09/08/2014

9 août 2014 – Guerres du Moyen Orient

Irak

L’occident choisit enfin ses « amis »
Les combats ont brutalement changé de dimension avec l’intervention de l’armée de l’air américaine. L’Occident semble enfin avoir compris qu’il lui fallait choisir ses « amis » ou « ses ennemis les moins dangereux » pour mettre un coup d’arrêt à une dérive confessionnelle folle qui risque d’emporter l’ensemble du monde moyen oriental dans une spirale de violences dont on a peine à prévoir les conséquences.
Les « amis » auquel les Américains ont choisi d’apporter toute l’aide nécessaire sont les Kurdes. Les Kurdes sont, avec les Israéliens et les Jordaniens, les « amis sans faille » de Washington dans la région. Les « ennemis les moins dangereux » sont les chiites, ce qui implique l’Iran et sans doute le Hezbollah. Ce que je veux dire c'est que les Etats-Unis en intervenant pour éviter que Bagdad et sans doute le Liban ne tombent entre les mains des Jihadistes de l'Etat Islamique, vont se retrouver de facto partie prenante dans le conflit sunnite-chiite, un conflit millénaire ! Il n'est pas sûr qu'un pays occidental, avec ses impératifs économiques, ait la puissance, la patience et le courage de prendre part à un tel affrontement. 

Kurdistan
Destruction par l’US air Force d’un canon mobile de l’EI :
https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&...

Syrie

Blackout sur les revers de l’armée nationale syrienne
Le régime de Bachar el-Assad maintient un blackout total sur les récents revers subis par son armée récemment. 
Au nord de Raqqa, les Jihadistes de l'Etat islamique ont pris le contrôle de la base du Régiment 93, après la capture de la base du Régiment 121, ne laissant au régime que la base aérienne de Taqba qui se trouve maintenant très menacée.
A Hama, plus au sud, les insurgés sont maintenant à quelques kilomètres de l'aéroport militaire de Hama où sont fabriqués les barils d’explosifs qui ravagent les zones rebelles depuis des mois.
A Damas, c’est le centre ville de Damas qui est à présent la cible des canons de la rébellion. Les insurgés se sont également approchés de l’aéroport de Damas au point de le menacer à son tour. Or cet aéroport est vital pour les forces d’Assad car c’est par lui qu’elles reçoivent les armes et les munitions en provenance d’Iran.
L’agence étatique d’information SANA parle seulement de combats dans la périphérie de Damas au cours desquels « un certain nombre de terroristes ont été éliminés ainsi que leurs outils criminels ».

Damas
Bombardement de Damas par des missiles Grad :
https://www.youtube.com/watch?v=N0i-hVeZv6s&feature=p...

Bataille de l’aéroport de Damas
Les rebelles livrent bataille à Ghazlania pour s’approcher de l’aéroport de Damas :
https://www.youtube.com/watch?list=UUnigacRk8PMRKK47soehL...

Frontière libano-syrienne
Les réfugiés syriens qui ont fui les combats d’Ersal, au nord est du Liban, ont été empêchés de rentrer en Syrie. Des réfugiés en grand nombre sont coincés dans le no man’s land entre les deux pays, ce qui risque de poser un énorme problème humanitaire :
https://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&a...

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

 

23:43 Publié dans Bachar el-Assad, Bagdad, Damas, Etat Islamique, Etats-Unis, Hama, Hezbollah, Irak, Iran, Israel, Kurdistan, Raqqa, Syrie | Lien permanent | Commentaires (1) | | | | |

08/08/2014

Irak/Syrie : les théâtres des guerres du Proche Orient

Irak

L’Etat Islamique vient de commettre deux erreurs stratégiques
Les Jihadistes de Daesh (Etat Islamique) viennent de franchir deux lignes rouges pour les occidentaux :
- Ils menacent plusieurs minorités confessionnelles, les Chrétiens, les Yazidis et les Chabaks, ce qui est la pire des fautes pour l’Occident.
- Ils menacent les riches régions pétrolifères du Kurdistan dont les droits d’exploitation sont la propriété de la société américaine Exxon.

