11/04/2017

Le colonel Gulmurod #Khalimov – #ministre des #attentats de #Daech

La filière ouzbèke dans les derniers attentats de l'Etat islamique
Ces derniers jours, deux attentats sanglants ont été menés par des Ouzbèks, l'un dans le métro de Moscou et le second à Stokholm. Il est peut être utile de rappeler ce que nous avions écrit dans la newsletter du 6 septembre 2016. A cette époque, nous avions dit que Gulmurod Khalimov avait été nommé au poste de "ministre des attentats" de l'EI, en remplacement d'Abou Mohammad al-Adnani, tué par la frappe d'un drone américain. Nous avions prévenu que cet ancien colonel des forces spéciales tadjikes allait assurément s'appuyer sur un réseau de terroristes originaires d'Asie centrale, dans lesquels il avait toute confiance et dont il partageait la langue, plutôt que sur les Arabes.    


Rappel de nos newsletters des 6 et 7 septembre 2016  
Voici ce que nous avions écrit dans la newsletter du 6 septembre 2016 : 
Le colonel Gulmurod Khalimov (au centre sur la photo), un ancien des forces spéciales tadjikes remplace al-Adnani au sein de DaechKhalimov Gulmurod.jpg
Il y a quelques jours, nous vous informions qu'Abou Mohammad al-Adnani, le porte-parole de l'Etat Islamique et un membre important de l'organisation jihadiste avait été tué par le tir d'un drone américain.
A sa place, Abou Bakr al-Baghdadi a nommé Gulmurod Khalimov, un ancien colonel des forces spéciales tadjikes qui a déserté pour mener le jihad. Ce colonel a dirigé une unité d'opérations spéciales de la police au sein du ministère de l'Intérieur du Tadjikistan.
Il se trouve que le colonel Khalimov avait été formé jadis par des conseillers américains. Il est même venu plusieurs fois aux États-Unis pour suivre une formation à la  lutte contre le terrorisme. Il était invité par  la sécurité diplomatique / Anti-terrorisme du Département d'Etat américain.
Selon le Département d'Etat américain, Khalimov a été impliqué dans cinq programmes financés par les Américains entre 2003 et 2014.
Sans le savoir, les Américains ont  formé l'une de ses plus grandes menaces à des programmes tels que  "réponse à la crise", "négociation" d'otages" et "leadership tactique".
Khalimov a rejoint l'Etat islamique l'an dernier (2015). Il a naturellement été accueilli à bras ouverts par les jihadistes en raison de sa familiarité avec l'armée américaine et sa connaissance des stratégies de renseignement.
L'ancien colonel des forces spéciales tadjikes, formé par les Américains, a gravi rapidement les échelons de commandement au sein de Daech. Il a pris le commandement d'un des principaux fronts irakiens, celui de la province de Ninive. Il s'agit d'une promotion inhabituelle pour l'État islamique, parce que, traditionnellement, ce sont des commandants de deuxième ou troisième rang qui dirigent des combattants dans une province, ceci pour éviter qu'ils soient "détectés et détruits" par les forces américaines en Irak.
Khalimov a été étiqueté comme "terroriste mondial" par le Département d'Etat américain, en vertu du décret exécutif 13224 du 29 septembre 2015. Actuellement, le Département d'Etat américain offre une récompense de 3millions $ pour Khalimov.

