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  • Opposition syrienne : La rivalité se poursuit entre pro-saoudiens et pro-qataris

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    On croyait le Qatar rentré dans le rang
    On croyait que la rivalité s’était calmée entre l’Arabie saoudite et le Qatar depuis que Cheikh Tamin avait succédé à son père Cheikh Ben Khalifa al-Thani, le 24 juin 2013. Un vague compromis avait d’ailleurs été trouvé le 17 avril 2014 entre le petit Emirat et les membres du Conseil de Coopération du Golfe (CCG).
    Au terme d'une réunion des ministres des Affaires étrangères des six pays du Conseil de coopération du Golfe, les membres s’étaient entendus sur un « mécanisme d'application » d'une entente conclue en novembre 2013 avec le Qatar, en vertu de laquelle Doha s'engageait à ne plus s'ingérer dans les affaires de ses voisins, et à mettre un terme à sa politique jugée déstabilisatrice dans la région. Doha était en effet accusé par ses voisins de soutenir les islamistes proches des Frères musulmans dans les autres pays du Golfe, dont des dizaines ont été condamnés à la prison aux Émirats arabes unis, et de servir de refuge aux islamistes d'autres pays arabes. Le Qatar était également considéré comme l'un des principaux bailleurs de fonds des Frères musulmans en Égypte et de groupes proches de cette confrérie dans d’autres pays du printemps arabe, alors que l'Arabie saoudite et le reste des monarchies du Golfe soutenaient les militaires égyptiens. Il était enfin accusé de faire cavalier seul en Syrie en soutenant ses propres rebelles sans coordination avec l'Arabie saoudite.

    Un récent conflit entre dirigeants rebelles syriens révèle qu’il n’en était rien
    On apprenait que le Chef du gouvernement de transition de la Coalition nationale syrienne (rebelle), Ahmad Tohmé, soutenu par le Qatar, avait décidé de dissoudre la plus haute instance militaire rebelle et « de déférer ses membres devant le comité de contrôle financier et administratif du gouvernement pour qu'ils fassent l'objet d'une enquête ». On les accusait ni plus ni moins de détournement de fonds. L'information était choquante, naturellement, et surprenante.
    La mesure était aussitôt annulée par le chef de la Coalition, Ahmad Jarba, un proche de l’Arabie saoudite. Jarba fera aussitôt paraître un communiqué selon lequel le chef du gouvernement provisoire (Tohmé) avait outrepassé ses pouvoirs. Le comité politique décidait également de « demander au Conseil général de se prononcer sur cet abus de pouvoir lors de sa prochaine réunion (du 4 au 6 juillet 2014 à Istanbul) et de prendre les mesures qui s'imposent ».

    Crise entre pro-saoudiens et pro-qataris
    L’élection d’Ahmad Tohmé à la tête du gouvernement de transition de la Coalition nationale syrienne avait déjà provoqué une scission au sein de la rébellion. Le 25 septembre 2013, encouragés par l’Arabie saoudite, plusieurs groupes influents d’insurgés syriens avaient constitué un nouveau Front islamique, refusant l’autorité de la Coalition nationale syrienne (CNS). Dans une vidéo publiée sur des réseaux sociaux, le chef politique de la brigade al-Tawhid, considérée comme modérée, affirmait que cette nouvelle entité regroupait des milliers de combattants de treize organisations armées, dont trois appartenaient auparavant à l’Armée syrienne libre (ASL). 
    Le nouvel incident de ces jours derniers reflète la rivalité existant entre Ahmad Jarba et Ahmad Tohmé. Le premier doit quitter la présidence lors de la prochaine réunion du Conseil général, car il ne peut pas exercer plus de deux mandats. Mais Ahmad Jarba veut continuer à jouer un rôle et, à travers lui, les Saoudiens continuer de tirer les ficelles de la rébellion syrienne. Jarba aurait imaginé former un Haut Conseil de la révolution syrienne. Il s’agirait d’une instance militaire dont il exercerait la présidence. Cette instance n’aurait aucune relation avec le gouvernement de transition. Pour parvenir à ses fins, il aurait l’intention de demander un vote de défiance contre le gouvernement de transition. Ahmad Tohmé, mis au courant du plan d’Ahmad Jarba, aurait alors décidé de prendre les devants et de dissoudre le conseil militaire en le discréditant sous le prétexte qu’il serait corrompu.

    Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)



  • Les Etats-Unis ne semblent plus rien contrôler au Moyen Orient

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    John Kerry en Arabie Saoudite
    Après avoir promis d’aider le pouvoir en place à Bagdad, l’administration américaine a finalement compris que cela revenait à protéger le régime de Nouri al-Maliki, c’est-à-dire à se ranger du côté du régime des Mollahs de Téhéran et donc du Hezbollah, une milice qu’elle a inscrite sur la liste des organisations terroristes. Une position difficile à expliquer auprès des nombreux alliés régionaux des Etats-Unis, que ce soit Israël, les Kurdes ou même les monarchies du Golfe.
    C’est sans doute pour expliquer la position de Washington que John Kerry était, le 27 juin 2014 à Riyad. Mais il n’est pas sûr qu’il soit reçu en « ami ». Les Saoudiens n’ont pas du tout apprécié les relations de« flirt » entre Washington et Téhéran, sous prétexte de mettre un terme au programme nucléaire iranien.

    Les Saoudiens ont pris l’initiative de faire « exploser » l’Irak
    Les Saoudiens ont fourni aux tribus sunnites une grande quantité d’armes. Celles-ci, exaspérées par la politique anti-sunnite du premier ministre Nouri al-Maliki, se sont alors alliées avec l’EIIL pour lancer une grande offensive contre l’armée irakienne et le gouvernement de Bagdad et « libérer » les régions sunnites.

    Les Saoudiens ont livré des armes
    Les Saoudiens ont fourni des armes par avion et par voie terrestre. Les convois d’armes qui traversaient la frontière irako-saoudienne bénéficiaient d’une couverture de l’armée de l’air saoudienne et même jordanienne (selon des informations israéliennes). Il est surprenant que l’administration Obama ait été la seule à ne pas être au courant ! 
    Les armes étaient transportées jusqu’à la région d’al-Qaïm. Al-Qaïm est une localité frontalière avec la Syrie, aux mains des tribus sunnites alliées pour la circonstance aux Islamistes de l’EIIL.
    Maîtres de la région, les combattants sunnites ont alors entrepris de rénover la base aérienne H-2, autrefois l’une des principales bases aériennes de Saddam Hussein. Cette base est située à  350 kilomètres à l'ouest de Bagdad et dispose de deux longues pistes et des hangars pouvant abriter des avions de combat et des hélicoptères.
    Selon des sources de renseignement israéliennes, des avions cargos civils ne portant aucune marque d’identification auraient atterri à cette base, le mardi 24 juin pour livrer de grandes quantités d’armes et de munitions. Les avions provenaient d'Arabie saoudite.
    C’est la raison pour laquelle des bombardiers syriens seraient intervenus en Irak pour bombarder les pistes réparées de H-2 et faire stopper les livraisons en provenance d’Arabie saoudite. 57 personnes auraient été tuées et 120 blessées au cours du bombardement selon des renseignements américains.

    Le bombardement de H-2 confirme l’implication des Saoudiens et des Iraniens dans la guerre en Irak
    Le bombardement de H-2 par l’aviation syrienne prouve qu’il y a eu un échange d’informations et une coordination opérationnelle entre les centres de commandement iranien, irakien et syrien.
    Elle prouve aussi que l’Arabie saoudite, la Jordanie et l’Egypte sont à la manœuvre en Irak pour donner la victoire aux Sunnites irakiens.

