16/11/2017

La France permet à Riyad et Beyrouth de trouver une solution pour le "casse-tête Hariri"

Liban 
Hariri
La France permet à Riyad et Beyrouth de trouver une solution pour le "casse-tête Hariri"
Le problème constitutionnel posé par la démission soudaine de Saad Hariri, le premier ministre libanais, pourrait trouver une solution grâce à la diplomatie française. En effet, Paris a invité mercredi soir 15 novembre, Saad Hariri à quitter Riyad pour venir en France. Rappelons que la France est l'amie du Liban et vice et versa et une alliée "inconditionnelle" de Riyad. L'offre française permet donc aux autorités saoudiennes de sauver la face alors que le Liban menace de porter la question "Hariri" devant le Conseil Permanent de l'ONU.
Les faits
Rappelons les faits : Saad Hariri a démissionné de son poste de premier ministre, le 4 novembre, alors qu'il se trouvait avec sa famille à Riyad. A noter que Saad Hariri possède un passeport saoudien.
La démission, qui est intervenue alors qu'une vague d'arrestations touchait près de 200 princes et personnalités de premier plan du régime, a donné lieu aux rumeurs et suspicions quant aux véritables raisons de cette démission.  Certains prétendent que Saad Hariri, dont le groupe de BTP saoudien dont il est l'actionnaire principal et qui a connu de graves difficultés depuis 2016, pourrait avoir trempé dans des manœuvres financières présentées comme la raison pour laquelle toutes ces arrestations de personnalités saoudiennes ont eu lieu.
A cela s'ajoute le fait que cette démission intervient dans un accès de forte tension entre Riyad et Téhéran suite au tir par les miliciens chiites houthis d'un missile balistique vers l'aéroport international de Riyad à partir du Yémen. Riyad et Washington ont affirmé que ce missile avait été fourni par l'Iran.
Le Liban hausse le ton contre Riyad
Mercredi 15 novembre, le président libanais Michel Aoun a durci le ton contre Riyad, l'accusant de "détenir" le dirigeant démissionnaire.
"Rien ne justifie que M. Hariri ne revienne pas après 12 jours. Nous le considérons donc comme en captivité et détenu, ce qui est contraire à la convention de Vienne" régissant les rapports diplomatiques entre pays, a rapporté la présidence libanaise, citant M. Aoun. "Il ne s'agit pas d'une démission mais d'une agression contre le Liban, son indépendance et sa dignité" a-t-il renchéri, estimant que "le Premier ministre bénéficie d'une immunité diplomatique" conformément à cette convention.
M. Aoun a répété sa position concernant l'acte de démission du Premier ministre: "Nous ne pouvons pas prendre de décision concernant une démission qui a été présentée à l'étranger". "Qu'il revienne au Liban soit pour présenter sa démission, soit pour revenir sur sa décision, soit pour discuter de ses motivations".
Hariri affirme "être libre" - le problème est qu'à Beyrouth, on ne le croit pas
Face à l'émotion dans son pays, Saad Hariri a affirmé dans une interview dimanche 12 novembre qu'il était "libre". "Je veux répéter et assurer que je vais très très bien", a encore tweeté mercredi M. Hariri, dans une réponse apparente aux déclarations de M. Aoun. "Je vais revenir si Dieu veut à mon cher Liban comme je vous ai promis. Vous verrez", a-t-il ajouté.
L'intervention de la diplomatie française
Le ministre français des Affaires étrangères s'est rendu  à Riyad, mercredi 15 novembre, pour obtenir le feu vert de l'"homme fort d'Arabie saoudite", le prince héritier Mohammed Salmane, pour le départ vers la France de Saad Hariri.
Le ministre français a été reçu dès son arrivée par Mohammed ben Salmane. La rencontre s'est "bien passée", selon une source française.
Il doit voir jeudi le roi Salmane et Adel al-Jubeir, le ministre des AE saoudien. Le ministre français devrait s'entretenir dans l'après-midi du jeudi 16 novembre avec M. Hariri dans la villa où celui-ci réside dans la capitale saoudienne. On sait déjà que ce dernier "a accepté l'invitation" à se rendre en France. On ignore seulement la date de sa venue. La décision lui appartient, a déclaré à Riyad le chef de la diplomatie française.
"Hariri peut quitter Riyad quand il le souhaite", déclare le ministre saoudien des AE
Saad Hariri peut quitter l'Arabie saoudite "quand il le souhaite", a déclaré jeudi, lors d'une conférence de presse, le chef de la diplomatie saoudienne Adel Jubeir, dénonçant des accusations "infondées" des autorités libanaises selon lesquelles le Premier ministre démissionnaire libanais serait retenu contre son gré à Riyad.
"S'il souhaite partir, cela dépend de lui, c'est à lui de décider, d'évaluer la situation sécuritaire".
"Nous accuser de retenir un ancien Premier ministre est inexact, ce sont des accusations infondées", a-t-il ajouté, précisant que Saad Hariri vivait en Arabie saoudite "en toute liberté".
A ses côtés, le chef de la diplomatie française a déclaré que Saad Hariri se rendra en France "quand il le souhaitera et dès qu'il souhaitera". "Il sera accueilli en ami", a-t-il ajouté.
Selon une source proche de M. Hariri citée par Reuters, ce dernier devrait quitter Riyad pour Paris dans les 48 heures, puis rejoindre Beyrouth pour présenter officiellement sa démission.
Visite en France du prince héritier saoudien début 2018
Profitant de sa visite à Riyad, le chef de la diplomatie française a déclaré que la France souhaitait renforcer ses liens économiques avec l'Arabie saoudite. On a appris à cette occasion que le prince héritier, Mohammed ben Salmane, avait accepté une invitation à se rendre à Paris,  début 2018.
"Nous sommes impressionnés par les réformes que vous menez aujourd'hui dans le cadre de la Vision 2030 qui porte un plan ambitieux de développement socio-économique pour le royaume", a déclaré le ministre lors d'un forum organisé à Riyad par la Fondation MiSK sur la jeunesse et l'innovation.
Il a annoncé que les deux pays étaient déterminés à renforcer un partenariat déjà "solide".
"Nous avons défini une méthode pour permettre à la France d'accompagner, dans le domaine économique en particulier, les réformes ambitieuses de la Vision 2030", a-t-il dit plus tard lors d'une conférence de presse commune avec son homologue Adel al-Jubeir.
Une "feuille de route" va être tracée en terme de "projets, de prospects et de perspectives d'accords" en vue de la visite du prince héritier en France, a précisé le ministre français à l'AFP, en citant notamment parmi les secteurs concernés le "naval, l'énergie et les transports".
Le prince Mohammed, 32 ans, fils du roi Salmane, avait présenté en 2016 un vaste programme de diversification de l'économie saoudienne très dépendante du pétrole, dont les cours ont chuté ces dernières années. Il a aussi engagé d'importantes réformes sociales, notamment en faveur des jeunes et des femmes.

