16/06/2014

Dernières nouvelles de la guerre globale au Moyen orient

Désormais, il faut parler de « guerre globale » et non plus de « guerre de Syrie » ou de « guerre d’Irak ». Il y avait longtemps qu’on avait averti que le conflit en Syrie risquait de déborder sur les pays voisins et d’autres plus lointains. Et avant lui, beaucoup de responsables avaient tiré la sonnette d’alarme pour dire que l’intervention américaine en Irak allait avoir des conséquences incalculables.
On avait été surpris par l’ampleur et la vitesse de l’offensive des Islamistes en Irak. Le fait que les tribus sunnites aient prêté main forte à l’EIIL explique la rapidité de la progression des Islamistes dans les régions sunnites. Il nous fait aussi comprendre  pourquoi tant de militaires irakiens ont quitté leur poste sans combattre. Il est enfin une preuve que l’Arabie saoudite et les Emirats du Golfe ont donné leur feu vert à l’opération, très vraisemblablement pour rappeler aux Etats-Unis qu’il y a une ligne rouge à ne pas dépasser dans le dialogue avec « l’ennemi perse ».

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13/06/2014

Requiem pour l’Irak

L’Irak, une création britannique
Déjà en 2004, un rapport « top secret » dressé par le MI6, les services de renseignement britanniques, avaient fait état du prochain éclatement de l’Irak sur fond d’une guerre civile généralisée. Les Britanniques étaient bien placés pour le savoir. Ce sont eux qui ont artificiellement créé cet Etat sur les ruines de l’empire ottoman au lendemain de la première guerre mondiale.
La création de l’Irak a aussitôt été contestée par les tribus nomades et par les Kurdes. Ces derniers, notamment, aspiraient à l’indépendance et se soulevèrent. L’insurrection, conduite par Cheikh Mahmoud Barzandji, sera réprimée par les Britanniques en 1922. Le traité de Lausanne de 1923 met un point final aux espoirs kurdes d’établir un Etat indépendant. Ce qui devait être le Kurdistan est réparti entre plusieurs Etats. La Société des Nations entérine le traité en 1925.
 
Trois Etats vont apparaître en lieu et place de l’Irak
Il faut se rendre à l’évidence : l’Irak a cessé d’’exister. Le pays vient d’éclater en trois entités distinctes :
- Un Etat islamique d’Irak et de Syrie
- Un Etat kurde à cheval sur l’Irak et la Syrie.
- Un Etat chiite qui pourrait rejoindre l'Iran sous une forme ou une autre.
Il ne servirait à rien de s’agiter pour tenter de maintenir l’intégralité territoriale d’un pays qui n’existe déjà plus. L’important est de réagir intelligemment. Il est à espérer que les stratèges américains seront aussi intelligents que l'a été en son temps le général Petraeus en Irak.

Passons en revue les derniers évènements :

Les forces kurdes entendent profiter de la disparition de l’Etat fédéral
Les forces kurdes irakiennes n’ont pas perdu de temps. Profitant de la débandade des forces du régime, elles ont pris jeudi 13 juin 2014 le contrôle de la ville pétrolière de Kirkouk. Officiellement, on dit du côté kurde vouloir la protéger d'un possible assaut des islamistes qui viennent de s’emparer de larges portions du territoire irakien. Et de fait, on peut voir des Peshmergas un peu partout dans la ville, autour des zones militaires et des points névralgiques.
C'est la première fois que les forces kurdes contrôlent totalement cette ville multiethnique située à 240 km au nord de Bagdad, où normalement la sécurité est assurée par une force de police conjointe formée d'éléments arabes, kurdes et turkmènes.
Il y a de fortes probabilités qu’on assiste dans les heures, voir les jours prochains, à de violents affrontements entre Kurdes et Islamistes. Un attentat a d’ailleurs failli coûter la vie, le 12 juin, au ministre en charge des Peshmerga, Jaafar Mustapha. Le ministre, qui circulait avec ses gardes du corps aux environs de Kirkouk a été visé par un Kamikaze. Il est sorti indemne de l’attaque mais un des membres de son escorte a été tué.
Mais le pire est à venir. Les Islamistes ont pris, jeudi 12 juin en fin de journée, la ville de Jalula après que les forces de sécurité aient, une nouvelle fois, abandonné leurs postes. Or, Jalula fait partie des territoires du nord de l'Irak que les dirigeants du Kurdistan revendiquent. Les Peshmergas se sont aussitôt déployés pour protéger les quartiers kurdes de la ville et les bureaux de leurs organisations politiques. Rappelons que le QG de l’UPK avait été attaqué par un double attentat kamikaze le 8 juin.
A ce propos, on a toujours du mal à interpréter les signes avant-coureurs. On aurait dû pourtant se souvenir de précédents. Le commandant afghan Massoud avait été tué par deux kamikazes deux jours avant l’attentat du 11 septembre 2001. L'intention était sans doute de décapiter les éléments afghans susceptibles de s'allier aux Américains pour punir les auteurs de l'attentat. De même, plusieurs attentats ont frappé l’Union Patriotique du Kurdistan quelques jours avant le déclenchement de l’offensive islamiste. Comme si le message avait été de dire à la communauté kurde de se tenir à carreau pendant l’offensive et de ne pas chercher à en profiter.

