03/12/2014

3 décembre – Nouvelles des guerres du Moyen Orient

Le fait marquant est l’entrée en lice de l’Iran dans la lutte contre l’Etat Islamique. Curieusement, l’Arabie saoudite menace la Syrie et al-Qaïda dans la Péninsule Arabique (AQPA) exécute une attaque contre la résidence de l’ambassadeur iranien à Sanaa, la capitale du Yémen. Un avertissement à l'Iran ?

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02/12/2014

2 décembre 2014 - Nouvelles des conflits du Moyen Orient

Israël

On m’a demandé ce que je pensais du débat à l’Assemblée Nationale française du vote sur la reconnaissance d’un Etat palestinien. Voici ma réponse :

Activité de la chambre des députés française
Le vote sur la reconnaissance de l’Etat palestinien par la Chambre des Députés française est une pure action d'intox électorale. L’objectif de la Gauche française est de tenter de récupérer le vote musulman mis à mal par la loi "mariage pour tous". Il s’agit d’un débat et d’un vote qui ne servent à rien. Un activisme stérile.

La viabilité économique d’un Etat palestinien dans l’état actuel des choses est impossible
La viabilité de l'Etat palestinien est impossible si on ne prévoit pas en même temps un démantèlement des « colonies de peuplement » israéliennes qui ont essaimé en Cisjordanie. Cela reviendrait à mettre un Etat palestinien sous perfusion financière permanente de la communauté internationale.

Un Etat palestinien sans démantèlement des colonies revient à instituer un apartheid
Il y a fort à parier que le gouvernement israélien refusera d’évacuer 400 000 colons établis en Cisjordanie pour les faire revenir à l’intérieur des frontières légalement reconnues par la communauté internationale. Or ces frontières n’ont plus aucune existence réelle en raison des bouleversements occasionnés dans le pays à la suite de plusieurs guerres israélo-arabes.
Croire à la fiction d’un Etat palestinien sans apporter une réponse au problème de la présence de colonies de peuplement juif en Cisjordanie, revient à accepter une forme d’apartheid entre les deux communautés juives et palestiniennes pour des raisons de sécurité.

La seule solution : Cohabitation de tous les résidents juifs et arabes dans un seul Etat
Une solution est un État multiconfessionnel avec, par exemple une répartition des charges de l’Etat et des ministères régaliens entre les différentes communautés : Juives, musulmanes, chrétiennes orthodoxes, druzes, etc. Cela permettrait d’organiser un « vivre ensemble » qui donnerait aux Juifs un accès libre à ce qu’ils appellent la Judée et la Samarie et aux Arabes un accès à l’ensemble du territoire de la nouvelle entité nationale. Cela suppose de procéder par étapes avec une garantie et une protection internationale des deux communautés.

Le gouvernement israélien actuel insiste pour être reconnu comme un Etat juif : une aberration démocratique
Israël veut être reconnu comme un État juif. Ceci est une aberration démocratique. Cela reviendrait à traiter comme des citoyens de seconde catégorie les citoyens non-juifs.

Il n’y a que deux solutions :
Le choix est entre :
- 2 États - Israël et la Palestine mais ceci implique un démantèlement de toute les « colonies de peuplement » situées en Cisjordanie - Solution guère réalisable, on en convient.
- 1 seul État sur l'ensemble d'Israël et de la Cisjordanie (Judée et Samarie) avec une répartition des principales fonctions de l’Etat et des ministères régaliens (AE – Intérieur – Justice – Education). C'est la seule solution économiquement viable pour les Palestiniens. Cela suppose : Respect mutuel -  libre circulation - démantèlement du mur - répartition budgétaire – Règles en ce qui concerne le foncier – aménagement des transports, de la distribution de l’eau, etc.

Front irakien

Sayyed Hashim al-Haidari (le Hassan Nasrallah irakien)
Un chef religieux chiite  irakien, al-Sayyed Hashem al-Haidari, a fait son apparition sur la scène politique et militaire, un peu comme Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah au Liban. Haidari est un fidèle du  guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, et tout comme Nasrallah, il sait galvaniser les foules chiites par ses discours enflammés. La vidéo ci-dessous est intéressante pour ce qui concerne la rhétorique anti-Amérique qu’il utilise pour galvaniser ses supporters. Pour lui, les Jihadistes de l’Etat Islamique ne sont que les « jouets » des Américains. Vous ne trouverez pas d’Américains capables d’exécuter un attentat kamikaze, c’est pourquoi ils utilisent les jihadistes de l’EI, martèle-t-il dans son discours.
Vidéo d’un de ses discours – le discours est en arabe sous-titré en anglais :
https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&...

