29/06/2014

Violents combats entre Islamistes dans la banlieue de Damas

Les Islamistes de l’EIIL veulent maintenant conquérir la Ghouta orientale
Fort de ses succès en Irak et disposant d’un impressionnant arsenal militaire qu’il a pris à l’armée irakienne et dont une partie a été transportée en Syrie, l’EIIL convoite désormais la Ghouta orientale et tente depuis quelques jours de la conquérir.

La Ghouta orientale est une place forte du Front Islamique
La capitale de la Ghouta orientale, Douma, est le fief du Front Islamique, une coalition de milices armées, dirigée par Zahrane Allouche, le chef de Jeich al-Islam (l’Armée islamique), qui constitue la principale force du Front dans cette région. Soutenu par l’Arabie saoudite, le Front al-Nosra, affilié à al-Qaïda et son représentant en Syrie, combat  aux côtés du Front Islamique.
Les combats entre Islamistes sont d’une violence inouïe.

Les combattants de l’EIIL reçoivent le renfort de membres du Front al-Nosra
Des combattants de l’EIIL se sont infiltrés dernièrement à Douma. Ils ont reçu le renfort de cinq dirigeants du front al-Nosra et de leurs hommes qui ont décidé de rejoindre les rangs de l’EIIL, comme à Boukamal, et de prêter allégeance à son cher, Abou Baker al-Baghdadi. On s’attend à ce que d’autres éléments suivent leur exemple.

Zahrane Allouche ordonne d’exécuter tout membre de l’EIIL
Du coup, c’est la mobilisation générale dans les rangs du Front Islamique. Zharane Allouche a donné l’ordre d’exécuter sur le champ quiconque soutiendrait l’EIIL.
Quatre jours après que cet ordre ait été donné, on apprenait que le chef religieux de l’EIIL dans la Ghouta orientale, le Saoudien Abdel Majid al-Outaïbi, plus connu sous son nom de guerre Karine al-Kallache, était retrouvé décapité. L’EIIL accusait aussitôt le Front Islamique d’être responsable de son exécution et promettait de se venger en tuant Zahrane Allouche lui-même.
Sans doute dans le but de mettre leur menace à exécution, une énorme explosion à la voiture piégée détruisait, samedi 28 juin,  le siège de Jeich al-Islam (l’armée islamique), tuant vingt personnes. Peu de temps avant l’attentat, Jeich al-Islam avait lancé un assaut contre des positions de l’EIIL dans les localités de Douma et Misraba. 

Pendant ce temps...
Pendant ce temps, les forces fidèles au régime syrien poursuivent leurs bombardements des régions orientales de Damas.

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

19:36 Publié dans Arabie saoudite, Douma, Etat Islamique, Front al-Nosra, Ghouta orientale, Syrie | Lien permanent | Commentaires (1) | | | | |

28/06/2014

al-Qaïda en Syrie se bat contre al-Qaïda en Syrie

Al-Boukamal
J’avais indiqué, le 25 juin 2014, que le Front al-Nosra de Boukamal avait fait allégeance à l’EIIL qui contrôlait la ville irakienne voisine d’al-Qaïm suite à une décision du Front islamique (soutenu par l’Arabie saoudite) d’exclure le Front al-Nosra du Tribunal islamique qui exerce de facto le véritable pouvoir dans la région. J’indiquais que ce ralliement n’allait pas manquer de créer une vive tension avec les autres groupes rebelles.

Combats entre jihadistes d'al-Qaïda
Le 28 juin, le Front islamique, aidé d’éléments du Front al-Nosra (qui rappelons le est le représentant d’al-Qaïda en Syrie), a lancé une contre-offensive contre l’EIIL et les combattants du Front al-Nosra qui lui ont fait allégeance, pour reprendre le contrôle de Boukamal. C’est apparemment la confusion la plus totale où des membres d’al-Qaïda en Syrie font la guerre à d’autres membres d’al-Qaïda qui se sont ralliés à ceux qui affirment représenter al-Qaïda en Irak.

Une confusion apparente car, en fait, la centrale d’al-Qaïda a toujours dit que le Front al-Nosra était son seul représentant en Syrie et demandé à l’EIIL de limiter ses actions au territoire irakien, ce qu’Abou Baker al-Bagdadi, le chef de l’EIIL, n’accepte pas, son intention étant de créer un grand califat sur une bonne partie du Moyen orient.

Les Saoudiens y retrouvent apparemment leurs petits
Les Saoudiens aident les tribus sunnites irakiennes alliées à l’EIIL tout en  fournissant assistance au Front Islamique allié au Front al-Nosra contre l’EIIL en Syrie. Vous suivez ? Une position de circonstance car  l’Arabie saoudite vise in fine à exercer une autorité morale et politique sur l’ensemble du monde sunnite au détriment de toute organisation qui aurait l’intention d’utiliser la religion comme arme politique.