Jean René Belliard

ptolemee@belliard74.com

12/11/2017

Liban : Le Mossad a-t-il tenté de déstabiliser le Liban pour le compte de l'Arabie saoudite?

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Le Mossad a-t-il tenté de déstabiliser le Liban pour le compte de l'Arabie saoudite?  
Un responsable de la sécurité libanaise a déclaré à la chaîne de télévision al-Mayadeen, le 11 novembre, que les forces de sécurité libanaises avaient arrêté un agent du Mossad (service de renseignement et des opérations spéciales) dans la ville libanaise de Saida. 
Le responsable a révélé que la personne appréhendée était en train de surveiller le convoi de Bahia Hariri, députée libanaise et sœur aînée du Premier ministre démissionnaire,  Saad al-Hariri.
Rappelons que Saad Hariri a démissionné le 4 novembre, alors qu'il se trouvait à Riyad, en Arabie saoudite, prétextant que le Hezbollah, la milice chiite libanaise, et l'Iran avaient l'intention d'attenter à sa vie. 
Selon al-Mayadeen TV, l'agent du Mossad, un Libanais âgé de 60 ans, travaillait comme chauffeur de taxi. Le responsable de la sécurité libanaise aurait également expliqué à al-Mayadeen TV que l'agent israélien tentait de recruter des personnes pour établir une cellule du Mossad à Saia afin de mener des "attaques terroristes".
Le ministère libanais de l'intérieur a démenti les allégations de Mayadeen TV mais... 
Le ministère libanais de l'Intérieur a démenti les allégations de la chaîne télévisée al-Mayadeen dans une déclaration officielle et mis en garde contre la diffusion de fausses rumeurs. 
Cependant, le site officiel du ministre libanais de l'Intérieur n'a pas mis en ligne de déclarations officielles réfutant les revendications d'al-Mayadeen.
Il est possible que seule une version papier de la déclaration du ministère de l'intérieur ait été diffusée aux médias libanais.
La sécurité libanaise n'a pas démenti les informations d'al-Mayadeen 
De son côté, la sécurité nationale libanaise, le principal service de renseignement libanais, qui a démantelé un réseau du Mossad il y a un mois, n'a pas démenti les allégations de la chaîne al-Mayadeen ou ne l'a pas encore fait. 
Si les informations d'al-Mayadeen TV s'avèrent exactes, cela pourrait confirmer les accusations du Hezbollah, à savoir que l'Arabie saoudite tenterait de provoquer des tensions confessionnelles au Liban avec la contribution d'Israël, ou tout au moins du Mossad. Le Hezbollah et l'Iran auraient en effet été accusés d'avoir assassiné la sœur de Saad Hariri, ce qui aurait mis le feu à le rue sunnite, provoqué un conflit qui se serait vite internationalisé avec pour objectif l'élimination de la puissance armée du Hezbollah.