Kurdistan
Le gouvernement irakien et les Kurde irakiens ont annoncé mardi 2 décembre avoir conclu un accord pour régler leurs différends sur le budget et les exportations pétrolières. Les deux camps devaient absolument trouver une entente pour concentrer leurs efforts à la lutte contre l’Etat Islamique. 
Cet accord a été conclu au cours d'un conseil des ministres présidé par le Premier ministre Haidar al-Abadi auquel participait le Premier ministre kurde Nechirvan Barzani.

L’armée irakienne et les Peshmergas reprennent 27 villages des mains de l’Etat Islamique :
L’armée irakienne et les Peshmergas ont repris 27 villages de la province de Diyala des mains de l’Etat Islamique. L’armée, avec l’appui de l’aviation, a réoccupé les monts Hamrin et la rivière Narin utilisées par les Salafistes comme voie de communication et d’approvisionnement.
Vidéo (langue anglaise) :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=94b020df8231

Frontière occidentale de l’Irak
Au moins seize gardes-frontières ont été tués lundi 1er décembre à l'ouest de l'Irak par des jihadistes de l'État islamique (EI). Quatre autres gardes ont été blessés dans l’attaque contre leur quartier général à al-Walid, à l'extrémité ouest de la province sunnite d'al-Anbar.

Ramadi
Cette vidéo jihadiste montre des combats à al-Sajjariyya, à l’est de Ramadi. Remarquez au début de la vidéo la mitrailleuse américaine, sans doute prise à l’armée irakienne. Attention des images peuvent choquer à la fin de la vidéo :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=f61a70a520fe

Nouvelle offensive jihadiste près du barrage de Samarra
La vidéo a été mise en ligne par l’Etat Islamique :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=1f5977544fee

Ailleurs en Irak
Ailleurs dans le pays, neuf miliciens chiites sont morts au combat entre dimanche et lundi, et trois civils ont été tués dans des tirs de mortier lundi 1er décembre à Bald. Quatre personnes sont mortes et sept ont été blessées dans une explosion à Touz Khourmatou (90km au sud de Kirkouk).

Frappes françaises contre Daech
 « Deux avions de chasse français ont détruit lundi 1er décembre un check-point tenu par des terroristes du groupe Daech dans le nord de l'Irak », a indiqué le ministère français de la Défense dans un communiqué.
« Une patrouille de reconnaissance armée de deux avions de chasse a bombardé une position du groupe terroriste Daech lundi matin », selon le communiqué, précisant que les moyens de la coalition avaient repéré quelques heures avant le check point au sud-ouest du Mont Sinjar.
« Les Rafale équipés de bombes guidées laser ont neutralisé la menace et détruit les deux structures qui constituaient le barrage », indique la défense, sans préciser si des terroristes ont été tués dans la frappe. La dernière frappe en Irak de la France, qui participe à la coalition internationale contre le groupe Daech, remontait au 19 novembre.

Liban

La guerre en Syrie et ses conséquences sur l’intérieur libanais
Le Liban suit avec inquiétude l’évolution de la situation militaire en Syrie depuis le début de la guerre civile, il y a trois ans. L’inquiétude est d’autant plus grande que le conflit a tendance à débordé ses frontières, non seulement dans la région du Qalamoun, proche de la Bekaa, mais au nord, dans la région du Akkar. Sans compter les incidents sécuritaires qui se multiplient un peu partout dans le pays. Le nombre de ces incidents tend à augmenter au fil des mois et implique de plus en plus des ressortissants syriens réfugiés au Liban et de plus en plus exaspérés par l’absence de progrès de la révolution sur le terrain. Beaucoup de ces réfugiés, surtout les jeunes adultes ont abandonné tout espoir de revenir rapidement au pays et sont de plus en plus gagner par les idées véhiculées par les organisations salafistes. C’est bien l’avertissement qu’a émis le commandant en chef de l’armée libanaise, le général Jean Kahwagi lorsqu’il déclarait en août 2014, qu’il y avait urgence à imposer un contrôle plus strict dans les camps des réfugiés syriens répandus sur l'ensemble du territoire libanais, « afin que ces derniers ne se transforment pas en îlots terroristes ». Les Libanais savent de quoi ils parlent lorsqu’ils invoquent le danger que représentent des réfugiés sur son sol.

