09/11/2017

Les forces pro-régime ont repris Boukamal, la dernière ville aux mains de l'EI en Syrie

Syrie 
Boukamal
Les forces pro-régime ont repris Boukamal, la dernière ville aux mains de l'EI en Syrie
L'armée syrienne et ses alliés ont repris la localité de Boukamal, dernier bastion urbain de l'Etat islamique (Daech) en Syrie, a annoncé mercredi 8 novembre un commandant de l'alliance soutenant le président Bachar el-Assad.
La reconquête de la ville de la province de Deir ez-Zhor, frontalière de l'Irak, a notamment été menée par des centaines de combattants du Hezbollah et des forces de Mobilisation populaire (Hached al-Chaabi), puissante coalition de milices chiites irakiennes armées et entraînées par l'Iran, a-t-il précisé. "Le dernier bastion de Daech, Boukamal, a été libéré", a déclaré cet officier étranger. Le Hezbollah a été "le socle de cette bataille", a-t-il ajouté.
Dans notre newsletter du 8 novembre, nous avions rapporté que des combattants des Hached al Chaabi avaient pour la première fois franchi la frontière pour participer à l'offensive.   
Les combats se poursuivent à la périphérie de la ville
L'Armée Arabe Syrienne (AAS) tentent à présent de consolider leur présence dans la ville, la sécuriser en recherchant les jihadistes qui pourraient encore s'y trouver et procéder au déminer. L'armée est dans Boukamal mais les jihadistes ne sont pas loin. Ils contrôlent certains points dans la zone désertique au nord de la ville et pourraient utiliser un vaste réseau de tunnels souterrains pour mener des contre-attaques. D'ailleurs, au cours de la journée du 9 novembre, les troupes pro-gouvernementales ont été engagées dans divers affrontements dans la région de Boukamal.  
L'armée syrienne a libéré la base aérienne de Hamdan au nord de Boukamal
L'armée arabe syrienne, soutenue par des forces alliées, a attaqué les positions de l'État islamique sur la base aérienne (désaffectée) de l'académie militaire de Hamdan, au nord de Boukamal.  (Voir plus bas à "rappel pour la base aérienne de Hamdan - un fiasco américain") 
L'Iran s'enorgueillit de la "ligne de résistance" allant de Téhéran à Gaza
L'intervention de plus en plus ostensible de l'Iran et de ses alliés dans le conflit syrien rend furieux les puissances sunnites voisines, dont l'Arabie saoudite qui a accusé ces derniers jours Téhéran de déstabiliser la région.
En pied de nez à Riyad, Ali Akbar Velayati, principal conseiller du guide suprême de la République islamique, l'ayatollah Ali Khamenei, a vanté mercredi lors d'une visite à Alep les bienfaits de la "ligne de résistance" chiite allant de Téhéran à la bande de Gaza en passant par l'Irak, la Syrie et le Liban.
La chute de Boukamal met pratiquement fin à l'existence territoriale de l'Etat islamique 
Ces derniers mois, l'EI a subi revers après revers en Syrie et en Irak où il ne reste désormais aux forces irakiennes qu'à s'emparer de la localité de Rawa et des environs désertiques dans la province occidentale d'al-Anbar, frontalière de la Syrie, pour en finir avec les jihadistes en Irak.
En Syrie, la chute de Boukamal met pratiquement fin à l'existence territoriale de l'Etat islamique. Daech ne contrôle plus en Syrie que quelques petites localités et des zones désertiques dans la province de Deir ez-Zhor.
L'EI s'était emparé de la quasi-totalité de Deir ez-Zhor et de sa province riche en pétrole en 2014, profitant du chaos engendré par la guerre en Syrie.    
Mais malgré ses défaites, l'EI parvient à frapper en menant des attentats sanglants. Samedi 5 novembre, au moins 75 civils ont été tués dans un attentat à la voiture piégée commis par le groupe jihadiste dans la province de Deir ez-Zhor. 
La défaite de l'EI en Syrie ne met pas fin à la guerre  
La défaite du groupe jihadiste ne marque pas, cependant, la fin du conflit en Syrie, dont le président Bachar el-Assad a promis la reconquête de l'ensemble du territoire, un credo repris mercredi par Ali Akbar Velayati. Les forces gouvernementales syriennes, également appuyées par l'aviation russe, ont désormais face à elles plusieurs groupes armés soutenus par les Etats-Unis et la Turquie, notamment les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) qui contrôlent plus d'un quart de la Syrie. Une proche conseillère de Bachar el-Assad a déclaré que les troupes américaines et turques présentes en Turquie étaient des forces d'invasion.
Le conflit en Syrie a laissé le pays exsangue
Le conflit en Syrie a laissé le pays exsangue et morcelé entre différents belligérants dont certains étrangers venus en renfort de camps adverses. Il a fait plus de 330.000 morts et poussé des millions de Syriens à l'exil. 
Des dizaines de milliers de personnes ont été déplacées par les combats dans la province de Deir ez-Zhor, nombre d'entre eux vivant dans des conditions difficiles dans des camps installés dans le désert. Selon Linda Tom, du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) à Damas, quelque 120.00 personnes ont été déplacées ces dernières semaines.   

