Frontlive-Chrono – Jeudi 2 mai 2019

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Syrie : L’Etat islamique se renforce dans le désert syrien

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Le groupe djihadiste se renforce dans une Syrie dévastée
Depuis le début de 2019, les déserts des provinces méridionales de Raqqa et de Deir ez-Zor ont connu une augmentation importante des enlèvements de militaires et de civils. Les personnes qui vont dans le désert pour cueillir des truffes sont particulièrement à risque.
Dans le désert syrien, la saison des pluies de cette année a contribué à l’abondance de truffes. Les truffes poussent dans les déserts après la saison des pluies et atteignent des prix élevés.
Le chômage et le fait qu’ils sont une source de nourriture, ont poussé les habitants à aller cueillir des truffes pour les vendre sur les marchés et se procurer un revenu.
Les sorties à la recherche de truffes sont cependant devenues dangereuses, en raison de la présence des jihadistes de l’Etat islamique dans le désert à l’ouest de l’Euphrate.
En février et mars, le groupe jihadiste a enlevé plus de 100 personnes originaires de Raqqa et de Deir ez-Zor, pour la plupart des civils, mais aussi 20 membres des forces du régime et des forces de défense nationale. Les enlèvements ont eu lieu dans la région de Fayda ibn Muwayna au sud de la ville d’al-Mayadin.
L’organisation a exécuté sommairement la plupart des personnes enlevées, en particulier les membres des forces du régime, alors que le sort d’autres captifs est encore inconnu.
Repaires de l’Etat islamique dans le désert
L’Etat islamique s’est retranché dans les déserts de Raqqa et de Deir ez-Zor à la fin de 2017, après que les forces du régime aient pris le contrôle des régions à l’ouest de l’Euphrate dans les deux provinces de Raqqa et Deir ez-Zror.
Les repaires du groupe sont concentrés principalement dans trois zones en plein désert : premièrement, dans le djebel Bishri dans la partie la plus sul-orientale de Raqqa ; deuxièmement, dans la zone al-Dfeinah au sud-ouest de Deir ez-Zor ; et troisièmement dans la zone du désert entre Palmyre et al-Sukhna, au sud, la zone 55 à l’est et le secteur Fayda ibn Muwayna, au nord.
Ces zones sont caractérisées par des terrains propices à la dissimulation, avec des montagnes, des vallées et des grottes calcaires naturelles très profondes, en plus de la vaste superficie de la région et des tempêtes de poussière quotidiennes qui masquent la vision aérienne et éliminent rapidement les traces des mouvements.
L’organisation se déplace la nuit en toute liberté, en groupes et en patrouilles, hissant ses bannières, et transporte des munitions et des fournitures dans des véhicules à quatre roues achetés entre 2014 et 2017. Les membres de l’Etat islamique se déplacent également en plein jour si nécessaire, se faisant passer pour des membres du régime ou des habitants civils du désert.
D’où viennent les jihadistes ?
Les membres de l’organisation qui se trouvent dans ces poches désertiques ont les compétences et la capacité de s’acclimater à des conditions désertiques difficiles. Leur noyau est connu sous le nom de « secteur désertique « , et vivent pour la plupart dans les zones désertiques des deux côtés de la frontière syro-irakienne. Leur nombre a progressé chaque jour grâce à l’afflux de combattants fuyant d’autres régions, comme les groupes qui se sont retirés de la frontière syro-libanaise et des environs de Damas suite aux accords d’évacuation conclus avec la milice du Hezbollah et les Russes durant les derniers mois de 2017.
On compte environ 1000 combattants de l’Etat islamique dans les poches désertiques de l’est de la Syrie , en plus de plus de 800 jihadistes déployés dans l’est du désert de Suweida.
Le nombre de combattants de l’organisation dans le désert a fortement augmenté après la défaite du groupe à l’est de l’Euphrate aux mains de la coalition internationale et des forces démocratiques syriennes. Ils ont été rejoints par d’autres personnes venant d’Irak et d’anciennes zones contrôlées par l’Etat islamique en Syrie. La région offre au groupe l’occasion de reprendre ses forces en prévision de la prochaine étape.