La communauté internationale affirme vouloir garantir la stabilité du pays
En l’absence de l’éclatement d’un conflit civil majeur, le Liban peut croire que la communauté internationale interviendrait pour préserver son intégralité et sa stabilité. Il est peu probable que les candidats soient très nombreux à mettre des troupes sur le terrain si la situation dérapait. On sait, dans toutes les chancelleries occidentales que le Liban est le quatrième fournisseur de combattants à l’Etat Islamique, après la Tunisie, l’Arabie saoudite et la Jordanie. L’ONU parle de 870 combattants libanais dans les rangs de daech. Le Hezbollah libanais maintient, quant à lui,  près d'un millier de combattants  en permanence en Syrie qui se battent aux côtés de l’Armée Arabe Syrienne (AAS).

La situation risque d’empirer
Il n’y a pour l’instant aucun espoir de solution politique en Syrie. Cela signifie pour l’Etat libanais qu’il est peu probable que les réfugiés puissent rentrer chez eux dans un avenir proche.

Les Américains auraient conseillé à l’armée libanaise de coordonner ses actions avec l’armée syrienne
Les Américains aimeraient entraîner le Liban dans leur lutte contre les Jihadistes. Des sources sécuritaires laissent entendre que les Américains auraient conseillé aux forces armées libanaises de coordonner leur action avec l'armée syrienne, le long de la frontière dans la zone du Qalamoun et de Zabadani, jusqu'à la Békaa-Ouest et à Rachaya pour lutter contre les combattants de Daech et du Front al-Nosra (al-Qaïda). Mais comme le dossier syrien continue de diviser la classe politique libanaise, il n'est pas question pour l'instant de la part du gouvernement de procéder à une volte-face politique. L'armée pourrait simplement avoir un feu vert pour un minimum de coordination avec les forces de Damas.

Rumeur : L'épouse d'Abou Baker al-Baghdadi arrêtée  au Liban
La chaîne panarabe al-Mayadin, citant une information provenant des services de renseignement de l'armée libanaise, affirme que Souha Doulaimi, l'une des épouses du calife autoproclamé de l’Etat Islamique, Abou Bakr al Baghdadi, ainsi que l'un de ses fils (8 ans) a été arrêtée à un poste-frontière illégal avec la Syrie. Cette arrestation, qui aurait eu lieu il y a dix jours, aurait été réalisée en coopération avec des services de renseignement étrangers, affirme la chaîne.
En fait, il n’y a rien de certain à l’heure actuelle que cette femme soit une épouse, ou une ex-épouse du leader de l’EI ou qu’il s’agisse même d’une femme ayant une relation avec Abou Baker al-Baghdadi. Aucune confirmation a été donnée par l’armée libanaise. La femme interpellée possédait de faux documents d'identité lors de son arrestation. Elle est actuellement interrogée au ministère de la Défense à Yarzé.

L’épouse d'un chef du Front al-Nosra également arrêtée
Le correspondant de la chaine Al-Mayadin a également rapporté que les forces de sécurité libanaises avaient arrêté la femme d’Anas Chirkas, alias Abou Ali Chichani (le Tchétchène), un responsable du Front Nosra originaire de Homs. Elle était accompagnée par l’un de ses enfants.

Le général Ibrahim, commandant en chef de l’armée libanaise menace d’exécuter des jihadistes 
Le directeur de la Sûreté générale, le général Abbas Ibrahim, a menacé d’exécuter deux Jihadistes détenus, Omar Atrache et Joumana Hmayyed, en cas de nouvelles décapitations visant les soldats otages détenus par le Front al-Nosra.
Une trentaine de soldats et agents des Forces de sécurité intérieure sont actuellement retenus en otage par les jihadistes du Front Nosra et de Daech. Le Front Nosra a menacé, lundi 1er décembre, d’exécuter le soldat libanais Ali Bazzal qu’il tient en otage.

