30/07/2014

Libye : Il faut maintenant parler de guerre civile

La guerre civile
On peut considérer aujourd’hui que la Libye est en proie à une violente guerre civile dont nul ne sait comment elle finira. Inutile de parler de « risques de guerre civile » ou d’utiliser des titres comme « la Libye au bord de la guerre civile », ou encore de chaos. La Libye n’est pas au bord de la guerre civile. Elle est en pleine guerre civile et le nombre des victimes va croître d’une manière exponentielle. Or, cette guerre civile nous intéresse au plus haut point car elle oppose des Musulmans libéraux - comme on les aime en Occident - à des Islamistes et des Jihadistes.

Nombreuses conséquences pour les pays voisins :
La guerre civile qui va ravager la Libye aura de nombreuses conséquences :

- Elle va signifier un très grave problème humanitaire pour l’Italie qui devra faire face à un accroissement considérable du nombre de « boat people » cherchant par tous les moyens à gagner l’Europe, même au péril de leur vie - C'est déjà le cas aujourd'hui, vous me direz. Il n’y a qu’à regarder les millions de réfugiés syriens qui s’entassent aujourd'hui dans des camps au Liban, en Turquie et en Jordanie pour deviner facilement ce qui attend l’Europe.

- Un problème sécuritaire extrêmement inquiétant pour les pays limitrophes de la Libye, en commençant par la Tunisie et l’Egypte. La Tunisie a d’ailleurs déjà déclaré qu’elle avait l’intention de fermer ses frontières aux réfugiés libyens. Cela a été annoncé par le ministre des Affaires étrangères, Mongi Hamdi, indiquant que 5000 à 6000 réfugiés libyens arrivaient chaque jour en Tunisie. Or,  l'économie tunisienne est précaire et le pays n'est pas en mesure de recevoir les milliers de réfugiés, a-t-il ajouté.
Mais fermer les frontières est plus facile à dire qu’à faire. Ces frontières sont poreuses, comme sont celles de l’Egypte et surtout de tous les pays du grand sud saharien déjà en proie à l’agitation jihadiste.  Déjà, la version jihadiste tunisienne, Ansar al-charia, a mis en ligne, aujourd’hui 30 juillet, un sérieux avertissement à l’armée tunisienne, la menaçant des pires conséquences si elle poursuivait ses actions sécuritaires contre les Jihadistes d’AQMI.

- Les gouvernements occidentaux semblent amnésiques et ne se souviennent plus du tout qu’ils ont contribué à la création d’un vide de l’autorité en se bornant à aider les rebelles à abattre le régime de Mouammar Kadhafi sans se soucier de ce qu’il adviendrait par la suite dans le pays et sans aider les nouvelles autorités libyennes  à reconstituer un Etat et des forces de sécurité. La seule décision prise à ce jour est celle d’évacuer les ressortissants nationaux comme si cela  suffisait.

Les jihadistes d'Ansar al-Charia ont mis en ligne quelques uns des équipements militaires capturés lors de la prise de la caserne des forces spéciales :

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On avait cru que le général Haftar bénéficiait de l’aide américaine
Notre curiosité avait été excitée par la personnalité du général Khalifa Haftar lorsque celui-ci avait déclaré vouloir débarrasser Benghazi des milices islamistes, dont l’une, Ansar al-Charia, avait été inscrite par Washington sur la liste des organisations terroristes. Les autorités américaines l’accusaient d’avoir joué un rôle dans l’assassinat de l’ambassadeur américain, le 11 septembre 2012. On pensait que la CIA était derrière le coup de force du général. Mais depuis le mois de mai, rien ne s’est passé. AFRICOM, l’agence américaine de lutte contre le terrorisme en Afrique et au Moyen Orient, ne semble pas avoir fait le moindre mouvement pour aider et équiper les hommes du général et leur permettre de chasser les Jihadistes de Benghazi. L’administration américaine n’était finalement intéressée qu’à capturer celui qu’elle considérait comme responsable de l’assassinat de son ambassadeur – une opération menée d’ailleurs avec la collaboration des hommes de Haftar – mais rien d’autre. Aujourd’hui, les rebelles islamistes ont conquis le quartier général des forces spéciales de l'armée libyenne, qui s’étaient ralliées au général Haftar. C’était la principale place-forte des partisans de Haftar à Benghazi.
Les forces spéciales commandées par le colonel Wanis Abou Khamada ont du abandonneur leur caserne située dans le quartier de Bouatni et se sont retirées hors de la ville, laissant 85 soldats morts derrière eux. C’est la pire défaite de l’armée face aux milices islamistes qu’elle prétendait combattre.
Il s’agit d’un coup dur pour le général Khalifa Haftar car les Forces spéciales s’étaient déclarées favorables au coup de force qu’il avait lancé à partir du 16 mai contre les Islamistes, même si elles n’étaient pas allées jusqu’à se placer sous ses ordres.