    Que vient faire l’Egypte dans cette affaire ?
    On vient d'annoncer qu’un commando expéditionnaire égyptien s’était envolé pour l’Arabie saoudite sous le prétexte de renforcer les défenses frontalières du royaume.  Renforcer contre qui ? On affirme à Riyad, juste avant la visite de John Kerry, que c’est parce qu’on craint l’arrivée de l’EIIL aux frontières saoudiennes. Comme si les Islamistes de l’EIIL, qui marchent main dans la main avec les tribus sunnites pro-saoudiennes, pouvaient menacer le royaume ! Non ! Les renforts égyptiens sont un acte d’allégeance du Caire à Riyad pour remercier les Saoudiens de les avoir soutenus lors du coup de force du général al-Sissi contre les Frères Musulmans. Et aussi parce qu’ainsi les Egyptiens affichent clairement leur camp, celui de Riyad contre Téhéran.

    John Kerry en pleine patauge
    Alors John Kerry se rend à Riyad pour convaincre les Saoudiens d’aider les Américains à combattre les Jihadistes en Syrie comme en Irak alors que ces mêmes Saoudiens sont précisément en train d’armer ces mêmes Jihadistes. Il n’aura pas obtenu grand-chose à Riyad si ce n’est une déclaration d’un chef de la coalition de l'opposition nationale syrienne, Ahmad al-Jarba, selon laquelle les combattants de l’Armée Syrienne Libre seraient prêts à combattre les Jihadistes de l’EIIL en Irak. J’espère que John Kerry n’aura pas pris cette déclaration au sérieux ! En fait, John Kerry a deux objectifs : signer un accord sur le nucléaire iranien et combattre les jihadistes où qu'ils soient. La survie du régime de Bachar el-Assad ou de celui de Nouri al-Maliki est le second de ses soucis. Ce n'est évidemment pas l'opinion de ses interlocuteurs saoudiens.

    Le prince Bandar Ben Sultan serait de retour aux affaires
    Et précisément, on parle d’un retour aux affaires de Bandar Sultan, l’ancien patron des services de renseignement limogé au début de 2014 pour plaire à Barak Obama. Le président américain lui avait reproché d’avoir aidé les groupes jihadistes syriens dans le but d’abattre coûte que coûte le régime de Bachar el-Assad. Il serait à nouveau chargé de suivre l’affaire irakienne.

    Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

     

  • Barak Obama demande 500 millions de dollars pour les mouvements modérés de la rébellion syrienne

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    Les Etats-Unis ont déjà fourni des missiles antitanks TOW
    En fait, cela fait des mois que les Etats-Unis aident des groupes modérés de rebelles et notamment le Mouvement Hazm.
    Ceux-ci disposent de missiles antitanks guidés BGM-71 TOW de fabrication américaine comme en témoigne cette vidéo datant du début avril 2014 filmée dans les environs d'Edleb :
    https://www.youtube.com/watch?v=RAEcRcApQ10&feature=player_embedded

    Information sur le mouvement Hazm
    Le Mouvement Hazm a été fondé en janvier 2014 avec les restes des brigades al-Farouq (fondé en août 2011) qui sont en général d’anciens soldats ayant déserté pour mener la lutte contre le régime de Bachar el-Assad. Ce mouvement est modéré et particulièrement bien organisé sur le plan militaire.
    Le mouvement a reçu pour la première fois plus de des missiles antichars TOW de fabrication américaine. Ils ont été fournis au mouvement Hazm par une source occidentale sans que l’on sache exactement quel est le pays fournisseur.
    C’est la première fois que de tels missiles sont fournis à un mouvement rebelle syrien par ou avec l’approbation des Etats-Unis.
    Le mouvement est dirigé par Murshid al-Khalid (Abou al-Muatassim), Mohammad al-Dahik (Abou Hatem), secrétaire général Bilal Atar (Abou Abd al-Sham), chef des opérations militaires Awdou Abou Zaid et chef des affaires politiques Hamza Shamali (Abou Hashem). Il a également des liens avec l’ancien chef militaire de l’Armée Syrienne Libre, le général Selim Idriss.

    Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

     

    Lien permanent Catégories : ÉTATS-UNIS, Harakat Hazm, Syrie 0 commentaire