28/06/2014

Les Etats-Unis ne semblent plus rien contrôler au Moyen Orient

John Kerry en Arabie Saoudite
Après avoir promis d’aider le pouvoir en place à Bagdad, l’administration américaine a finalement compris que cela revenait à protéger le régime de Nouri al-Maliki, c’est-à-dire à se ranger du côté du régime des Mollahs de Téhéran et donc du Hezbollah, une milice qu’elle a inscrite sur la liste des organisations terroristes. Une position difficile à expliquer auprès des nombreux alliés régionaux des Etats-Unis, que ce soit Israël, les Kurdes ou même les monarchies du Golfe.
C’est sans doute pour expliquer la position de Washington que John Kerry était, le 27 juin 2014 à Riyad. Mais il n’est pas sûr qu’il soit reçu en « ami ». Les Saoudiens n’ont pas du tout apprécié les relations de« flirt » entre Washington et Téhéran, sous prétexte de mettre un terme au programme nucléaire iranien.

Les Saoudiens ont pris l’initiative de faire « exploser » l’Irak
Les Saoudiens ont fourni aux tribus sunnites une grande quantité d’armes. Celles-ci, exaspérées par la politique anti-sunnite du premier ministre Nouri al-Maliki, se sont alors alliées avec l’EIIL pour lancer une grande offensive contre l’armée irakienne et le gouvernement de Bagdad et « libérer » les régions sunnites.

Les Saoudiens ont livré des armes
Les Saoudiens ont fourni des armes par avion et par voie terrestre. Les convois d’armes qui traversaient la frontière irako-saoudienne bénéficiaient d’une couverture de l’armée de l’air saoudienne et même jordanienne (selon des informations israéliennes). Il est surprenant que l’administration Obama ait été la seule à ne pas être au courant ! 
Les armes étaient transportées jusqu’à la région d’al-Qaïm. Al-Qaïm est une localité frontalière avec la Syrie, aux mains des tribus sunnites alliées pour la circonstance aux Islamistes de l’EIIL.
Maîtres de la région, les combattants sunnites ont alors entrepris de rénover la base aérienne H-2, autrefois l’une des principales bases aériennes de Saddam Hussein. Cette base est située à  350 kilomètres à l'ouest de Bagdad et dispose de deux longues pistes et des hangars pouvant abriter des avions de combat et des hélicoptères.
Selon des sources de renseignement israéliennes, des avions cargos civils ne portant aucune marque d’identification auraient atterri à cette base, le mardi 24 juin pour livrer de grandes quantités d’armes et de munitions. Les avions provenaient d'Arabie saoudite.
C’est la raison pour laquelle des bombardiers syriens seraient intervenus en Irak pour bombarder les pistes réparées de H-2 et faire stopper les livraisons en provenance d’Arabie saoudite. 57 personnes auraient été tuées et 120 blessées au cours du bombardement selon des renseignements américains.

Le bombardement de H-2 confirme l’implication des Saoudiens et des Iraniens dans la guerre en Irak
Le bombardement de H-2 par l’aviation syrienne prouve qu’il y a eu un échange d’informations et une coordination opérationnelle entre les centres de commandement iranien, irakien et syrien.
Elle prouve aussi que l’Arabie saoudite, la Jordanie et l’Egypte sont à la manœuvre en Irak pour donner la victoire aux Sunnites irakiens.

Que vient faire l’Egypte dans cette affaire ?
On vient d'annoncer qu’un commando expéditionnaire égyptien s’était envolé pour l’Arabie saoudite sous le prétexte de renforcer les défenses frontalières du royaume.  Renforcer contre qui ? On affirme à Riyad, juste avant la visite de John Kerry, que c’est parce qu’on craint l’arrivée de l’EIIL aux frontières saoudiennes. Comme si les Islamistes de l’EIIL, qui marchent main dans la main avec les tribus sunnites pro-saoudiennes, pouvaient menacer le royaume ! Non ! Les renforts égyptiens sont un acte d’allégeance du Caire à Riyad pour remercier les Saoudiens de les avoir soutenus lors du coup de force du général al-Sissi contre les Frères Musulmans. Et aussi parce qu’ainsi les Egyptiens affichent clairement leur camp, celui de Riyad contre Téhéran.