Le «Conseil de la Choura » seul maître de Benghazi
Le « conseil de la Choura des révolutionnaires de Benghazi », une alliance de groupes islamistes et jihadistes, contrôle désormais la base militaire et est seul maître de la seconde ville du pays.

L’exemple libyen inspire déjà d’autres Jihadistes
L’organisation jihadiste tunisienne Ansar al-Charia a cru bon profiter du succès des jihadistes libyens contre l'armée pour élever à son tour le ton et sommer les forces de sécurité et l’armée tunisiennes «de choisir entre la réconciliation ou la guerre».
Ansar al-Charia appelle les forces de sécurité et l’armée à «libérer leur esprit de la peur, à prendre le parti de la vérité, à revenir à leur religion et à leur nation, avant qu’il ne soit trop tard». Les Jihadistes déclarent qu'ils assimileront tous les membres des forces de sécurité qui ne leur obéiraient pas comme des infidèles et des mécréants.
«Les événements survenus sur la terre de Kairouan (comme les Jihadistes appellent la Tunisie) depuis le mois de mai (2014), œuvre de frères moujahidines basés dans les montagnes, est la meilleur preuve que vous ne comprenez que la logique de la force et n’écoutez que  le bruit des balles», lit-on dans le communiqué, par allusion aux attaques des forces de sécurité et de l’armée contre les Jihadistes du mont Chambi, à cheval sur la frontière entre l'Algérie et la Tunisie.

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

19:07 Publié dans Africom, Algérie, Ansar ach-Charia, AQMI, Benghazi, Egypte, Etats-Unis, Haftar Khalifa, Libye, Tunisie | Lien permanent | Commentaires (0) | | | | |

17/07/2014

14 soldats tunisiens tués par AQMI dans le mont Chaambi

Le Mont Chaambi
Le Mont Chaambi est un massif difficile d’accès à la frontière entre l’Algérie et la Tunisie. C’est un lieu traditionnel de passage pour tous les trafiquants et repris de justice. Les Jihadistes d’AQMI (al-Qaïda au Maghreb Islamique) s’y sont retranchés depuis le "Printemps arabe" et les affrontements y sont réguliers entre AQMI et l’armée tunisienne depuis avril 2013. 

Algérie et Tunisie face au même danger
Les autorités algériennes et tunisiennes se sont rencontrées à plusieurs reprises pour tenter de mettre au point une stratégie contre le danger jihadiste à la frontière entre les deux pays. Il a été décidé de renforcer la coopération aux frontières et de multiplier les patrouilles communes pour contrer AQMI. Plusieurs opérations de grande envergure avaient été menées contre les maquis jihadistes du Mont Chaambi en mai et août 2013. Mais ils n’ont pas, apparemment, réussi à les déloger de leur place forte.

14 soldats tués dans une attaque d’AQMI sur le mont Chaambi
Au moins 14 soldats tunisiens ont été tués mercredi 16 juillet dans une attaque imputée à AQMI sur le mont Chaambi, près de la frontière avec l'Algérie, où l'armée traque toujours les combattants jihadistes. Le bilan risque d’être encore plus lourd a annoncé le bureau de presse du ministère de la défense.

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l’enfer des espions)

20:51 Publié dans Algérie, AQMI, Tunisie | Lien permanent | Commentaires (0) | | | | |

14/07/2014

Le chef d’AQMI en Kabylie se rallie au Califat – les autres chefs d’AQMI restent fidèles à al-Qaïda

Information sur l’AQMI
Héritière du GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat) algérien, AQMI opère dans la bande soudano-sahélienne, une vaste zone comprenant plusieurs pays, dont le Mali, le Niger et la Mauritanie, où elle a multiplié ces dernières années les enlèvements d'Européens surtout, en exécutant certains.
AQMI a profité de la chute du régime de Mouammar Kadhafi en Libye pour se renforcer, notamment en faisant main basse sur une partie de l’armement de l’armée libyenne. Beaucoup d'armes sont tombées dans les mains de l’AQMI après le pillage des casernes du régime de Kadhafi. On a craint également que les Jihadistes aient mis la main sur des missiles sol-air, mais jusqu’à cette date, AQMI n’a pas utilisé de tels missiles dans ses combats, notamment contre l’armée française au Mali.

