19/05/2017

Les Etats-Unis bombardent un convoi pro-régime près de la Jordanie

Les Etats-Unis bombardent un convoi pro-régime près de la Jordanie    
Dans notre newsletter du 15 mai, nous avions annoncé qu'il existait des risques d'affrontement entre l'Armée Arabe Syrienne (fidèle au régime) et les rebelles de l'Armée Syrienne Libre soutenus par les Etats-Unis tant en appui aérien que par la présence de forces spéciales U.S. au sol.


Les Etats-Unis veulent contrôler l'autostrade Damas-Bagdad.
L'enjeu pour les Etats-Unis est le contrôle de l'autostrade Damas-Bagdad et
la région frontalière entre la Syrie et l'Irak. Il semble qu'à Washington, on soit beaucoup plus intéressé par cette région orientale de la Syrie que par la « Syrie utile » qui intéresse plutôt les Russes.
Damas veut reprendre le contrôle des frontières orientales 
Or, depuis quelques jours, l'armée syrienne et le Hezbollah chiite libanais se sont approchés dangereusement de la localité d'al-Tanf (Tanaf sur la carte ci-dessous) où les forces appuyées par les forces spéciales américaines et britanniques possèdent leur camp de base.
Les Etats-Unis ont voulu lancer un sérieux avertissement
L'armée loyaliste ayant progressé en direction d'al-Tanf, les Etats-Unis ont voulu lancé un sérieux avertissement et ont bombardé, jeudi 18 mai, un convoi de 17 véhicules appartenant aux forces fidèles à Damas qui se trouvait à Mafraq al-Zarqa, à proximité d'al-Tanf. La Pentagone avait considéré que la progression de ce convoi était une menace pour les forces anti-Daech appuyées par la coalition internationale, a indiqué à l'AFP un responsable américain de la Défense.
Le convoi bombardé "n'a pas répondu" aux avertissements visant à l'empêcher "de s'approcher trop près de forces de la coalition à At-Tanf".
Il s'agit selon lui d'un incident ponctuel qui n'indique pas de changement dans la stratégie de la coalition qui ne combat que les jihadistes en Syrie.
"Nous n'avons pas frappé tout le convoi, seulement certains véhicules de tête", a par ailleurs précisé ce responsable américain.
Avant le bombardement, les avertissements ont été donnés notamment via la ligne de communication spéciale mise en place avec la Russie, alliée du régime syrien, pour éviter les incidents entre avions russes et avions de la coalition dans le ciel de la Syrie, selon ce responsable.
Pour tenter d'arrêter le convoi, les avions ont fait également "une démonstration de force" et ont procédé à "des tirs d'avertissement", a-t-il affirmé.
"Nous ne sommes pas sûrs qu'il s'agisse de forces syriennes, mais c'était en tout cas des forces travaillant clairement avec les Syriens", a-t-il ajouté.
Selon l'OSDH, le bombardement du convoi aurait tué 8 personnes, pour la plupart non syriennes.
Washington ne cherche pas à s'impliquer dans la guerre civile (Mattis)
Les Etats-Unis ne cherchent pas à s'impliquer militairement dans la guerre civile en Syrie mais défendront leurs troupes si elles sont menacées, a déclaré jeudi 18 mai le secrétaire américain à la Défense, Jim Mattis, après le bombardement américain sur des forces pro-régime.
"Nous n'augmentons pas notre rôle dans la guerre civile syrienne, mais nous défendrons nos troupes" si "des gens prennent des mesures agressives contre nous", a-t-il dit dans une brève déclaration, en recevant le ministre suédois de la Défense Peter Hultqvist au Pentagone.
La Syrie et la Russie condamnent "l'agression de la coalition" conduite par les États-Unis contre son armée
La Syrie a condamné vendredi 19 mai "l'agression de la coalition" conduite par les États-Unis contre son armée et a assuré qu'elle ne se laissera pas "intimidée", selon une source militaire.
"La soi-disant coalition a attaqué hier à 16H30 (13H30 GMT) une position de l'armée arabe syrienne sur la route d'Al-Tanaf dans la région syrienne de Badia, tuant plusieurs martyrs et causant des dégâts matériels", a précisé cette source citée par l'agence officielle Sana.
La source militaire syrienne a souligné que "l'armée continuera à accomplir son devoir dans sa lutte contre Daech (acronyme arabe du groupe Etat islamique) et la défense de tout son territoire et ne se laissera pas intimider par les tentatives de la soi-disant coalition de l'empêcher de mener son devoir sacré".
Elle souligne aussi que l'armée "combat le terrorisme sur son territoire et qu'aucune partie n'a le droit de déterminer le cours de ses opérations contre ces groupes terroristes, menés par Daech et el-Qaëda". 
La Russie a également condamné vendredi ce bombardement qu'elle a qualifié d'"inacceptable", selon un haut responsable de la diplomatie russe cité à Genève par les agences russes.
Le vice-ministre russe des Affaires étrangères Guennadi Gatilov a déclaré à Genève que "toute action militaire aggravant la situation en Syrie influe de fait sur le processus politique". "D'autant plus quand il s'agit d'actions (militaires) menées contre les forces armées syriennes", a-t-il déclaré, cité par Ria Novosti. "C'est absolument inacceptable et cela constitue une violation de la souveraineté de la Syrie", a ajouté le diplomate.  

