24/07/2014

24 juillet 2014 - La situation se complique encore en Syrie

Un nouveau conflit en perspective en Syrie
Tout a commencé lorsqu’il y a une semaine, le chef du Front al-Nosra, Abou Mohammad Al-Jolani, sans doute dans l’intention de ne pas laisser l’Etat Islamique annoncer seul la création d’un Califat, affirmait dans un enregistrement audio avoir érigé, lui-aussi, un État islamique en Syrie. Jolani agissait dans la droite ligne de la concurrence terrible que se livrent l’Etat Islamique d’Abou Baker el-Baghdadi et al-Qaïda dont le Front al-Nosra est le représentant en Syrie.
En application de cette décision, les combattants du Front al-Nosra ont alors entrepris une série d’actions militaires destinée à rendre concrète la création du Califat syrien. Plusieurs attaques ont été menées contre les autres formations rebelles présentes sur le territoire de ce qui devait être désormais, selon les dires de Jolani, le nouveau califat syrien.
Il y avait déjà eu quelques affrontements entre le Front al-Nosra et les autres formations  rebelles à partir de début juillet 2014 mais la bataille la plus sanglante a eu lieu dans la région de Jisr al-Choughour, dans la province d'Idleb. Elle a commencé dès l’annonce de la création du califat syrien par al-Jolani. 

Un gros problème pour le Front Islamique (pro-saoudien) et l'Armée Syrienne Libre
Cela va poser un nouveau problème au Front Islamique, un regroupement de huit formations rebelles aidé par l’Arabie saoudite car ses combattants vont avoir à combattre non seulement les forces fidèles au régime, mais aussi aux jihadistes de l’Etat Islamique (Daesh) et maintenant à ceux du Front al-Nosra. Jusqu’alors, le Front al-Nosra était allié du Front Islamique et de l’Armée Syrienne Libre contre l’armée du régime et les jihadistes ultra-radicaux de Daesh.

Une évolution normale : al-Qaïda et la monarchie saoudienne sont en guerre
Il ne faut pas s’étonner, d’ailleurs, du revirement du Front al-Nosra. Al-Qaïda et la monarchie saoudienne sont actuellement à couteaux tirés et se livrent à une guerre sans merci sur de nombreux théâtres moyen-orientaux, même si de nombreux Saoudiens forment les rangs de l’organisation jihadiste internationale et sont souvent à l’origine des nombreux attentats suicides qui ensanglantent la région.

Pendant ce temps, la bataille de Damas se poursuit
Les rebelles du Front Islamique (pro-saoudien) poursuivent leur progression, immeuble après immeuble, vers la place des Abbassides à partir du quartier de Jobar et les forces du régime tentent de les en empêcher.
https://www.youtube.com/watch?v=ClN-GLez-kc&feature=p...
Le régime dément que les insurgés sunnites aient progressé vers la place et affirment au contraire avoir infligé de grandes pertes dans leurs rangs.

Raqqa : Place forte de Daesh en Syrie bombardée par des missiles Scuds
Les forces du régime bombardent les régions insurgées avec des missiles SCUD, comme en témoigne cette vidéo montrant un Scud qui n’a pas explosé à Raqqa, une place forte de l’Etat Islamique (Daesh) :
https://www.youtube.com/watch?v=CwPmBiw34lU&feature=p...

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

23/07/2014

Dernières nouvelles de Syrie - 23 juillet 2014

Situation à Damas

Du côté des forces du régime
Les combats se poursuivent le long des lignes de front traditionnelles, dans les quartiers de Jobar et la localité de Zamalka, voisine de Jobar.
Cette vidéo montre la destruction d’une position de combat de l’Armée Syrienne Libre par l’armée du régime à Zamalka :
https://www.youtube.com/watch?v=cVcK6zN3NBo&feature=p...
Les forces du régime réussissent à détruire un tunnel des rebelles dans le quartier de Jobar :
https://www.youtube.com/watch?v=Hsgam1pTsmk&feature=p...

De l’autre côté (insurgés)
Il es difficile de savoir aujourd’hui où en sont les forces rebelles en raison de la grande confusion qui règne dans les rangs de la rébellion et aussi parce que l’opposition armée maintient désormais un embargo sur les informations.
Cette vidéo montre un membre de l’opposition expliquer la situation à partir du poste de combat d’Arfeh entre Jobar et le Stade des Abbassides :
https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&...
L’oppostion affirme qu’elle ne cherche pas encore à prendre la place des Abbassides d’assaut mais à grignoter les positions du régime, immeuble après immeuble. L’objectif est d’épuiser les forces du régime, attirer de nouvelles troupes dans le quartier et obliger l’armée à dégarnir d’autres fronts pour défendre le centre de Damas :
Le jeudi 22 juillet, les forces du régime ont bombardé les positions rebelles et lancé un assaut qui a été repoussé. Les rebelles affirment avoir détruit un char du régime.
Vidéo prise à partir du quarier de Qaboun et montrant les forces du régime bombardant Jobar :
https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&...