Douze miradors érigés par les Britanniques pour repousser l’EI, al-Nosra et autres rebelles syriens
Douze tours de surveillance ont été érigées par les Britanniques le long de la frontière libano-syrienne. Elles doivent servir de bouclier face à toute tentative d'infiltration de la part des islamistes en provenance de Syrie. Le programme a reçu le nom de Tango.
L'édification de ces miradors aurait fait suite à une requête officielle formulée par Nagib Mikati, chef du gouvernement à l'époque, lors d'un tête-à-tête avec son homologue britannique David Cameron, en octobre 2011.
Les tours ont été construites en 17 jours, dans le plus grand secret, par une équipe les militaires britanniques. Elles ont coûté aux contribuables britanniques 150 000.

Tout le long de la frontière syro-libanaise
Les tours d'observation s'étendent depuis le Akkar (au nord) jusqu'à Ersal (dans la Bekaa). Le projet s'inscrit dans le cadre
D'autres tours sont actuellement en construction dans le cadre d'un programme conjoint entre Londres et l'armée libanaise destiné à donner à la troupe la possibilité de protéger sa frontière avec la Syrie, longue de 370km et actuellement menacée par le passage incessant dans un sens ou dans l’autre des rebelles et des Jihadistes.

Une frontière très fragile
Les affrontements d’Ersal entre l'armée et les combattants de l'EI et du Front al-Nosra, ont révélé la faiblesse de l’armée libanaise face au danger islamiste dans les régions frontalières. L'armée a dépêché deux régiments pour la surveillance des frontières, ce qui est insuffisant, d’autant plus qu’elle ne dispose pas, pour l’instant d’un matériel et d’un armement adapté à sa mission. C’est l’une des raisons pour laquelle on a accéléré le programme de réarmement de l’armée, un programme financé par l’Arabie saoudite et qui implique la fourniture d’armes par les Etats-Unis et la France.

Les miradors ne vont pas résoudre tous les problèmes
Le risque d'infiltration entre une tour et l'autre restera toujours possible, ce qui signifie que la construction des tours ne va pas résoudre le problème de l’insécurité aux frontières. Un autre est d’ordre logistique : Il n’a pas été prévu de coordination entre ces tours et une salle d'opération pour gérer l'ensemble du système.
L’autre problème est que l’armée doit être sur le qui-vive un peu partout, aux frontières nord et sud, mais aussi à l'intérieur du pays. Il est clair que l’armée n’a pas les effectifs nécessaires pour remplir sa mission.  en jouant à la police, la troupe manque sérieusement d'effectifs

Un troisième régiment en cours de formation et entraîné par les Britanniques
Un troisième régiment est en cours de constitution. Il sera entraîné et équipé par les Britanniques.
Le Parlement britannique vient également d'approuver un don de 5 millions de dollars additionnels dans le cadre de son soutien à l'armée libanaise. Ils serviront à l'édification d'autres postes de surveillance, ainsi qu'à couvrir l'acquisition de tout un ensemble d'équipements militaires, tels que des véhicules d'observation dotés de caméras.

Dernière nouvelle : 7 soldats libanais tués à Ras Baalbek
Sept soldats libanais ont été tués mardi 2 décembre dans l’après-midi dans une embuscade tendue par des hommes armés dans la région désertique aux environs de Ras Baalbek, à l’est du pays. Cette attaque a été suivie de violents combats dans la région entre l'armée et les auteurs de l'attaque.
L'attaque a eu lieu près de la frontière avec la Syrie vers 17H15 (15H15 GMT) contre une patrouille motorisée. Les assaillants ont fait usage d'armes automatiques et de roquettes antichar. L'armée a dépêché des renforts dans le secteur et les combats se poursuivaient toujours deux heures après l'attaque.