Jean René Belliard

ptolemee@belliard74.com

08/11/2017

L'Etat islamique fait l'éloge posthume d'un membre important du Mouvement islamique d'Ouzbékistan (MIO) tué en Irak

Ouzbékistan 
MIO
L'Etat islamique fait l'éloge posthume d'un membre important du Mouvement islamique d'Ouzbékistan (MIO) tué en IrakAbdul-Hakim-al-Tatari.png
Dans la dernière parution de son bulletin Al Naba, l'Etat islamique a fait l'éloge d'un combattant tatare russe mort en combattant à Baiji, en Irak, quelques jours seulement après son arrivée sur le champ de bataille.
Avant de rejoindre l'État islamique, ce jihadistes avait fait une longue carrière au sein du Mouvement Islamique d'Ouzbékistan (MIO.  
Un Tatar âgé de 53 ans 
Selon le bulletin, Abdul Hakim al Tatari était âgé de 53 ans, ayant femme et enfants. Il avait rejoint le MIO il y a près de 15 ans après avoir quitté la Russie. On ne sait pas de quelle région de Russie il était originaire, cependant, sa kunya suggère qu'il était d'ethnie Tatar.
La plupart des Tatars de Russie vivent au Tatarstan et au Bachkortostan. 
Selon Al Naba, al-Tatari
aurait combattu aux côtés du MIO dans les zones tribales pakistanaises avant de rejoindre l'État islamique en 2015 avec une grande partie du groupe. 
L'émir du MIO, Usman Ghazi, avait fait allégeance à Abou Bakr al Baghdadi et  rejoint le groupe jihadiste Wilayat Khorasan, appartenant à l'Etat islamique. Peu après avoir rejoint l'État islamique, les partisans de Ghazi s'étaient joints à d'autres combattants de l'État islamique dans la province de Zabul, en Afghanistan, s'affrontant aux Talibans. Beaucoup de membres de l'Etat islamique, parmi lesquels Ghazi, ont été tués au cours d'affrontements avec les talibans. Mais des dissidents du MIO sont toujours en Afghanistan et se battent aux côtés des Talibans et d'al-Qaïda.
A noter que le chef du Parti Islamique du Turkistan critique le califat "illégitime" de l'Etat islamique et la faction du Mouvement Islamique d'Ouzbékistan qui a rejoint l'EI. 
Peu de temps après avoir rejoint Wilayat Khorasan, Al Tatari a gagné la Syrie avec sa femme, ses enfants et d'autres membres du groupe. Pour gagner la Syrie, le groupe est passé par le Waziristan, au Pakistan, en Afghanistan, puis de nouveau au Pakistan avant d'entrer en Iran et en Turquie.
De Turquie, Tatari est entré en Syrie après un voyage de deux mois. 
Le groupe a payé environ 2 000 $ par personne pour faire le voyage et payer les documents nécessaires.
Le groupe aurait changé de véhicules près de 50 fois et marché pendant des dizaines de kilomètres. 
Selon Al Naba, Al Tatari a demandé à être transféré en Irak quatre jours après son arrivée en Syrie et a rejoint les jihadistes combattant dans la ville de Baiji. C'est là qu'il a été tué au combat.
Le bulletin ne donne pas la date exacte de sa mort, mais la ville a été reprise par l'armée irakienne et diverses milices soutenues par l'Iran en octobre 2015. 
Al Naba a déjà publié la nécrologie de plusieurs militants morts en Irak ou en Syrie. Par exemple, Abou Omar al Turkistani, ancien commandant du Jihad islamique, tué par la frappe d'un drone américain en Syrie après avoir rejoint une unité d'Asie centrale affiliée à al-Qaïda à Edleb.

