13/10/2017

Nouveau conflit en Irak ? l'armée irakienne avance en direction de Kirkouk

Irak
Kirkouk
Nouveau conflit en Irak ? l'armée irakienne avance en direction de Kirkouk
Les forces gouvernementales irakiennes, notamment la 9ème division, se sont mises en mouvement, vendredi 13 octobre, dans le sud de la province de Kirkouk, reprenant des positions occupées depuis trois ans par les combattants kurdes. Cette province pétrolière du nord de l'Irak est revendiquée par le Kurdistan autonome.
Face à elles, des milliers de combattants kurdes (peshmergas) étaient prêts à "défendre" leurs positions, selon les autorités kurdes, en crise ouverte avec le gouvernement central depuis la tenue le 25 septembre de leur référendum d'indépendance contre l'avis de Bagdad.
"Les forces armées irakiennes avancent pour reprendre (aux peshmergas) les postes militaires dont ils se sont emparés lors des événements de juin 2014", dans le chaos créé par la percée jihadiste, a indiqué à l'AFP un général des forces armées irakiennes qui s'exprimait sous le couvert de l'anonymat depuis une position au sud de la ville de Kirkouk.
Il a indiqué que les forces gouvernementales faisaient mouvement vers le sud de la province. Elles ont repris "vendredi matin la Base-102, à l'ouest de la ville de Kirkouk, près de l'autoroute menant à Tikrit, désertée sans combat par les peshmergas" dans la nuit, a-t-il poursuivi.
Cheikh Jaafar Moustafa, commandant peshmerga dans la province de Kirkouk, a indiqué lors d'une conférence de presse à la mi-journée que les combattants kurdes s'étaient retirés de zones où ils s'étaient avancés pour combattre les jihadistes de l'Etat islamique (EI).
"Nous sommes revenus sur nos lignes dans les environs de Kirkouk et nous défendrons la ville de Kirkouk en cas d'attaque", a-t-il ajouté. "Si l'armée irakienne s'y avance, nous nous battrons".
Des médias kurdes ont évoqué un retrait des peshmergas sur 72 km².
Le premier ministre dit être prêt à négocier mais l'armée a reçu un ordre de marche
Cheikh Moustafa a en outre affirmé avoir tenté une médiation. "Nous avons informé les commandants militaires présents sur place que nous étions en contact" avec le Premier ministre Haider al-Abadi et "qu'il nous avait dit que nos problèmes seraient réglés par le dialogue sous 48 heures", a-t-il rapporté.
"Mais les commandants militaires nous ont répondu qu'ils avaient des ordres leur intimant d'avancer vers ces régions et qu'ils ne se préoccupaient pas des déclarations de M. Abadi", a ajouté le commandant peshmerga.
Les unités d'élite de la police et du contre-terrorisme, ainsi que les Unités paramilitaires de mobilisation populaire (Hached al-Chaabi, une coalition de milices majoritairement chiites et soutenue par l'Iran) participent à ces opérations, a affirmé à l'AFP le général des forces armées irakiennes.
Le Hached  al-Chaabi a  publié des photos montrant un de ses membres en tenue kaki faisant le V de la victoire devant un drapeau kurde. Sur d'autres images, on peut voir des affiches de cette force paramilitaire collées sur un panneau routier.
L'armée se défend de mener une offensive et parle seulement d'opération de sécurisation
Le Commandement des opérations conjointes nie qu'une opération militaire ait démarré au sud de Kirkouk. "Nous confirmons que nos forces sont toujours en train de mener des opérations de déminage, d'inspection et de sécurisation dans les zones libérées et avertissons les médias qui tentent de tromper l'opinion publique que nous intenterons des poursuites contre eux."
Les Peshmergas ont reçu l'ordre de défendre le Kurdistan coûte que coûte
Des véhicules Peshmergas positionnés le long de la route menant à Kirkouk
En face, Hemin Hawrami, conseiller du président du Kurdistan autonome Massoud Barzani, a assuré sur Twitter que "des milliers de peshmergas lourdement armés" étaient dans la province de Kirkouk avec "pour ordre de se défendre quel qu'en soit le prix". "L'escalade ne viendra pas de notre part, nous nous défendrons seulement et nous les repousserons s'ils attaquent", a-t-il ajouté.
Un conflit dévastateur
Pour Qubad Talabani, vice-premier ministre du Kurdistan, "les mouvements militaires irakiens sur Kirkouk mèneront à un conflit dévastateur. La sagesse doit prévaloir, la progression (des troupes irakiennes) doit cesser et le dialogue doit commencer."
Pétrole et base militaire
Les autorités du Kurdistan autonome disent redouter que les forces gouvernementales disséminées à travers le pays à l'issue des différentes batailles contre l'EI ne retournent désormais leurs armes contre les peshmergas.
Dans la ville même de Kirkouk, les habitants se ruaient sur les stations-service. Dans les quartiers à majorité kurde, dans le nord de la ville, des civils étaient sortis avec des armes, ont rapporté des témoins.
Le gouvernement kurde affirme citant ses services de renseignement que les forces de Bagdad ont l'"intention de s'emparer des champs pétroliers, d'un aéroport et d'une base militaire".
Les autorités centrales, par le biais de la société d'Etat, la North Oil Company (NOC), étaient en charge de l'ensemble des champs pétroliers de la riche province de Kirkouk.
Mais en 2008, les Kurdes avaient pris le contrôle du champ de Khormala. Et en 2014, dans le chaos créé par l'offensive des jihadistes, ils se sont également emparés de Havana et Bay Hassan.
Quant à la base, il s'agit de celle de la 12e division de l'armée irakienne, dont les peshmergas s'étaient emparés en juin 2014 en chassant les soldats peu après la chute de Mossoul aux mains des jihadistes. L'aéroport est mitoyen.
Les trois champs pétroliers de la province de Kirkouk fournissent 250.000 barils par jour sur les 600.000 b/j de pétrole qu'exporte la région du Kurdistan irakien en dépit du refus de Bagdad. Si les Kurdes perdaient ces champs, cela constituerait une perte considérable pour la région autonome qui traverse sa pire crise économique.
Une  opportunité pour l'Etat islamique
L'affrontement prévisible entre Kurdes et l'autorité centrale irakienne est non seulement un conflit entre Kurdes et Arabes, éventuellement Turkmènes, mais également entre Sunnites et Chiites, les Kurdes étant majoritairement de confession sunnite alors que le gouvernement de Bagdad est plutôt contrôlé par la majorité chiite. On peut prévoir que l'Etat islamique, comme il l'a fait à d'autres occasions et dans d'autres pays, va s'activer pour exploiter à fond cette soudaine  opportunité, profitant de l'éclatement du front anti-jihadistes en morceaux.
 