Front syrien

Une délégation française au Kurdistan syrien– Pourquoi faire ?
L’ex-ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner accompagné d’une délégation, a visité, mardi 25 novembre,  les zones kurdes en banlieue de Hassaka et Qamishli en Syrie. Cette visite affichait la volonté de Paris d’examiner la situation des chrétiens, habitants dans lesdites régions.
Un journaliste d’Al-Alam, Hossein Morteza, donne une explication à cette visite de régions kurdes par les Français : « La France prête une attention toute particulière aux conditions dans lesquelles vivent les chrétiens dans les régions kurdes de la Syrie. De nombreux contacts ont été établis entre les Français et les Kurdes à ce propos car les Kurdes, étant très puissants, sont en mesure de défendre les chrétiens ».
Il y a une autre explication possible : la France semble très favorable à l’aménagement d’une zone autonome kurde en Syrie et en Irak. Un objectif partagé, soit dit en passant, par Israël.

Alep
Alep serait pratiquement sur le point de tomber entre les mains des soldats de l’Armée Arabe Syrienne (AAS). Celles-ci l'encerclent presque totalement sauf un étroit passage qui permet encore aux combattants de l'opposition de se déplacer et de s'approvisionner en Syrie. Mais si ce dernier verrou tombe, les combattants de l'opposition n'auront plus qu'un seul choix, se rendre ou mourir. Et l’Etat syrien aura ainsi repris le contrôle de toutes les grandes villes syriennes, à part Raqqa.
C'est pour cette raison que les rebelles tentent de desserrer l'étau autour d'Alep en lançant des assauts répétés contre deux enclaves chiites dans le rif nord d'Alep, Nouboul et Zahraa. Jusqu'à présent, les forces loyalistes et les forces populaires présentes dans ces deux enclaves ont réussi à repousser les assauts.

La chute d’Alep serait un coup dur pour la Turquie
La chute d’Alep serait un coup pour la Turquie qui considère la ville comme son arrière-cour, les Turcs avaient pris le contrôle de pratiquement tous les complexes industriels installés dans la ville et ses environs.

Sur les autres fronts syriens
A Deir ez-Zor, l’est du pays, les troupes de l’AAS qui contrôlent la ville ont marqué quelques points contre l’Etat Islamique depuis quelques semaines. Dans la zone de Kuneïtra, proche d’Israël, l’armée de Damas a perdu une colline stratégique au profit des combattants d'al-Nosra, suite à une trahison au sein de l'armée. L’AAS a lancé une contre-offensive qui n’a pas encore donné de résultats.

L’AAS en meilleure posture
Alors que la guerre en Syrie est sur le point de boucler sa quatrième année, les forces loyalistes sont en meilleure posture que celles de l'opposition qui, non seulement ne parviennent pas à gagner du terrain, mais sont aussi en train de perdre le contrôle de régions importantes, tout en restant désunies et en lutte ouverte entre elles.

Jihadisme international

Un « britannique » tué en Irak
Un Jihadiste « britannique » combattant dans les rangs de l’Etat islamique a été tué dans un échange de tirs avec les forces Peshmergas kurdes en Irak.
Abou Mousa al-Soumali aurait été tué au cours d’une fusillade dans la province de Kirkouk au nord du pays où l’Etat Islamique mène des attaques répétées au cours des dernières semaines.Abou Moussa al-Soumali.jpg


 

 

 

 

 

 

 

Jean René Belliard

26/11/2014

26 novembre 2014 – Nouvelles des guerres du Moyen Orient et d’Afrique du Nord

L’Etat islamique

L’Etat islamique persécute les minorités religieuses
A Mossoul, les Jihadistes ont détruit à l’explosif le monastère de la Victoire qui abritait des religieuses. Les Jihadistes avaient pris l’habitude de se servir du monastère comme résidence et comme base pour leurs véhicules.
Vidéo :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=2f410359355e
Les persécutions contre les Chrétiens d’Irak ne leur laissent pas d’autre choix que de prendre, eux aussi, les armes contre les Jihadistes de l’Etat Islamique. Il en est de même pour les Yazidis et les Turkmènes irakiens. Tous ont demandé aux Peshmergas de se joindre à la lutte.
Vidéo en langue anglaise :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=bf33cdcbafc4
Les Chrétiens du Nord de la Syrie ont également décidé de former leur propre milice comme l’affirme le site Weltspiegel (vidéo en allemand)
https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&...
Les Jihadistes détruisent aussi les bâtiments religieux de la communauté chiite.
Vidéo (en langue arab) de la destruction d’autres sanctuaires religieux dans la province de Salah ed-Dine :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=bffb313973c4