 

02/11/2017

Le financement du terrorisme par Jacques Myard

Jihad global
Grece
Le financement du terrorisme 
(Jacques Myard)
(Jacques Myard est intervenu à l'invitation de l'association de presse européenne pour le monde arabe (A.P.E.M.A), le 25 octobre 2017, à l'occasion du colloque sur le financement du terrorisme à Madrid au siège de la délégation de l'union européenne)
Le code pénal français définit dans son article 421-1 le terrorisme de la manière suivante :
«  Constituent des actes de terrorisme, lorsqu'elles sont intentionnellement en relation avec une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l'ordre public pas l'intimidation ou la terreur, les infractions suivantes :
1°) Les atteintes volontaires à la vie, les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, l'enlèvement et la séquestration, ainsi que le détournement d'aéronef, de navire ou de tout autre moyen de transport, définis par le livre II du présent code ;
2°) Les vols, les extorsions, les destructions, dégradations et détériorations, ainsi que les infractions en matière informatique définis par e livre III du présent code ;
3°) Les infractions en matière de groupes de combat et de mouvements dissous définies par les articles 431-13 à 431-17 et les infractions définies par les articles 433-6 et 441-2 à 441-5 ;
4°) Les infractions en matière d'armes, de produits explosifs ou de matières nucléaires définies par le I de l'article L 1333-9 et suivantes du code de la défense ;
5°) Le recel du produit de l'une des infractions prévues aux 1° et 4° ci-dessus ;
6°) Les infractions de blanchiment prévues au chapitre IV du titre II du livre III du présent code ;
7°) Les délits d'initié prévus à l'article L.465-1 du code monétaire et financier.».
Cette définition de la loi pénale française est la plus objective possible. Elle prend acte de la volonté des terroristes de vouloir renverser l'ordre public existant par la violence.
Si la définition française du Code pénal part des faits : l'emploi de la force pour renverser l'ordre existant, force est de constater qu'il n'existe aucune définition universelle du terrorisme.
On en recense plus d'une centaine mais il y a un caractère permanent qui réside dans la guerre asymétrique du faible radicalisé face à l'ordre établi.
Sans vouloir jouer la provocation, le terroriste n'a qu'un défaut celui d'échouer, s'il réussit il devient alors un mouvement de résistance qui a réussi.
Nelson Mandela, Menahem Begin, Yasser Arafat ne sont-ils pas d'anciens terroristes qui ont « réussi » ? Même si certaines personnes pensent qu'ils ne l'ont jamais été au nom de la cause défendue.
On ne peut qu'être d'accord avec François Bernard Huygue : «  le terrorisme en soi n'existe pas : ce n'est pas un système d'idées comme le marxisme ou la capitalisme mais une méthode de combat. C'est une stratégie. »
Le terrorisme de l'Etat islamique
Nous faisons face aujourd'hui au terrorisme de l'Etat islamique connu sous l'acronyme arabe de Daech. Mais il n'est pas le seul et al-Qaïda, organisation terroriste concurrente de Daech est toujours active.
Le 29 juin 2014, à Mossoul, Abou Bakr el-Baghdadi se proclame Calife dans la ligne du prophète et crée ainsi une sorte de proto-Etat.
Il convient de rappeler que le Califat avait été aboli le 3 juin 1924 avec la fin de l'empire Ottoman.
Le Califat ou proto-Etat a régné sur plus de 70 000 KM2 de territoire en Syrie et en Irak. Les experts ont estimé son budget à environ 2 milliards d'euros.
Ses ressources sont celles d'une autorité qui contrôle un territoire, des habitants, des ressources naturelles. L'Etat islamique a mis en place un système fiscal avec une véritable administration pour lever des impôts, taxes, redevances.
Ses ressources internes sont aussi constituées de la prise de guerre des dépôts de la banque centrale en Irak, à Mossoul de l'ordre de 450 à 500 millions de dollars. Puis l'Etat islamique a commercialisé du pétrole avec un prix de baril défiant toute concurrence à 15-20 dollars le baril, le trafic annuel a été estimé entre 250 à 600 millions de dollars, comme pour le gaz, 350 millions de dollars, ainsi que la vente d'un certain nombre de produits agricoles et notamment céréaliers.
Mais au-delà de ce trafic des ressources naturelles, l'Etat islamique a aussi utilisé les prises d'otages pour obtenir des rançons et le trafic d'œuvres d'arts, même si dans ce domaine il n'est pas le seul trafiquant du Proche et Moyen-Orient.
Mais, Daech ne tire pas ses revenus que de ressources internes. On estime en effet qu'il a reçu des aides directes de certaines grandes familles du Proche et du Moyen-Orient, des pays du Golfe et des fonds collectés par des candidats au Jihad. Il a bénéficié de multiples micro-flux de dons obtenus par de nombreux moyens, y compris des envois par Western union et système de l'Hawala, cet ancêtre de la lettre de change des banquiers génois ; des cartes prépayées dont certaines aux Etats Unis peuvent stocker jusqu'à un million de dollars.