Jean René Belliard

 

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11/10/2017

Course aux armements à Kirkouk - une poudrière au nord de l'Irak

Irak
TribunalIrakien
Un tribunal irakien ordonne l'arrestation des organisateurs du référendum kurde
Abdel Sattar al-Bireqdar
Un tribunal à Bagdad a ordonné, mercredi 11 octobre, l'arrestation du président et des deux membres de la Commission ayant organisé le référendum d'indépendance au Kurdistan irakien, a indiqué à l'AFP Abdel Sattar al-Bireqdar, porte-parole du Conseil suprême de la magistrature.
Cette décision a été rendue après que la justice a été saisie par le Conseil de la sécurité nationale, présidé par le Premier ministre irakien Haider al-Abadi et où siègent plusieurs ministres, a-t-il précisé.
Hendren Saleh, le président de la commission, ainsi que Yari Hadji Omar et Wahida Yofo Hermez "ont organisé le référendum en contrevenant à la décision de la Cour suprême" irakienne, a-t-il fait valoir.
La Cour suprême, plus haute instance judiciaire centrale, avait décidé le 18 septembre de suspendre cette consultation dans la région autonome du Kurdistan, la jugeant contraire à la Constitution.
L'ordre d'arrêter les responsables de l'organisation du référendum a été rendu par le tribunal de Rasafah, la rive est du fleuve Tigre, qui englobe la moitié de la capitale irakienne.
Elle empêche de fait les trois responsables kurdes, qui avaient effectué de nombreuses navettes pour rencontrer des responsables à Bagdad à l'approche du référendum, de circuler dans les provinces irakiennes, hors des trois gouvernorats de la région autonome.
Exactement deux semaines après une victoire massive du "oui" lors de cette consultation controversée, la crise continue de s'envenimer entre Erbil et Bagdad.
Lundi 9 octobre, le gouvernement central avait annoncé de nouvelles mesures de rétorsion économiques et judiciaires contre le Kurdistan irakien, multipliant les menaces sans toutefois détailler ses décisions.
Plus tôt dans la journée du mercredi 11 octobre, la Cour suprême irakienne s'était déclarée incompétente pour statuer sur le sort des députés du Parlement central à Bagdad ayant promu le référendum d'indépendance au Kurdistan irakien ou voté lors de cette consultation.