Un Ismaélien décapité pour apostasie en Syrie
L’Etat Islamique (Daech) a annoncé mardi 25 novembre 2014 avoir décapité en Syrie un membre de la minorité ismaélienne, un courant de l'islam proche des musulmans chiites. ll était accusé d'apostasie".
"Hier (lundi 24 novembre), la police islamique dans la province de Homs (centre de la Syrie) a appliqué la sentence pour apostasie contre un ismaélien", a annoncé le groupe salafiste dans un communiqué, indiquant que l'exécution avait eu lieu "devant un groupe de musulmans".
"C'est ce qui attend tous les apostats", proclamait une pancarte manuscrite placée sur le corps de la victime.
La communauté ismaélienne compte environ 200.000 personnes en Syrie, la plupart vivant à Salamiyeh, une ville de la province de Hama (centre).
Aux yeux de Daech, tous les musulmans qui n'adhèrent pas à son interprétation de l'islam sont des apostats.

Le Front al-Nosra exécute aussi pour blasphème
L’Etat Islamique n’est pas le seul à exécuter des gens pour blasphème ou apostasie. Le Front Al-Nosra, la branche syrienne d'al-Qaïda, a exécuté mercredi 26 novembre, à Erbine, une localité située à l'est de Damas, un dénommé Mohammad al-Mir. Il était accusé "d'avoir insulté le prophète (Mahomet) et sa famille".
On avait jusqu’ici tendance à considérer le Front Al-Nosra comme moins radical que l'Etat Islamique.

Afrique du Nord
L’Etat islamique s’étend en Afrique du Nord. Le dirigeant de l'EI, Abou Bakr al-Baghdadi, a récemment vanté dans un enregistrement audio l'expansion du « califat » annonçant avoir accepté les serments d'allégeance émis par des jihadistes de Libye, d'Égypte, du Yémen, d'Arabie saoudite et d'Algérie. Après Jund al-Khilafa en Algérie et Ansar Beit al-Maqdess en Égypte, l’Etat Islamique est maintenant implanté dans la ville libyenne de Derna.

Derna (Libye) est une place forte islamique
Derna est une place forte islamiste qui fait peu de cas de la « démocratie à l’occidentale » que rêvaient d’imposer les Occidentaux en aidant au renversement de Mouammar Kadhafi. Cette ville portuaire de 150.000 habitants située dans l’est libyen est depuis longtemps un haut lieu du jihad international. Ce que les Islamistes de Derna réclament, c’est l’application de la Charia…et une part des revenus pétroliers. On estime leurs effectifs à plusieurs centaines de miliciens rompus à la lutte armée. Derna a été la plus grande pourvoyeuse d’hommes pour les guérillas afghane, irakienne et syrienne.
L'idéologie de l'État Islamique (EI) ne pouvait qu’attirer des sympathisants dans les milieux radicaux en Libye. C’est pourquoi ce n’est pas une surprise d’apprendre que la ville de Derna, s’est transformée en «émirat islamique ».
En avril 2014, une branche d'Ansar ach-Charia avait annoncé qu'elle allait instaurer la justice selon la loi islamique à Derna. Se faisant appeler « Majless Choura (Conseil consultatif) des jeunes de l'islam à Derna », elle y a instauré des tribunaux islamiques et une police religieuse.

Lutte entre partisans d’al-Qaïda et partisans de l’Etat Islamique ?
Il se pourrait qu’on assiste en Libye, comme cela est déjà le cas au Yémen à une lutte sourde entre les chefs traditionnels du Jihad, membres d’al-Qaïda et les partisans de l’Etat Islamique, ce qui ne manquerait pas de rajouter de la confusion à un pays qui n’en a pas besoin. Rappelons que le pays est en proie au chaos où deux Parlements et deux gouvernements se disputent le pouvoir sur fond de violences meurtrières. Pour l’instant, on a encore du mal à savoir quel est le poids de ceux qui se réfèrent à al-Qaïda et ceux qui ont fait allégeance à l’Etat Islamique. .
Jeffrey Rathke, le porte-parole du département d'État américain s’est déclaré inquiet face aux «informations selon lesquelles des factions extrémistes violentes (en Libye) ont prêté allégeance à l'EI et cherché à s'associer à lui ».

