29/07/2014

Conflit entre Israël et Gaza: Le rapport secret qui aide les porte-paroles Israéliens à s'exprimer

Importance du langage dans la guerre médiatique
Les porte-paroles israéliens ont du travail pour expliquer comment ils ont pu tuer plus de 1000 Palestiniens dans la bande de Gaza, la plupart des civils, alors que seulement trois civils ont été tués en Israël par les tirs de roquettes et de mortier du Hamas. Une question d’autant plus cruciale qu’il est important de gagner la bataille médiatique internationale et convaincre les opinions publiques, surtout américaine, de la justesse de la cause israélienne.
 
Le conflit de juillet 2014 révèle une amélioration de la part des porte-paroles israéliens
On a trop souvent reproché aux porte-paroles israéliens leur indifférence par rapport au grand nombre de victimes civiles dans le passé. Mais on a constaté aujourd’hui une nette amélioration. Il semble qu’ils s’adressent aux médias avec beaucoup plus de professionnalisme. Il y a une raison à cela. Un manuel avait été préparé sur la façon d’influencer les médias et l’opinion  publique en Amérique et en Europe. Ce manuel a été écrit par un expert en stratégie politique américain,  Dr Frank Luntz. L'étude avait été commandée il ya cinq ans par un groupe appelé The Israel Project, dans le but d’aider tous ceux, en Israël ou aux Etats-Unis qui étaient chargés de la communication d’Israël.
Le rapport avait été rédigé par le Dr. Luntz à la suite de l'opération « Plomb durci » en Décembre 2008 et Janvier 2009, lorsque 1387 Palestiniens et neuf Israéliens avaient été tués.
 
Un manuel de 112 pages
L’étude a permis la rédaction d’un livret de 112 pages intitulé "2009 Dictionnaire Global Language » qui était destiné à rester secret. Mais il a été divulgué presque immédiatement par Newsweek en ligne. peu de gens, cependant, avait vraiment porté attention à sa véritable importance.  Il devrait pourtant être connu de tous ceux qui s’intéressent à la politique israélienne en raison de ses "do and not do" à usage des porte-paroles israéliens.

Les responsables politiques israéliens croient-ils vraiment ce qu’ils affirment ?
Ce document permet de comprendre que les politiciens israéliens ont appris à s’exprimer en pensant uniquement à ce que les Américains veulent entendre. Il s’agit d’une technique bien connue des Japonais appelée « Aite no iken » à savoir de répondre à une question non pas en disant ce que l’on croit mais  par rapport à ce qu’on croit que l’interlocuteur veut entendre. Pour les Japonais, il s’agit d’un acte de politesse. Pour les Israéliens, il s’agit d’une manipulation stratégique.

Le livret est une méthode sur les messages à faire passer selon les publics
Le livret est plein de conseils sur la façon dont on doit façonner sa réponse selon les publics auxquels on s’adresse. Par exemple, l'étude indique que «les Américains conviennent qu'Israël a le droit à des frontières défendables». Mais elle dit de ne pas définir clairement ce que ces frontières doivent être. Elle conseille d’éviter de parler de frontières en termes de pré-ou post-1967, car il ne sert à rien de rappeler aux Américains comment les Israéliens ont conquis de nouveaux territoires par la force. L’étude a constaté que le soutien du droit d'Israël à des frontières défendables baisse de 89% à 60% lorsqu’on évoque 1967.
Une autre question épineuse est le droit au retour des réfugiés palestiniens qui ont été expulsés ou ont fui en 1948 et dans les années suivantes, et qui ne sont pas autorisés à retourner dans leurs foyers.
Le Dr Luntz reconnait que le droit au retour est une question difficile pour les Israéliens car il invoque les concepts de séparation de populations et de l’égalité des droits. Les Américains n'acceptent pas la notion de séparation des populations qui pour eux est synonyme d’apartheid, ni celle de l’inégalité des droits.  
Il convient plutôt de tourner le problème en parlant de « demande des Palestiniens » ou « exigence des Palestiniens » car les Américains n’aiment pas les gens qui font des « demandes » ou qui « exigent ». On peut également parler du « droit au retour » en disant que ce droit dépend d‘un « règlement définitif » du conflit israélo-palestinien... un jour dans l’avenir. 
Le Dr Luntz a également constaté que les Américains dans leur ensemble ont peur de l'immigration de masse aux Etats-Unis. On peut donc parler d’une "immigration de masse palestinienne" en Israël dans le cas d’un retour des réfugiés. Et ajouter que cette immigration de masse pourrait faire dérailler les efforts de paix.
Il y a dans le rapport tout un chapitre sur la façon d’"isoler le Hamas, soutenu par l’Iran, en démontrant que cela constitue un obstacle à la paix. Malheureusement, cet argument a un peu perdu de son efficacité dans l’opération actuelle contre Gaza car chacun sait que les relations du Hamas avec l’Iran s’étaient dégradées en raison du soutien de Téhéran à Bachar el-Assad en Syrie. Au moment où la guerre a éclaté, le Hamas n’avait plus aucun contact avec l’Iran, même si les relations ont repris depuis le début du conflit.