Vidéo : Interview du colonel Khalimov par RT

Et dans la newsletter du 7 septembre 2016 :   
forward_2.gifQue faut-il attendre après la promotion du colonel Gulmurod Khalimov au sommet de Daech ?
En nommant le colonel Gulmurod Khalimov, un ancien des forces spéciales tadjikes, Daech signifie qu'il a la ferme intention d'étendre la guerre à l'Asie centrale : Kazakhstan, Ouzbékistan, Kirghizstan, Tadjikistan et Turkménistan. On peut ajouter à cette liste la Tchétchénie et le Daghestan. Cette nomination est également un encouragement à tous les Islamistes originaires de ces pays et qui sont disséminés à travers le monde, et tout particulièrement l'Amérique du nord et l'Europe.
Ce colonel, qui remplace désormais feu Abou Mohammed al-Adnani à la tête du "ministère des attentats", devrait rapidement imprimer sa marque sur les futures opérations terroristes de l'organisation jihadiste.
Le Tadjikistan
Le Tadjikistan, pays laïque en majorité musulman dirigé depuis 1992 par Emomali Rakhmon, a connu après la chute de l'URSS et jusqu'en 1997 une sanglante guerre civile entre le pouvoir et des combattants islamistes.
Les Tadjiks sont les seuls en Asie centrale à parler une langue proche du persan. Les autres peuples parlent des langues appartenant au groupe des langues turques.
Le groupe islamiste Jamaat Ansarullah a été interdit au Tadjikistan depuis 2012. Il recrutait des candidats à la guerre en Syrie.
Le président du Tadjikistan, Emomali Rakhmon, est très inquiet devant la montée de l'islamisme dans son pays.
"L'Etat islamique est la peste du nouveau siècle et constitue une menace pour la sécurité mondiale", avait déclaré le président tadjik lors d'un congrès de son parti.
"Nous sommes actuellement témoins des activités de mouvements extrémistes et terroristes dans le monde. L'Etat islamique, qui a attiré des jeunes de 80 pays (...) constitue l'un de ces mouvements dangereux", a-t-il expliqué.
"Cette partie de la jeunesse, quand elle rentre dans son pays, devient porteuse d'instabilité pour la société. Elle constitue une menace pour le Tadjikistan, parce qu'elle recrute pour des groupes extrémistes en Syrie et Irak", a-t-il ajouté.
Ouzbékistan
Plus laïc et tolérant, et instituant un Islam officiel, l'Etat a créé les marges dans lesquels prospère l'Islam radical.
Mais ce qui peut être le plus inquiétant pour le pays, c'est la possibilité d'une déstabilisation par les islamistes, qui pourrait engendrer des conflits socio-économiques et régionalistes, là où des régions entières sont laissées à leur sort et où prospèrent les problèmes sociaux.
Le président d'Ouzbékistan, Islom Karimov, est décédé le 2 décembre 2015. La disparition de cet homme qui a dirigé le pays avec une poigne de fer pourrait provoquer instabilité et activité accrue des Islamistes pendant quelque temps.
Activisme des filières ouzbèkes pour le Jihad
Les filières ouzbèkes sont très actives pour envoyer des candidats au jihad en Irak et en Syrie.
Jusqu'ici, les volontaires islamistes ouzbèks gagnaient l'Afghanistan ou le nord du Pakistan. Ils faisaient partie des groupes armés du Mouvement Islamique d'Ouzbékistan (MIO) et de l'Union du Jihad Islamique, tous deux affiliés à al-Qaïda. Ces dernières années les deux organisations terroristes s'étaient éloignées de leur but premier visant à renverser le régime actuel d'Ouzbékistan, pour participer au Jihad international - notamment contre la coalition internationale en Afghanistan.
En 2001, suite à l'intervention de la coalition internationale contre al-Qaïda et les Talibans en Afghanistan, l'Ouzbékistan avait fait inscrire le MIO sur la liste des organisations terroristes. Depuis lors, les organisations islamistes ouzbèkes ont pratiquement été réduites à néant. C'est le résultat d'une répression impitoyable des services secrets ouzbèks.
Pour compenser la chute des effectifs, les Islamistes ont incorporé des candidats au jihad en provenance d'autres pays, des Tadjiks, des Ouzbèks afghans, et aussi des Ouïghours chinois. Mais la diversification ethnique a contribué à affaiblir le pouvoir d'attraction du MIO en Ouzbékistan.
Chassés en Ouzbékistan, les dirigeants du MIO ont trouvé refuge, avec leurs familles, dans les zones tribales du Waziristan. Mais très rapidement, des heurts sont intervenus entre les habitants locaux des régions tribales et les Ouzbèks. Près de 200 d'entre eux auraient perdu la vie au cours des combats.
Pour subvenir à leurs besoins, les Islamistes du MIO se sont lancés dans des activités comme l'accompagnement des convois de drogues, notamment vers la Chine.
Ils ont également mené des activités plus proches du Jihad, comme l'attaque de l'aéroport de Karachi, le 9 juin 2014, en collaboration avec le mouvement des talibans du Pakistan, Tehrik-e-Taliban.
Malgré cela, le mouvement essaie tant bien que mal de consolider son existence, à l'appui de propagande de grande envergure sur internet, et de déclarations exagérées.