La vallée de Pankisi (Georgie)
Les gorges de Pankisi sont situés en Géorgie. Les six villages de cette vallée sont peuplés de Kistes, des descendants de Tchétchènes ayant émigré en Géorgie.
L’Orient-le-jour du 26 novembre 2014 rappelle que la vallée de Pankissi est apparue dans les médias géorgiens dès le début de la première guerre de Tchétchénie (1994-1996). Elle était devenue à l’époque le refuge des indépendantistes tchétchènes et plus de 10 000 civils s’y étaient réfugiés. Avec l'aide des États-Unis, le gouvernement pro-occidental géorgien de l'ancien président Mikheïl Saakachvili avait réussi en 2004 à chasser hors de son territoire les séparatistes, qui y organisaient encore des attaques contre l'armée russe.
Mais leur présence prolongée a influencé la population, dont les traditions religieuses soufies ont été remplacées par des pratiques salafistes, une branche rigoriste de l'islam. « Le salafisme est désormais la forme dominante de l'islam en Pankissi », explique le journaliste Soulkhan Bordzikachvili, qui vit dans un des villages des gorges, Jokolo. Le salafisme menace, raconte un habitant de la vallée, « l'existence même de l'identité culturelle des Kistes ». Un autre témoigne : « La jeunesse kiste est majoritairement salafiste, les jeunes ne se considèrent plus désormais comme Kistes ou Géorgiens mais uniquement comme des musulmans. »
Pour Khaso Khangochvili, membre du conseil des aînés de Pankissi, « c'est la pauvreté et le chômage qui font partir les jeunes Kistes de Pankissi. Ils cherchent du travail en Turquie et certains finissent à combattre en Syrie », à seulement une journée de voiture de la Géorgie.
C’est d’ailleurs une raison économique que donne Temour Batirachvili, le père d’Omar al-Chichani (le Tchétchène en arabe), le célèbre jihadiste à la barbe rousse, l’un des chefs des Tchétchènes qui luttent dans les rangs de l’Etat Islamique en Syrie. Il explique : « Quand Tarkhan (Omar al-Chichani) a guéri (de sa tuberculose), il était prêt à rejoindre à nouveau l'armée (géorgienne). Ils lui ont promis un travail, mais ils n'ont jamais tenu leur promesse », il continue, « si mon fils avait eu ne serait-ce qu'un peu d'espoir de vivre une vie meilleure en Géorgie, il ne serait jamais parti ».
 

Turquie

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a dénoncé mercredi 26 novembre 2014, "l'impertinence" des Etats-Unis dans la crise syrienne. La visite de Joe Biden, le vice-président américain, n’a donc pas contribué à aplanir les divergences entre les deux alliés sur le dossiersyrien.
"Je veux que vous sachiez que nous sommes contre l'impertinence et les demandes sans fin", a déclaré M. Erdogan en référence aux requêtes adressées par Washington à la Turquie dans la lutte contre les jihadistes du groupe Etat islamique (EI).
Malgré les pressions exercées par les Etats-Unis, le gouvernement islamo-conservateur turc, proche des Frères musulmans, refuse toujours d'intervenir militairement au profit des forces kurdes qui défendent la ville syrienne de Kobané assiégée par les jihadistes, à la frontière turque.
Ankara oppose également une fin de non-recevoir à la demande américaine d'ouvrir sa base d'Incirlik aux avions qui bombardent les positions de l'EI en Irak et en Syrie.
La Turquie juge ces raids inefficaces et plaide pour que le départ du président syrien Bachar al-Assad soit la priorité de la stratégie de la coalition dans la région.
"Ils (les Américains) sont restés simples spectateurs lorsque le tyran (le président syrien) a massacré 300.000 personnes. Ils sont restés silencieux face à la barbarie d'Assad et maintenant ils jouent sur la mauvaise conscience (de l'opinion internationale) autour du sort de Kobané", a regretté M. Erdogan.
"Nous ne résoudrons pas nos problèmes avec l'aide d'un « esprit supérieur » mais avec celle de notre propre peuple", a conclu le président turc.
Lundi 24 novembre, M. Erdogan avait déjà accusé les Américains d’avoir une politique destinée uniquement à protéger leurs intérêts pétroliers dans la région.

