25/10/2017

Quel avenir pour le Yémen ? Par Jacques Myard

Yémen 

Quel avenir pour le Yémen ?
(Intervention de Jacques MYARD sur le Yémen au colloque international de l'Académie de Géopolitique de Paris le 18 octobre 2017 au Parlement européen à Bruxelles)
I - Caractéristiques du Yémen
Avant toute chose, il convient de rappeler les caractéristiques du Yémen, peu connu en Europe et en France en particulier.
C'est un pays de 527 970 Km2, il est presque aussi grand que la France
Population : 27 millions d'habitants
1800 tribus très actives. C'est donc un pays tribal avec tout ce que cela comporte de rivalités et d'alliances.
Son histoire est tourmentée et il a connu de très nombreux affrontements et guerres.
Abdallah Saleh, un berger, prend la tête du Yémen du Nord en 1978.
Le 22 mai 1990, Abdallah Saleh unifie le nord et le sud. La capitale est à Sanaa, le sud a un grand port maritime, ancienne base anglaise, Aden.
EN 1994, le sud fait sécession mais subit un échec militaire.
Sur le plan religieux, 30 à 40 % des Yéménites sont des chiites, zaydites, les Houthistes d'aujourd'hui du nom d'Hussein Al Houthi, tué en septembre 2004 par des frappes de la C.I.A.
65 à 70 % de la population est sunnite, néanmoins, les Zaydites, Houthistes et les Sunnites sont très proches sur le plan religieux et partagent des interprétations communes des règles religieuses. Il existe de nombreux mariages interreligieux.
Il ne s'agit donc pas d'une guerre entre Chiites et Sunnites. Les Houthistes habitants des montagnes du Nord du Yémen, guerriers aguerris, souhaitent une large autonomie et ont reproché au pouvoir central de les délaisser sur le plan économique.
Relevons qu'au sud, il existe désormais une forte présence d'Al Qaida en péninsule arabique (A.Q.P.A) ainsi que des éléments de l'Etat islamique (Daech) en raison de la faillite de l'Etat.
II - L'histoire du Yémen
L'histoire du Yémen est une histoire malheureusement faite de guerres dont les causes sont d'abord des rivalités tribales, les guerres sont déclenchées à partir de problèmes strictement internes au Yémen.
Les principales dates de ces multiples affrontements récents et de manière très résumée sont les suivantes :
2004 : Les Chiites, Zaydites dirigés par Hussein al Houthi se rebellent contre le pouvoir central de Sanaa
2005 : les Houthistes gagnent du terrain et se heurtent le long de la frontière nord à l'armée saoudienne.
L'Arabie saoudite effectue des frappes aériennes et accusent l'Iran d'aider les rebelles.
2011 : dans la vague du printemps arabe, en Tunisie et en Egypte, les Houthistes manifestent avec les étudiants pour contester le pouvoir du Président Ali Saleh qui réprime les manifestants mais se voit contraint de céder la pouvoir à son vice-président Rabbo Mansour Hadi qui devient Président et gagne les élections législatives.
2014 : Une conférence du dialogue internationale propose de faire du Yémen un Etat fédéral de 6 provinces ce qui donnerait aux Houthistes un territoire important plus vaste au sud mais les Houthistes refusent car ils exigent un accès à la mer.
Ils reprennent les combats et prennent Sanaa en septembre 2014 ainsi que la 3ème ville du pays en mars 2015, Taëz.
2015 : une coalition arabe dirigée essentiellement par l'Arabie saoudite, les Emirats arabes, et soutenus par les Etats-Unis, bombarde Sanaa. Le Président Hadi fuit Aden où il était réfugié pour l'Arabie saoudite.
2017 : les observateurs constatent les ravages d'une guerre oubliée ; malnutrition, développement du choléra, nombreuses victimes civiles femmes et enfants, notamment lors de la célébration d'un mariage et lors d'un office funéraire ce qui provoque une très forte émotion dans le monde et met en accusation l'Arabie saoudite, en 2015 et 2016.
III - Le Yémen victime des rivalités régionales
Ce qui était à l'origine un conflit interne et propre au Yémen, entre une région montagneuse délaissée par le pouvoir central, les Houthistes, et la capitale Sanaa où régnait en maître le Président Saleh ,au pouvoir depuis 40 ans, devient à partir de 2004 l'enjeu d'une guerre par procuration. L'intervention de l'Arabie saoudite voit dans les Houthistes des alliés religieux, des alliés de l'Iran ce qui est loin d'être prouvé.
Dès 2004, la C.I.A, dans des opérations clandestines, intervient en représailles de l'attentat du destroyer USS Cole et c'est au cours de ces opérations que Hussein al Houthi est tué.
En janvier 2013, un cargo transportant des armes qui auraient été commandité par l'Iran est arraisonné en mer. L'Arabie saoudite dénonce fortement l'intervention de l'Iran mais à la même époque, personne ne parle des bateaux turcs qui livrent des armes aux Frères musulmans au sud.