Sur tous ces points on peut lire avec intérêt le rapport d'information de l'Assemblée nationale n° 3964 de J.F Poisson et Kader Arif ( juillet 2016), auquel j'ai participé.
Le système de financement d'al-Qaïda - en dehors des ressources internes propres au Califat de Daech - est très similaire et a bénéficié de nombreux soutiens et dons de familles des pays du Golfe.
Le terrorisme de voisinage
Mais aujourd'hui le financement du terrorisme change de nature avec ce que l'on doit appeler le terrorisme de voisinage qui ne fait plus l'objet d'opérations complexes préparées avec soin à travers de multiples relais.
On assiste en effet à la naissance d'un nouveau terrorisme animé de la même idéologie bénéficiant de soutiens en réseau - il n'existe pas de loup solitaire - mais agissant avec des moyens « modestes ». C'est la location d'un simple camion ou voiture (Nice, Berlin, Londres, New York), ou l'utilisation d'un simple couteau de cuisine d'un assassin qui frappe au hasard dans la rue comme à Marseille.
La question du financement ne se pose malheureusement plus à ce niveau de mobilisation de moyens rudimentaires, c'est le terrorisme de la 5ème colonne.
Dans ce cas, on constate que des individus peuvent se radicaliser et passer à l'acte en l'espace de quelques semaines, et échapper à la vigilance des services spécialisés.
Comment lutter contre les réseaux de financement
Le terrorisme organisé, planifié par Daech représente toujours malgré ses revers sur le terrain en Irak et en Syrie un réel danger, tout comme Al-Qaïda. Les Etats occidentaux ont mis en place de nouveaux moyens pour identifier des mouvements de flux financiers suspects.
Tracfin
En France notamment, la loi du 3 juin 2016 contre le crime organisé et le terrorisme a renforcé les moyens de Tracfin. Tracfin a été créé par la loi du 12 juillet 1990, à la suite du G7 de juillet 1989.
Tracfin signifie : Traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins. Sa mission est de lutter contre le blanchiment d'argent et le financement du crime organisé dont le terrorisme.
Tracfin agissait jusqu'alors sur des signalements des banques qui ont l'obligation d'informer Tracfin des mouvements douteux.
Désormais, Tracfin peut signaler aux banques de surveiller tel ou tel profil d'individu ou de société.
Il met ainsi en place une surveillance des personnes à risques.
Les paiements anonymes
- la loi a abaissé de 3000 à 1000 euros le paiement en espèce pour les résidents français
- l'opération de change anonyme a été abaissée de 8000 à 1000 euros
- tout retrait ou dépôt de plus de 10000 euros par mois est signalé à Tracfin
- tout dépôt de 50 000 euros doit justifier sa provenance.
cartes prépayées
La loi française du 3 juin 2016 a limité la capacité d'une carte prépayée à 250 euros et elle ne peut plus être alimentée en espèces.
Malheureusement, ces règles rigoureuses ne sont pas toujours adoptées par d'autres Etats, notamment aux Etats-Unis.
La lutte contre le financement du terrorisme, ressources internes et externes , ne suffit pas.
Il faut aussi lutter contre la diffusion de l'idéologie qui est une idéologie mortifère, eschatologique, et totalitaire.
L'Etat islamique a su notamment parfaitement s'adapter aux nouveaux moyens de communication en réseau tel internet, grâce à la diffusion de magazines , en une dizaine de langues, très structurés comme Dabiq, Dar Al Islam, en langue française.
De la même manière, les réseaux comme Twitter et Facebook ne réagissent pas toujours assez rapidement aux diffusions de vidéos mis en ligne par Daech qui maîtrise leur utilisation pour sa propagande.
Il a fallu plus de 11 heures à Facebook pour supprimer la vidéo des massacres perpétrés par les terroristes à Paris au Bataclan le 13 novembre 2015.
De surcroît, les Etats-Unis répugnent à fermer les sites hébergeurs installés chez eux au nom du 1er amendement qui garantit la liberté d'expression.
Néanmoins, la loi française du 13 novembre 2014 sanctionne lourdement toute apologie du terrorisme sur internet, 7 ans de prison et 100 000 euros d'amendes.
De surcroît , Daech maîtrise également la communication cryptée et donne des conseils bien précis à ses adeptes et recommande l'utilisation du logiciel «  Telegram » qui semble pour l'instant incassable aux services spécialisés.
Conclusion
La question du financement du terrorisme reste une question d'importance pour lutter contre un mouvement criminel qui veut imposer la charia, mais son idéologie franchisée et diffusée par des fanatiques prosélytes dépasse très largement aujourd'hui la question du financement. Il s'agit bien de livrer bataille sur le plan idéologique à ce qui apparaît être une véritable secte islamique.
Relevons enfin que les programmes de déradicalisation sont loin d'être efficaces en revanche l'action individuelle et personnalisée mais surtout préventive peut permettre d'enrayer la radicalisation elle-même.