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

17:58 Publié dans Arabie saoudite, Boukamal, Etat Islamique, Front al-Nosra, Syrie | Lien permanent | Commentaires (0) | | | | |

Opposition syrienne : La rivalité se poursuit entre pro-saoudiens et pro-qataris

On croyait le Qatar rentré dans le rang
On croyait que la rivalité s’était calmée entre l’Arabie saoudite et le Qatar depuis que Cheikh Tamin avait succédé à son père Cheikh Ben Khalifa al-Thani, le 24 juin 2013. Un vague compromis avait d’ailleurs été trouvé le 17 avril 2014 entre le petit Emirat et les membres du Conseil de Coopération du Golfe (CCG).
Au terme d'une réunion des ministres des Affaires étrangères des six pays du Conseil de coopération du Golfe, les membres s’étaient entendus sur un « mécanisme d'application » d'une entente conclue en novembre 2013 avec le Qatar, en vertu de laquelle Doha s'engageait à ne plus s'ingérer dans les affaires de ses voisins, et à mettre un terme à sa politique jugée déstabilisatrice dans la région. Doha était en effet accusé par ses voisins de soutenir les islamistes proches des Frères musulmans dans les autres pays du Golfe, dont des dizaines ont été condamnés à la prison aux Émirats arabes unis, et de servir de refuge aux islamistes d'autres pays arabes. Le Qatar était également considéré comme l'un des principaux bailleurs de fonds des Frères musulmans en Égypte et de groupes proches de cette confrérie dans d’autres pays du printemps arabe, alors que l'Arabie saoudite et le reste des monarchies du Golfe soutenaient les militaires égyptiens. Il était enfin accusé de faire cavalier seul en Syrie en soutenant ses propres rebelles sans coordination avec l'Arabie saoudite.

Un récent conflit entre dirigeants rebelles syriens révèle qu’il n’en était rien
On apprenait que le Chef du gouvernement de transition de la Coalition nationale syrienne (rebelle), Ahmad Tohmé, soutenu par le Qatar, avait décidé de dissoudre la plus haute instance militaire rebelle et « de déférer ses membres devant le comité de contrôle financier et administratif du gouvernement pour qu'ils fassent l'objet d'une enquête ». On les accusait ni plus ni moins de détournement de fonds. L'information était choquante, naturellement, et surprenante.
La mesure était aussitôt annulée par le chef de la Coalition, Ahmad Jarba, un proche de l’Arabie saoudite. Jarba fera aussitôt paraître un communiqué selon lequel le chef du gouvernement provisoire (Tohmé) avait outrepassé ses pouvoirs. Le comité politique décidait également de « demander au Conseil général de se prononcer sur cet abus de pouvoir lors de sa prochaine réunion (du 4 au 6 juillet 2014 à Istanbul) et de prendre les mesures qui s'imposent ».

Crise entre pro-saoudiens et pro-qataris
L’élection d’Ahmad Tohmé à la tête du gouvernement de transition de la Coalition nationale syrienne avait déjà provoqué une scission au sein de la rébellion. Le 25 septembre 2013, encouragés par l’Arabie saoudite, plusieurs groupes influents d’insurgés syriens avaient constitué un nouveau Front islamique, refusant l’autorité de la Coalition nationale syrienne (CNS). Dans une vidéo publiée sur des réseaux sociaux, le chef politique de la brigade al-Tawhid, considérée comme modérée, affirmait que cette nouvelle entité regroupait des milliers de combattants de treize organisations armées, dont trois appartenaient auparavant à l’Armée syrienne libre (ASL). 
Le nouvel incident de ces jours derniers reflète la rivalité existant entre Ahmad Jarba et Ahmad Tohmé. Le premier doit quitter la présidence lors de la prochaine réunion du Conseil général, car il ne peut pas exercer plus de deux mandats. Mais Ahmad Jarba veut continuer à jouer un rôle et, à travers lui, les Saoudiens continuer de tirer les ficelles de la rébellion syrienne. Jarba aurait imaginé former un Haut Conseil de la révolution syrienne. Il s’agirait d’une instance militaire dont il exercerait la présidence. Cette instance n’aurait aucune relation avec le gouvernement de transition. Pour parvenir à ses fins, il aurait l’intention de demander un vote de défiance contre le gouvernement de transition. Ahmad Tohmé, mis au courant du plan d’Ahmad Jarba, aurait alors décidé de prendre les devants et de dissoudre le conseil militaire en le discréditant sous le prétexte qu’il serait corrompu.

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)



07:54 Publié dans Ahmad Tohmé, Arabie saoudite, Jarba Ahmad, Qatar, Syrie | Lien permanent | Commentaires (2) | | | | |