02/10/2014

2 octobre 2014 – Dernières nouvelles de la guerre contre le califat islamique

Erdogan demande à  la coalition d’intervenir sur le terrain contre le califat islamique
Le président turc Recep Tayyip Erdogan s’est soudain transformé en va-t-en guerre contre les Jihadistes de l’Etat islamique en déplorant la portée limitée des frappes aériennes de la coalition.
« Les tonnes de bombes qui seront larguées par les airs ne constituent qu'une solution temporaire et ne font que retarder le danger et la menace », a déclaré M. Erdogan lors d'un discours prononcé devant le Parlement turc à Ankara. « Nous sommes ouverts à toute coopération, mais tout le monde doit savoir que la Turquie n'est pas un pays qui se satisfera de solutions temporaires », a-t-il ajouté, estimant que rester spectateur des événements en cours dans les pays voisins reviendrait à « trahir l'histoire » dans une région dominée auparavant par l'Empire ottoman. « Une lutte déterminée doit être menée contre toutes les organisations terroristes dans la région, et les conseils et les avertissements de la Turquie doivent être pris en considération », a insisté le chef de l'État turc. M. Erdogan s'est défendu de toute volonté « d'intervenir dans les affaires intérieures » d'autres pays, mais a rappelé que « le départ de l'actuel régime syrien (du président Bachar el-Assad) continue à faire partie de nos priorités ».
Ankara s’était jusque-là refusé à rejoindre la coalition militaire réunie par les États-Unis pour combattre les jihadistes prétextant que 46 ressortissants turcs étaient détenus par les Jihadistes. Et il a attendu la libération de ces derniers, le 20 septembre, pour annoncer son intention de lutter, lui-aussi, contre les Jihadistes du califat islamique, ajoutant que cela se ferait aux conditions de la Turquie.
Le  Parlement a largement approuvé la possibilité de conduire des opérations militaires sur le territoire de l'Irak et de la Syrie, ainsi que le stationnement ou le passage en Turquie de soldats étrangers qui y prendraient part. Ankara s'est également prononcé pour la création d'une « zone tampon » dans le nord de la Syrie.

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Une guerre de longue durée qui coûtera cher en $, en sang et en larmes

La campagne de bombardements aériens coûte une fortune
La campagne de frappes aériennes coûte une fortune, des millions de dollars s’évaporent en tomahawks, en missiles à guidage laser, et en missions de bombardement, pour un résultat incertain. Comme il n’y a pas de troupes au sol pour occuper le terrain, il faudra sans cesse recommencer contre un ennemi qui a déjà appris à se protéger.

Une opinion occidentale volatile
Pour l’instant, il y a un consensus, une union nationale à l’intérieur de chaque pays engagé dans la coalition internationale contre le califat islamique pour soutenir la décision prise par chacun des gouvernements. Mais qu’en sera-t-il si des attentats sanglants frappent les populations ? Et la question n’est pas de savoir si de tels attentats vont avoir lieu mais quand et où.  Et quand on voit le manque de moyens des Etats pour repérer et mettre hors d’état de nuire les jihadistes potentiels, il y a de quoi s’inquiéter. Il faut savoir qu’il est nécessaire de mettre sur le terrain une trentaine d’agents des services de sécurité pour neutraliser un Jihadiste, en moyenne bien sûr. Les mesures de sécurité qui sont mises en place aujourd’hui ont également un coût alors que beaucoup de pays cherchent actuellement à maîtriser leurs déficits et à réduire le nombre des fonctionnaires.

Une coalition hétérogène et aux objectifs divers
Les objectifs stratégiques poursuivis par les Américains et leurs nombreux alliés, arabes ou occidentaux, sont extrêmement variés. Certains pays veulent bien s’engager en Irak mais pas en Syrie. D’autres acceptent de frapper en Syrie mais exigent de bombarder aussi bien des objectifs appartenant à l’Etat Islamique que ceux du régime de Bachar el-Assad. Il y a enfin la position turque qui émet des messages flous. Elle se dit prête à rejoindre la coalition mais exige un zone tampon entre le Kurdistan syrien (pourtant allié objectif de la coalition) et la frontière turque. Elle parle d’une responsabilité en tant qu’ancien empire ottoman…et laisse passer des Jihadistes en grand nombre à travers son territoire.