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Les Kurdes ont-ils mis les Occidentaux, et notamment les Américains, devant leur responsabilité ?
Les conditions dans lesquelles est tombée la ville chrétienne de Qaraqosh, une localité de 50.000 habitants en majorité de confession chrétienne, sont assez curieuses.  Les Jihadistes sont arrivés dans la nuit du 6 au 7 août et ont pris possession de la ville après un brutal retrait des forces kurdes, entraînant avec eux la quasi-totalité de la population par crainte des Jihadistes.
Le même scénario s’est produit à Tal Kayf, une ville où vivent de nombreux chrétiens et des membres de la minorité chiite chabak. Là encore, les Jihadistes sont arrivés aux environs de minuit et n’ont rencontré aucune résistance.
Selon le patriarche chaldéen de Kirkouk et Souleimaniyeh, Louis Sako,  ce sont 100.000 chrétiens qui ont pris la fuite, n’apportant « rien d'autre que leurs vêtements sur eux ».  Il précise que les localités de « Tal Kayf, Bartella et Karamlesh » ont été « vidées de leurs habitants » sans que les forces kurdes n'opposent une quelconque résistance.

Un désastre humanitaire et culturel
« C'est un désastre humanitaire. Les églises sont occupées, leurs croix enlevées », et plus de 1 500 manuscrits ont été brûlés, a souligné Mgr Sako. « Nous lançons un appel avec beaucoup de douleur (...) au Conseil de sécurité de l'Onu, à l'Union européenne et aux organisations humanitaires pour qu'ils aident ces gens en danger de mort ». Et le patriarche a ajouté qu'il redoutait un « génocide ».

Pourquoi les Kurdes mettent-ils l’Occident au pied du mur ?
Les revers subis récemment par les forces kurdes sont d’autant plus surprenants que les Peshmergas sont considérés comme de loin les plus efficaces et les mieux organisés.
Le problème est que les forces kurdes se sont brutalement retrouvées étirées par le soudain écroulement de l’armée irakienne lors de la guerre éclair des Jihadistes en juin 2014. Les Kurdes avaient profité de la confusion pour élargir leur territoire de près de 40%.
Du coup, les Peshmergas se retrouvent avec une étendue bien plus importante à contrôler et ils se révèlent démunis en combattants, en moyens militaires et en finances pour faire face à leur nouveau défi.
Conséquence : les peshmergas ont subi plusieurs revers majeurs début août face aux insurgés, perdant coup sur coup plusieurs villes à la frontière syrienne, en particulier Zoumar et Sinjar, ainsi que deux petits champs pétrolifères.
Pour faire face au manque de combattants, les Peshmergas peuvent compter sur l’arrivée massive de militants kurdes d’autres régions. Les Peshmergas d'Irak, les combattants du PYD de Syrie et du PKK de Turquie ont uni leurs forces dans une rare alliance pour faire face aux jihadistes dans le Nord irakien. Les trois groupes avaient pourtant des  relations tendues mais ils ont mis leurs différends de côté dans une sorte d'union sacrée contre la menace jihadiste. C’est ainsi que les Kurdes venus de Syrie et de Turquie « sont chargés de combattre » les jihadistes « dans la région de Rabia et de Sinjar », à l'ouest de Mossoul, a déclaré hier Hallo Penjweny, haut responsable du parti de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK).
Pour les moyens militaires et financiers, la seule solution était de faire appel aux Etats-Unis, d’où, sans doute, ce retrait tactique des forces kurdes pour mettre les Occidentaux au pied du mur.

Il y avait urgence car les Jihadistes de l’Etat Islamique se sont beaucoup renforcés
Les Jihadistes disposent depuis leur offensive éclair de juin et la débandade de l’armée irakienne de chars, de humvees, de missiles et d’autres armements lourds pris à leurs adversaires. Ce matériel, souvent de fabrication américaine, a transformé les capacités militaires de l'EI.
Ce matériel est tombé entre les mains de combattants aguerris par des mois de guerre en Syrie. Ils ont acquis la réputation de combattants sanguinaires n’ayant pas peur de la mort, ce qui contribue à effrayer leurs ennemis.
Les chefs de l’Etat Islamique ont jusqu’ici poursuivi une stratégie infaillible : Ils ont privilégié les zones sunnites où ils savaient trouver des soutiens, des infrastructures stratégiques ou des endroits faiblement défendus, évitant ainsi des pertes minimes.
Leur avancée a été fulgurante, couvrant des distances énormes mais il faut savoir que la majorité des régions conquises sont désertiques, ce qui a facilité leur progression tant que la force aérienne n’était pas massivement utilisée contre eux.
La mise en scène de leur extrême brutalité démoralise leurs adversaires et leur permet de s'emparer de villes entières sans rencontrer de résistance. C’est la raison pour laquelle l’Etat Islamique diffuse en permanence des photos d'ennemis décapités.