Kirkouk
Course aux armements à Kirkouk - une poudrière au nord de l'Irak
La crise au Kurdistan irakien et notamment dans la ville de Kirkouk, disputée entre les autorités centrales de Bagdad et celles du Kurdistan, a provoqué une course aux armements, ce qui ne présage rien de bon pour l'avenir. Rappelons que la ville est ethniquement mélangée entre Kurdes,  Turkmènes et Arabes. Chacune des communautés et particulièrement les Turkmènes et les Arabes s'activent pour se protéger d'une prise de contrôle imminente de leur ville par les kurdes. Les ventes d'armes légères sur le marché noir a grimpé en flèche et avec elles les prix.
Au cours des deux dernières semaines seulement, le prix d'un fusil d'assaut de type AK-47 (Kalachnikov) a atteint un million de dinars (800 $) et un pistolet Beretta est vendu pour un prix d'environ 1000$.
D'autres armes vendues incluent des armes de poing et des grenades. Ces armes sont offertes par des marchands d'armes - y compris sur Facebook. Il s'agit très souvent de membres des services de sécurité ou de milices qui ont participé aux combats. Ils se sont servis sur les équipements laissés par les jihadistes de l'EI dans des zones reprises comme Hawija.  
La dernière fois qu'il y a eu une telle frénésie d'achat d'armes, c'était en 2014, lorsque l'État islamique était aux portes de la ville. Ils ne sont jamais entrés à Kirkouk, mais les forces peshmergas kurdes ont profité du retrait de l'armée pour prendre le contrôle de la ville.
La province de Kirkouk 
Kirkouk est une province multiethnique riche en pétrole avec des Kurdes, des Arabes et des Turkmènes à 280 kilomètres au nord de Bagdad. La province est contestée depuis 2003, les Kurdes affirmant que la province fait partie intégrante du Kurdistan.  
La ville de Kirkouk est actuellement contrôlée par les Peshmergas
Aujourd'hui, lla ville est entièrement contrôlée par les Peshmergas et les Asayish (la police kurde), ce qui provoque de fortes tensions dans les quartiers turkmènes et arabes.   
Pas de confiance à Bagdad
Turkmènes et Arabes ont décidé de s'armer parce qu'ils n'ont aucune confiance dans le gouvernement irakien, malgré les menaces des dirigeants de reprendre Kirkouk par la force si le gouvernement régional du Kurdistan maintient son contrôle de la ville.
"Les Turkmènes cherchent à se protéger parce qu'ils n'ont aucune confiance dans les autorités irakiennes, qui pourraient abandonner Kirkouk en échange de champs de pétrole ou d'accords politiques avec l'Iran ou les Etats-Unis", a déclaré un habitant turkmène de Kirkouk.
Les bureaux du Front  Turkmène Irakien a subi six attaques ces deux dernières semaines  
Selon Jassem Mohammed Jaafar, député turkmène, les bureaux du Front Turkmène Irakien dans la ville de Kirkouk ont subi six attaques ces deux dernières semaines, au fusil d'assaut et à la grenade.
Il dit que les mesures de sécurité autour des maisons des dirigeants turkmènes dans la ville ont été renforcées. 
"Les Turkmènes sont sérieusement menacés par une expansion systématique des Kurdes dans leurs districts de Kirkouk", a déclaré Fawzi Akram, un autre député turkmène. Akram affirme qu'il y a une pression sur la communauté turkmène pour qu'elle quitte la ville et il exhorte Bagdad à intervenir.
Les civils kurdes achètent aussi des armes 
Les civils kurdes de la ville achètent également des armes, dans le cas où les factions armées kurdes se retireraient de la ville.  
Kirkouk - une véritable poudrière 
Kirkouk pourrait devenir l'étincelle qui allume un nouveau conflit dans le nord de l'Irak 
Dans cette situation, et en raison des menaces proférées sur Kirkouk par les unités de mobilisation populaire pro-Bagdad (Hashed al-Shaabi - une coalition de milices majoritairement chiites), le vice-président irakien, Iyad Allaoui, a averti cette semaine qu'une «guerre civile» pourrait éclater à Kirkouk, si aucun compromis n'est trouvé. Allaoui a appelé toutes les parties à faire preuve de retenue et à résoudre rapidement les différends.