Rappel : Les Etats-Unis cherchent depuis 2016, à contrôler l'autostrade Damas-Bagdad
Au début de l'année 2016, les forces spéciales américaines ont entraîné un petit groupe de rebelles syriens qu'ils ont pompeusement baptisé du nom de Nouvelle Armée Syrienne, la NAS. Il ne s'agissait au début que d'un contingent de 300 combattants tout au plus.

Au début, le petit groupe de rebelles formés par les Etats-Unis et la Jordanie n'ont connu que des déboires. Pour commencer, l'armée de l'air russe est venue bombarder la base d'al-Tanf où s'étaient installés les rebelles. Le message était sans doute à destination de Washington de ne pas faire cavalier seul en Syrie. Naturellement, ce bombardement provoquera de vives protestations de Washington.
Puis les combattants de la NAS tenteront de prendre un aéroport près de la ville de Boukamal, une place-forte de Daech à la frontière syro-irakienne.
Une première offensive sera lancée le 28 juin 2016 pour saisir al-Boukamal, qui se trouve en face de la ville frontalière irakienne d'al-Qaim. Il s'agissait d'un objectif ambitieux très éloigné des principales lignes de front de l'Etat islamique à l'est de la Syrie. L'offensive sera un échec et la NAS a du battre piteusement en retraite, abandonnant de nombreux morts sur le terrain tandis que 25 membres de la NAS étaient capturés par les Jihadistes et exécutés.  
Les rebelles de la NAS accuseront les Américains de les avoir abandonnés au milieu de leur offensive, les avions américains ayant quitté la région pour venir porter assistance à la bataille de Fallouja en Irak qui faisait rage au même moment, ce qu'a confirmé le Pentagone.  
Une autre offensive sera lancée par la NAS pour s'emparer de la base de Hamadan, à 5 km au nord-ouest de la ville de Boukamal.
Le 2 août 2016, trois hélicoptères de la coalition débarquent des éléments de la Nouvelle Armée Syrienne à environ quatre kilomètres à l'ouest d'al-Boukamal. Au même moment la coalition internationale frappait les positions de l'EI au nord de la ville. 
D'autres membres de la NAS sont également parachutés derrière les lignes de l'EI. Ils s'emparent de l'aéroport d'al-Hamdan et du village voisin. 
La NAS a également pris le contrôle de la région d'al-Husaybah et du passage de la frontière vers l'Irak.
Le but de la nouvelle offensive de la NAS est d'avancer vers la ville frontalière d'Al-Boukamal dans le but de couper les lignes d'approvisionnement du groupe djihadiste entre l'Irak et la Syrie.
Mais cette seconde offensive de  la NAS se soldera par un nouvel échec. Les Jihadistes ont lancé une contre-offensive autour d'al-Hamdan, tuant 40 membres de la NAS et en capturant 15 autres. La NAS devra se retirer de la base d'al-Hamdan sous pression de l'EI.
Du coup, la NAS cesse de parler d'offensive pour prendre al-Boukamal, se contentant de mentionner qu'elle avait effectué un raid de "pénétration profonde".
Il semble qu'au même moment, une autre offensive ait été menée du côté irakien de la frontière pour s'emparer d'al-Qaïm, une place-forte de l'Etat Islamique. L'offensive irakienne avait également pour cible la ville de Rawa, située à 80 kilomètres vers l'est, le long du fleuve Euphrate.
L'opération contre al-Boukamal était en fait une opération menée sur deux fronts, un front syrien et un front irakien.
Le centre de commandement américain a donné peu de détails, mais on sait que des forces tribales de la province sunnite d'al-Anbar (en Irak) ont participé à l'offensive, celle-ci ayant bénéficié du soutien des forces aériennes de la coalition internationale du côté irakien de la frontière.
A noter que le groupe rebelle "Martyrs Ahmad al-Abdo" a également pris part à la bataille aux côtés de la Nouvelle Armée Syrienne. 
Depuis, le Pentagone a appris de ses échecs et a engagé ses forces spéciales sur le terrain pour épauler les contingents rebelles qu'il avait entraînés.
 
Jean René Belliard
 
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