu'Israël a le droit à des frontières défendables». Mais elle dit de ne pas définir clairement ce que ces frontières doivent être. Elle conseille d’éviter de parler de frontières en termes de pré-ou post-1967, car il ne sert à rien de rappeler aux Américains comment les Israéliens ont conquis de nouveaux territoires par la force. L’étude a constaté que le soutien du droit d'Israël à des frontières défendables baisse de 89% à 60% lorsqu’on évoque 1967.
Une autre question épineuse est le droit au retour des réfugiés palestiniens qui ont été expulsés ou ont fui en 1948 et dans les années suivantes, et qui ne sont pas autorisés à retourner dans leurs foyers.
Le Dr Luntz reconnait que le droit au retour est une question difficile pour les Israéliens car il invoque les concepts de séparation de populations et de l’égalité des droits. Les Américains n'acceptent pas la notion de séparation des populations qui pour eux est synonyme d’apartheid, ni celle de l’inégalité des droits.  
Il convient plutôt de tourner le problème en parlant de « demande des Palestiniens » ou « exigence des Palestiniens » car les Américains n’aiment pas les gens qui font des « demandes » ou qui « exigent ». On peut également parler du « droit au retour » en disant que ce droit dépend d‘un « règlement définitif » du conflit israélo-palestinien... un jour dans l’avenir. 
Le Dr Luntz a également constaté que les Américains dans leur ensemble ont peur de l'immigration de masse aux Etats-Unis. On peut donc parler d’une "immigration de masse palestinienne" en Israël dans le cas d’un retour des réfugiés. Et ajouter que cette immigration de masse pourrait faire dérailler les efforts de paix.
Il y a dans le rapport tout un chapitre sur la façon d’"isoler le Hamas, soutenu par l’Iran, en démontrant que cela constitue un obstacle à la paix. Malheureusement, cet argument a un peu perdu de son efficacité dans l’opération actuelle contre Gaza car chacun sait que les relations du Hamas avec l’Iran s’étaient dégradées en raison du soutien de Téhéran à Bachar el-Assad en Syrie. Au moment où la guerre a éclaté, le Hamas n’avait plus aucun contact avec l’Iran, même si les relations ont repris depuis le début du conflit.

Montrer de la sympathie pour les Palestiniens
Le Dr Luntz conseille vivement aux porte-paroles israéliens de montrer de l'empathie pour les Palestiniens: Montrez de l'empathie pour les deux parties, pas seulement pour les Israéliens, précise-t-il. Cela explique pourquoi un certain nombre de porte-paroles israéliens sont presque larmoyants sur le sort des Palestiniens pilonnés par les bombes et les obus israéliens.
Ne jamais justifier "le massacre délibéré des femmes et des enfants innocents", conseille le brave docteur Luntz et il conseille de contrer vivement tous ceux qui accusent Israël de commettre des crimes contre la population palestinienne. Une autre technique est le jeter le doute sur l’origine des tirs de façon à diluer la responsabilité entre les deux adversaires. 
Le meilleur exemple de cette façon de s’exprimer a été donné par Benyamin Netanhyahu lorsqu’il a dit, après l’assassinat de trois jeunes israéliens et d’un adolescent palestinien : « Aucun parent ne devrait avoir à enterrer leurs enfants ». Il montrait de la sympathie envers toutes les mères, juives ou palestiniennes, et cela était très positif.

Liste de mots conseillés
Le Dr. Luntz a préparé une liste de mots et d’expressions à utiliser ou à éviter. On doit dire, par exemple : «La meilleure façon, la seule façon, pour arriver à une paix durable est de d’avoir un respect mutuel." Il convient surtout de souligner la volonté de paix d'Israël avec les Palestiniens car les Américains veulent massivement la paix. Mais pour éviter toute pression sur Israël, il faut ajouter : "une étape à la fois, un jour à la fois». Cette façon de procéder est acceptable par les Américains comme «une approche de bon sens à l'équation de la terre contre la paix".

Une solution à deux Etats
On sait que le gouvernement israélien ne veut pas vraiment d’une solution à deux Etats, mais le Dr. Luntz conseille de masquer cette position parce que 78% des Américains sont pour. Il vaut mieux parler de l’espoir qu’un jour les conditions économiques des Palestiniens vont s’améliorer. Et continuer en interrogeant le Hamas de la façon suivante :
« Que faites vous pour apporter la prospérité à votre peuple ? » Une question très hypocrite, naturellement  car cela fait sept ans qu’Israël a institué un blocus économique qui a provoqué la pauvreté et la misère au sein de la population de la bande de Gaza.

Prouver qu’Israël veut la paix
À chaque occasion, la présentation des événements par les porte-paroles israéliens doit donner l’impression aux Américains et aux Européens qu'Israël veut la paix avec les Palestiniens et est prêt à faire des compromis pour atteindre cet objectif.

Jean René Belliard (Auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

11:18 Publié dans Binyamin Netanyahou, Etats-Unis, Gaza, Hamas, Israel | Lien permanent | Commentaires (3) | | | | |