La série "Qaboilda nima gap" mettant en scène la vie quotidienne des islamistes et les conditions de vie de leurs familles en est un exemple. Avec cette série, le mouvement entendait montrer que son combat continue toujours malgré la perte de nombreux de ses leaders. Il s'agit aussi d'un appel aux autres radicaux pour rejoindre leurs forces, alors que les autorités pakistanaises ont entrepris de nettoyer les zones tribales du Waziristân afin d'y restaurer l'ordre et l'autorité.
Le MIO et l'Etat Islamique
Contraint à chercher des lieux plus propices, le MIO a décidé de poursuivre le combat en ralliant l'Etat Islamique. C'est tout au moins ce qu'a déclaré sur internet, le 26 septembre 2014, Usman Ghazi.
Les Ouzbèks en Syrie : une classe défavorisée
La plupart des Jihadistes ouzbèks qui se battent en Syrie, sont essentiellement des ruraux issus d'une classe défavorisée. Ils ne sont pas issus à proprement parler de la société ouzbèke, mais d'avantage le résultat des conditions de vie lamentables des immigrés en Russie.
La montée du nationalisme russe et la politique hostile de la Russie vis-à-vis des immigrés d'Asie centrale, a créé une identité musulmane aussi bien pour les immigrés d'Asie centrale que les citoyens russes musulmans, comme des tchétchènes. Cette identité est une réaction au rejet des musulmans en Russie, en même temps nourrie par l'anti-occidentalisme russe.
Aussi, afin de s'inscrire dans l'Oumma, cette nouvelle identité est d'avantage sensible à un Islam qui rejette les valeurs traditionnelles des sociétés locales.
Les recrutements dans cette nouvelle génération se font via internet, sur les réseaux sociaux russes, comme Odnoklassniki ou encore Vkontakte. On rassemble ensuite les jeunes recrues sur des chantiers en Russie pour gagner suffisamment d'argent pour le trajet jusqu'en Syrie ou en Irak. Ce mode de recrutement est très efficace et presque invisible. Il est en effet difficile de repérer les futurs jihadistes parmi des millions d'ouzbèks immigrés en Russie.
Pour ces raisons les services secrets ouzbèks ont mis en place des interrogatoires non-officiels des migrants ouzbèks retournant de Russie.
Kirghizistan
Pays pauvre d'Asie centrale à majorité musulmane, frontalier de la Chine, le Kirghizistan a une longue histoire d'instabilité politique et de lutte contre les islamistes radicaux. Les autorités kirghizes s'inquiètent de l'influence croissante de l'organisation Etat islamique (EI) dans le pays et annoncent régulièrement avoir déjoué des attentats fomentés par ce groupe djihadiste.
L'an dernier, les forces de sécurité ont fait état de plusieurs affrontements meurtriers avec des « terroristes » à Bichkek. Selon les autorités, quelque 500 Kirghizes combattent dans les rangs de l'EI en Syrie et en Irak.
Mardi 30 août, un attentat à la voiture piégée a eu lieu devant l'ambassade de Chine à Bichkek. Il a fait trois blessés parmi les gardes de sécurité. Seul le kamikaze, un Ouïghour chinois, est mort.
Des responsables chinois ont déjà été la cible d'attaques au Kirghizistan et l'un d'eux a été tué en 2000 dans un attentat attribué à la minorité musulmane chinoise des Ouïgours.
Les autorités chinoises affirment que l'EI recrute parmi les Ouïgours, des musulmans turcophones qui constituent la première ethnie du Xinjiang, une vaste région chinoise semi-désertique mais riche en ressources aux confins de l'Asie centrale.
Le Kazakhstan est également gagné par l'islamisme armé.
Des centaines d'habitants du Kazakhstan combattent dans les rangs de l'Etat islamique (EI) en Syrie et en Irak.
Lundi 18 juillet, à Almaty, la capitale économique du Kazakhstan, des Jihadistes ont abattu quatre policiers et un civil. Les échanges de tirs ont eu lieu aux abords d'un poste de police et des locaux des services de sécurité kazakhs, le KNB, ainsi que dans une rue animée, où l'un des assaillants a été arrêté.
Le problème pour le Kazakhstan, comme pour les autres pays d'Asie centrale est que cette région est la principale plaque tournante de tous les trafics en direction de la Russie et qu'il est très difficile de contrôler ces trafics dans ces pays où pratiquement personne n'emprunte les routes mais passe à travers les régions désertiques.
Tchétchénie et Daghestan
Le ministère de l'intérieur russe a indiqué que six personnes avaient été tuées dans la région agitée du Daghestan au cours d'affrontements avec les forces de sécurité.
Selon la porte-parole de la police, Fatina Ubaidatova, trois militants présumés ont été tués, mercredi 7 septembre dans la capitale de la région, Makhachkala, et trois autres dans la ville de Izberbash, au sud-est de Makhatchkala. Les résidents ont été évacués de bâtiments résidentiels dans les deux villes où les suspects avaient retranchés et ouvert le feu avec des armes automatiques sur la police.
La république à majorité musulmane du Daghestan est devenue un foyer de l'insurrection islamique à la suite des deux guerres séparatistes en Tchétchénie voisine.