Refuge de Bagdadi
Abu Bakr al-Baghdadi, leader de l’Etat islamique, qui a réussi à fuir les zones à l’est de l’Euphrate à la mi-2018 après qu’elles aient été encerclées par les forces démocratiques syriennes, s’est déplacé périodiquement entre le désert de la province irakienne d’al-Anbar et le désert syrien, profitant des expériences antérieures du groupe.
L’Etat islamique s’était réorganisée et recomposée dans des enclaves et des poches désertiques en Irak après que le Sunni Awakening ait vaincu Al-Qaeda en Irak il y a une décennie. Il semble que ses dirigeants actuels savaient qu’ils allaient se trouver dans une nouvelle phase « désertique » et ils se sont donc préparés à l’avance, avec un plan sécuritaire propre aux activités secrètes d’une organisation clandestine, avec la création de ce qu’ils appellent aujourd’hui les  » provinces sûres  » de l’organisation.
Des sources irakiennes de sécurité ont confirmé que Bagdadi se trouve principalement dans le désert d’al-Anbar, accompagné de commandants et de combattants. L’objectif du groupe à ce stade est de rassembler ses membres et d’essayer de se réintroduire dans les villes pour entreprendre de nouvelles actions contre ses opposants.
Le régime incapable de protéger les populations
Les forces du régime syrien et leurs alliés tentent de mener des opérations militaires dans les déserts de Raqqa et de Deir ez-Zor pour en chasser les combattants de l’Etat islamique.
Les campagnes des forces du régime sont soutenues par les Forces de défense nationale (FDN) et les milices de mobilisation populaire (Hashd al-Chaabi), qui cherchent à sécuriser leurs positions à Boukamal, à la frontière entre la Syrie et l’Irak, qui a été attaquée à plusieurs reprises ces derniers jours par des membres de l’Etat islamique.
-Les forces du régime ont donné trois jours aux habitants pour quitter le désert afin qu’ils puissent entamer une opération militaire ciblant les positions de l’organisation jihadiste.
C’est à la 137e brigade qu’a été confiée la mission de lancer une opération militaire à l’ouest de Deir ez-Zor et à l’est d’al-Mayadin et de Boukamal.
Mais toutes les tentatives du régime pour éliminer le groupe jihadiste ont échoué jusqu’à présent pour diverses raisons. La première est le manque de coordination entre les forces du régime et les milices alliées dans leurs opérations anti-Etat islamique. Chaque partie se borne à sécuriser sa propre zone d’influence. La deuxième raison est le manque de participation des forces russes aux opérations militaires et l’absence de couverture aérienne pour les forces attaquantes, pour des raisons inconnues.
La troisième raison est que les repaires de l’Etat islamique sont situés dans de vastes zones désertiques et que le régime n’a pas suffisamment de personnel pour les couvrir.
La quatrième raison est que l’organisation est capable de manœuvrer et d’éviter les attaques en se déplaçant continuellement dans le désert.
« Abu Turab vous dit… Nous revenons. »
Le vendredi 1er mars, des combattants de l’Etat islamique ont enlevé cinq personnes dans le village d’Ayash, à l’ouest de Deir ez-Zor. Quatre d’entre elles étaient des civils. La cinquième appartenait à la milice des Forces de Défense nationale (FDN). Elle a été tuée immédiatement, la tête écrasée entre deux pierres.
Après les avoir interrogés, un commandant de l’Etat islamique, connu pour sa brutalité, a choisi l’un des prisonniers et l’a libéré pour adresser un bref message aux habitants de la zone, qui avaient été sous le contrôle du groupe pendant quatre ans. Le message, en termes simples, disait :  » Abou Turab vous dit… que nous revenons et que nous allons prendre notre revanche sur vous tous « .
Les raisons du retour et les obstacles au retour de l’Etat islamique
Le retour du groupe extrémiste est très probable, même s’il n’a pas la même puissance qu’en 2014. Cela est d’autant plus plausible que les facteurs qui favorisent son retour sont encore présents en Syrie. Il s’agit notamment des divisions sectaires, des pratiques violentes des autorités en place et de l’absence de loi de réconciliation ou de solution pour mettre fin au conflit civil. A cela s’ajoute la situation économique, les difficultés quotidiennes et l’absence de services de base, qui pourraient pousser les gens, même ceux qui ne croient pas dans l’idéologie du groupe jihadiste à travailler avec lui afin de subvenir aux besoins de leurs enfants.