Jean René Belliard

Pour lire la note complète sur les évènements de la journée au Moyen Orient, l'Afrique du nord, le Sahel et les évènements liés au jihadisme, écrire à :ptolemee@belliard74.com

10/10/2017

Syrie Le MoD russe accuse les USA de favoriser le passage des jihadistes d'Irak en Syrie

Le MoD russe accuse les USA de favoriser le passage des jihadistes d'Irak en Syrie
Igor Konashenkov 
Le ministère russe de la Défense a accusé les États-Unis et "leur coalition contre l'Etat islamique" de "fool play" (jeu truqué) dans la guerre contre l'État islamique en Irak.
Le ministère russe a porté ses accusations après avoir observé le faible nombre de frappes aériennes menées par la coalition dirigée par les États-Unis contre le groupe État islamique en septembre. La baisse des frappes aériennes aurait permis aux membres du groupe jihadiste de gagner la Syrie, affirme Moscou. Cela aurait permis, toujours selon Moscou, à l'Etat islamique de se redéployer dans la province de Deir ez-Zhor pour mener la bataille contre les forces pro-gouvernementales syriennes. 
«Dans la partie occidentale de l'Irak, d'où les forces terroristes gagnent la rive orientale de l'Euphrate (où les forces aérospatiales russes ne sont pas en activité), le territoire contrôlé par l'EI continue de croître et il est de plus en plus vaste que celui (qu'il contrôle) en Syrie ", a déclaré mardi le porte-parole du ministère russe de la Défense, Igor Konashenkov. 
Il a ajouté que l'analyse des chiffres des frappes aériennes fournies par le Pentagone dans le cadre de la campagne de lutte contre l'Etat islamique  permet "de voir des changements étranges". 
"Par exemple, en septembre, avec le début de l'opération menée par les troupes syriennes soutenues par les forces aérospatiales russes pour reconquérir la province Deir ez-Zhor, la coalition internationale dirigée par les États-Unis a considérablement réduit l'intensité de ses frappes contre l'EI, effectuant près de cinq fois moins de raids en Irak qu'en Syrie", a déclaré Konashenkov.
Il poursuit : "Curieusement, cette diminution de l'intensité des frappes en Irak a coïncidé avec le redéploiement de grandes forces terroristes des zones frontalières de l'Irak vers Deir ez-Zhor où elles tentent maintenant de s'implanter sur la rive orientale de l'Euphrate.
La coalition dirigée par les Etats-Unis qui fait semblant de mener la lutte contre l'EI, surtout en Irak, voit tout cela, mais continue à prétendre combattre activement contre l'EI en Syrie, pour une raison quelconque ". 
Konashenkov a déclaré qu'au cours de la semaine dernière, les troupes syriennes et les forces aérospatiales russes se sont concentrées sur la bataille contre l'Etat islamique dans la ville d'al-Mayadin, dans la vallée de l'Euphrate.
Les avions russes effectuent environ 150 frappes par jour contre les positions de l'Etat islamique près de Mayadin. 
Cependant, en dépit d'être presque encerclé par l'armée syrienne à Mayadin, l'État islamique reconstitue ses rangs et ses approvisionnements dans la vallée de l'Euphrate où les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) soutenues par les États-Unis mènent leur propre opération contre l'État islamique. 
C'est pourquoi e porte-parole russe s'interroge sur les vrais objectifs des efforts militaires de la coalition dirigée par les États-Unis. 
"Le ravitaillement des terroristes d'Irak soulève de sérieuses questions sur les véritables objectifs des opérations anti-terroristes menées dans la région par les avions des États-Unis et de la soi-disant coalition internationale ", a déclaré Konashenkov. 
Fin septembre, dans une précédente accusation, le ministère russe de la Défense avait publié des photos montrant la présence de forces américaines à proximité des positions de l'Etat islamique, affirmant n'avoir observé aucun combat. 
 
Vidéo des accusations russes (langue russe sous-titrée en anglais) :
https://www.liveleak.com/ll_embed?f=af2739a915bb

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