L’ennemi islamique s’est déjà adapté
L’état islamique ou Daesh (son nom en arabe) est toujours maitre de la situation. Il s’est adapté à la nouvelle donne avec une rapidité-éclair. Et même si les bombardements lui ont coûté la perte de 200 combattants environ, cela a été largement compensé par les ralliements et l’arrivée de nouveaux Jihadistes en provenance de pays étrangers. De nombreux  jihadistes d’Al-Nosra, par exemple, qui avaient pourtant fait le coup de feu contre l’Etat islamique depuis janvier 2014, ont rallié le califat après que la coalition internationale ait frappé les positions d’al-Nosra dès le début de leur intervention en Syrie. 

Le haut commandement du califat islamique a une expérience de ce type de guerre
Le haut commandement militaire du califat islamique compte parmi ses membres de nombreux anciens officiers de l’armée de Saddam Hussein. Beaucoup d’entre eux ont déjà affronté l’armée américaine et ses avions pendant la guerre d’Irak (entre 2003 et le départ des derniers soldats US en 2011).
Ils connaissent les mesures à adopter pour éviter que la troupe ne soit durement frappée, et pour continuer en même temps de gagner du terrain.
Ils ont donné les ordres et ceux-ci sont suivis à la lettre par des combattants disciplinés. Car les Jihadistes de l’Etat Islamique sont en général de bons combattants sur le plan technique. Ils sont disciplinés et ne craignent pas la mort. Bien au contraire, certains d’entre eux semblent rechercher le martyre, la shahada, comme ils disent.  Ils savent manier les armes lourdes, les tanks, les véhicules blindés  qu’ils ont récupérés lorsque l’armée irakienne a fui leur avancée.
Le califat islamique peut compter sur des « artificiers » extrêmement pointus, capables d’organiser des engins piégés avec trois fois rien. Un engin explosif, une télécommande, des retardateurs de fortune. Les combattants kurdes ont fait l’amère expérience de l’efficacité de leurs engins explosifs et ont toutes les peines du monde à « nettoyer » les zones conquises.

Leur objectif : allonger les lignes de front pour rendre les frappes plus difficiles
L’objectif actuel de Daesh est d’allonger la ligne de front pour rendre encore plus complexe  la tache de leurs adversaires. C’est pour cela que des instructions très strictes ont été données aux combattants sur le terrain pour rester en vie, éviter de s’exposer inutilement aux frappes aériennes et conserver leur capacité offensive. Il semble que les instructions soient parfaitement respectées quand on voit que, malgré les frappes aériennes autour de Kobane, les Jihadistes encerclent toujours la localité. On sait que si les Jihadistes parviennent à s’en emparer, ils contrôleraient alors un immense territoire s’étendant de la province syrienne de Raqqa jusqu’à Mossoul en Irak, ce qui allongerait considérablement les lignes de front.