L’Algérie prend la menace d’AQMI au sérieux
Première puissance militaire de la région, mais aussi pays ayant le plus souffert de la violence islamiste qui continue d'y sévir, l'Algérie prend la menace AQMI très au sérieux et a alerté très tôt sur les risques de voir AQMI se renforcer après la chute du régime libyen. C’est la raison pour laquelle  l'Algérie a renforcé ses moyens militaires à sa frontière avec la Libye. L’Algérie est en effet confrontée à l’activisme des maquis d’AQMI en Kabylie et à l’est d’Alger.

L’Algérien Djamel Okacha nouveau chef d’AQMI après la mort d’Abou Zeid
L’Algérien Djamel Okacha a succédé à Abdelhamid Abou Zeïd à la tête de la brigade d’Al Qaïda au Maghreb islamique que dirigeait son compatriote jusqu’à sa mort le 1er mars 2013, dans le nord du Mali. On attribuait à Abou Zeïd l’enlèvement d’une vingtaine d’occidentaux dans le Sahara ces cinq dernières années, qui ont rapporté plusieurs millions de dollars de rançon à AQMI. Il était notamment jugé responsable de la mort de plusieurs otages étrangers au Sahel ces dernières années, notamment celle du Français Michel Germaneau en 2010.
Agé de 34 ans, Djamel Okacha, aussi connu sous le nom de Yahia Abou El Hamam, a rejoint le Nord-Mali en 2004, selon une source proche des services de sécurité. Sa présence est également signalée parmi le commando ayant attaqué une caserne militaire en 2005 en Mauritanie. Il serait aussi impliqué dans l’assassinat en 2009, toujours en Mauritanie, de l’Américain Christopher Legget, qui travaillait pour une ONG.
Djamel Okacha dirige l’AQMI sous l’autorité de l’émir Abdelmalek Droukdel, un autre algérien.

Les menaces d’AQMI contre la France
El-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) a appelé à attaquer les intérêts français « partout dans le monde » en riposte à l’intervention au Mali. Dans une vidéo mise en ligne hier, un chef du réseau appelle « les musulmans dans le monde entier » à « attaquer les intérêts français partout, car depuis le premier jour de l’agression, ils sont devenus des cibles légitimes. Face à la nouvelle croisade menée par la France et son occupation d’une terre de l’islam, nous vous appelons à la mobilisation (...) et au jihad », affirme ainsi Abou Obeida Youssef al-Annabi, présenté comme le chef du conseil des notables d’AQMI, dans UN message daté du 25 avril 2013. Al-Annabi s’en est également pris à la France pour avoir légalisé le mariage gay, affirmant qu’elle subirait « le châtiment divin » pour avoir adopté cette « loi de la honte », la qualifiant « d’affront pour l’humanité entière ».

Le cadi d’AQMI en Algérie fait allégeance au califat de l’Etat islamique 
Le Cheikh Abi Abdallah Athman al-Othman, chef d’AQMI en Kabylie annonce son ralliement au califat de l’Etat Islamique d’Abou Baker al-Baghdadi :
« Nous sommes vos soldats en Algérie » affirme le cheikh dans une vidéo :
https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&...

La déclaration d’allégeance du Cheikh al-Othman ne fait pas l’unanimité au sein d’AQMI
Les autres dirigeants d’AQMI viennent de rejeter la reconnaissance du califat déclaré par Abou Bakr al-Baghdadi et renouvelé leur allégeance au chef d'el-Qaïda, Ayman al Zaouahiri, si l’on en croit un communiqué qui vient d’être publié sur les réseaux sociaux.
"Nous confirmons que nous continuons à respecter notre serment d'allégeance à notre cheikh et émir, Ayman al Zaouahiri", indique le communiqué.
Le chef de l'Etat Islamique avait exigé de tous les Musulmans de le reconnaître comme calife et affirmé son autorité sur les Musulmans à travers le monde.
Le communiqué censé émaner de la direction d’AQMI accuse l'Etat islamique de ne pas avoir consulté les autres chefs djihadistes.

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l’enfer des espions)

20:07 Publié dans Abu Baker al-Baghdadi, al-Qaïda, Algérie, AQMI, Etat Islamique, France, Libye | Lien permanent | Commentaires (3) | | | | |