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Le président Barak Obama donner l’ordre d’intervenir à son aviation
Le président Obama a bien entendu le message kurde. Et cette fois, il s’est empressé de réagir, autorisant des tirs ciblés de drones sur des cibles jihadistes. A peine avait-il pris et annoncé sa décision que deux chasseurs bombardiers américains F/A 18 ont largué des bombes de 250 kilos sur une pièce d'artillerie mobile de l'Etat Islamique qui bombardait des forces kurdes à Erbil, dans le Kurdistan irakien. La justification donnée par le porte-parole du Pentagone, l'amiral John Kirby, est que ces tirs menaçaient des personnels américains basés dans la ville.
De nouvelles frappes américaines avaient lieu vers 17 heure. Un drone éliminait des Jihadistes servant un mortier. Vers 18h20, quatre chasseurs larguaient un total de huit bombes qui ont neutralisé un convoi et un mortier près d'Erbil, la capitale du Kurdistan irakien.

Hollande menace aussi
La France est "prête à prendre toute sa part" dans l'aide aux populations civiles victimes des "exactions intolérables" de l'Etat islamique en Irak, a affirmé l'Elysée dans un communiqué vendredi 8 août 2014.
François Hollande "s’est félicité de la décision importante prise par le Président (Barack) Obama d'autoriser des frappes aériennes ciblées afin de contrer l'Etat islamique ainsi que de mettre en oeuvre un effort humanitaire" "impérieux et urgent". "La France va examiner avec les Etats-Unis et l'ensemble de ses partenaires les actions qui pourraient être menées afin d'apporter conjointement tout le soutien nécessaire pour mettre un terme aux souffrances des populations civiles. Elle est prête à y prendre toute sa part", ajoute le texte.

Syrie

Raqqa (Nord syrien)
Les jihadistes de l'Etat islamique (EI) se sont emparés dans la nuit du jeudi 7 au vendredi 8 août de la base de la Brigade 93, une importante base de l'armée syrienne dans la province septentrionale de Raqqa. 300 soldats d’Assad auraient été tués et plus de 100 capturés. Les Jihadistes de l’Etat Islamique ont mis en ligne, comme ils en ont l’habitude pour effrayer leurs adversaires, la décapitation de soldats morts.
La chute de la base a été soudaine. L’opération a débuté par un triple attentat suicide suivi par de violents combats.
Le régime de Damas ne tient plus désormais qu'une seule position dans la province de Raqqa, l'aéroport de Tabqa.
Cette vidéo tournée par l'Etat Islamique fait un tour de la base de la Brigade 93 qui montre la quantité de matériel sur lequel les Jihadistes ont encore mis la main :
https://www.youtube.com/watch?v=trp0HAX7E5c&list=UUni...

Alep
Une nouvelle vidéo mise en ligne le 5 août par la brigade Zanki concerne l’utilisation d’un missile antichar Tow pour détruire un char de l’armée d’Assad. La scène se déroule dans la cité industrielle au niveau de l’usine de carton :
https://www.youtube.com/watch?v=MPfc80JxAq0&list=UUtk...
Et une autre le 6 août :
https://www.youtube.com/watch?list=UUtkgK9TNy-izDXpixqz_8...

Damas
Le front est pratiquement stabilisé devant Damas comme le montre cette vidéo (côté rebelles) mise en ligne le 7 août 2014 :
https://www.youtube.com/watch?v=ZY3_EomsUGc&list=UUni...
La capitale syrienne est désormais la cible quotidienne d'obus et de roquettes tirés par les rebelles du Front Islamique (pro-saoudien). 21 personnes ont perdu la vie à Damas au cours de ces derniers jours. Les rebelles tirent des obus à partir de leurs fiefs de la Ghouta orientale et du quartier de Jobar situé à la périphérie de Damas où les combats de rue font penser à ceux qui se déroulaient à Stalingrad.
Abdel Rahmane al-Chami, un dirigeant de Jaish al-Islam (l’armée de l’Islam), l’une des plus importantes organisations rebelles du Front Islamique, explique que les tirs sont « une réponse à l'escalade des bombardements » du régime contre les zones tenues par la rébellion. Jaish al-Islam et Ajnad al-Cham (les soldats de Syrie), une autre formation rebelle, bombardent la capitale avec des obus de 107 et 120 mm le palais présidentiel dans le quartier Malki au cœur de Damas, les bâtiments de la sécurité et d'autres bâtiments militaires à Kfar Soussé et à Mazzé 86, à l'Ouest de la capitale.
Cette vidéo montre les rebelles de Ghouta orientale tirant au canon sur le centre de Damas :
https://www.youtube.com/watch?v=M9AA_-jm-Do&list=UUni...
De son côté, l’aviation militaire d’Assad vient régulièrement bombarder Douma, une ville au nord-est de la capitale et fief de Jaish al-Islam, ainsi que les localités de Kafar Batna, à l'est de Damas et Mleiha.
Cette vidéo mise en ligne le 6 août montre un bombardement de l’aviation syrienne sur le quartier rebelle de Jobar :
https://www.youtube.com/watch?v=xU26md8XWJE&feature=p...