Montrer de la sympathie pour les Palestiniens
Le Dr Luntz conseille vivement aux porte-paroles israéliens de montrer de l'empathie pour les Palestiniens: Montrez de l'empathie pour les deux parties, pas seulement pour les Israéliens, précise-t-il. Cela explique pourquoi un certain nombre de porte-paroles israéliens sont presque larmoyants sur le sort des Palestiniens pilonnés par les bombes et les obus israéliens.
Ne jamais justifier "le massacre délibéré des femmes et des enfants innocents", conseille le brave docteur Luntz et il conseille de contrer vivement tous ceux qui accusent Israël de commettre des crimes contre la population palestinienne. Une autre technique est le jeter le doute sur l’origine des tirs de façon à diluer la responsabilité entre les deux adversaires. 
Le meilleur exemple de cette façon de s’exprimer a été donné par Benyamin Netanhyahu lorsqu’il a dit, après l’assassinat de trois jeunes israéliens et d’un adolescent palestinien : « Aucun parent ne devrait avoir à enterrer leurs enfants ». Il montrait de la sympathie envers toutes les mères, juives ou palestiniennes, et cela était très positif.

Liste de mots conseillés
Le Dr. Luntz a préparé une liste de mots et d’expressions à utiliser ou à éviter. On doit dire, par exemple : «La meilleure façon, la seule façon, pour arriver à une paix durable est de d’avoir un respect mutuel." Il convient surtout de souligner la volonté de paix d'Israël avec les Palestiniens car les Américains veulent massivement la paix. Mais pour éviter toute pression sur Israël, il faut ajouter : "une étape à la fois, un jour à la fois». Cette façon de procéder est acceptable par les Américains comme «une approche de bon sens à l'équation de la terre contre la paix".

Une solution à deux Etats
On sait que le gouvernement israélien ne veut pas vraiment d’une solution à deux Etats, mais le Dr. Luntz conseille de masquer cette position parce que 78% des Américains sont pour. Il vaut mieux parler de l’espoir qu’un jour les conditions économiques des Palestiniens vont s’améliorer. Et continuer en interrogeant le Hamas de la façon suivante :
« Que faites vous pour apporter la prospérité à votre peuple ? » Une question très hypocrite, naturellement  car cela fait sept ans qu’Israël a institué un blocus économique qui a provoqué la pauvreté et la misère au sein de la population de la bande de Gaza.

Prouver qu’Israël veut la paix
À chaque occasion, la présentation des événements par les porte-paroles israéliens doit donner l’impression aux Américains et aux Européens qu'Israël veut la paix avec les Palestiniens et est prêt à faire des compromis pour atteindre cet objectif.