Front irakien

Kirkouk
Vidéo tournée par les Peshmergas sur la ligne de front dans la région de Kirkouk :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=ed2baf5e6106

Front syrien

Alep
Vidéo de la brigade Noureddne al-Zanki montrant une attaque kamikaze contre une position de l’AAS à Alep :
https://www.youtube.com/watch?v=ElbzzXfJqV4&feature=p...

Damas et sa banlieue
Une vidéo (langue russe) montre la destruction d’une position rebelle dans la localité de Zamalka, voisine de Jobar (Exceptionnel) :
https://www.youtube.com/watch?v=2LhAIIsV1xk&feature=p...

Raqqa
Le bilan des bombardements de la ville de Raqqa par l’aviation syrienne, le mardi 25 novembre, s’est encore alourdi. On parle maintenant de 95 morts, dont une majorité de civils. En représailles, l’Etat Islamique menacerait d’exécuter des soldats de l’AAS détenus prisonniers.

Vidéo de la brigade rebelle Souqour esh-Sham (les faucons de Syrie)
Cette brigade est armée par le Qatar et la Turquie. Elle fait partie du Front Islamique armé et financé par l’Arabie saoudite et les pays du Golfe :
https://www.youtube.com/watch?v=2LhAIIsV1xk&feature=p...

Coalition internationale

Des effets négatifs des raids de la coalition internationale en Syrie
Les raids menés par la coalition internationale ont pour résultat de pousser de plus en plus d’Irakiens et de Syriens dans les bras de l’Etat Islamique. Le mouvement est particulièrement net en Syrie où plusieurs formations rebelles ont tout simplement rejoint l’EI (Daech) tandis que d’autres ont noué des alliances tactiques ou convenu une trêve avec l’organisation salafiste. C'est notamment le cas dans la région d’Edleb. Les brigades en question sont Jeich al-Mujahidin, la brigade al-Sham, la brigade Ahrar ash-Sham, et même le Front al-Nosra. Plus de mille combattants du Front al-Nosra auraient rejoint l’Etat Islamique en une seule semaine au mois d’août 2014, affirme Ali Sa’eed, un porte-parole du Commandement Révolutionnaire de l’Armée Syrienne Libre.
« L’Etat Islamique est un aimant qui attire un grand nombre de Musulmans » a déclaré au Guardian Abou Talha, le chef de la brigade Ansar al-Haq qui combat dans la Ghouta orientale. Lui et 200 de ses hommes ont rejoint l’EI. Il serait actuellement en négociations avec des combattants d’autres unités rebelles, comme le Front al-Nosra pour qu’ils rejoignent, eux aussi, l’Etat Islamique.
Un autre combattant de l’ASL dans la région de Homs a affirmé au journal britannique qu’il était hors de question pour lui de se battre contre l’EI à présent que l’aviation américaine bombardait l’organisation islamiste. Il affirme que 600 combattants de la brigade al-Ribat, de la province de Homs, auraient fait avec lui allégeance à l’EI. La brigade al-Ribat avait pourtant reçu une promesse de la part de la brigade Hazm, soutenue par les Etats-Unis, de recevoir des armes sophistiquées si la brigade acceptait de rejoindre la lutte contre l’Etat Islamique.
Tous les gens en Syrie, affirme Abou Zeid, un commandant de l’ASL, basé dans la région d’Edleb, se demandent pourquoi l’aviation US bombarde des cibles de l’EI et n’est jamais intervenue contre les mitrailleuses et les canons de l’Armée Arabe Syrienne.
« Les Américains ne nous ont jamais donné d’armes pour combattre l’armée de Bachar el-Assad, ajoute Abou Talha. Les armes arrivent seulement maintenant pour combattre l’EI ».
Abou Talha affirme que de nombreux commandants de brigades rebelles ont en secret confirmé leur allégeance à l’EI.

Jean René Belliard