Aéroport de Damas
Les insurgés du Front islamique (pro-saoudien) ont saisi un territoire à l'ouest de l'aéroport de Damas. Ils se sont emparés de positions proches des usines près de Ghazlania, une ville qu’ils cherchent à capturer et qui se trouve à proximité de Hatitat al-Turkman.
Leur objectif est d’encercler l'aéroport pour entraver l’arrivée d’armes et de munitions en provenance d’Iran. Ils veulent également couper les routes principales, ce qui limiterait les opérations de l'armée d'Assad entre la Ghouta occidentale et la Ghouta orientale.
Cette vidéo montre un blindé des rebelles en action dans les environs de l’aéroport :
https://www.youtube.com/watch?v=jDIYzKBR1tI&feature=p...

Côte méditerranéenne
Un front que l’on a tendance à oublier, celui de la côté méditerranéenne. Cette vidéo mise en ligne le 6 août montre un char de l’Armée Syrienne Libre en action dans le jebel al-Akrad (la montagne des Kurdes). Le char tire sur une position des soldats d’Assad :
https://www.youtube.com/watch?v=vnb3BOFQunI&list=UUni...

Deir ez-Zhor
La province de Deir ez-Zhor, à l’est de la Syrie, est pratiquement sous le contrôle des Jihadistes de l’Etat islamique. Ceux-ci se livrent depuis à des exécutions arbitraires en grand nombre. Cette vidéo montre l’arrestation de 20 hommes à un barrage de l’EI. Les malheureux seront amenés pour être exécutés :
https://www.youtube.com/watch?list=UUXlQjCFr2NXJK-wLqsTFU...

ISLAMIC-STATE-DEIR-EZ-ZOR-EXECUTIONS-e1407482368420.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Divers

Cette vidéo kurde tourne en dérision les Jihadistes de l’Etat Islamique et leur cruauté aux barrages routiers :
https://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&a...

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

 

07/08/2014

De curieux évènement au Liban

Les jihadistes enhardis par leur succès en Irak
On savait que les succès des jihadistes de l’Etat islamique en Irak et en Syrie allaient galvaniser leurs frères se battant à la frontière entre le Liban et la Syrie. Depuis quelque temps déjà, on avait constaté que des éléments de l’Etat Islamique (Daesh) avaient rejoint la région montagneuse du Qalamoun, à la frontière libanaise, pour se battre aux côtés des jihadistes du Front al-Nosra avec lesquels ils sont à couteaux tirés dans toutes les autres régions de Syrie. Ceci explique, d’ailleurs, la raison pour laquelle, depuis quelques semaines, les forces d’Assad et le Hezbollah essuyaient revers sur revers au prix d’importantes pertes humaines. On avait constaté ces faits sans en tirer une quelconque analyse.

L’objectif des jihadistes de l’Etat Islamique : créer un émirat islamique au Liban
Les Jihadistes de l’Etat Islamique auraient reçu pour mission du calife Ibrahim (Abou Baker al-Baghdadi) de créer un « émirat du Liban » qui devrait couvrir Ersal, Baalbeck, la Békaa-Ouest, le Akkar, Tripoli et éventuellement s'étendre du côté de l'Iqlim el-Kharroub. Le leader druze, Walid Joumblatt, devait avoir eu vent de ce projet et c’est sans doute la raison pour laquelle il avait lancé, il y a peu, un véritable cri d’alarme.
Si ce scénario se révèle exact, cela signifierait que la soudaine attaque des jihadistes à Ersal ne serait pas une simple réaction à l’arrestation d’un chef islamiste, mais bien l’exécution d’un vaste plan. Ce plan s’inscrirait dans l’ensemble des développements qui ont lieu actuellement en Syrie et en Irak. C’est aussi la raison pour laquelle les incidents se sont étendus très rapidement à la ville de Tripoli au Nord Liban.