Toutefois, les raisons de fond du retour du groupe se heurtent à de nombreux obstacles auxquels l’organisation devra faire face. Il s’agit notamment de la taille des zones que le groupe a perdues depuis 2015, ce qui rendra son retour difficile.
Les capacités des forces syriennes à faire face à ces groupes dispersés se sont également développées. Les routes reliant les poches de l’organisation à la Turquie ont été coupées, et une campagne internationale a été lancée pour faire pression sur Ankara afin de restreindre les points de passage des jihadistes en Irak et en Syrie. Les revenus ont également diminué depuis que l’Etat islamique a perdu le contrôle des zones productrices de pétrole dans le nord et l’est de la Syrie et dans l’ouest de l’Irak.
Pendant ce temps, les résidents des zones où l’organisation est active se rapprochent de plus en plus du régime – d’autant plus qu’il ne reste plus dans ces zones que les populations qui soutiennent le régime, les opposants au régime ayant été expulsés ou empêchés de revenir.
Diverses réactions au retour du groupe jihadiste
Dans les zones contrôlées par le régime dans le nord-est, il y a deux types de réaction. Il y a ceux qui rejettent complètement le retour de l’Etat islamique en raison de l’expérience sanglante que la région a connue. Les partisans de ce point de vue sont aussi bien des partisans du régime que des partisans de l’opposition. La raison pour laquelle les opposants au régime partagent cette opinion de rejet est due au fait qu’ils accusent les groupes extrémistes d’avoir provoqué l’échec de la révolution syrienne.
Ceux qui sont favorables au retour de l’Etat islamique sont ceux qui ont été liés au groupe d’une manière ou d’une autre ou qui partagent ses idées religieuses. Il y a également des gens qui s’opposent au régime comme à l’Etat islamique, mais ils considèrent que l’Etat islamique a commis moins de crimes que le régime et ses milices.
Cette division a poussé le premier groupe à se rapprocher du régime et à rejoindre ses milices locales, telles que les Forces de défense nationale (FDN) et les milices tribales, afin de défendre leurs régions et de s’assurer que l’organisation ne revienne pas.
Les partisans du retour du groupe gardent le silence en prévision du retour des jihadistes. Certaines d’entre eux sont utilisés par l’Etat islamique dans le cadre des opérations menées par ses cellules dans les zones contrôlées par le régime.
En ce qui concerne les zones contrôlées par les Forces Démocratiques syriennes, la majorité de la population rejette le retour de l’organisation jihadiste et travaille en étroite collaboration avec les FDS.
En ce qui concerne les zones contrôlées par les Forces Démocratiques syriennes, la majorité de la population rejette le retour de l’organisation jihadiste et travaille en étroite collaboration avec les FDS à la fois sur les plans civils et militaires.
Ils voient dans les Forces Démocratiques Syriennes la meilleure option disponible par rapport au régime et à I’Etat islamique. Les bonnes relations qui persistent entre les habitants et les FDS sont dues à la politique du groupe consistant à être un véritable partenaire pour l’administration et à assurer des services de base.
Les rares personnes qui se souhaitent le retour de l’Etat islamique dans les zones contrôlées par les FDS ou dans les zones contrôlées par le régime sont celles qui étaient liées au groupe sur le plan organisationnel ou intellectuel.
Les méthodes employées par les FDS pour traiter les prisonniers de l’Etat islamique en les relâchant dans la mesure du possible a empêché beaucoup d’entre eux de revenir dans l’organisation. Mais la question des divisions entre les combattants jihadistes et leurs communautés d’origine reste ouverte – en particulier pour ceux qui ont été impliqués dans des crimes. Cela ouvre la porte à de futures représailles, au cas où l’autorité des FDS et de la coalition internationale venait à s’affaiblir , étant donné qu’elles sont le seul rampart contre les représailles vis-à-vis des membres de l’Etat islamique.

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