John Kerry en pleine patauge
Alors John Kerry se rend à Riyad pour convaincre les Saoudiens d’aider les Américains à combattre les Jihadistes en Syrie comme en Irak alors que ces mêmes Saoudiens sont précisément en train d’armer ces mêmes Jihadistes. Il n’aura pas obtenu grand-chose à Riyad si ce n’est une déclaration d’un chef de la coalition de l'opposition nationale syrienne, Ahmad al-Jarba, selon laquelle les combattants de l’Armée Syrienne Libre seraient prêts à combattre les Jihadistes de l’EIIL en Irak. J’espère que John Kerry n’aura pas pris cette déclaration au sérieux ! En fait, John Kerry a deux objectifs : signer un accord sur le nucléaire iranien et combattre les jihadistes où qu'ils soient. La survie du régime de Bachar el-Assad ou de celui de Nouri al-Maliki est le second de ses soucis. Ce n'est évidemment pas l'opinion de ses interlocuteurs saoudiens.

Le prince Bandar Ben Sultan serait de retour aux affaires
Et précisément, on parle d’un retour aux affaires de Bandar Sultan, l’ancien patron des services de renseignement limogé au début de 2014 pour plaire à Barak Obama. Le président américain lui avait reproché d’avoir aidé les groupes jihadistes syriens dans le but d’abattre coûte que coûte le régime de Bachar el-Assad. Il serait à nouveau chargé de suivre l’affaire irakienne.

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

 

24/06/2014

24 juin – Nouvelles de la guerre sunnites/chiites

Front irakien

Localité de Saadia – province de Diyala
Une vidéo intéressante prise au moment où l’EIIL est entré dans la localité de Saadia – province de Diyala. Le texte indonésien explique que le film montre les forces spéciales de l’armée irakienne évacuer la localité en toute hâte, et dans la plus grande confusion. Je ne sais pas quelle langue parle les personnes que l'on voit de dos sur la vidéo : la langue kurde ? ou un dialecte malais (l’un d’eux prononce le mot « Malaysia » à la fin du film) ? La vidéo pourrait dater du 15 ou 16 juin.
https://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&a...

Al Qaïm
La ville de Qaïm, à la frontière irako-syrienne, a été bombardée par l’aviation militaire irakienne. Une vidéo montre quelques dégâts :
https://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&a...

Raffinerie de Baiji
Les combats continuent pour le contrôle de la raffinerie de Baiji, la principale du pays. L’aviation irakienne a bombardé plusieurs quartiers de la ville faisant 19 morts sans que l’on sache s’il s’agit de civils ou de combattants islamistes.

Front syrien

Damas
Quartier de Jobar – une vidéo russe mise en ligne le 23 juin montre deux chars de Bachar el-Assad engagés dans un combat de rue à travers les ruines du quartier rebelle. Très impressionnant !
https://www.youtube.com/watch?v=uGbmaSadO7s&feature=p...

Les Américains

John Kerry délivre un message confus
John Kerry délivre un curieux message : Il est venu à Bagdad pour promettre de tout faire pour aider le régime de Nouri al-Maliki à résister à l’offensive islamiste dans le nord de l’Irak et à protéger la capitale des Islamistes sunnites. Il sait pertinemment pourtant - parce que Kerry est un homme intelligent - qu’en prenant cette décision il va s’aliéner l’Arabie saoudite et les pays du Golfe pour qui la situation est due en premier lieu à la politique sectaire de Maliki et au jeu de l'Iran.
Il se rend ensuite au Kurdistan. Pour leur dire quoi ? Qu’ils doivent renoncer à leur ambition de créer un Etat kurde indépendant ? Les Kurdes sont pro-américains mais il y a des limites ! Pour eux, il n’est plus question d’un retour en arrière, vers une situation où un pouvoir central vous discute le moindre denier et où des Islamistes sunnites répandent quotidiennement le sang dans les rues du Kurdistan.
Les vrais amis des Américains dans la région sont les Kurdes et eux seuls ! Les Chiites de Nouri al-Maliki, et même les autres leaders chiites qui s’opposent à lui, se sont vraissemblablement résolus à la séparation en trois Etats distincts. C’est la seule façon, quand on y pense bien, de mettre un terme à la guerre sectaire qui ravage le pays depuis des années.