Des techniques de forces spéciales
Les Jihadistes ne circulent plus, comme ils le faisaient auparavant, en longues colonnes de véhicules se suivant en plein jour, drapeau noir claquant au vent. Fini le temps de la parade en masse. Les déplacements se font désormais par petits groupes, parfois, juste une ou deux voitures, qui peuvent emprunter des itinéraires différents pour ensuite se retrouver en bloc et poursuivre leurs assauts sur des zones qu’ils considèrent comme stratégiques. Les gros 4X4 ou pick-up sont souvent délaissés au profit de motos.
Les bases ont été abandonnées et piégées. Ils en ont construit d’autres ailleurs, plus petites, mieux protégées et mieux camouflées. Ils ont appris à se cacher, à dissimuler leurs armes lourdes.
Ils se cachent désormais au sein des populations civiles, suivant en cela la tactique de la guérilla urbaine. Ils réquisitionnent des maisons qui leur servent d’abris et en changent régulièrement. Parfois ils laissent volontairement des drapeaux sur des maisons abandonnées, et vides, pour tromper les moyens de reconnaissance aérienne de la coalition. Ils poussent le vice jusqu’à laisser ces mêmes drapeaux et d’autres signes de présence dans des zones civiles densément peuplées. Leur objectif est de provoquer une bavure pour dresser les populations locales contre la coalition internationale.
Pour échapper aux systèmes sophistiqués d’interception ou de détection de la coalition, les téléphones portables sont utilisés au minimum. Ils ne sont ouverts que de courts instants, le temps d’échanger des informations essentielles. Le reste du temps, les téléphones sont coupés, débranchés, et leur batterie est enlevée.  ils n’hésitent pas à changer régulièrement de portables, à prendre ceux d’habitants qui n’ont d’autre choix que de les leur donner. Ils les utilisent parfois une seule fois puis les jettent. Ils peuvent en changer plusieurs fois par jour.
Ils disposent aussi d’un service de renseignement très efficace, grâce à leurs nombreux partisans qui les renseignent sur  les concertations de troupes irakiennes.
Il y a enfin l’utilisation de la vidéo pour inspirer la terreur. Ils mettent en ligne les nombreuses décapitations qu’ils infligent à leurs ennemis. La tribu Chaitat, par exemple, implantée dans la province de Deir ez-Zhor en Syrie, s’était soulevée contre l’Etat Islamique. Les Jihadistes ont mis en ligne une vidéo montrant des centaines de têtes des membres de la tribu. Ils en auraient décapité 700. La rébellion a été réprimée dans le sang et même encore aujourd’hui, si un membre de la tribu Chaitat se présente à un barrage de l’EI, il risque fort de subir le même sort.
Les Jihadistes de l’Etat islamique disposent enfin d’un grand nombre d’otages. Ils seraient au nombre de 300 et leur sort n’est guère enviable, même si ils peuvent, dans certains cas, être libérés en secret contre le versement de rançons considérables.

Et pour conclure, une vidéo intéressante expliquant ce qu’est l’Etat Islamique (en anglais)
https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&...

Jean René Belliard (Auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

1er octobre 2014 - Nouvelles des guerres contre le califat islamique

Front syrien

Bataille de Kobane (Aïn el-Arab)
Des combats acharnés opposaient mercredi 1er octobre les jihadistes de l'Etat islamique (EI) aux forces kurdes à Aïn al-Arab (Kobané en kurde). Les Islamistes de l'EI seraient aux portes de cette troisième ville kurde de Syrie et se seraient même rendus maître d'une position de défense kurde à l'entrée de la ville.
"Bien qu'inférieurs en nombre et en armement, les combattants kurdes refusent de se retirer et défendent farouchement leur ville face aux jihadistes de l'EI", affirme à l'AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l'OSDH. "C'est pour eux une question de vie ou de mort", ajoute-t-il.
Des centaines de combattants kurdes font face à des milliers de combattants jihadistes, qui disposent en outre de chars, d'artillerie lourde et de lance-roquettes multiples de 220 mm, précise l'ONG.
"Les Kurdes eux sont armés de kalashnikovs, de mitrailleuses lourdes soviétiques DShK et des lance-roquettes RPG". Mais ils auraient reçu récemment des missiles antichars téléguidés.
Les Kurdes auraient reçu le support de bombardements exécutés par la coalition internationale sur des positions de l’EI à la périphérie de la ville. La coalition américano-arabe a mené au moins cinq frappes aériennes contre les positions jihadistes sur la ligne de front à l'est et au sud-est de Kobané".
Vidéo côté kurde :
https://www.youtube.com/watch?v=R437gWNfQP4&feature=p...
La coalition internationale bombarde aussi des positions jihadistes dans la région de Hassaké, une province kurde au nord-est de la Syrie :
Vidéo du Centcom :
https://www.youtube.com/watch?v=bFaBhdwchVI&feature=p...
Bombardement d’un stock d’armes à Milibiya, dans la région d’Hassaké :
https://www.youtube.com/watch?v=gpWHyv5cECA&list=UUNE...