En mars 2015, c'est le jeune prince héritier saoudien ben Salmane Al Saoud, âgé de 30 ans alors, qui obtient du roi d'intervenir, de lancer des bombardements, opération «  tempête décisive » en formant une coalition avec les Emirats arabes unis, le Qatar, l'Égypte, le Soudan, le Maroc, la Jordanie, le Koweït et le Bahreïn.
Le Qatar est exclu de cette coalition en juin 2017, dans le conflit qui les oppose à l'Arabie saoudite. L'Emirat d'Oman reste sagement en dehors de cette coalition. A l'évidence, à ce stade, l'Arabie saoudite est obnubilée par l'Iran et en intervenant au Yémen, qu'elle considère comme son arrière-cour, elle voit, à tort la main de Téhéran dans ce qui est en réalité un conflit interne au Yémen.
On a dit plus haut que l'opération « tempête décisive » avait été initiée par le jeune dauphin du Roi, ben Salmane, fils de la dernière épouse du Roi, qui voulait se faire reconnaître comme un chef de guerre charismatique afin de conforter son assise en Arabie saoudite.
Selon des informations, ce va-t'en guerre serait contesté en interne par de très nombreux chefs tribaux d'Arabie saoudite qui lui sont hostiles.
IV Le Yémen à l'O.N.U
La situation au Yémen a fait l'objet de nombreuses résolutions au Conseil de sécurité agissant en application du chapitre VII de la charte des Nations unies qui confère au Conseil de sécurité la possibilité de prendre des sanctions, voire user de la force militaire pour rétablir la paix.
La résolution 21-40 du 29 février 2014 a institué un comité, article 19, fixant des sanctions afin notamment de sanctionner les livraisons d'armes aux rebelles. Le Président Hadi est toujours aux yeux de la communauté internationale, le Président légitime même s'il n'a plus d'influence.
En parallèle, la résolution soutient la conférence du dialogue national sans exclusion comme le prévoit le Conseil de Coopération du Golfe afin de rédiger une nouvelle constitution établissant un État fédéral.
La résolution 22-14 du 14 avril 2015 reprend les dispositions de la résolution précédente tout en renforçant les sanctions à l'encontre notamment d'Abdallah Saleh, l'ancien Président, et soutient toujours le Président Hadi installé à Ryad.
A l'évidence, les décisions du Conseil de Sécurité apparaissent décalées par rapport aux réalités.
La « communauté internationale » part du principe que le seul Président légitime est le Président Hadi alors même qu'il n'a plus le contrôle du terrain et est rejeté par les Yéménites. De surcroît Al Qaida et des éléments de l'Etat islamique sont très présents dans le sud du Yémen.
V - Quelles solutions pour le Yémen
Il faut souligner qu'il y a une urgence, celle de pouvoir envoyer au Yémen des médicaments et de la nourriture pour faire face à la situation sanitaire déplorable notamment la propagation du choléra. Sur ce point précis, les États de l'Union européenne devraient se mobiliser et exiger des belligérants, la mise en place d'une intervention humanitaire.
De plus, il convient de reconsidérer la nature de cette guerre oubliée : les interventions extérieures essentiellement celles de la coalition internationale menée par l'Arabie Saoudite a transformé ce conflit interne en conflit international voyant dans les Houthis une tête de pont de l'Iran alors même qu'aucun combattant iranien ne se trouve au Yémen ce qu'attestent tous les experts.
Le premier pas pour aller à la paix est bien l'arrêt de l'intervention de la coalition internationale dirigée par l'Arabie saoudite avec le soutien des Etats-Unis.
La constitution d'un Etat fédéral est certainement la solution pour régler les problèmes des Yéménites entre eux à la condition toutefois, que les Houthistes puissent être satisfaits en ayant un accès à la mer. Pourquoi ne pas leur accorder et en donnant aussi satisfaction également à l'Arabie Saoudite qui souhaite pouvoir vendre son pétrole grâce à un oléoduc qui pourrait transiter par la province d'Hadramaout pour gagner le golfe d'Aden sans passer par le détroit de Bab-el-Mandeb qu'elle ne contrôle pas ?
Enfin, certains experts estiment d'une part que le Président Hadi n'a plus aucune chance d'être reconnu comme le Président légitime des Yéménites et que le fils de l'ancien Président Saleh, Ambassadeur retenu en résidence surveillée à Abu-Dhabi, Mohamed ben Abdellah Saleh pourrait être un candidat accepté par l'ensemble des Yéménites.
C'est d'ailleurs aux seuls Yéménites de décider de leur propre gouvernement en dehors de toute intervention étrangère mais en attendant une solution politique, il est urgent d'intervenir sur le plan humanitaire, le choléra et la famine gagnent du terrain chaque jour.