L’effondrement de l’armée irakienne
Une autre analogie nous interpelle. Les Américains ont dépensé une fortune pour entraîner et équiper une nouvelle armée irakienne. Les soldats avaient reçu des uniformes semblables aux uniformes américains. Ils roulaient dans des Humwees ou des Strikers et étaient soutenus par des hélicoptères Apache. Tout comme les Américains quand ceux-ci étaient encore présents en Irak. Et l’armée s’est effondrée comme un château de sable ! Pourquoi ? Les autorités, américaines dans un premier temps, chiites dans un second, ont recruté des gens attirés par la solde. Une aubaine dans un pays en ruine ! Une telle motivation a naturellement encouragé la corruption à tous les niveaux.
La solde des militaires permet, dans la plupart des cas, de faire vivre une famille nombreuse. Pas question de mourir et de laisser les proches dans l’indigence. En face, les combattants sont galvanisés par la religion. Ils sont prêts à mourir pour Allah.
On pourrait faire un parallèle avec ce qui s’est passé au Viet Nam. Les Américains ont aidé à coup de milliards l’armée du Sud Viet Nam. Et pourtant, deux ans après le départ des troupes américaines, celle-ci s’est effondrée presqu’aussi rapidement que l’armée irakienne aujourd'hui. Les soldats du Sud n’avaient que leur solde comme promesse de bonheur. Les Communistes se battaient pour leur idéologie.
Il faudra bien qu’un jour les Occidentaux trouvent autre chose que l’argent pour motiver des troupes qu’ils sont censés soutenir. Sinon, on va répéter à l’infini les expériences couteuses pour n’aboutir qu’à constituer des armées de Bourbaki !

La géopolitique de la nouvelle situation
On va donc se retrouver avec trois zones distinctes, et sans doute ennemies, à la place de l’Etat irakien :
- Une zone chiite – qui n’aura de salut qu’avec l’Iran.  Les combats vont sans doute atteindre Bagdad au risque de faire de la ville un nouveau Beyrouth avec des lignes de front et des destructions infinies. Les insurgés sunnites affirment vouloir pousser jusqu’à Kerbala. Espérons que non car cette ville est sainte pour tous les Chiites et y toucher serait un véritable sacrilège. Pour l’instant, les Chiites ne sont pas inquiets outre mesure – à part la population de Bagdad – comme si on s’était préparé mentalement à l’éclatement du pays en trois zones. J’en veux pour preuve que le Hezbollah libanais ne verrait pas d’urgence à intervenir militairement en Irak.
- Une zone sunnite – où on appliquerait la charia et qui pourrait se mettre sous la protection de l’Arabie saoudite par le biais (modérateur) des tribus sunnites. Le Bahreïn a été le premier émirat, d’ailleurs, à affirmer qu’il soutenait les insurgés sunnites irakiens. On sait bien que l’émirat de Bahreïn n’aurait jamais fait cette déclaration s’il n’avait pas l’aval de son grand frère et protecteur, l’Arabie saoudite.
- Une zone kurde au nord – qui devrait vivre en bonne entente avec la Turquie pour résister aux attaques des Islamistes. Elle devrait normalement bénéficier d’un fort soutien américain.

Les conséquences nous obligent à réécrire un script géopolitique pour le Moyen orient
On pensait que le limogeage du prince Bandar, un faucon, était le résultat d’un rapprochement entre Saoudiens et Américains. On avait même remarqué que certaines actions communes étaient en voie d’exécution pour soutenir des mouvements insurgés expurgés des éléments jihadistes proches d’al-Qaïda.
En Irak, force est de constater qu’Américains et Saoudiens ne sont, à nouveau, plus dans le même camp. On devrait donc entrer dans une nouvelle période de fort tangage dans de nombreux pays de la région.
Le chambardement s’est produit lorsqu’Américains et Iraniens ont annoncé s’être rencontrés en tête-à-tête à l’occasion des négociations de Genève sur le nucléaire iranien. Il semble que les Saoudiens aient très mal pris ces révélations.

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l’enfer des espions)

11/06/2014

Appel à l'aide de l'Armée Syrienne Libre

L’Armée Syrienne Libre (ASL) demande de l'aide contre les jihadistes dans l'Est syrien
Un groupe rebelle syrien soutenu par des pays occidentaux et arabes a réclamé mercredi 11 juin 2014 de l'aide face aux Islamistes de l’EIIL qui se sont emparés depuis hier de vastes régions dans le Nord de l’Irak, notamment la deuxième ville du pays.
"Le conseil militaire supérieur demande à tous les pays arabes amis et frères, notamment l'Arabie saoudite, la Turquie, le Qatar, les Émirats arabes unis et la Jordanie d'apporter de l'aide aux brigades et bataillons sur le terrain dans la province de Deir Ez-zhor pour faire face à l’État islamique en Irak et au Levant" (EIIL), selon un communiqué de l'Armée syrienne libre (ASL).