Jean René Belliard

09/11/2017

Les forces pro-régime ont repris Boukamal, la dernière ville aux mains de l'EI en Syrie

Syrie 
Boukamal
Les forces pro-régime ont repris Boukamal, la dernière ville aux mains de l'EI en Syrie
L'armée syrienne et ses alliés ont repris la localité de Boukamal, dernier bastion urbain de l'Etat islamique (Daech) en Syrie, a annoncé mercredi 8 novembre un commandant de l'alliance soutenant le président Bachar el-Assad.
La reconquête de la ville de la province de Deir ez-Zhor, frontalière de l'Irak, a notamment été menée par des centaines de combattants du Hezbollah et des forces de Mobilisation populaire (Hached al-Chaabi), puissante coalition de milices chiites irakiennes armées et entraînées par l'Iran, a-t-il précisé. "Le dernier bastion de Daech, Boukamal, a été libéré", a déclaré cet officier étranger. Le Hezbollah a été "le socle de cette bataille", a-t-il ajouté.
Dans notre newsletter du 8 novembre, nous avions rapporté que des combattants des Hached al Chaabi avaient pour la première fois franchi la frontière pour participer à l'offensive.   
Les combats se poursuivent à la périphérie de la ville
L'Armée Arabe Syrienne (AAS) tentent à présent de consolider leur présence dans la ville, la sécuriser en recherchant les jihadistes qui pourraient encore s'y trouver et procéder au déminer. L'armée est dans Boukamal mais les jihadistes ne sont pas loin. Ils contrôlent certains points dans la zone désertique au nord de la ville et pourraient utiliser un vaste réseau de tunnels souterrains pour mener des contre-attaques. D'ailleurs, au cours de la journée du 9 novembre, les troupes pro-gouvernementales ont été engagées dans divers affrontements dans la région de Boukamal.  
L'armée syrienne a libéré la base aérienne de Hamdan au nord de Boukamal
L'armée arabe syrienne, soutenue par des forces alliées, a attaqué les positions de l'État islamique sur la base aérienne (désaffectée) de l'académie militaire de Hamdan, au nord de Boukamal.  (Voir plus bas à "rappel pour la base aérienne de Hamdan - un fiasco américain") 
L'Iran s'enorgueillit de la "ligne de résistance" allant de Téhéran à Gaza
L'intervention de plus en plus ostensible de l'Iran et de ses alliés dans le conflit syrien rend furieux les puissances sunnites voisines, dont l'Arabie saoudite qui a accusé ces derniers jours Téhéran de déstabiliser la région.
En pied de nez à Riyad, Ali Akbar Velayati, principal conseiller du guide suprême de la République islamique, l'ayatollah Ali Khamenei, a vanté mercredi lors d'une visite à Alep les bienfaits de la "ligne de résistance" chiite allant de Téhéran à la bande de Gaza en passant par l'Irak, la Syrie et le Liban.
La chute de Boukamal met pratiquement fin à l'existence territoriale de l'Etat islamique 
Ces derniers mois, l'EI a subi revers après revers en Syrie et en Irak où il ne reste désormais aux forces irakiennes qu'à s'emparer de la localité de Rawa et des environs désertiques dans la province occidentale d'al-Anbar, frontalière de la Syrie, pour en finir avec les jihadistes en Irak.
En Syrie, la chute de Boukamal met pratiquement fin à l'existence territoriale de l'Etat islamique. Daech ne contrôle plus en Syrie que quelques petites localités et des zones désertiques dans la province de Deir ez-Zhor.
L'EI s'était emparé de la quasi-totalité de Deir ez-Zhor et de sa province riche en pétrole en 2014, profitant du chaos engendré par la guerre en Syrie.    
Mais malgré ses défaites, l'EI parvient à frapper en menant des attentats sanglants. Samedi 5 novembre, au moins 75 civils ont été tués dans un attentat à la voiture piégée commis par le groupe jihadiste dans la province de Deir ez-Zhor. 
La défaite de l'EI en Syrie ne met pas fin à la guerre  
La défaite du groupe jihadiste ne marque pas, cependant, la fin du conflit en Syrie, dont le président Bachar el-Assad a promis la reconquête de l'ensemble du territoire, un credo repris mercredi par Ali Akbar Velayati. Les forces gouvernementales syriennes, également appuyées par l'aviation russe, ont désormais face à elles plusieurs groupes armés soutenus par les Etats-Unis et la Turquie, notamment les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) qui contrôlent plus d'un quart de la Syrie. Une proche conseillère de Bachar el-Assad a déclaré que les troupes américaines et turques présentes en Turquie étaient des forces d'invasion.
Le conflit en Syrie a laissé le pays exsangue
Le conflit en Syrie a laissé le pays exsangue et morcelé entre différents belligérants dont certains étrangers venus en renfort de camps adverses. Il a fait plus de 330.000 morts et poussé des millions de Syriens à l'exil. 
Des dizaines de milliers de personnes ont été déplacées par les combats dans la province de Deir ez-Zhor, nombre d'entre eux vivant dans des conditions difficiles dans des camps installés dans le désert. Selon Linda Tom, du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) à Damas, quelque 120.00 personnes ont été déplacées ces dernières semaines.   

Jean René Belliard

ptolemee@belliard74.com