Jean René Belliard (Auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

11:18 Publié dans Binyamin Netanyahou, Etats-Unis, Gaza, Hamas, Israel | Lien permanent | Commentaires (3) | | | | |

11/07/2014

Résumé du 11 Juillet 2014 - de minuit à 10 heures du matin

01h00. Ashkelon a été soumise à des tirs de roquettes. La batterie ABM "Iron Dome" a intercepté plusieurs roquettes tirées de la région de Gaza.
03h00. Les sirènes retentissent à Hadera, Haïfa et les villes situées sur le territoire du conseil régional Hof Carmel pour prévenir de tirs de roquettes.
06:00. Des sources palestiniennes ont signalé que l’Armée de l’air israélienne a bombardé la bande de Gaza dans la nuit du 10 au  11 Juillet IDF, tuant au moins huit personnes.
Le Bureau de presse de l'armée israélienne a publié des données concernant les opérations menées dans la nuit du 10 au 11 Juillet. Entre minuit et 6 heures du matin, l'armée de l'air israélienne a attaqué 50 cibles dans la bande de Gaza. Ce sont 210 objectifs qui ont été « traités » au cours des dernières 24 heures. Au total, depuis le début des opérations 1,100 objectifs ont été attaqués. Parmi les cibles visées figurent 81 sites utilisés pour tirer des roquettes, des tunnels, des postes de contrôle et de commandement du Hamas ainsi que des bureaux d'institutions gouvernementales du Hamas, a précisé le porte-parole lors d'un débriefing téléphonique. Vingt et une maisons ou bâtiments abritant des cadres du Hamas ont également été détruites ces dernières 24 heures.
D’après des sources palestiniennes les raids israéliens ont fait 90 morts et plus de 660 blessés.
Un photographe de l'AFP a vu plusieurs bateaux en flammes dans le port de Gaza, notamment le "Gaza Ark" (L'Arche de Gaza), un gros navire de pêche qui appartient à une organisation internationale pro-palestinienne et qui devait tenter de briser le blocus maritime israélien.
Au cours de la même période, 194 roquettes ont été tirées de la bande de Gaza vers le sud d'Israël, dont 43 ont été détruites en vol par le système d'interception de missiles Iron Dome.
Le porte-parole militaire a indiqué que les préparatifs d'une opération terrestre se poursuivaient. Selon lui, 33.000 réservistes ont d'ores et déjà été mobilisés pour remplacer les soldats du contingent dans les régions militaires Nord et Centre afin de pouvoir les déployer près de la bande de Gaza.
"Au total, nous disposons de trois brigades d'infanterie près de Gaza, et une ou deux autres brigades supplémentaires vont être déployées dans le prochains jours", a précisé le porte-parole.
Un photographe de l'AFP a pu voir une importante concentration de canons d'artillerie israéliens à proximité de l'enclave palestinienne.
Un incident a lieu à la frontière israélo-libanaise. Trois missiles sont tirés vers Haïfa à patir de la région libanaise de Merjayoun-Hasbaya. Les tirs seraient le fait de trois Islamistes, un libanais et deux Palestiniens. Deux missiles ont été interceptés par Iron Dome au nord d’Atlit. L’armée israélienne a aussitôt répliqué en tirant 25 obus près de Kfarchouba, Halta et Mjeydiyé sans faire de victime. De son côté, l’armée libanaise a neutralisé deux autres roquettes prêtes à être lancées vers le nord d’Israël. L’armée et les services de sécurité libanais, ainsi que le Hezbollah sont sur le pied de guerre pour éviter que le Liban ne se fasse entraîner dans le conflit entre Israël et Gaza. Les forces de sécurité libanaises annoncent avoir identifié et arrêté quelques uns des responsables des tirs.
07h00. Les Palestiniens ont visé le quartier de Mirhavim. Deux missiles ont été touchés par "Iron Dome". Dix missiles ont été tirés de cinq à sept heures du matin. Ils ont visé Ofakim, Sderot et la région de Shaar Hanegev. Une roquette a atterri dans un terrain vague près de Netivot. Personne n'a été blessé.
Les Palestiniens ont visé à nouveau les zones d’Eshkol Shaar Hanegev. cinq roquettes au moins ont été enrégistrées. Pas d’information sur des victimes ou dégâts.
08h00. Les sirènes retentissent à Ashelone, Ashdod et plusieurs autres villes : Shfela - Kiryat Malachi, Rehovot, Nes Ziona, Gedera et Gan Yavneh et Rishon Lezion. "Iron Dome" a détruit au moins un missile. Pas de victimes.
Une des roquettes tirées par des palestiniens a frappé une station d'essence à Ashdod dans le sud d'Israël, à 30 km de la bande de Gaza, faisant huit blessés et provoquant l’incendie des réservoirs de carburants.  La station-service a pris feu ce qui a provoqué des explosions. Il y a eu huit blessés, tous hospitalisés. Une des victimes se trouverait dans un état critique. Plusieurs voitures ont été endommagées.
09h00. Les Palestiniens ont tiré au moins trois roquettes sur le Néguev occidental. "Iron Dome" a abattu deux d'entre elles. Pas de victimes.
L’armée de l’air israélienne a effectué une série de frappes contre des objectifs situés dans la bande de Gaza après qu’une roquette, tirée à partir du nord de Gaza, ait atteint une station d’essence à Ashdod.
10h00. Hurlement des sirènes à Nitsanim et Hof Ashkelon. Une seule chute de missile. Pas de victimes. Peu de temps après, les sirènes ont été entendues dans le Néguev occidental. Les Palestiniens ont déjà  tiré entre minuit et 10H du matin au moins 40 missiles, selon l'armée israélienne.