Double jeu américain à Kobané ?
Naturellement, les vidéos de bombardements fournis par le CENTCOM semblent impressionnantes. Mais on se demande pourquoi les avions américains n’attaquent pas les nombreux tanks et autres véhicules blindés du califat islamique qui enfoncent les lignes kurdes à Kobane ? Plusieurs vidéos kurdes ont montré les armes dérisoires utilisées par les Kurdes de l’YPG alors que les tanks jihadistes tirent sur eux depuis une courte distance. Il semble qu’un jeu « compliqué » soit mené par les Etats-Unis, à savoir que le Pentagone aiderait avec succès les Kurdes irakiens (en bons termes avec la Turquie) et laisserait les Kurdes syriens se faire écraser par les Jihadistes à proximité immédiate de la frontière turque. Pourquoi ? On va naturellement s’intéresser à cette question.

Les Russes fourniraient des missiles S-300 à la Syrie
La Russie a fourni des missiles S-300 à l’armée syrienne. Les armes seraient arrivées la semaine dernière au port de Tartous sur la côte méditerranéenne où la Russie maintient une petite base navale. Il s’agit d’ne nouvelle qui pourrait dissuader la coalition internationale de lancer une action aérienne contre la Syrie. Sans compter qu’elle va sans doute faire réagir Tel Aviv qui craint plus que tout que ces armes tombent un jour entre les mains du Hezbollah. 
Un autre envoi d'armes russes serait actuellement en route vers la Syrie, ont indiqué les responsables.
Il y a deux semaines, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a déclaré aux journalistes que son gouvernement fournirait un soutien militaire à la Syrie, en moyens anti-aériens, prétextant qu’ils aideraient la Syrie à lutter contre le terrorisme. 
Chacun sait que ces armes pourraient être utilisées par l’armée syrienne si la coalition internationale venait à attaquer l’armée assadiste.

Front irakien

Bataille de rabia
Les forces kurdes ont réussi à prendre le contrôle de la ville irakienne de Rabia, à la frontière syrienne, et assiègent une clinique où ont trouvé refuge des Jihadistes de l’EI.
"Il y a 10-12 membres de l'EI à l'intérieur. Nous ne voulons pas attaquer, parce que (le bâtiment) a peut-être été piégé" par les jihadistes, a indiqué un haut responsable, précisant que les forces kurdes contrôlaient complètement le reste de Rabia, mettant la main sur une grande quantité de matériel militaire.
"Nous attendons qu'ils sortent ou se suicident, mais nous ne les combattons pas", a ajouté Holgord Hekmat, un porte-parole des peshmergas.
Les forces kurdes, avec le support aérien de la coalition internationale, avaient lancé une offensive contre Rabia sur trois fronts à partir du mardi 30 septembre.
Outre Rabia, ils ont avancé vers Zoumar, au nord de Mossoul, mais la ville était encore sous le contrôle de l'EI mercredi.
Les peshmergas, qui ont reçu des équipements de leurs alliés, ont également pris trois villages au sud de Kirkouk mardi 30 septembre

Vidéo kurde :
Ambiance des combats nocturnes entre Daesh et les Peshmergas :
https://www.youtube.com/watch?list=UUNoazHVgGDtXhHwY3makn...

Bagdad
Une attaque suicide à la voiture piégée a eu lieu dans le sud de Bagdad. Elle visait une rue commerçante d'un quartier chiite, tuant au moins onze personnes et faisant 34 blessés.

Les tribus sunnites en guerre contre l’EI
Des combattants d'une tribu sunnite qui habitent le quartier de Joubour, du nom de leur tribu, ont repoussé un assaut des Jihadistes de l'Etat islamique (EI) dans la ville de Doulouiya, au nord de Bagdad, faisant 14 morts dans les deux camps, ont rapporté des responsables mercredi. Les milices tribales avaient reçu le renfort des forces irakiennes.
"Ils ont attaqué Joubour de trois directions la nuit dernière et les combats se sont poursuivis jusqu'au matin", a indiqué un officier supérieur de la police à Doulouiya.
"Leur attaque a échoué mais il y a eu des victimes", a-t-il dit faisant état de sept morts dans chaque camp, dont un kamikaze jihadiste qui a fait sauter sa ceinture explosive.
Joubour, qui a joué un rôle clé dans la mise en place des milices sunnites luttant contre al-Qaïda soutenues par les Etats-Unis entre 2005 et 2007, a reçu le soutien de l'armée irakienne et de milices chiites.

Jean René Belliard (Auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)