Le Hezbollah pourrait avoir « piégé » l’armée
Les doutes à ce sujet sont fondés sur les mystères de l’arrestation d’un chef jihadiste, Imad Ahmad Jomaa, à un barrage de l’armée alors qu’il transportait vers un hôpital de la ville libanaise d’Ersal un membre de son groupe armé, blessé au cours de combats dans le Qalamoun syrien. Visiblement, les militaires qui ont arrêté Jomaa ne connaissaient rien de l’importance de leur prisonnier. C’est la raison pour laquelle ils ont été surpris par l’ampleur de l’attaque de représailles jihadiste.
Alors comment ont-ils pu arrêter cet homme puisqu’ils ne le connaissaient pas et que celui-ci circulait avec de faux papiers ? Tout simplement parce qu’ils ont reçu une "information" des services de renseignement du Hezbollah.
Le parti chiite avait tout à gagner à provoquer un affrontement entre l’armée libanaise et les Jihadistes. Cela mettait de facto les soldats libanais de leur côté dans la bataille qui oppose la milice chiite libanaise aux Jihadistes dans le Qalamoun.
Et surtout, cela lui permettait de reprendre pied dans un secteur qui échappait totalement à son contrôle, le jurd de Ersal, un secteur d’une importance stratégique primordiale pour parvenir à chasser définitivement les rebelles syriens du Qalamoun.

Ce n’est pas la première fois que le parti chiite « piège » l’armée libanaise
Ce n'est pas la première fois que le Hezbollah « piège » l'armée en la mettant dans une situation où elle se retrouve sans le vouloir du côté de la milice chiite. Dernièrement, il y a eu les affrontements à Abra (banlieue de Saïda) entre les soldats et les Islamistes de Cheikh Assir qui réclamaient simplement l’évacuation des combattants du Hezbollah des positions qu’ils occupaient à côté de la place-forte des Islamistes. Il y avait eu également un bref et meurtrier incident entre l’armée libanaise et les soldats de Tsahal au moment même où Hassan Nasrallah devait s’adresser au peuple libanais pour le convaincre des bienfaits de l’union « peuple-armée-résistance ». Les combats entre l'armée libanaise, appuyée par le Hezbollah et l'armée israélienne valaient mieux qu'un discours !

Le parti chiite piège les musulmans libéraux
En provoquant une véritable guerre entre l’armée et les Jihadistes sunnites, c’est toute la communauté sunnite qui se retrouvait du côté des ennemis de l’armée. Aujourd'hui, après ce qui s'est passé à Ersal, tous les Libanais sont appelés à afficher leur soutien à l’institution militaire…et par voie de conséquences au Hezbollah autoproclamé « la résistance ».

Même la communauté internationale se retrouve piégée
L’Arabie saoudite et la France avaient promis des armes à destination de l’armée libanaise. Elles n’ont pas encore été livrées uniquement parce que certains « intermédiaires » veulent des assurances sur le paiement de leur commission. Mais en livrant ces armes à l’armée libanaise, on se retrouverait automatiquement du côté du Hezbollah chiite et de Bachar el-Assad contre les Jihadistes syro-libanais. Difficile de reconnaître ses amis et ses ennemis entre Jihadistes et Hezbollahis. Sans compter qu’Israël va très certainement rappeler à ses « amis français» qu’ils sont en train de rompre des accords bilatéraux.

Un nouveau drame pour les réfugiés syriens
Un grand nombre de civils et de combattants syriens avaient trouvé refuge dans des camps de réfugiés installés à Ersal après les succès militaires du Hezbollah et des soldats d’Assad dans le Qalamoun. On estime le nombre des réfugiés entre 120.000 et 140.000 alors que la population de la ville ne comptait que de 30 à 40.000 habitants. Un poids énorme pour les autorités d’Ersal. Mais aussi un risque important pour le Hezbollah qui savait qu’un grand nombre de combattants parmi les réfugiés n’avaient qu’une idée en tête : en découdre avec les miliciens chiites.
Il suffisait d'une étincelle pour allumer le feu et c’est le Hezbollah qui semble l’avoir allumée en provoquant l’arrestation de ce chef jihadiste par l’armée libanaise.

Mon ami Nabil Halabi légèrement blessé
Mon ami Nabil Halabi, directeur de l’Institut libanais pour la démocratie et les droits de l’homme, était précisément à Ersal avec des dignitaires sunnites pour tenter de trouver une solution au conflit et s’assurer que les civils syriens, réfugiés à Ersal, et qui n’ont rien à voir avec les évènements, ne seraient pas maltraités. Il semble que 200 d’entre eux aient perdu la vie au cours des combats.  
https://www.youtube.com/watch?v=i-K_hOaigT4&feature=p...

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l’enfer des espions