Evènements de 10H à 18H
10H suite. Les sirènes retentissent à nouveau dans la région de Tel-Aviv. Hurlement de sirènes à l'aéroport international Ben Gourion, à Lod, Ramle, Holon, Bat Yam, Rishon Lezion, Herzliya, Rehovot et Ashdod. Plusieurs explosions ont été entendues peu de temps après à Tel-Aviv et la région environnante. Le Bureau de presse de l'armée israélienne a rapporté que trois missiles avaient été tirés sur Tel-Aviv mais qu’ils ont tous été abattus par Iron Dome.
11h00. Nouveaux tirs de missiles sur Ashkelon et le Néguev occidental. Aucune victime
Les militants palestiniens ont tiré au moins deux autres roquettes sur les localités du Néguev occidental. Pas de victimes et pas d’indications de dégâts.
Deux obus de mortier ont explosé sur le conseil régional de Hof Ashkelon conseil régional. Pas d’indication sur les dommages occasionnés.
12.00. Les militants palestiniens continuent de tirer sur les colonies israéliennes dans les zones avoisinantes de la bande de Gaza. Un obus de mortier a touché une maison à Eshkol sans faire de victimes car les occupants avaient gagné un abri.
Des sources palestiniennes ont rapporté que deux militants des Brigades Ezzedine al-Qassam circulant dans une voiture avaient été mis hors de combat par une attaque israélienne. Un autre raid de l’armée de l’air israélienne a fait deux blessés graves. 
Les Palestiniens ont continué à tirer des roquettes sur des zones à l'est et au nord de la bande de Gaza. "Iron Dome"  a abattu deux missiles qui visaient Ashkelon.
13h00. Poursuite des tirs palestiniens sur les zones adjacentes à la bande de Gaza. En outre, les sirènes ont résonné à Ashdod, Yavne, Gan Yavné, Shtulim et Sde-Uziyagu. "Iron Dome" a détruit deux roquettes au-dessus de Sderot et trois autres sur Ashdod. Un missile a provoqué un incendie à Mirhavim.
14h00. Les sirènes retentissent une nouvelle fois à Netivot, Kfar Maimon, Sharsheret et d'autres zones adjacentes à la bande de Gaza. Au moins deux roquettes ont explosé en terrain vague.
15h00. Tir d’une roquette sur Beer Sheva et une autre a visé le Néguev occidental. Aucun blessé n'a été signalé.
16.00. Les Palestiniens ont tiré quatre roquettes vers les colonies du Conseil régional d’Eshkol. Personne n'a été blessé. Au moins trois autres roquettes ont visé le Néguev occidental et Ashkelon. Deux ont explosé en pleine campagne. Une autre a été détruite par "Iron Dome".
17h00. Les sirènes ont retenti dans les conseils de district de Sdot Néguev et Shaar Hanegev. Deux missiles se sont abattus quelque temps après en rase campagne. Tirs sur le conseil régional d’Eshkol.
18.00. Les sirènes annonçant l’arrivée de missiles a résonné à Holon, Bat Yam et Rishon Lezion. Au moins deux missiles survolant la région centrale du pays ont été abattus par le système de défense antimissile "Iron Dome".