Bataille entre le Front Islamique (pro-saoudien) et l’ASL (Armée syrienne Libre) contre l’Etat Islamique (Daesh) au sud de Damas :
La bataille fait suite à l’expulsion des Jihadistes de l’EI de la Ghouta orientale (à l’est de Damas). Ceux-ci s’étant regroupés au sud de la capitale, l’offensive s’est poursuivie dans ce secteur et s’est terminée par une nouvelle expulsion des Jihadistes.
Le Front et l’ASL ont  mis en ligne deux vidéos après la prise du siège de l’Etat Islamique (Daesh) dans la banlieue sud de Damas :
Une grande quantité d’explosifs trouvée à l’intérieur du QG de Daesh, au sud de Damas, après sa prise par les rebelles de l’ASL :
https://www.youtube.com/watch?list=UUnigacRk8PMRKK47soehL...
Et de grandes quantités de nourriture :
https://www.youtube.com/watch?list=UUnigacRk8PMRKK47soehL...

Le Front Islamique et le Front al-Nosra lancent une campagne de moralisation dans le nord syrien
Le Front Islamique (pro-saoudien) et le Front al-Nosra (al-Qaïda) ont décidé de mener une campagne pour rétablir l’ordre et le respect de la loi dans les régions qu’ils contrôlent. Ils ont annoncé vouloir désormais lutter contre la corruption, la criminalité et la violence à Alep et Edleb.

Le Front Islamique  (pro-saoudien) demande une restructuration du Conseil Suprême Militaire
Après la destitution d’Ahmed Tohmé comme chef du gouvernement de l’opposition, l’Arabie saoudite continue de placer ses pions. Le Front Islamique, le plus grand groupe d’insurgés de Syrie,  financé et équippé par Riyad, vient d’appeler à une restructuration du Conseil Suprême Militaire pour rendre plus efficace la lutte contre le régime. Il y a fort à parier que les chefs du Front Islamique remplacent un certain nombre de membres du CSM dans un avenir proche. 
Le Front Islamique a réussi, au cours des derniers mois, à stopper la progression des forces du régime dans le nord-ouest et au sud-ouest de la Syrie et à résister aux efforts du régime pour déserrer l’étau du Front à l’est de Damas. Les rebelles du Front Islamique et de l’ASL ont même réussi à progresser au nord-est de la capitale, ce qui pourrait à terme remettre en question le contrôle du régime sur Damas.
Le Front islamique n’a pas réussi, cependant, à empêcher les Jihadistes de l’Etat Islamique de progresser dans certains secteurs du nord et de l’est syrien, notamment dans la province de Deir ez-Zhor, proche de l’Irak. Il faut dire que les victoires de l’Etat Islamique ont été facilitées par la désertion et le passage dans leurs rangs de nombreux combattants du Front al-Nosra (al-Qaïda)

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l’enfer des espions)

22/07/2014

Opposition syrienne : La rivalité se poursuit entre pro-saoudiens et pro-qataris

On croyait le Qatar rentré dans le rang
On croyait que la rivalité s’était calmée entre l’Arabie saoudite et le Qatar depuis que Cheikh Tamin avait succédé à son père Cheikh Ben Khalifa al-Thani, le 24 juin 2013. Un vague compromis avait d’ailleurs été trouvé le 17 avril 2014 entre le petit Emirat et les membres du Conseil de Coopération du Golfe (CCG).
 Au terme d'une réunion des ministres des Affaires étrangères des six pays du Conseil de coopération du Golfe, les membres s’étaient entendus sur un « mécanisme d'application » d'une entente conclue en novembre 2013 avec le Qatar, en vertu de laquelle Doha s'engageait à ne plus s'ingérer dans les affaires de ses voisins, et à mettre un terme à sa politique jugée déstabilisatrice dans la région. Doha était en effet accusé par ses voisins de soutenir les islamistes proches des Frères musulmans dans les autres pays du Golfe, dont des dizaines ont été condamnés à la prison aux Émirats arabes unis, et de servir de refuge aux islamistes d'autres pays arabes. Le Qatar était également considéré comme l'un des principaux bailleurs de fonds des Frères musulmans en Égypte et de groupes proches de cette confrérie dans d’autres pays du printemps arabe, alors que l'Arabie saoudite et le reste des monarchies du Golfe soutenaient les militaires égyptiens. Il était enfin accusé de faire cavalier seul en Syrie en soutenant ses propres rebelles sans coordination avec l'Arabie saoudite.

Le Qatar à nouveau en froid avec les autres royaumes et émirats du Golfe depuis la guerre entre Israël et le Hamas à Gaza
J’ai déjà indiqué comment les Emirats et l’Arabie saoudite étaient à nouveau exaspérés par le traitement de la guerre entre Israël et Gaza fait par la chaîne qatarie al-Jazira. Celle-ci dénonçait en effet l’immobilisme, voire la politique favorable à Israël et hostile au Hamas menée par les Emirats et les Saoudiens. Les accusations portées par certains milieux qataris contre de supposées activités d’espionnage en faveur d’Israël menées par des Qataris membres de la Croix Rouge  à Gaza avaient été la goutte d’eau qui avait fait déborder le vase.