Jean René Belliard

Thème abordé le 10 avril dans la 615ème newsletter réservée  aux abonnés:

Europe : Allemagne: un Syrien de 16 ans condamné pour préparation d'attentat
Europe : Suède : Attentat de Stockholm - le suspect est un Ouzbek de 39 ans
Europe : Norvège : Un engin suspect retrouvé à Oslo, un homme arrêté
Europe : Le colonel Gulmurod Khalimov - "ministre des attentats" de Daech

Egypte : 45 morts dans 2 attentats islamistes contre 2 églises à Tanta et à Alexandrie
Egypte : 7 jihadistes de l'EI tués dans le nord du Sinaï

Irak : Les forces irakiennes déjouent un double attentat suicide à la frontière syrienne

Israël-Cisjordanie-Gaza : L'EI revendique le tir d'une roquette du Sinaï vers Israël

Koweit : L'EI préparait des attentats contre les forces US au Koweït

Liban : Poursuite des combats dans le camp palestinien d'Aïn el-Heloué : 2 morts et 20 blessés
Liban : L'armée bombarde des positions jihadistes dans les jurd de Ersal et de Ras Baalbeck

Russie : Deux policiers russes tués dans le Caucase, samedi 8 avril

Syrie : Daech attaque une base de rebelles pro-américains à la frontière jordanienne
Syrie : Bombes incendiaires sur les provinces d'Edleb et de Hama
Syrie :Violents combats dans la province de Deraa (Sud)

Turquie : 7 membres du PKK tués par les forces de sécurité

Yémen : Plus de 40 morts dont 3 civils dans les combats en 24 heures

Afrique menacée : Cameroun : 6 morts dans deux attaques de Boko Haram
Afrique menacée : Nigeria : Huit civils et cinq soldats tués lors de nouvelles attaques de Boko Haram
Afrique menacée : Somalie : au moins 3 morts dans un attentat contre un camp militaire à Mogadiscio

Des informations sur les principaux évènements qui secouent les pays du Moyen Orient, d'Afrique du nord et du Sahel, des messages importants, des alertes sécuritaires, vous aussi, comme de nombreux députés, sénateurs, ambassades, sociétés civiles et morales engagées dans la sécurité, des directions du personnel soucieuses de la sécurité de leurs employés à l'étranger, vous pouvez vous abonner à l'ensemble de la newsletter publiée par Jean René Belliard et l'ensemble de ses quinze correspondants. Le coût d'un abonnement est de 100€ pour un an ou de 60€ pour six mois.

Pour s’abonner, écrire à : ptolemee@belliard74.com
 


Les commentaires sont fermés.