Evènements de 18H à 20H
19h00. Deux soldats ont été légèrement blessés lorsque des militants palestiniens ont tiré des missiles antichars, sur une jeep de l'armée israélienne près de Nahal Oz, à la frontière de la bande de Gaza.
Bombardements palestiniens incessants sur la région du Néguev occidental, située au nord de la bande de Gaza. Une autre roquette a explosé dans un terrain vague du conseil de district Sdot Néguev. Les sirènes d’alarme ont résonné une nouvelle fois à Sderot et Beer Sheva. Nouveaux tirs sur le Néguev occidental.
Nouveaux tirs palestiniens sur Ashkelon et Ashdod. "Iron Dome" a abattu trois missiles. Pas de victimes.
Une huitième batterie antimissile Iron Dom est déployée en toute hâte pour augmenter la capacité de défense israélienne.
Le Premier ministre, Benyamin Netanyahu, tient sa première conférence de presse télévisée depuis le début des affrontements.  Il évite, cependant, de répondre directement à la question de savoir s’il y aura une action terrestre contre Gaza. «Nous avons préparé toutes les options et nous pouvons et allons faire beaucoup plus - jusqu'à ce que le Hamas arrête les tirs de missiles et que la paix soit restaurée pour les citoyens israéliens.
Au moment même où il s’adressait à la nation, une salve de roquettes était interceptée dans le ciel de Tel-Aviv par le Dôme de fer. Des fragments de fusées détruites tombaient sur Rishon Lezion.
20h00. Deux roquettes frappent la zone au nord de la bande de Gaza. Aucun blessé n'a été signalé.
Nouvelles sirènes d’alarme à Tel-Aviv, Bat Yam et Holon. Le Système de défense anti-missile a détruit une fusée.

Le gouvernement israélien n'a pas encore décidé une offensive terrestre
Le Chef d'état-major, le lieutenant général Benny Gantz, a affirmé vendredi 11 juillet que le gouvernement n’avait pas encore décidé de mener une offensive terrestre contre la bande de Gaza pour arrêter les tirs incessants de missiles et de roquettes par le Hamas. S’adressant à des parachutistes, le général a déclaré que le gouvernement voulait faire une appréciation mesurée de la situation militaire plutôt que céder à  l'hystérie.

Video prise sur le terrain à Gaza
https://www.youtube.com/watch?v=mXA_Nf2q-qs&feature=p...

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

 

10:01 Publié dans Binyamin Netanyahou, Gaza, Israel | Lien permanent | Commentaires (0) | | | | |

10/07/2014

Hamas-Israël : Risque d’un conflit long et meurtrier

Absence de médiation extérieure
Le conflit qui a éclaté le 8 juillet 2014 entre le Hamas et Israël risque d’être long et meurtrier car, contrairement à ce qui s’était passé en 2012, aucun pays n’a de prise sur l’organisation islamiste palestinienne. L'Égypte, qui était intervenu comme médiateur lors du précédent conflit entre Israël et le Hamas, a rompu toute relation avec l’organisation islamiste de Gaza depuis la prise de pouvoir par le général Sissi. Et le régime égyptien a fait savoir, la semaine dernière, qu’elle n’avait aucune intention de faire pression sur Israël pour mettre un terme au conflit. Il ne resterait, comme médiateur possible que le Mahmoud Abbas ou la Turquie.