La naissance d’un Etat islamique sunnite sous la gouvernance de l’EIIL est un problème pour les Occidentaux
Et du coup, la naissance d’un Etat islamiste d’Irak et du Levant n’est plus, ni un problème chiite irakien ni un problème kurde. Il s’agit d’un problème pour l’Occident et pour lui seul en raison de l’émergence d’une zone de non droit (droit occidental s'entend !) où les Jihadistes du monde entier pourront venir se former avant de repartir dieu seul sait où accomplir leur Jihad.
Les 300 bérets verts américains envoyés d’urgence en Irak pour épauler l’armée irakienne risquent bien d’être très déçus par la combativité de l'armée qu'ils sont supposés aider. Celle-ci se bornera sans doute à protéger les lieux saints chiites, à interdire l'accès de Bagdad et à s’assurer que les Islamistes sunnites ne viendront pas menacer l’Etat chiite en gestation.

L'EIIL, les tribus et l'armée des Naqshbandis : une alliance contre nature 
Lorsque l’Irak aura éclaté en trois morceaux – ce qui est déjà pratiquement fait – les Américains devront sans doute « manœuvrer » à nouveau en direction des tribus sunnites et de l’armée des Naqshbandis pour les convaincre de se dresser contre les Islamistes de l’EIIL. On peut en effet parier que l’alliance contre nature de l’EIIL, des tribus et des anciens soldats de Saddam Hussein fera long feu.

Avoir un jeu plus équilibré entre Iraniens et Saoudiens

Il faudra pour cela qu'ils réussissent à calmer la colère des Saoudiens qui voient d'un très mauvais œil les Américains être à tu et à toi avec Téhéran. Mais se posera alors l'épineux problème des ambitions nucléaires iraniennes.  Une situation vraiment compliquée pour des diplomates américains ! On peut regretter qu’un général Petraeus n’ait été que brièvement directeur de la CIA !

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

 

 

17/06/2014

Nouvelles de la guerre Sunnites/Chiites

Le front syrien

Offensive imminente des rebelles soutenus par l’Arabie saoudite à Damas
On s’attend à une offensive imminente vers le centre de Damas. Le Front islamique, financé et armé par l’Arabie saoudite, aurait progressé depuis quelques jours vers la place des Abassides à partir du quartier de Jobar.
Il s’apprêterait à lancer une offensive baptisée « Kasr al-aswar » - Briser les murs en arabe (sous-entendu de Damas). Le chef du Front islamique, Zahran Aloush, serait déjà à Jobar pour commander l’offensive.

Vidéos des opérations militaires près de la place des Abbassides
Une première vidéo montre les insurgés à proximité immédiate de la place des Abbassides. Le cinéaste filme l’explosion gigantesque suivie de fusillades :
https://www.youtube.com/watch?v=AOGzrv4Sm24&feature=p...
Cette autre vidéo montre l’explosion du bâtiment visé qui était occupé par les miliciens du régime (appelés Shabbiha par les rebelles) à proximité de la place des Abbassides :
https://www.youtube.com/watch?v=ZACNMHvEHqE&feature=p...
Cette dernière vidéo montre le résultat de l’explosion et ce qu’il reste du bâtiment :
https://www.youtube.com/watch?v=JJCfChdOqVo&feature=p...

Les rebelles syriens aidés et financés par l’Arabie saoudite prennent un poste à la frontière entre l’Irak et la Syrie
L’Armée Syrienne Libre vient de prendre le poste de Qaïm à la frontière entre l’Irak et la Syrie. Qaïm est une localité irakienne qui avait donné beaucoup de fil à retordre aux troupes U.S. La localité fait face à la localité syrienne de Boukamal. Le fait que ce poste frontière échappe au contrôle de l’EIIL me fait tirer deux conclusions :
1 – Les tribus sunnites agissent sur ordre de l’Arabie saoudite. Or le royaume wahhabite a visiblement l’intention d’assurer des voies d’approvisionnement en hommes et matériel vers les groupes rebelles syriens qu’il soutient.
2 – La coopération militaire entre l’EIIL et les tribus sunnites pourrait bien ne durer qu’un temps. Dans un avenir plus ou moins lointain, on devrait assister à un nouvel affrontement entre les guérilleros de l’EIIL et les membres des tribus.

Précisions sur la bataille de Kassab – Forces en présence
Les combats pour le contrôle de Kassab, à la frontière turque, ont impliqué des combattants du Hezbollah, et les forces spéciales de l'armée syrienne, appuyés par des combattants de nationalités arabes et iranienne. Les insurgés appartenaient à la brigade Ahrar alCham (islamiste – membre du Front islamique pro-saoudien), le mouvement de Cham al-Islam (islamiste – membre du Front islamique pro-saoudien), katiba ansar al-Cham, la brigade de Cham, le groupe des Fils de Qadisiyah, le rassemblement  Chamouna, et des brigades islamiques.