 

22/10/2017

Syrie : Les Forces Démocratiques Syriennes s'emparent de l'important gisement pétrolier d'Omar

Syrie 
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Les Forces Démocratiques Syriennes s'emparent de l'important gisement pétrolier d'Omar
Les Forces Démocratiques Syriennes (FDS), une alliance rebelle kurdo-arabe soutenue par les Etats-Unis, ont finalement gagné la course de vitesse qui l'opposait aux forces pro-gouvernementales pour le contrôle des importants gisements pétroliers et gaziers d'Omar. Les FDS ont annoncé avoir pris dimanche le contrôle, dimanche 22 octobre, de ce gisement pétrolier.
Le gisement d'al-Omar, sur la rive orientale de l'Euphrate, est l'un des principaux champs pétroliers du pays. Il était jusqu'ici tenu par les jihadistes de l'Etat islamique (Daech).
"Nos forces ont réussi à libérer ce gisement sans dégâts notables", a déclaré Lilwa al Abdallah, une porte-parole de l'offensive lancée dans la province de Deir ez-Zhor. Le gisement d'al-Omar est situé à une dizaine de kilomètres au nord de Mayadin, ville reprise mi-octobre à l'EI par les forces gouvernementales syriennes et leurs alliés.
Les FDS, à l'est de l'Euphrate, et les forces pro-Bachar el-Assad, sur l'autre rive, sont engagées dans deux offensives concurrentes contre l'EI. Des discussions entre la coalition sous commandement américain, qui appuie les FDS, et l'armée russe, qui soutient les forces du régime, ont régulièrement lieu pour éviter tout risque d'incidents.
Communiqué des FDS :
"Nos forces ont mené une opération militaire de grande envergure visant la concentration de mercenaires dans les champs de pétrole d'Omar aux premières heures de la matinée (22 octobre 2017) afin de venir à bout des mercenaires et de leur ôter l'occasion de commettre des actes de sabotage à cause de leurs défaites dans les régions libérées. Nos forces ont, par conséquent, libéré les anciens champs des militants et les ont chassés des champs avec peu de dégâts. 
Nos forces continuent à traquer les survivants qui se sont réfugiés dans le quartier d'hébergement des ouvriers adjacent aux champs où ils se sont mis à l'abri dans ces bâtiments, tandis que nos forces s'affrontent avec eux pour les expulser ou les éliminer 
Laila Al Abdullah, porte-parole officielle de la campagne Asefat AL-Jazeera."

Jean René Belliard

ptolemee@belliard74.com

20/10/2017

Syrie : Entremise russe entre les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) et le régime syrien pour réduire les tensions

Syrie 

Entremise russe entre les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) et le régime syrien pour réduire les tensions
La situation évolue très vite en Syrie. Les Américains veulent-ils éviter une évolution à l'irakienne entre FDS et armée gouvernementale comme cela est le cas entre Peshmergas et forces irakiennes ? Ou bien les Kurdes syriens, ayant constaté que les Américains n'avaient pas bougé le petit doigt pour éviter qu'ils se fassent écraser par l'armée irakienne? toujours est-il que les militaires russes ont encore une fois profité du soudain refroidissement entre la Coalition internationale dirigée par les USA et les forces kurdes, majoritaires au sein des FDS, pour jouer leur propre partition.
Les Forces Démocratiques Syriennes (FDS), jusqu'ici soutenues par les Etats-Unis, auraient remis le champ de pétrole de Tabiyah et ses installations voisines à l'armée loyaliste syrienne (AAS), suite à une visite de représentants syriens et russes dans la ville de Hassakah (Hasaké), contrôlée par les Kurdes des FDS. 
Selon les renseignements, des unités de l'Armée Arabe Syrienne (AAS), accompagnées de «Russes» non identifiés sont déjà entrées dans la zone pétrolière. Cependant, aucune photo ou vidéo confirmant ces affirmations n'est disponible en ligne. La situation reste donc encore incertaine. Dans le même temps, des rapports circulent selon lesquels des représentants des FDS pourraient se rendre, le 10 novembre, à une réunion organisée sur la base aérienne de Hmeimeim utilisée par les forces aériennes russes, dans la province de Lattaquié. Les parties sont conviées à discuter d'un certain nombre de questions pour parvenir à une désescalade des tensions entre l'AAS et les FDS.
Ces tensions se sont accrues depuis le mois de septembre, lorsque les FDS et l'AAS se sont lancées à une véritable course de vitesse dans la province de Deir ez-Zhor pour occuper les infrastructures pétrolières et gazières sur la rive orientale de l'Euphrate.
Et depuis le début de ces offensives concurrentes, les deux camps s'accusent mutuellement d'incidents qui pourraient conduire à un affrontement de grande échelle.
 
Jean René Belliard