Le Hamas peut résister six semaines
Le Hamas a la capacité militaire de tenir environ six semaines. Son stock d’armement est estimé à 10 000 missiles environ. Il possède quelques missiles capables d’atteindre des objectifs éloignés de 160km au maximum, ce qui met une grande partie du territoire israélien à portée de ses armes. Mais le Hamas est obligé d’utiliser ces missiles de longue portée avec parcimonie car il aura du mal à reconstituer ses stocks en raison du blocus imposé par Israël et l’Egypte. 
Il reste une éventualité (toute théorique) d’une entrée en jeu du Hezbollah, mais l’organisation chiite libanaise est très engagée en Syrie pour se laisser engagée sur un autre front. Quant aux organisations jihadistes libanaises, comme les brigades Abdallah Azzam, il est peu probable que le Hezbollah qui contrôle le Sud Liban les laisse s’approcher de la frontière israélienne pour tirer des missiles. Il semble, cependant, que trois missiles aient été tirés par les Brigades Abdallah Azzam le premier jour du conflit sur le nord d’Israël, mais l’Etat hébreu n’a pas confirmé cette information en provenance d’un correspondant à Beyrouth.

Le Hamas a tout à gagner et plus rien à perdre
Le Hamas est en proie à d’énormes difficultés financières depuis la chute du régime islamiste égyptien de Mohammad Morsi. C’est la raison pour laquelle il s’était récemment rapproché de l’Organisation de Libération Palestinienne (OLP) de Mahmoud Abbas.
Aux abois, le Hamas doit à tout prix obtenir une « victoire », même symbolique, pour retrouver grâce auprès de la population palestinienne, un peu comme le Hezbollah en 2006.

Israël veut la mise hors de combat pure et simple du Hamas
L’Etat hébreu, cette fois, ne lâchera pas facilement sa proie.  Le gouvernement israélien ne peut accepter de voir Tel-Aviv à portée de fusées d’une organisation qu’il considère comme « terroriste ». Il est hors de question, pour Netanyahu, de négocier un cessez-le-feu qui permettrait à l’organisation palestinienne de conserver son stock de roquettes et missiles. Il avait déjà accepté un tel accord, mettant un terme à l’opération « Pilier de la défense » de novembre 2012. Et on a vu le résultat : le Hamas a bientôt repris son harcèlement du sud d’Israël a coup de roquettes et d’obus de mortier.
C’est la raison pour laquelle Israël devrait finalement prendre le risque de lancer une opération terrestre contre le territoire palestinien de Gaza pour le « nettoyer » des infrastructures du Hamas et de ses armements.
Une opération difficile, toutefois, car entrer sur le territoire de Gaza sera extrêmement risqué et couteux  pour les soldats israéliens.

Netanyahu sensible à l’opinion internationale
Pour l’instant, Benyamin Netanyahu n’a pas l’intention de négocier un cessez-le-feu. "Nous ne parlons avec personne en ce moment de cessez-le-feu, ce n'est pas à l'ordre du jour", a déclaré le Premier ministre lors d'une réunion de la commission parlementaire des Affaires étrangères et de la Défense, le 10 juillet.
Mais le premier ministre israélien sait parfaitement qu’à la moindre bavure de l’armée, l’opinion internationale se retournera contre l’Etat hébreu. C’est la raison pour laquelle il affiche une relative modération. Il a, par exemple, refusé de couper l'approvisionnement d'électricité de la bande de Gaza, comme l'exigeaient les "faucons" de son gouvernement ou certains députés de droite et d'extrême droite.. Cet approvisionnement dépend d'Israël "Nous ne pouvons pas nous conduire comme la Russie en Tchétchénie", aurait-il dit, selon le Haaretz.

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

19:17 Publié dans Binyamin Netanyahou, Brigades Abdallah Azzam, Gaza, Hamas, Hezbollah, Israel | Lien permanent | Commentaires (1) | | | | |