Armes françaises à Kassab
Cela dit, l'armée syrienne a récupéré dans la ville de Kassab des missiles Milan (armes française antichars) -

Armes françaises à Kassab.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette photo mise en ligne par un site du Hezbollah est supposée confirmer ces affirmations. On savait qu’un contrat d’achat d’armes françaises  par l’Arabie saoudite avait été signé en janvier 2014. Il portait sur 3 milliards de dollars et était supposé avoir pour but de renforcer l’armée libanaise. Les armes trouvées à Kassab font elles partie du contrat d’achat ? ou s’agit-il d’une intox ou encore d’une autre source d’approvisionnement, comme la Libye, par exemple ? Il faut se souvenir que des Missiles Milan avaient été fournis aux insurgés libyens pour lutter contre les forces fidèles à Mouammar Kadhafi. Certains de ces missiles avaient atterri entre les mains des insurgés au cours de la bataille de Baba Amro (Homs) mais les postes de tirs avaient été détruits par des bombardements intensifs de l’armée syrienne.

Le front irakien

La prise de Tal Afar par l'EIIL confirmée
Les insurgés sunnites ont confirmé la prise de la ville de Tal Afar, à l’ouest de Mosoul, une ville peuplée majoritairement de chiites turkmènes. Les Islamistes sunnites ont également progressé dans la province de Diyala. Ils ont pris le contrôle de la ville d’al-Adhim.
Par contre, ils n’ont pas réussi à s’emparer de Baqouba, une ville importante située à 60km au nord de Bagdad. Les insurgés avaient lancé une attaque dans la nuit du 16 au 17 juin contre la localité, et ils avaient réussi à s'emparer de plusieurs quartiers avant d’être repoussés par les forces de sécurité.

Nombreux morts de part et d’autre
Les autorités affirment avoir tué près de 279 Islamistes à la suite du bombardement aérien d’un convoi au nord de Bagdad. Il est difficile de confirmer l’exactitude des chiffres. Il est certain qu’à la vue des vidéos diffusées sur le net, on comprend qu’en cas de  bombardement d’un convoi, le nombre des victimes ne peut être que très élevé, les Islamistes progressant dans le plus grand désordre au milieu de la foule.
En ce qui concerne les vidéos et images de massacres de prisonniers par les guérilleros de l’EIIL, il est, là aussi, difficile de les authentifier mais ils sont crédibles car l’EIIL a une longue tradition de telles exécutions.

L’EIIL et l’armée de Naqshbandi formeront un commandement uni
L’EIIL et l’Armée de Naqshbandi - un groupe sunnite comptant dans ses rangs d’anciens officiers de l’armée de Saddam Hussein et dirigé par l’ancien vice-président du régime de Saddam Hussein, Ezzat Douri - ont décidé de former un commandement uni en Irak.
Selon la chaîne de télévision panarabe Al-Mayadeen, les commandants du groupe de l’EIIL et de l’Armée de Naqshbandi ont participé à une réunion au sud de Mossoul au cours de laquelle il a été décidé de former un commandement militaire uni sous la direction d'Ezzat Al-Douri.
Il a également été prévu que 5% des véhicules militaires saisis auprès de l’armée irakienne seront transférés en Syrie.

5000 volontaires iraniens prêts à se rendre en Irak
Quelque 5.000 Iraniens se sont portés volontaires pour défendre les lieux saints chiites en Irak face à l'offensive des Islamistes sunnites.  L'Irak compte, en effet,  plusieurs lieux saints chiites, à Najaf et Kerbala, au sud de Bagdad, et à Samarra au nord de la capitale. Selon le site, Tabnak, l'appel a été lancé par l'organisation "Quartier général populaire des défenseurs des sanctuaires chiites" et les volontaires peuvent s'inscrire sur le site www.harimshia.org (sanctuaire du chiisme, en persan) ou par SMS.
"Les inscrits sont organisés en unités (...) et si l'ordre est donné par le guide suprême (l'ayatollah Ali Khamenei), ils se rendront en Irak pour défendre les lieux saints".

Liban

Psychose à Beyrouth
Les forces de sécurité du Hezbollah et les forces de sécurité intérieure (FSI) se sont déployées en masse à l'entrée de la banlieue chiite de Beyrouth, le Dahiyé, par crainte d'attentats islamistes dans le quartier.

 Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)