Il fallait s’attendre à ce qu’un nouveau round de l’affrontement ait lieu en Syrie
Il y a quelques mois, un conflit avait éclaté entre dirigeants rebelles soutenus par le Qatar et ceux soutenus par l’Arabie saoudite.
Le Chef du gouvernement de transition de la Coalition nationale syrienne (rebelle), Ahmad Tohmé, soutenu par le Qatar, avait décidé de dissoudre la plus haute instance militaire rebelle et « de déférer ses membres devant le comité de contrôle financier et administratif du gouvernement pour qu'ils fassent l'objet d'une enquête ». On les accusait ni plus ni moins de détournement de fonds. L'information était choquante, naturellement, et surprenante.
La mesure était aussitôt annulée par le chef de la Coalition, Ahmad Jarba, un proche de l’Arabie saoudite. Jarba fera aussitôt paraître un communiqué selon lequel le chef du gouvernement provisoire (Tohmé) avait outrepassé ses pouvoirs.

L’élection du pro-qatari, Ahmad Tohmé n’avait pas fait l’unanimité
L’élection d’Ahmad Tohmé à la tête du gouvernement de transition de la Coalition nationale syrienne avait déjà provoqué une scission au sein de la rébellion. Encouragés par l’Arabie saoudite, plusieurs groupes influents d’insurgés syriens avaient constitué un nouveau Front islamique, le 25 septembre 2013. Ce nouveau front refusait aussitôt l’autorité de la Coalition nationale syrienne (CNS). Dans une vidéo publiée sur des réseaux sociaux, le chef politique de la brigade al-Tawhid, considérée comme modérée, affirmait que cette nouvelle entité regroupait des milliers de combattants de treize organisations armées, dont trois appartenaient auparavant à l’Armée syrienne libre (ASL). 

Les Saoudiens ont réussi à imposer leur candidat
Le pro-saoudien Ahmad Jarba devait quitter la présidence du Conseil National Syrien au mois de juillet 2014 car il ne pouvait pas exercer plus de deux mandats. Mais Ahmad Jarba voulait continuer à jouer un rôle et, à travers lui, les Saoudiens continuer à tirer les ficelles de la rébellion syrienne.
Ce sera chose faite le 9 juillet 2014. La Coalition nationale syrienne, qui regroupe l'opposition au président Bachar el-Assad nommait à la présidence Hadi el-Bahra, un proche d’Ahmed Jarba, soutenu par l’Arabie saoudite.

Le dernier round, le 22 juillet 2014 donne la victoire aux Saoudiens
Le dernier round vient d’avoir lieu. Le chef du gouvernement de  l’opposition, Ahmad Tohmé, était écarté du pouvoir sur fond de rivalités entre Ryad et Doha. Soixante six délégués avaient voté en faveur de son départ.
"L’Assemblée générale de la Coalition a relevé le chef du gouvernement provisoire Ahmad Tohmé de ses fonctions à la faveur d'un vote à l'aube", a indiqué à l'AFP Samir Nachar, membre de la Coalition basée à Istanbul. Soixante six ont voté en faveur du départ de M. Tohmé, en poste depuis 10 mois, contre 35 pour son maintien. Le vote s'est déroulé à Istanbul à l'issue d'une réunion tenue dimanche 20 et lundi 21 juillet.

Un Frère musulman écarté sur pression de l’Arabie saoudite
Il est évident qu’Ahmad Tohmé a été relevé de ses fonctions de chef du gouvernement provisoire syrien sous la pression de l'Arabie saoudite. Ahmad Tohmé est proche des Frères musulmans de Syrie, confrérie influente au sein de l'opposition, ce qui est insupportable pour l'Arabie saoudite.
L’Arabie saoudite avait récemment laissé entendre que l’opposition devait mettre un terme à ses relations avec la confrérie si elle voulait continuer à bénéficier de son soutien.
Ahmad Tohmé était également critiqué pour la façon dont il accordait les postes à ses protégés, vraisemblablement dans le but de solidifier son pouvoir sur la coalition syrienne de l’opposition.

La très mauvaise image de la Coalition Nationale Syrienne
La Coalition syrienne est reconnue par plusieurs Etats, dont les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France, comme la seule représentante légitime des Syriens. Mais elle est accusée par les militants et les rebelles d'être déconnectée de la réalité sur le terrain, d’être corrompue et surtout d'être inféodée à ses parrains, notamment l'Arabie saoudite et le Qatar. Elle a été affaiblie par les avancées de l'armée du régime ces derniers mois face aux rebelles et l’absence de soutien militaire de ses « amis ».

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l’enfer des espions)

18:11 Publié dans Arabie saoudite, Armée Syrienne Libre, Coalition Nationale Syrienne, Qatar, Syrie | Lien permanent | Commentaires (0) | | | | |